La maladie du temps, une maladie pour laquelle il faut du temps, qui ne se laisse pas attraper dâun coup, est une maladie du temps, qui a besoin du temps, qui modifie le temps, le temps nâest plus Ă©gal, nâest plus Ă©gal Ă lui-mĂȘme, nâa plus le temps dâagir, a besoin de temps pour agir, pour faire un effet, pour se moduler, pour changer dâĂ©tat, pour avoir le coup de changer, est longue, laisse passer du temps, laisse passer des heures, nâattend pas de voir le jour, a Ă©tĂ© installĂ©e dans le temps, et ronge le temps, câest le temps qui ne passe plus glissement, qui passe en jouant les mĂȘmes chansons, en faisant encore tourner le disque noir, 45 tours de chansons, du chanteur qui dansait, qui chantait le marteau, qui avait des danseuses, qui Ă©tait habillĂ© dâhabits brillants, qui dansait en chantant, un temps qui ne passe plus par-devant, qui ne sert quâĂ faire une combustion, qui nâest quâune matiĂšre Ă combustion, qui ne sert quâĂ , qui est servile, qui se laisse faire, qui se laisse ĂȘtre utilisĂ© pour faire des barbotages, ou une partie de tennis, avec une pause au milieu et une pause Ă la fin et une attente du cours au dĂ©but, une tranquillitĂ© pour Ă©couter les chansons, remettre le disque noir 45 tours, le remettre dans sa pochette, le reprendre, le remettre, lâĂ©couter en chantant le refrain et en gesticulant comme si on dansait, avec le temps dâune aprĂšs-midi, le temps malade a tout le temps, le temps malade laisse tout filer, il ne peut rien arriver de mal, le temps sert pour se mettre dessus, sans quâil y ait aucun danger qui puisse venir de la part du temps endormi, qui ne sert Ă rien, et qui est combustĂ©, consumĂ©, qui nâest pas consumĂ©, qui ne se consume pas, qui a des rĂ©serves, qui ne passe pas, il nây a pas de danger quâun autre jour vienne, la lourdeur molle et anesthĂ©siante, elle se rĂ©alise dans un dĂ©cor dâaprĂšs-midi.