Allez, je reviens sur le petit jeu proposĂ© lâautre fois avec les sonnets, mais aujourdâhui, ce sont des romanciers que je me propose de pasticher, en tenant compte, toujours de notre situation de confinĂ©s... Je vous laisse chercher les parentĂ©s, sachant que je me suis inspirĂ© de quatre auteurs : Zola, CĂ©line, Giono et Duras :
-Les gens sont confinĂ©s, la belle affaire. Parce quâen temps normal, elle nâest pas confinĂ©e peut-ĂȘtre, la populace qui sâentasse dans les cages Ă poule de banlieue, la foule des heureux qui sâenferme dans les appartements des beaux quartiers ? On croit toujours quâon Ă©chappe Ă la misĂšre en se barricadant, et quand on lâest vraiment, barricadĂ©, on sâaperçoit que la misĂšre, elle est en soi. On pense quâon va ĂȘtre plus heureux aprĂšs le dĂ©confinement, quâon va aller danser, sâamuser dans les bistrots, sortir le rire et la joie des grands jours. Mais on sait bien que câest pas vrai du tout, que câest factice, tout ça, emplĂątre sur jambe de bois et tout le toutim.Les hommes sont toujours prompts Ă la dĂ©prime, et quand on leur montre un petit bout de fĂȘte foraine, les voilĂ retournĂ©s en enfance, bernĂ©s par leur propre bĂȘtise. Le jour oĂč chacun ouvrira les yeux sur sa misĂšre particuliĂšre, lĂ , oui, on dira quâon est dĂ©confinĂ©. Mais jusque lĂ , la maladie, on lâa, et pour longtemps.
-Parfois dans le train-train du confinement, on entend une musique qui vient de la chambre dâen haut. Câest dâabord comme des gouttes qui tombent sur les tuiles dâun clapier, quand le gros orage gronde dans la montagne et que le dĂ©luge va sâabattre sur la terre assoiffĂ©e. Et puis ça grossit, ça bouillonne, le torrent des notes dĂ©vale de lĂ -haut, et ça fait des remous, des cascades de sons frais, qui vous inondent comme quand on renverse sur sa tĂȘte une grande jatte dâeau glacĂ©e aprĂšs les moissons dâaoĂ»t, sous le soleil qui vous incendie le crĂąne. Entre ces quatre murs, on deviendrait vite fou, sans cette chose, la guitare de lâĂ©pouse qui vous emmĂšne bien loin, au-delĂ des pierres moussues et des troupeaux de montagnes, dans le grand vent de la libertĂ©.
-Elle regarde par la fenĂȘtre. Câest si loin, le reste du monde. Et si prĂšs. Elle se souvient dâavant, quand on vivait, vraiment, quand les autres Ă©taient lĂ , quand la vie Ă©tait lĂ . Et puis elle dĂ©tourne les yeux. Elle avance dans le couloir qui lui semble si long et si sombre. Il nây a plus que ça, le couloir, le salon, la chambre, la cuisine, le couloir, la salle de bain, lâautre chambre, celle des enfants. Elle marche. Elle avance car il le faut bien, il faut faire semblant, mimer la vie dâavant, rire comme sâil ne sâĂ©tait rien passĂ©. Elle rit, mais câest un rire sec, et bref. Les enfants jouent dans leur chambre, et le mari tĂ©lĂ©phone. A qui peut-on tĂ©lĂ©phoner dans une telle situation ? A quoi bon ? Elle semble se dire que ce nâest plus la peine dâessayer de communiquer avec les autres, que câest trop tard, quâils nâexistent plus que comme des idĂ©es, comme des souvenirs. Elle marche. Dans la salle de bain, elle lĂšve les yeux vers le miroir et se met Ă pleurer.
-Lorsque la fin du confinement fut proclamĂ©e, on vit sur les boulevards la foule du petit peuple descendre vers le cĆur de la ville, guidĂ©e par lâespoir, le rĂȘve que plus rien ne serait comme avant. Un grondement sourd sâĂ©levait au-dessus des rues, expression du soulagement de recouvrer la libertĂ©, et menace lancĂ©e aux puissants qui nâavaient agi, depuis des mois, que pour asseoir leur pouvoir et favoriser la banque. Dâailleurs, de temps Ă autre, des rideaux tremblaient aux fenĂȘtres, masquant, invisibles Ă la masse mouvante qui cĂ©lĂ©brait sa libĂ©ration, les fantĂŽmes du pouvoir sâagitant dĂ©jĂ , fĂ©briles, et prĂ©parant des lendemains oĂč il faudrait rendre des comptes et affronter les accusations sur leurs responsabilitĂ©s. Les nuages sâĂ©cartĂšrent au-dessus de la grande ville, et le soleil parut, alors un chant sâĂ©leva de la multitude en marche, un chant comme on nâen avait plus entendu depuis les grandes heures oĂč le peuple avait pris en main sa destinĂ©e.
Je vous laisse vous amuser au jeu des identifications, en tout cas, sa rĂ©daction mâa fort diverti, câest dĂ©jà ça...