Avenue de Saint-Mandé (12e) le 16 juin (date précise notée ds carnet : nouveauté depuis 2015 !) – feutres, carnet nº 109, 2016

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Avenue de Saint-Mandé (12e) le 16 juin (date précise notée ds carnet : nouveauté depuis 2015 !) – feutres, carnet nº 109, 2016

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Good Rockin’ Tonight, FR2018
La semeuse
LĂ -bas en contrebas, lĂ oĂą mon regard panoptique porte de manière problĂ©matique, comme pour me rappeler encore et toujours au surplomb de ma posture privilĂ©giĂ©e, se trouve une bicoque et son patio mal assemblĂ©s. Tous les deux ont un toit plat de tĂ´le rouillĂ©e, des bouts de ferraille les soutiennent et les murs de la maisonnette sont rugueux, Ă©caillĂ©s par les annĂ©es et les secousses sĂ»rement, celles qui parcourent parfois la terre Ă laquelle les deux fragiles Ă©difices s’appuient. Ils sont traversĂ©s par un escalier communal qui relient deux ruelles parallèles d’altitude diffĂ©rente et que j’emprunte presque chaque jour pour rejoindre ou quitter la ville qui se trouve encore plus bas. Depuis la baie vitrĂ©e qui habille mon logement plutĂ´t moderne, ou lorsque je descends avec prĂ©caution les marches un peu dĂ©foncĂ©es de l’escalier maladroitement bĂ©tonnĂ©, j’observe la vie de cette maisonnĂ©e brinquebalante. C’est le jeune chien efflanquĂ© et blanc qui avait, un jour, attirĂ© mon attention, alors qu’assise sur le canapĂ© qui s’appuie Ă la fenĂŞtre, je pianotais sur mon clavier d’ordinateur design. D’une beautĂ© simple, le jeune animal, tâche Ă©clatante au milieu du fouillis vert de la vĂ©gĂ©tation et marron des dĂ©bris de bois ou de briques accumulĂ©s, explorait le territoire escarpĂ©. ObsĂ©dĂ©e depuis quelques mois par les chiens blancs, je ne pouvais dĂ©tacher mes yeux de ce spĂ©cimen rare et inattendu. Le lendemain, alors que je me rendais en ville pour faire quelques courses, il apparut comme par magie, Ă la petite fenĂŞtre de la maisonnette, bordant sur son cĂ´tĂ© droit l’entrĂ©e de l’escalier que je finissais de descendre. Son corps paraissait dĂ©mesurĂ© par contraste avec la fenĂŞtre rĂ©duite d’oĂą il Ă©mergeait; surtout, je l’avais vu la veille depuis mon pigeonnier humain. Aujourd’hui, c’était lui qui me regardait de haut, bougeant sa tĂŞte plutĂ´t massive en silence, mais pas de manière menaçante. Quelques secondes Ă peine et ce que je devinais ĂŞtre sa maĂ®tresse, une femme plutĂ´t corpulente d’une quarantaine d’annĂ©e Ă l’allure dĂ©braillĂ©e et au visage fatiguĂ©, surgit elle aussi Ă la fenĂŞtre, lui intimant gentiment de rentrer l’entièretĂ© de son corps Ă l’intĂ©rieur. J’essayais de la complimenter sur la beautĂ© rare de son chien mais mon impĂ©ritie linguistique me força Ă juste sourire et Ă rĂ©pĂ©ter plusieurs fois en anglais le mot “nice”. Dès qu’il disparut, je regrettai aussitĂ´t cette prĂ©sence canine douce et Ă©nergĂ©tique. J’aurais aimĂ© pouvoir demander Ă le caresser. Depuis ce jour, je souhaitais, Ă chacun de mes passages, qu’il me salue Ă nouveau. Je l’aperçus juste Ă deux ou trois reprises, jouant dehors avec les enfants et adolescents de la maison et je n’osais pas, vu ma diffĂ©rence et mon mutisme, m’immiscer dans leurs activitĂ©s privĂ©es. Il se trouvait que le chemin que j’empruntais passait par chez eux; j’avais toutefois compris, face Ă leur absence rĂ©pĂ©tĂ©e de rĂ©action Ă ma prĂ©sence en translation et Ă mes salutations polies Ă peine retournĂ©es, que cette caractĂ©ristique gĂ©ographique n’établissait aucune connivence de voisinage en soi. Bien au contraire sans doute: le dĂ©sagrĂ©ment causĂ© par cette servitude imposĂ©e par le dĂ©nivelĂ© les rendait d’autant plus mĂ©fiants ou alors tout simplement insensibles aux Ă©trangers qui passaient par chez eux du matin au soir. J’avais le choix de vouloir les connaĂ®tre; ils devaient faire avec mon passage intrusif. Au fil des jours, j’avais, du moins je crois, compris un peu mieux l’organisation de la famille: en sus du chien, de sa maĂ®tresse et de son probable compagnon, parents des 2 Ă 3 enfants de 10 ans ou plus que j’avais vus jouer avec l’objet de mes attentions non-sollicitĂ©es, j’avais remarquĂ© une femme plus âgĂ©e que j’imaginais ĂŞtre la mère de la maĂ®tresse, la grand-mère donc. Elle portait un foulard nouĂ© Ă la manière traditionnelle, assorti Ă ses tuniques et pantalons larges qui dĂ©clinaient, au fil des jours, divers tons de violet et de vert, crĂ©ant un camaĂŻeu des plus printaniers. Sa silhouette large et plutĂ´t tassĂ©e Ă©tait souvent aperçue Ă l’arrière de la maison ou de l’abri. Accroupie ou penchĂ©e vers le sol, elle disparaissait presque par effet de camouflage dans la verdure et les fleurs; c’est seulement lorsqu’elle se dĂ©plaçait que je la remarquais alors depuis mon perchoir en verre. C’est Ă la voir s’affairer que j’avais compris qu’elle cultivait, derrière la maison, un petit potager prodigue et, derrière l’abri, des fleurs et plantes grasses, mĂ©dicinales ou dĂ©coratives. Cet après-midi justement, alors que je me brossais les dents devant le panorama, mes yeux, habituĂ©s au mouvement de balayage invitĂ© naturellement par la hauteur, avait trouvĂ© la matriarche affairĂ©e derrière l’abri, coincĂ©e au milieu des pots en argile habitĂ©s par des succulentes. Ses jambes Ă©paisses Ă©taient serrĂ©es l’une contre l’autre et elle ratissait de ses mains puissantes la terre vierge d’un pot qu’elle venait de placer devant elle. CourbĂ©e en deux au niveau des hanches, la tĂŞte Ă l’étoffe verte vers moi, le dos couleur aubergine vers la vallĂ©e, elle saisit alors un petit sachet en plastique qui Ă©tait au sol sur sa droite. Elle l’ouvrit d’une main et de l’autre, retira quelque chose que je ne pouvais voir depuis oĂą j’étais. Mon brossage de dents continuait machinalement, toute absorbĂ©e que j’étais par la mystĂ©rieuse manoeuvre. Elle se redressa, le visage penchĂ© vers la terre du pot et soudain, ouvrant la main porteuse du trĂ©sor toujours invisible pour mes yeux aux capacitĂ©s limitĂ©es, son pouce et son index de la main opposĂ©e y prĂ©levèrent quelque chose qu’elle enfonça alors, dans un mouvement aussi prĂ©cis que puissant, tel un pic vert de terre, dans l’humus donc je compris enfin la destination. BĂ©cassine urbaine que je suis, perdue dans mes hauteurs intellectuelles, il m’avait fallu le voir pour le croire: elle semait le futur, la beautĂ© Ă venir, la nourriture du soi, le prĂ©sent en puissance, la vĂ©ritĂ© imaginĂ©e de l’instant. Semeuse de vie prise sur le vif; les grandmères comme sages activistes; matriarches de mes ailleurs comme inspiration du ici maintenant. ApaisĂ©e, rĂ©ancrĂ©e, je retournai dans la salle de bain rincer ma bouche et finir de me prĂ©parer.Â
Une petite de recherche pour 20 minuits. #illustration #art #musically #dessin #danse #drole #eesi #contrebas #guitar #happy #minnayu (à la Cité internationale de la bande dessinée et de l'image)
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