La flat entreprise, un modĂšle de management innovant
LâĂ©quipe dâOpiniovox sâest rendue Ă la Flat ConfĂ©rence, sans savoir exactement Ă quoi sâattendre, aprĂšs avoir reçu une invitation sur Facebook. Nous nous installons donc dans cette trĂšs belle salle de La Mutinerie dans le 19Ăšme arrondissement, siĂšge de nombreuses start-ups dâaprĂšs ce que nous avons compris. Au programme, 30 minutes de prĂ©sentation par 3 personnes.
Mais avant toute chose, la flat entreprise, quâest ce que câest concrĂštement ? Câest un modĂšle dâentreprise horizontal, câest-Ă -dire sans hiĂ©rarchie ni leader bien dĂ©fini qui dirait Ă chaque employĂ© ce quâil devrait faire, Ă lâinverse dâune entreprise dite « verticale ».
Eric Laurent, qui travaille Ă La Poste, un systĂšme connu pour sa rigiditĂ© et verticalitĂ©. Pourtant il juge que la verticalitĂ© et la rigiditĂ© ne sont toujours pas les solutions les plus efficaces pour arriver Ă ses fins. Il accompagne le projet de La Poste Mobile en 2011 oĂč il mĂšne Ă bien un projet gĂ©rĂ© dâune façon toute autre, suivant les principes suivant : TransversalitĂ©, ImmĂ©diatetĂ©, Communication, CoopĂ©ration, Innovation. Le but Ă©tait de crĂ©er un environnement oĂč chacun pouvait partager ses idĂ©es pour permettre au projet dâĂȘtre menĂ© Ă bien le plus efficacement et rapidement possible. Pour que cela se passe de façon structurĂ©e, il a notamment crĂ©e un site sur le modĂšle de Twitter, visible de tous oĂč chacun pouvait apporter des suggestions et poser une question. Cela a permis le meilleur partage des idĂ©es et une rĂ©ponse plus rapide Ă certains problĂšmes. Chaque avis a Ă©tĂ© pris en compte, pour le bien de tous.
Christophe Baillon, qui a lancĂ© Sogilis, une entreprise de dĂ©veloppement de logiciel sur mesure composĂ©e de 15 salariĂ©s. Christophe Baillon est un fĂ©ru dâinformatique qui souhaite avant tout travailler avec des gens passionnĂ©s, travaillant sur des projets quâils ont choisis, sans empressement. Il propose un modĂšle de management atypique en mettant en place un systĂšme de cellules. Chaque cellule a un rĂŽle bien prĂ©cis, dĂ©signe elle-mĂȘme son capitaine, fonctionne comme elle le souhaite et est libre dâapporter ses idĂ©es pour le meilleur fonctionnement de lâentreprise. Il mise avant tout sur le bien-ĂȘtre de son entreprise et laisse donc une grande libertĂ© Ă ses employĂ©s : ces derniers peuvent prendre des vacances quand ils le souhaitent ou rester travailler plus longtemps sâils le souhaitent. Cependant il insiste bien que les employĂ©s doivent ĂȘtre passionnĂ©s. Si ces gens font ce quâils aiment, il n y a donc pas besoin de leur mettre de contrainte car ils sâimpliquent dâeux-mĂȘmes dans leur travail.
Jean-Noel Chaintreuil, qui est Ă la tĂȘte de Digidust, une agence spĂ©cialisĂ©e en stratĂ©gies mobiles et social media. Son entreprise est entiĂšrement basĂ©e sur le partage des idĂ©es et fonctionne sur des leviers de confiance et dâautonomie. Lâentreprise a pour crĂ©do : Bring, Share, Combine, Deliver. Chaque employĂ© doit ĂȘtre en mesure dâamĂ©liorer lâentreprise par rapport Ă son expĂ©rience personnelle. En plus de remettre en cause la rigiditĂ©, Jean-Noel Chaintreuil dĂ©nonçait notamment un « inceste focal » trĂšs commun dans les entreprises Françaises : ces derniĂšres recrutent des clones qui sortent tous des mĂȘmes Ă©coles et qui fonctionnent sur un mĂȘme mode de pensĂ©e. RĂ©sultat les entreprises innovent peu et ont plus de mal Ă avancer. Il prĂŽne alors un systĂšme de poupĂ©es russes inversĂ©es : ne pas hĂ©siter Ă recruter meilleur que soi afin dâapporter quelque chose de nouveau.
Les questions pleuvent. TrĂšs vite vient la question du salaire : sachant que le systĂšme est en quelques sortes Ă©galitaire, quel sera le salaire attribué ? Pour La Poste, câest diffĂ©rent, le flat management nâa pu se mettre en place quâĂ partir de projet, la hiĂ©rarchie Ă©tait donc encore officiellement prĂ©sente donc les salaires restaient les mĂȘmes. Pour Sogilis et Digidust, câest diffĂ©rent, le salaire est basĂ© plus sur un modĂšle Ă©galitaire, oĂč les employĂ©s sâarrangent.
Une autre question intĂ©ressante, y a-t-il un profil dĂ©fini pour ĂȘtre employĂ© dâune flat entreprise ? Christophe Baillon a bien insistĂ© sur la passion des gens et Jean-Noel Chaintreuil sur les leviers de confiance. Faut-il nĂ©cessairement que la personne soit passionnĂ©e ou digne de confiance ? RĂ©ponses apportĂ©es : selon Sogilis tout le monde a le profil, il faut juste motiver les employĂ©s.
Eric Laurent, de La Poste, apporte une rĂ©ponse intĂ©ressante : le problĂšme câest la norme. Nous sommes habituĂ©s Ă un systĂšme trĂšs rigide, Ă ce que la crĂ©ativitĂ© ne soit pas poussĂ©e. Selon lui :
M.L .G fait alors remarquer que lâĂ©ducation est en partie responsable pour cela. On nous enlise dans des modĂšles obsolĂštes.
Est-ce que la flat entreprise est adaptable Ă tous les types dâactivitĂ©s ? Le problĂšme du temps se pose : est-ce que, par exemple, une flat entreprise serait efficace dans un fast-food oĂč un ordre bien dĂ©fini est nĂ©cessaire ?
Nous pensons que pour le moment, la flat entreprise est plus efficace surtout en termes de compĂ©titivitĂ© hors-prix oĂč il y a une emphase sur la qualitĂ© du service ou produit.
Une remarque importante, ce nâest pas parce quâil n y a pas de hiĂ©rarchie que câest lâanarchie la plus totale ! Rigueur et organisation sont nĂ©cessaires pour mener Ă bien un projet, sans pour autant quâil y ait une hiĂ©rarchie.
Mis Ă part le bien-ĂȘtre, le cĂŽtĂ© agrĂ©able dâune flat entreprise oĂč les employĂ©s sont trĂšs libres, quel est le gain en soi de la flat entreprise ? K.T pensait que lâinnovation devait permettre un gain de productivitĂ© mais il se trompait. Les idĂ©es apportĂ©es peuvent bĂ©nĂ©ficier Ă lâentreprise autre que par un gain de productivitĂ©.
Alban LV, lâorganisateur de la confĂ©rence, nous a rĂ©pondu en nous citant lâexemple de lâentreprise W.L Gore. W.L Gore est une entreprise spĂ©cialisĂ©e dans le tissu respirant Ă la base. En permettant lâĂ©mergence de nouvelles idĂ©es de la part de ses employĂ©s, le matĂ©riau avec lequel Ă©tait fait les produits a Ă©tĂ© utilisĂ© diffĂ©remment, ce qui a permis la crĂ©ation de nouveaux produits et une ouverture sur de nouveaux marchĂ©s et de gĂ©nĂ©rer de plus fortes valeurs ajoutĂ©es. LĂ encore, cela a Ă©tĂ© possible simplement parce que les employĂ©s pouvaient apporter un regard neuf.
Nous avons Ă©tĂ© trĂšs satisfaits par cette derniĂšre rĂ©ponse car elle est peut-ĂȘtre lâouverture vers une solution Ă un grand problĂšme : le gĂąchis gĂ©nĂ©rĂ© par les productions dâentreprise. Peut-ĂȘtre que laisser la parole aux employĂ©s pourrait permettre dâĂ©viter tout ce gĂąchis en utilisant ces produits de diffĂ©rentes maniĂšres, mais cela reste Ă voir.
Bilan de la conférence :
ConfĂ©rence trĂšs agrĂ©able, en interaction qui nous a beaucoup appris. Un grand merci Ă Eric Laurent, qui a pris le temps de rĂ©pondre Ă nos questions de façon trĂšs claire, et Ă Alban LV Ă©galement. Cet article nâest pas exhaustif mais nous avons relevĂ© les choses qui nous paraissaient les plus importantes. Vous pouvez voir dâautres tweets au hashtag #flatconf.
Nous retiendrons particuliĂšrement ce quâEric Laurent nous a dit : « Câest Ă vous de changer les choses, de ne pas penser comme les autres ». Parce ce quâau fond, sortir dâune lourde norme sociale, nâest-ce-pas un combat de tous les jours ?