« Mes chers compatriotes,
Alors que 2020 vient de sâachever dans un contexte marquĂ© par de nombreuses incertitudes, la princesse Marie Marguerite et moi, en union avec nos quatre enfants, Ă©prouvons dâautant plus le besoin dâadresser Ă vous-mĂȘmes, vos familles et Ă ceux qui vous sont proches, nos vĆux chaleureux de prospĂ©ritĂ©, de santĂ© et de bonheur pour lâannĂ©e qui sâouvre.Notre pays, par lâaction dâun insidieux virus, a Ă©tĂ© confrontĂ© Ă la maladie, aux souffrances et au malheur qui a frappĂ© de nombreuses familles. Nous savons aussi que de graves consĂ©quences Ă©conomiques et sociales accompagnent cette crise sanitaire, alors que notre pays se trouve affaibli aprĂšs de nombreuses annĂ©es dâimprĂ©voyances et de choix risquĂ©s sur les plans Ă©conomique, financier, industriel et scientifique, ayant contribuĂ©, annĂ©e aprĂšs annĂ©e, Ă son amoindrissement.
La France paye cher, Ă©galement, une crise de lâintelligence collective qui lui fait oublier sa nature et son identitĂ© ; une crise qui lâa conduite Ă favoriser dans les annĂ©es rĂ©centes, avec le dĂ©ni du spirituel, la promotion de lâindividualisme, la perte des valeurs, lâabsence dâune saine comprĂ©hension de la nature et de lâenvironnement, la course au profit immĂ©diat, au lieu de sâattacher en premier lieu Ă la recherche du bien commun. Les consĂ©quences de cette crise sont graves, particuliĂšrement auprĂšs des plus fragiles : personnes ĂągĂ©es, travailleurs prĂ©caires, jeunes. Dâautant plus graves que le devenir du contexte international est lui aussi inquiĂ©tant, ne serait-ce quâen raison des dĂ©sĂ©quilibres dĂ©mographiques et de la montĂ©e des extrĂ©mismes, alimentĂ©s par le reniement de notre souverainetĂ© bafouĂ©e par ceux mĂȘmes qui devraient la garantir.
Mais il ne sâagit pas de baisser les bras ; il faut reconstruire. Lâhistoire de notre pays a montrĂ© Ă plusieurs reprises que la France est sortie renforcĂ©e par ses Ă©preuves. Dans la prĂ©sente crise, nombre dâentre vous ont dĂ©jĂ fait preuve dâinitiative et dâadaptation, vis-Ă -vis de situations dâautant plus terribles quâelles nâavaient pas Ă©tĂ© anticipĂ©es. Par votre bon sens, par votre abnĂ©gation, par votre courage, vous avez su rĂ©agir dans lâĂ©preuve. Les actions dâentraide, la rĂ©affirmation des solidaritĂ©s familiales et, pour ceux qui le pouvaient, le retour vers un environnement plus humain, dessinent dĂ©jĂ un cadre pour des actions Ă engager en vue dâune nĂ©cessaire reconstruction. Comment ne pas saluer aussi les efforts des nombreux acteurs qui ont acceptĂ© avec courage de maintenir leurs activitĂ©s, le dĂ©vouement exceptionnel des personnels de santĂ©, lâaction des forces de sĂ©curitĂ© et des armĂ©es qui ont su, malgrĂ© leurs moyens comptĂ©s, relever tous les dĂ©fis allant parfois jusquâau sacrifice de leur vie ? Lâordre naturel et la subsidiaritĂ© ont montrĂ© leur puissance par rapport aux errements de ceux qui auraient dĂ» prendre les mesures nĂ©cessaires. Vous avez palliĂ© les nĂ©gligences coupables.
Vous ĂȘtes nombreux Ă vous tourner vers moi et encore plus vers le principe que jâincarne, pour chercher comment Ćuvrer Ă la nĂ©cessaire reconstruction Ă laquelle la sociĂ©tĂ© aspire. Je suis conscient, vous le savez, de mon devoir de demeurer auprĂšs de vous le tĂ©moin du passĂ© glorieux de la France afin que ce dernier serve de repĂšre. Il ne mâappartient pas de donner un programme, mais, en puisant dans lâhistoire, je peux, en ce dĂ©but dâannĂ©e, â et sans doute est-ce mon devoir dâhĂ©ritier ? â proposer quelques rĂ©flexions pour prĂ©parer lâavenir et assurer la prĂ©servation mĂȘme de notre pays.
Ma premiĂšre rĂ©flexion porte sur la nĂ©cessitĂ© pour la France de renouer avec une identitĂ© dont elle doit ĂȘtre fiĂšre ; de renouer aussi avec le sens de la mission qui lui incombe tant vis Ă vis dâelle-mĂȘme que du reste du monde. La France nâa nullement Ă se repentir de ce quâelle a rĂ©alisĂ© et apportĂ© au monde au long de son histoire. Elle a formĂ© longuement, grĂące Ă des institutions faites dâĂ©quilibre et de pragmatisme, lâun des foyers majeurs de la civilisation occidentale. Notre pays a encore son rĂŽle Ă jouer pour renouer avec la sociĂ©tĂ© dâĂ©quilibre dont le monde moderne, frappĂ© par tant de crises et dĂ©sastres, Ă©prouve tant le besoin.
Il nous faut, en second lieu, rendre leur place au sacrĂ© et au spirituel ; câest-Ă -dire Ă la nĂ©cessaire part de gratuitĂ© dans lâaction humaine. Tel est bien le meilleur rempart Ă toutes les dĂ©rives des sociĂ©tĂ©s marchandes dont les ambitions sont uniquement matĂ©rielles. Sachons ainsi nous souvenir que, dans notre pays, si la sociĂ©tĂ© ancienne a pu ĂȘtre forte et porter des fruits, câest justement parce quâelle Ă©tait Ă la fois profondĂ©ment humaine et tout autant profondĂ©ment religieuse. Pour notre civilisation, Dieu et CĂ©sar doivent, tous les deux, avoir leur place, distinctes, mais Ă©troitement complĂ©mentaires, dans une relation dâĂ©quilibre ordonnĂ©. Quand le premier est exclu, comme le voudraient certains, le corps social entier est dĂ©sĂ©quilibrĂ©.
Enfin, il sâagit de rendre Ă lâhomme sa dignitĂ©, de sa conception Ă sa mort. Lâhomme nâest ni une denrĂ©e, que lâon pourrait acheter pour son plaisir, ni un robot quâil faudrait augmenter ou diminuer Ă la convenance de maĂźtres tout puissants. Lâhomme est fragile comme le nouveau-nĂ© de la crĂšche â symbole Ă©ternel â. Il doit ĂȘtre protĂ©gĂ© et non instrumentalisĂ©.
VoilĂ quelques pistes que je propose en ce dĂ©but dâannĂ©e, Ă ceux qui ont conscience de lâimportance des annĂ©es que nous vivons, afin quâelles soient celles dâun renouveau tant espĂ©rĂ©. Jâoffre tout particuliĂšrement ces vĆux aux jeunes mĂ©nages et Ă leurs enfants, Ă ces familles qui sont Ă lâimage de celle que nous formons, mon Ă©pouse la Princesse Marie-Marguerite et moi-mĂȘme, avec nos quatre enfants. Câest pour eux quâil faut avoir la force que donne lâespĂ©rance afin que le siĂšcle qui est le nĂŽtre soit plus beau et plus humain que lâancien.Pour 2021, que Notre Dame, saint Louis et sainte Jeanne dâArc vous protĂšgent, protĂšgent vos familles, protĂšgent vos proches et protĂšgent la France. »
Louis de Bourbon, duc dâAnjou