J’avais 23 ans, un copain qui passait sa vie à faire la fête et malgré mon envie de maternité, je savais bien que ce n’était pas le moment. Je suis allé voir un gynéco que je ne connaissais pas. Je lui ai annoncé être enceinte. Il s’est réjouit très vite pour moi, me disant que ça allait être formidable, qu’il allait tout de suite me dire pour quand c’était, et qu’on allait voir ça tout de suite. Voyant que je ne bougeais pas de ma chaise, son enthousiasme est quelque peu retombé. Je lui ai annoncé que je ne pouvais pas le garder. Il m’a regardé, a dit : “ah”, s’est rassis devant son ordinateur, ne m’a plus regardé et n’a plus ouvert la bouche pendant 10 minutes. Ca peut paraitre terriblement long 10 minutes, assise, seule, face à un gynéco inconnu, froid et austère. Il tapait sur son clavier, et a fini par me demander, toujours sans me regarder, mon nom, adresse, téléphone, groupe sanguin, etc...
Il m’a brièvement expliqué que de toute façon, il y avait un délai d’attente, que la loi l’imposait et que j’avais encore le temps de réfléchir.
Le jour J, je suis rentrée en ambulatoire, une infirmière m’a donné un cachet, le deuxième, et il a fallu attendre que ça fasse effet. Quand la douleur fut insupportable, quand je me vidais littéralement, quand même le fait de taper contre le mur et mordre l’oreiller ne me soulageait plus, j’ai appelé l’infirmière. Elle arrive, le visage fermé, me demande ce qu’il y a. J’arrive à articuler “J’ai mal” dans une sorte de râle. Ca réponse claqua dans l’air comme une paire de gifle : “Fallait y penser avant” et elle repart. Mes larmes reprennent de plus belle.
L’après midi, une autre infirmière, plus jeune, plus sympathique aussi, est venue me voir et m’a donné quelque chose contre la douleur.
La douleur est partie mais encore maintenant, 16 ans plus tard, cette phrase revient souvent dans ma mémoire, comme si je l’avais entendue la veille.