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Au final...
DĂ©fi dâĂ©criture 30 jours pour Ă©crire, 30 aoĂ»tÂ
ThÚme : bilan/écrire
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Peut-on ĂȘtre un Ă©crivain quand on nâest pas en train dâĂ©crire ?
Peut-ĂȘtre quâĂ©crivain est une Ă©tiquette trop lourde Ă porter. Comme quelque chose qui dĂ©finirait notre identitĂ© toute entiĂšre. Alors que le crochet, par exemple, nâa rien dâaussi lourd. Parfois jâen fais, parfois je nâen fais pas, mais jamais je ne me suis posĂ© la question de si je pouvais me dĂ©finir comme crocheteuse.
Alors que Ă©crivain, Ă©crivaine, autrice, romanciĂšre⊠Ăa, ce sont des titres qui rĂ©clament reflexion.
Jâai Ă©crit des romans, des nouvelles, une piĂšce de thĂ©atre, un scĂ©nario de BD (jamais dessinĂ©), une campagne de JDR, et un certain nombre de fanfictions. Et pendant des mois et des annĂ©es, je nâai rien Ă©crit du tout.
Est-ce que jâai gagnĂ© mon badge dâĂ©crivain ? Si oui, quand ? Est-ce la quantitĂ© qui compte ? La qualité ? La reconnaissance des pairs ? LâĂ©dition officielle et professionnalisante ? Le plaisir des lecteurs ? Est-ce quâil est vraiment indispensable dâavoir des lecteurs ou est-ce quâil suffit dâĂ©crire ? Et est-ce quâon peut le perdre, ce badge dâĂ©crivain ? Au bout de combien de temps ? Â
Je me souviens dâun temps oĂč toutes ces questions Ă©taient trĂšs importantes pour moi, parce que jâĂ©tais persuadĂ©e quâelles avaient des rĂ©ponses. Je sentais au fond de moi quâil y avait un moyen pour quâun jour, je sois un vĂ©ritable Ă©crivain. Ce serait quelque chose de trĂšs satisfaisant. Quelque chose dont je serais fiĂšre.
Aujourdâhui, je suis fiĂšre dâĂȘtre arrivĂ©e au bout du challenge de 30 jours dâĂ©criture, et surtout, je suis contente de lâavoir fait. Je me suis amusĂ©e Ă glisser dâun monde Ă lâautre, dâune peau Ă lâautre, dâune situation Ă lâautre, dans le tragique, dans le comique, dans le banal et dans le magique. Ecrire mâa amenĂ©e dans des ailleurs que jâai dĂ©couverts au fur et Ă mesure des mots sur le clavier. Câest ça que jâaime et qui fait que quoi quâil arrive, je finis toujours par revenir Ă lâĂ©criture. Câest mon art de prĂ©dilection, ma fenĂȘtre sur lâailleurs, ma boite Ă outil pour ouvrir le capot du monde et en dĂ©faire les piĂšces pour les examiner une par une.
Je ne sais pas si je suis un Ă©crivain, si je lâai Ă©tĂ© ou si je le serai un jour. Mais je suis dĂ©finitivement quelquâun qui Ă©crit.
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Le médaillon
DĂ©fi dâĂ©criture 30 jours pour Ă©crire, 29 aoĂ»tÂ
ThÚme : derriÚre la porte/sérénité
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DerriÚre cette porte se trouve le trésor. Tu en es sûre. Sûre et certaine.
Dâaccord, tu en Ă©tais aussi sĂ»re Ă la porte dâavant, et Ă celle dâencore avant. Tout ce que ça tâa amenĂ©, ce sont des monstres, des piĂšges et des ennuis. Mais il y a un trĂ©sor dans ce palais, tu le sais, tu le sens. Lâappel de lâor fait presque trembler tes os. Tu ne peux tout simplement pas rĂ©sister.
Maintenant, ouvre cette derniĂšre porteâŠ
Ouvre la porte.
Allons, ouvre la porte, on nâa pas toute la journĂ©e ! Quâest-ce que tu attends, Ă la fin ? Oui, je sais, il est beau, le jardin. Quelquâun sâest donnĂ© du mal pour ça, et jâavoue que moi-mĂȘme jâadorerai mây promener. Mais moi, je suis lâesprit prisonnier dâun mĂ©daillon maudit, donc ça fait bien longtemps que je ne me promĂšne plus nulle part, et toi, tu es une aventuriĂšre en plein pillage, tu nâes pas lĂ pour profiter du jardin. On se concentre. Tu veux ouvrir cette porte. DerriĂšre cette porte se trouve le trĂ©sor. Tu en es sĂ»reâŠ
Jâai lâimpression que tu ne mâĂ©coutes pas du tout, en fait.
Enfin, je sais que tu ne mâentends pas, mais normalement tu mâĂ©coutes ! Je suis la petite voix au fond de ta tĂȘte, celle qui te guide, ta prĂ©cieuse intuition ! Et jâai dit ou-vre-la-por-te ! Pas va dans le jardin ! La porte !
Et merde.
Nous voilĂ dans lâherbe, sous un arbre, dans le murmure du vent et des fontaines, au milieu des fruits et des fleurs. Et je sens la sĂ©rĂ©nitĂ© du lieu tâenvahir peu Ă peu. RĂ©siste ! Câest un piĂšge ! Ils tentent dâendormir ta vigilance ! Ces parfums sont trop parfaits ! Cette herbe est trop douce ! Surtout ne tâendors pas ! Ne tâendorsâŠ
Et tu dors.
Bien. Bien bien bien bien. Parfait, mĂȘme. AprĂšs tout, ce nâest pas comme si jâavais un timing. Des objectifs. Un puits malĂ©fique dans lequel je dois te faire tomber comme tous tes prĂ©decesseurs. Mais non, mademoiselle avait envie dâune petite sieste sous les arbres, câest juste ro-yal. Le Seigneur des TĂ©nĂšbres va me faire la peau, mais tout va bien. Tu sais quâil y a pire comme sort que dâĂȘtre un mĂ©daillon maudit, nâest-ce pas ? Certains dâentre nous nâont aucune envie de finir dans un anneau jetĂ© Ă la mer et gobĂ© par un poisson pendant des siĂšcles ! Alors on se remue !
Et comment je peux faire pour te rĂ©veiller ? Je nâai jamais fait face Ă ce cas de figure, moi ! Dâhabitude lâappel de lâor suffit ! On ne peut vraiment plus compter sur personne de nos jours.
Bon. Je nâai plus quâĂ attendre.
Tout, dans ce jardin, est une invitation Ă la sĂ©rĂ©nitĂ©. Au calme. A la paixâŠ
Quand je tiendrais le con qui a mis ce putain de jardin Ă portĂ©e de fenetre de mon meilleur piĂšge, je te jure quâil va passer un sale quart dâheure.
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La disparition
DĂ©fi dâĂ©criture 30 jours pour Ă©crire, 28 aoĂ»tÂ
ThÚme : crush/dans les brumes
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Mon cĆur est broyĂ©. Mon esprit envolĂ©.
Quelque part dans les brumes, quelquâun sâĂ©loigne et ne me cherche pas.
Il faudrait quâon me ramĂšne. Je ne comprends pas ce qui se passe. Jâai si peur et je suis si triste. Ăa ne devrait pas arriver ! Je devaisâŠ
Jâai des fleurs Ă la main. Je devais les offrir Ă quelquâun. Quelquâun de trĂšs important. La personne la plus importante du monde.
Je ne me rappelle ni son nom, ni son visage.
Je regarde tout autour de moi. Câest comme si les brumes sâenvolaient peu Ă peu. Les rayons du soleil touchent le sol les uns aprĂšs les autres, jusquâĂ ce que la rue soit complĂštement baignĂ©e de lumiĂšre. A nouveau. Elle Ă©tait dĂ©jĂ comme ça quand je suis arrivĂ©, non ?
Toutes les brumes se sont dissipĂ©es et je retrouve Ă peu prĂšs mes esprits. Quâest-ce qui mâa pris de venir ici avec ces fleurs ? Câest ça qui mâagace. Je nâarrive pas du tout Ă mettre le doigt dessusâŠ
Et ça me rend triste. Beaucoup trop triste pour un dĂ©tail aussi insignifiant. Je ne sais pas ce que jâai aujourdâhui. Comme si jâĂ©tais hantĂ©. Non, comme si jâaurais dĂ» ĂȘtre hantĂ©. Et quâĂ la place, je suis dĂ©sespĂ©rĂ©ment seul.
Je me reprends et me redresse. Le soleil brille, la vie est belle, je peux reprendre ma route.
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Les bonnes réponses
DĂ©fi dâĂ©criture 30 jours pour Ă©crire, 27 aoĂ»tÂ
ThÚme : constellation/dans la vastitude
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« Regarde ! Elles sont magnifiques, non ?
Je regarde le ciel et les quelques Ă©toiles que jâarrive Ă distinguer malgrĂ© les lumiĂšres de la ville. Oui, câest sĂ»r quâelles sont jolies. Câest toujours joli, les Ă©toiles.
Ceci dit, ça reste une dizaine de points blancs sur un fond noir. Ce nâest pas seulement la ville qui fait ça, câest aussi ma myopie. Plus jâavance en Ăąge et moins je vois dâĂ©toiles. Câest triste. Surtout quand je regarde des photos de la voie lactĂ©es prises par des appareils bien plus performants que mes pauvres yeux. Je sais que je manque quelque chose.
Mais bon. Câest un premier rendez-vous, je sais quoi rĂ©pondre quand une fille me demande si quoi que ce soit est magnifique :
â Oui, elles sont vraiment extraordinaires.
Lâambiance, câest important. Et vu le sourire quâelle me dĂ©croche, câĂ©tait la bonne rĂ©ponse. Elle ajoute :
â Tu savais quâil y a une constellation en plus des douze signes du zodiac ? Le serpentaire. Ils ne la comptent pas en astrologie parce que ça ne permet pas dâavoir un partage Ă©gal des signes dans lâannĂ©e, mais elle existe, et ceux qui sây connaissent vraiment en tiennent compte. Comme un signe cachĂ©. Câest fou, non ?
De lâastrologie ? Au secours. On va rester safe :
â Ah, non, je ne savais pas.
â Toi tu es Balance, câest ça ?
Non, mais beaucoup trop de filles mâont fait des remarques sur mon caractĂšre de Scorpion, donc jâai choisi le signe le plus neutre et Ă©quilibrĂ© que jâai trouvĂ© dans les descriptifs et jâai changĂ© ma date de naissance sur le site. Sauf que jâai oubliĂ© ma fausse date de naissance et je sens que cette conversation prend une pente glissante, alors on va changer de sujet.
Je rĂ©ponds avec le « hum hum » de quelquâun qui ne se mouille pas et je fais comme si jâĂ©tais perdu dans la contemplation du ciel, avant de dire dâune voix pĂ©nĂ©trĂ©e :
â Tu ne tâes jamais sentie toute petite face au cosmos ? Comme si on Ă©tait perdu dans la vastitude de lâunivers ?
Jâattends un peu. JâespĂšre que ce nâĂ©tait pas trop bateauâŠ
Puis je sens une main se glisser sous mon bras et une tĂȘte sâappuyer sur mon Ă©paule. Bingo.
Elle répond :
â Si, parfois. Mais je me dis quâil y a forcĂ©ment dâautres ĂȘtres quelque part qui vivent la mĂȘme chose et se posent les mĂȘmes questions, et je me sens connectĂ©e Ă eux, dâune certaine façon.
On se sourit. A ce stade, les mots nâont plus vraiment dâimportance. On dĂ©battra rĂ©ellement de la vie extraterrestre et du fait que ce sont sans doute Ă 99% des bactĂ©ries plus tard, quand on se connaitra mieux. Pour lâinstant, il faut saupoudrer le moment de magie. On joue chacun notre role, on donne les bonnes rĂ©pliques, et tout ira bien.
Je me penche pour lâembrasser, et la magie opĂšre.
Câest absolument parfait comme ça.
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Insomnies
DĂ©fi dâĂ©criture 30 jours pour Ă©crire, 26 aoĂ»tÂ
ThÚme : économie/Dialogue avec son ombre (votre ombre prend forme et voix, elle a deux-trois choses à voir avec vous)
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Je vais cliquer sur le bouton « Finaliser votre commande » quand jâentends une voix impĂ©rieuse gronder :
« Ah, non ! Lùche cette souris et éteins ça tout de suite !
Je fais un bond et me retourne en panique. Il est trois heures du matin, je suis dans mon lit, seule dans la maison, et on me parle !
Mais je ne vois personne. FĂ©brilement, jâallume la grande lumiĂšre de la chambre â ma petite lampe de chevet me suffisait jusquâici â et jâattrape le premier objet lourd qui me tombe sous la main, une petite statuette de chouette qui va me servir dâarme improvisĂ©e si jâen ai besoin.
Sur mon lit, ma chienne me regarde comme si jâĂ©tais devenue folle. Etrangement, câest ça qui me calme. Si quelquâun Ă©tait entrĂ©, Miss Choo aurait aboyĂ© comme une perdue : elle nâa peut-ĂȘtre pas la machoire quâil faut pour assurer comme chien de garde â Ă la limite, elle peut croquer un doigt si lâintrus se baisse assez â mais câest un systĂšme dâalarme hors pair, toujours prĂȘte Ă mâalerter du moindre danger tels que les passants, les chats et les feuilles mortes qui tombent sur la terrasse en faisant une ombre bizarre.
Non, câest moi, jâai dĂ» rĂȘver. Jâai pris un somnifĂšre assez puissant, mais mes insomnies persistent, ça peut faire des mĂ©langes trĂšs bizarres, on dort en croyant ĂȘtre Ă©veillĂ© ou inversementâŠ
Inversement, ça sâappelle une hallucination et je nâen suis pas encore lĂ , merci bien, donc non, pas inversement. Jâai juste dĂ» mâendormir sans mâen apercevoir et continuer ce que je faisais dans le rĂȘve.
En tout cas lĂ , avec lâadrĂ©naline, je suis trĂšs rĂ©veillĂ©e, donc autant vĂ©rifier oĂč jâen Ă©tais. Jâouvre lâordinateur et voit ma commande, prĂȘte Ă ĂȘtre envoyĂ©e, exactement comme dans mon rĂȘve. Un micro-sommeil ?
La mĂȘme voix insiste :
â Eteins ça, je te dis ! Sinon demain, tu le regretteras !
Je dors Ă©veillĂ©e. Câest la seule explication valable. Parce que la voix vient de ma propre ombre, sur le mur, mon ombre qui ne suit pas du tout docilement ce que je suis en train de faire, et qui au contraire mâexplique la vie avec de grands gestes :
â Oui, tâes dĂ©pressive et shootĂ©e jusquâaux yeux, mais je te rappelle que le but des mĂ©dicaments câest de tâen sortir ! Et lĂ , compenser les insomnies en achetant nâimporte quoi, câest un mĂ©canisme auto-destructeur ! Parce que comment tu vas te sentir demain matin ?
Folle. Je suis en train discuter avec mon ombre Ă trois heures du matin, je vais sentir que je suis dĂ©finitivement devenue folle. Mais lâombre me pointe du doigt avec autoritĂ© et, docilement, je rĂ©ponds :
â Mal. Parce que jâai encore craquĂ©e.
â VoilĂ Â ! Tu es dĂ©jĂ dans le rouge, tu es en train dâaccumuler les problĂšmes et de passer en revue les crĂ©dits Ă la consommation, tu vois bien que ça ne va pas ! Toutes tes Ă©conomies ont disparus ! Tu te souviens comme tu avais bossĂ© dur pour les faire ?
Oui, je me souviens. Toutes les heures passĂ©es au travail, ou Ă tout faire Ă la maison pour dĂ©penser le moins possible. Je mâĂ©tais donnĂ© tellement de mal pour pouvoir offrir plus tard Ă mes enfants la meilleure vie possible.
Mais les enfants sont grands maintenant et ils nâont plus besoin de moi. A quoi sert lâargent si on ne le dĂ©pense pas ?
â Câest bon, je fais ce que jâai envie, et ça me fait plaisir dâacheter ces chaussures !
â Et tu les mettras, peut-ĂȘtre ? Ou elles vont rejoindre la pile de la honte ?
Je referme la bouche dâun coup sec. Je dĂ©teste cette conversation.
Oui, jâaime acheter en ligne, surtout quand je ne dors pas au milieu de la nuit et que les idĂ©es noires tournent en boucle. Ăa me fait penser Ă autre chose. Le petit boost de dopamine qui me manque. Lâexcitation de mâoffrir un cadeau Ă moi-mĂȘme, de me dire que je lâai bien mĂ©ritĂ©. Et le plaisir de recevoir le colis. Tout ça mâaide Ă tenir.
Mais ensuite, il y a la pile de la honte. Lâendroit oĂč jâaccumule toutes ces chaussures, ces vĂȘtements, ces bijoux que je ne mets quâune fois, ou pas du tout. Jâattends un certain temps, et ensuite je les revends sur Vinted, pour le tiers ou le quart du prix, encore dans leur emballage neuf la plupart du temps. De lâargent gachĂ© pour le plaisir Ă©phĂ©mĂšre de recevoir un cadeau. Une rĂ©compense. Une fĂ©licitation que jâai trop longtemps attendue et qui nâest jamais venue.
Je sais tout ça. Je nâarrive juste pas Ă vivre sans. Jâai dĂ©jĂ pris tout ce que je pouvais prendre pour me sentir mieux, pour avoir moins envie de me faire disparaĂźtre. Et ça mâa conduit lĂ , Ă discuter avec mon ombre sur le mur Ă trois heures du matin.
Je gratouille les oreilles de Miss Choo qui se rendort avec un baillement. Tu as tellement raison, ma belle. La vie de chien, câest le top.
Je murmure :
â Quâest-ce que je peux faire dâautre ? Je ne dors pas.
â Eteint lâordinateur. Je tâen supplie. ProtĂšge-toi.
â Et aprĂšs ?
â Et aprĂšs, tu vas te poser au canapĂ© avec Miss Chouchou, sous le plaid, et tu regardes des documentaires jusquâĂ ce que lâenvie passe, ou que la journĂ©e commence.
Je souris en entendant le surnom de ma chienne. Câest comme ça que je lâappelle. Câest ma voix. Câest moi, lĂ , sur le mur, en train de prendre soin de moi. Et dâĂȘtre mĂ©chante en mĂȘme temps.
â Punie et va au coin, pas vrai ?
â Tu sais ce quâil faut faire. Tu finiras par dormir. Et demain matin, tu te rĂ©veilleras fiĂšre de toi.
â Câest une promesse ?
â Croix de bois, croix de fer.
Je sais je sais je sais quâelle a raison. Je nâai pas envie quâelle ait raison. Mais je sais quâelle a raison.
Alors je ferme lâordinateur, jâattrape la petite chouchou qui ne comprend pas ce qui se passe mais se laisse faire, toujours partante tant quâelle est avec moi, et on va se poser devant la tĂ©lĂ© en attendant que le sommeil daigne se montrer.
Et dans les reflets dansants de lâĂ©cran je vois mon ombre onduler, mâaccompagnant comme toujours et pour toujours, et avant que le rĂȘve ne me bascule dans un vĂ©ritable sommeil, je lâentends me murmurer :
â Je suis fiĂšre de toi »
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L'Ćil
DĂ©fi dâĂ©criture 30 jours pour Ă©crire, 25 aoĂ»tÂ
ThÚme : astronomie/miroir fumant
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LâĆil est sur nous depuis des jours. Un immense Ćil dâor flottant dans le ciel, loin parmi les Ă©toiles. Impossible pour le commun des mortels de le distinguer Ă lâĆil nu. Mais nous savons quâil est lĂ . Et quâil nous voit.
Nul ne sait quelle crĂ©ature maudite lâa enfantĂ©. LâĆil est unique ; il nâa pas de bras, pas de bouche, pas de moyens de voler ni de survivre. Jadem, lâArchimage, dit quâil se nourrit de la lumiĂšre de son Ă©toile. A ce jour, personne nâen a vu dâautres comme lui. Mais il pourrait y en avoir dâautres, dit le Conseil des Sages. Si chaque Ćil dâOr regarde dans une direction diffĂ©rente, nous ne pouvons pas les distinguer. Nous ne savons voir que celui qui nous vise directement.
Depuis que nous avons dĂ©couvert lâexistence de lâĆil, Jadem passe toutes ses nuits Ă scruter le ciel grĂące Ă son miroir magique, et toutes ses journĂ©es perdus dans ses calculs arcaniques. Ce qui veut dire que câest sur moi que reposent les tĂąches courantes, alors que je nâai jamais Ă©tĂ© aussi mauvais. Comme si la prĂ©sence permanente dâun spectacteur cosmique mâempĂȘchait de me concentrer correctement.
Jâai pris lâhabitude dâactiver mon propre miroir Ă lâabri des regards. Je ne peux plus supporter dâĂȘtre vu alors que je peine Ă activer un sort que je connais depuis mon enfance. Ăa ne fait que renforcer mon angoisse.
Aujourdâhui, je survole lâarchipel du sud Ă la recherche dâune tempete en train de se former en mer. Si elle Ă©volue en cyclone, je devrais immĂ©diatement donner lâalerte pour que tout le monde se barricade. Mais elle semble glisser bien plus loin sur les mers, loin en tout cas des zones habitĂ©es. Parfait. Il faudra que je garde un Ćil rĂ©guliĂšrement, mais pour lâinstant, pas besoin dâappeler les mages locaux. A prĂ©sent, un petit examen des champs de la Nistrie. Le temps a Ă©tĂ© chaud ces derniers mois, et la pluie ne semble pas au rendez-vous. Ces blĂ©s dâun jaune dâor ont peut-ĂȘtre mĂ»ris trop vite⊠Le jaune dâor me fait penser Ă lâĆil. Rien quâun instant, moins dâune seconde, mais ça suffit pour que ma pensĂ©e dĂ©rape, regarde le sol et le ciel tout Ă la fois, et⊠Bang. Avec un grondement sourd, mon miroir se craquelle et sâempli de fumĂ©e. Je suis horrifiĂ©. Je nâavais pas cassĂ© de miroir depuis mes annĂ©es dâapprentissage, câest une erreur de dĂ©butant ! Ăa ne peut ĂȘtre que la faute de lâĆil. Nous ignorons ses intentions mais nous en constatons les effets jour aprĂšs jour, et ils sont nĂ©fastes ! Jadem a rĂ©ussi Ă convoquer son nom dans une vision : James Webb. Sâil a un nom, il a forcĂ©ment un esprit, et sâil a un esprit, nous pouvons le comprendre, dĂ©couvrir ses plans et les dĂ©jouer ! Câest dĂ©cidĂ©. A partir de ce soir, je vais unir mes forces avec celles de Jadem pour porter un coup dĂ©finitif Ă cette crĂ©ature. Alors seulement nous pourrons retrouver la paix !
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Lila
DĂ©fi dâĂ©criture 30 jours pour Ă©crire, 24 aoĂ»tÂ
ThÚme : le téléphone sonne/vertige
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Le tĂ©lĂ©phone sonne et je lâattrape sans y penser, les yeux toujours fixĂ©s sur mon Ă©cran dâordinateur, ma tasse de cafĂ© Ă la main. Sans doute un dĂ©marcheur ou que sais-je. A ce stade, je vĂ©rifie vraiment par acquis de conscience, parce que basiquement personne ne mâappelle. On mâĂ©crit ou on mâignore. Câest comme ça quâon communique en 2025.
Je me fige en voyant le nom qui sâaffiche Ă lâĂ©cran.
Lila.
Je sens mon cĆur sâemballer. Dans le mĂȘme temps tout mon sang quitte ma tĂȘte pour redescendre soutenir mes entrailles brutalement nouĂ©es. Un vertige mâenveloppe et me fait tourner la tĂȘte si vite que je pourrais en vomir. Ce nâest mĂȘme pas de la terreur, câest une impossibilitĂ© cosmique qui sâimpose Ă moi, et la seule rĂ©action que je peux avoir est de me tĂ©taniser.
Le téléphone continue de sonner.
Je ne peux pas répondre.
Je ne peux pas ne pas répondre.
Je le regretterai jusquâĂ la fin de ma vie si je ne rĂ©pond pas.
Jâappuie sur le vert.
« Allo ? » dit le téléphone.
La voix est masculine. Pas Lila. Vraiment pas.
HĂ©sitante, aussi, la voix. Grave, qui pourrait ĂȘtre forte, mais qui ne sait pas trop quoi faire, quoi dire.
HonnĂȘtement, moi non.
« Allo ? » rĂ©pĂšte la voix qui nâest pas la voix de Lila du tout, mais celle dâun homme qui a lâair encore plus perdu que moi. Maladroit. En train de se demander sâil ne commet pas une Ă©norme erreur et prĂȘt Ă raccrocher Ă tout moment.
Câest ça qui me dĂ©cide Ă enfin parler Ă mon tour :
â Allo.
Je tremble. Je veux savoir ce qui se passe mais je ne peux pas poser de questions.
Je repose dĂ©licatement ma tasse sur le bureau et jâattends.
Toujours hésitante, la voix continue :
â Oui, bonjour, je vous appelle parce que vous avez laissĂ© plusieurs messages sur mon rĂ©pondeur, et⊠je crois que vous vous addressez Ă lâancienne propriĂ©taire de ce numĂ©ro. Donc je voulais vous prĂ©venir que maintenant il a Ă©tĂ© attribuĂ© Ă quelquâun dâautre. A moi, du coup. VoilĂ .
VoilĂ .
MystĂšre rĂ©solu. Lila nâest pas revenue dâentre les morts pour mâappeler. Et appeler son ancien numĂ©ro nâest plus ma bouĂ©e de sauvetage quand la tristesse mâenvahi et que je ne tiens vraiment plus. Il y a quelquâun dâautre au bout du fil maintenant.
Mon dernier lien avec elle est rompu. Ce fil sâest brisĂ©.
Un fil. Un coup de fil. Jâai un demi-rire au milieu des sanglots qui commencent Ă monter.
La voix ajoute, inquiÚte :
â Je suis dĂ©solé⊠jâai pensĂ© que câĂ©tait mieux dâappeler que dâenvoyer un sms, parce que ça avait lâair dâĂȘtre une⊠relation importante.
â Oui.
Jâarrive pĂ©niblement Ă balbutier quelques mots. Peu Ă peu, le vertige se calme, remplacĂ© par la glace transperçante de la douleur, que je connais si bien.
â Oui, câĂ©tait⊠quelquâun de trĂšs important. TrĂšs⊠je savais que⊠je pensais que personne nâentendrait⊠câĂ©tait justeâŠ
â Je suis vraiment dĂ©solé⊠Jâai Ă©tĂ© un peu surpris par les messages, mais câest ce que je me suis dis, que câĂ©tait plutĂŽt des messages en souvenir de quelquâun, donc⊠enfin voilĂ , ça me semblait mieux de le dire en personne. Encore dĂ©solĂ©.
â Vous avez bien fait.
Câest vrai. Il a bien fait. MĂȘme si jâai failli faire un malaise en voyant le numĂ©ro sâafficher. Recevoir seulement un message Ă©crit aurait Ă©tĂ© bien trop dur, bien trop froid. Je murmure :
â Merci. Câest⊠câest gentil.
â Câest normal. JâespĂšre que ça va aller. Encore dĂ©solĂ©.
â Non, câest bon. Je⊠câest moi. Je nâai pas⊠Je ne pensais pas que⊠Mais ça va aller. Ne vous en faites pas. Ăa va aller.
â Ok. Alors, heu⊠Bonne journĂ©e. Et bon courage.
â Merci. Vous aussi. »
Je ne sais pas trop ce que je lui souhaite. Je nâai juste rien de plus Ă dire et pas la force de me concentrer sur quelquâun dâautre. Le point important câest que câest fini.
Lila est morte et tout le reste est fini.
Je retourne le tĂ©lĂ©phone, face contre le bureau. Je nâai plus envie de le voir.
Je reviens vers mon écran, mon café, et ma vie.
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Souvenir
DĂ©fi dâĂ©criture 30 jours pour Ă©crire, 23 aoĂ»tÂ
ThÚme : odeur de lessive/danser
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Le linge danse au vent, nimbé de soleil, répandant autour de lui une odeur douce de lessive. Et tout me revient.
Les Ă©tĂ©s de lâenfance. Ma grand-mĂšre qui sortait avec son seau en plastique plein de linge tout juste sorti de la machine. Il y avait trois fils de fer fixĂ©s sur un des cotĂ©s de la maison, devant le mur de crĂ©pi blanc, cotĂ© soleil, mais pas cotĂ© jardin â la table pour manger dehors Ă©tait Ă lâombre des arbres et de la maison, pour pouvoir en profiter lâĂ©tĂ©. Elle sortait chaque vĂȘtement et le secouait Ă©nergiquement avant de lâaccrocher au fil avec les pinces.
Moi, je lâaidais parfois â je ne sais mĂȘme plus si je proposais naturellement ou si elle devait me le demander. Il fallait Ă©tendre les bras en hauteur et ne pas se rater, si ça tombait par terre dans les herbes sĂšches, il faudrait enlever ces satanĂ©es graines une par une, trop ravies dâavoir trouvĂ© quelque chose auquel sâaccrocher. On entendait les cigales sâemballer dans la chaleur. La fraicheur du linge mouillĂ© faisait du bien, apaisait la morsure du soleil.
Puis le seau Ă©tait vide et on rentrait. CâĂ©tait lâheure de la sieste, tous les volets fermĂ©s pour garder un peu de fraicheur dans la maison. Lâheure oĂč les adultes restaient dans leur chambre et oĂč les enfants pouvaient faire ce quâils voulaient du moment que câĂ©tait sans bruit. Et ma grand-mĂšre qui parlait toujours dâaller sâallonger cinq minutes et qui ne le faisait jamais, en train de laver, ranger, essuyer, prĂ©parer⊠Elle nâa jamais appris Ă se reposer.
Trente ans plus tard, elle ne sait toujours pas. Elle dit quâelle fait attention. Quâelle fait doucement. Et câest vrai quâelle va moins vite, elle bouge le balai avec une dĂ©licatesse quâelle nâavait pas dans mon enfance. Mais pas question de le lui enlever des mains.
Et peut-ĂȘtre quâelle a Ă©tendu un tee-shirt le temps que jâen fasse trois, maintenant que je suis grande et que lâĂ©tendoir est Ă ma hauteur. Mais ça ne lâempĂȘche pas de mâexpliquer encore comment faire pour ne pas faire de pli. Je me demande si elle aussi sâen souvient, sur les milliers de milliers de lessives quâelle a pu faire dans sa vie, de celles quâon a Ă©tendues ensemble, pendant tous ces Ă©tĂ©s. Quand elle laissait le linge danser au vent avec la satisfaction du travail bien fait, sans prendre le temps de le regarder, parce quâil y avait tout le reste Ă faire, et que je devais courir pour la rattraper.
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Les petites choses
DĂ©fi dâĂ©criture 30 jours pour Ă©crire, 22 aoĂ»tÂ
ThÚme : appartements voisins/carte postale
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Jâai reçu une carte postale. Ăa fait plaisir, sauf que clairement, elle nâest pas pour moi. DĂ©jĂ , je ne connais aucun « Michou et VĂ©ro », comme a Ă©tĂ© signĂ© le petit message. Ensuite, je ne connais personne qui serait parti au Grau-du-Roi et aurait trĂšs envie de me faire savoir quâil fait beau et que lâapĂ©ro coule Ă flot. Bon, je suis content pour eux, hein, mais ce nâest pas vraiment le genre dâinformation qui me parait nĂ©cessiter une carte. Jolie carte, ceci dit. Je ne connaissais pas lâexistence de cet endroit, mais ça a lâair sympa.
Le nom de la personne Ă qui ils lâenvoyaient est illisible, mais lâadresse est bonne, ça doit ĂȘtre Ă un voisin. Pendant un instant, jâhĂ©site Ă mettre la carte dans une des autres boites aux lettres de lâimmeuble, au hasard â tĂŽt ou tard, elle finira bien par retrouver son destinataire. En mĂȘme temps, on est un tout petit immeuble, il y a huit appartements en tout, je peux faire lâeffort de toquer Ă quelques portes pour retrouver Ă qui est rĂ©ellement destinĂ©e la carte.
Et puis, ils mettent deux fois « on pense bien Ă toi » sur leur carte postale. Ăa sent le destinataire qui ne respire pas la joie de vivre en ce moment.
Je toque. Rez-de-chaussé droite, personne. Rez-de-chaussée gauche, une vieille dame qui met un temps fou à comprendre ce que je lui veux, mais une fois que le mystÚre est éclairci, elle est sûre que je peux aller directement au troisiÚme gauche. Donc je tente.
Il est lĂ et quand il mâouvre, je me souviens lâavoir dĂ©jĂ croisĂ© dans lâimmeuble. Entre deux Ăąges, le visage fermĂ©, le regard sombre. Poli, mais pas le genre de voisin Ă qui on a envie de demander du sel. Il mâaccueille avec un « Oui ? Quâest-ce que vous voulez ? » assez bourru pour me donner envie de laisser tomber et dire que câest une erreur, mais bon, maintenant je suis lĂ , pas vrai ? Je lui tends la carte postale en rĂ©pondant :
â On a mis ça par erreur dans ma boite aux lettres, vous savez Ă qui câest adressé ?
â Fais voir.
Il mâarrache la carte des mains et commence Ă la lire, sourcils froncĂ©s. Ok, charmant. Entre ça et le tutoiement, je vais dĂ©finitivement me tirer â je suis encore Ă©tudiant, mais je suis majeur et vaccinĂ©, merci bien, et ce nâest pas mon job de distribuer le courrier Ă des ours mal lĂ©chĂ©s, donc un peu de respect serait le minimum Ă avoir.
Puis je vois son visage sâĂ©clairer, tous les traits sâadoucir jusquâĂ former un dĂ©but de sourire. A croire que câest la plus belle nouvelle du monde, de savoir que lâapĂ©ro coule Ă flots au Grau-du-Roi.
Il se rappelle ensuite de mon existence et me dit :
â Ah, merci beaucoup. Oui, câest pour moi⊠Câest des amis. Ils nous Ă©crivent tous les ans, et⊠LĂ , je viens dâemmĂ©nager, je pensais pas quâils lâenverraient Ă ma nouvelle adresse, et⊠Enfin, on sâen fout. Merci en tout cas, câest gentil dâavoir pris la peine de me lâamener.
â Oh, câest rien. Câest normal, entre voisins.
â Ouais, enfin câest pas tout le monde qui se donne la peine, donc⊠Ecoute, Ă charge de revanche, si un jour tu as besoin de quelque chose.
Je hoche la tĂȘte. Ăa mâĂ©tonnerait que je lui demande un jour quelque chose, mais sait-on jamais. Jâessaye de deviner ce qui a causĂ© cette transformation. Il est passĂ© du « nous Ă©crivent » à « mon adresse ». Câest peut-ĂȘtre ça le truc. Il est touchĂ© de voir que maintenant quâil nâest plus la moitiĂ© dâun tout, il reste un ami, lui tout seul.
Je nâose pas lui poser la question. Il sâest peut-ĂȘtre passĂ© quelque chose de terrible dans sa vie pour quâil tire tout le temps la gueule comme ça. Et sâil me rĂ©pond que ça ne me regarde pas ? Ou pire, sâil me raconte une histoire horrible et que je ne sais pas comment rĂ©agir ?
Câest bon, jâai fais ma BA, il est content, donc je rĂ©ponds simplement :
â Pas de soucis. Je suis content que ça vous fasse plaisir. Bonne journĂ©e.
â Bonne journĂ©e »
Je le laisse avec sa carte. Peut-ĂȘtre quâun jour jâen saurais plus sur son histoire. Peut-ĂȘtre pas. Mais je me souviendrais quâil est capable de sourire.
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Une cuillĂšre pour maman
DĂ©fi dâĂ©criture 30 jours pour Ă©crire, 21 aoĂ»tÂ
ThÚme : cuillÚre/tendresse
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La nuit est froide et claire, parcourue dâun vent glacĂ© qui chasse au loin les nuages. La lune brille dans le ciel. Mais elle ne pourra pas guider mes pas jusquâau bout. Jâallume ma lanterne quand jâarrive Ă la lisiĂšre des bois.
Les hululements de chouettes et les bruissements de vie autour de moi sont familiers, rassurants mĂȘme. Ils indiquent quâaucun grand prĂ©dateur ne traine dans les environs. Les animaux ne fuient pas mon approche non plus. Mon pas est trop lĂ©ger pour leur faire peur, mĂȘme ce soir oĂč je me presse, poussĂ©e par lâangoisse.
La potion nâĂ©tait pas donnĂ©e, mais si elle fait effet, elle vaudra largement son prix.
Je sens le marais bien avant de distinguer les reflets de lâeau. Je connais des chemins sĂ»rs dans le sol spongieux, de quoi Ă©viter de marcher dans lâeau putride et pleine de sangsues. La nuit, tout est plus risquĂ©, mais au moins je sais que je ne vais pas de faire de mauvaise rencontre. Par exemple, un voisin indĂ©licat. Si quelquâun savait ce que je viens faire ici⊠Non, ils ne comprendraient pas. Personne ne peut comprendre.
Sa taniĂšre est au cĆur du marĂ©cage, et dans son Ă©tat il y est sans doute tapi. Une fois arrivĂ©e je signale ma prĂ©sence avec un sifflement, pour ne pas lui faire peur. Je le connais depuis tout petit, mais il est vulnĂ©rable avec la maladie et pourrait vite se sentir en danger. Un coup de tentacule ou un jet dâĂ©pine est vite arrivĂ©.
Il me reconnaĂźt et laisse Ă©chapper un soupir misĂ©rable tout en tendant la tĂȘte hors de son trou. Je tends la main et caresse doucement ses Ă©cailles.
Il est toujours brĂ»lant. Le malĂ©fice ne lâa pas ratĂ©.
Je débouche la potion et sors une cuillÚre.
« Allez, bois ça, mon grand⊠ça devrait te purifier.
Avec un rĂąle outrĂ©, il dĂ©tourne la tĂȘte. Jâinsiste :
â Oui, je sais que ça sent la bĂ©nĂ©diction, quâest-ce que tu crois ? Ăa va faire un peu mal, mais tu en as besoin ! Câest un sortilĂšge trĂšs puissant qui tâa frappé !
Je ne suis pas sĂ»re quâil me comprenne, mais au moins autant quâil sente au son de ma voix que je suis sĂ»re de moi. DâaprĂšs le mage, il lui faudra au moins trois cuillĂšres de potion, Ă renouveler au bout de six heures. Je suis bonne pour passer la nuit ici. Et encore, sâil coopĂšre.
â Oui, ouvre la bouche, il faut boire⊠Allez⊠une cuillĂšre pour mamanâŠ
Ses dents fines comme des aiguilles sâentrouvent Ă peine assez pour que je glisse le bout de la cuillĂšre et que je verse le liquide. Un nouveau rĂąle indignĂ© retentit. Câest sans doute aussi mauvais que ça en avait lâair.
Je prends le temps de le caresser et de lâencourager. Mon brave grand monstre des marais. Ăa me fend le cĆur de le voir dans cet Ă©tat.
â Tout va bien⊠Tout va bienâŠÂ »
Peu Ă peu, il se calme. Mais garde la bouche farouchement fermĂ©e. Ses grands yeux globuleux mâindiquent fermement quâune fois, ça suffit.
Je soupire. La nuit va vraiment ĂȘtre longue.
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Parfaite
DĂ©fi dâĂ©criture 30 jours pour Ă©crire, 20 aoĂ»tÂ
ThĂšme : aujourdâhui jâai vu/peinture Ă lâhuile
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Aujourdâhui, jâai vu une vieille peinture Ă lâhuile Ă la brocante. Et je lâai achetĂ©e.
Câest seulement aprĂšs coup, quand le vendeur lâa emballĂ©e dans un papier protecteur, que je me suis demandĂ© pourquoi jâavais fait ça.
Je veux dire, il y en a des milliers, de vieilles croĂ»tes, dans les brocantes. Câest pratiquement leur habitat naturel. LĂ -bas et chez les personnes ĂągĂ©es, et elles passent de lâun Ă lâautre sans sâarrĂȘter par ma maison, en temps normal. Quâest-ce qui mâa pris de mâarrĂȘter Ă ce stand ? Et pire encore, dâacheter de la dĂ©coration sans rĂ©flĂ©chir ?
Ce nâest pas mon genre dâĂȘtre aussi impulsif, surtout en ce qui concerne mon chez-moi. Je vis dans un appartement minimaliste, et câest volontaire. Les quelques touches de couleur sont trĂšs soigneusement choisies et installĂ©es Ă des endroits stratĂ©giques pour un maximum dâeffet. OĂč est-ce que je vais bien pouvoir la mettre, cette toile ?
Dâailleurs, pendant que je repars avec mon achat sous le bras, jâai dĂ©jĂ du mal Ă me rappeler ce quâelle reprĂ©sente. Ou mĂȘme quelle est sa couleur dominante. Elle avait un thĂšme, ça câest certain. Ce nâĂ©tait pas abstrait. Mais câĂ©tait quoi au juste ? Un personnage, un paysage, une nature morte ? Jâen garde la vague idĂ©e de quelque chose de maritime⊠Ce qui est ridicule. Jamais ça ne pourra aller avec le reste de mon salon !
Ce trou de mĂ©moire ridicule mâagace de plus en plus et je finis par mâarrĂȘter dans une rue tranquille avant dâarriver Ă la maison. Il y a bien dĂ» avoir quelque chose, sur cette toile, pour me convaincre de lâacheter ! Je la pose au sol, contre un immeuble, et entrouve dĂ©licatement le papier.
Au premier coup dâĆil, je me rappelle de tout.
Câest une peinture de sirĂšne. Bien sĂ»r. Comment ai-je pu oublier ? Elle ressemble Ă lâamour de ma vie. A tous les amours de ma vie. Tous Ă la fois. Elle est absolument parfaite, et pouvoir la contempler chaque jour me comblera de joie, câest certain. Oui. ParfaiteâŠ
Le doute me reprend dĂšs que je referme le papier.
Mais non. Je lâai achetĂ©e, je lâai mĂȘme re-vĂ©rifiĂ©e, elle a vraiment quelque chose de particulier, cette peinture. MĂȘme si je nâarrive plus Ă mettre le doigt dessus exactement.
Je me débrouillerai bien pour lui trouver une petite place quelque part.
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Le Plus Gros Fruit Que Le Monde Ait Connu
DĂ©fi dâĂ©criture 30 jours pour Ă©crire, 19 aoĂ»tÂ
ThÚme : éveil/donner un nom à un arbre
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Une fée, ça nait dans une fleur.
Celle-ci sâest Ă©veillĂ©e dans le tronc dâun arbre. Un vieux hĂȘtre, tordu et plein de mousse. Son tronc est noueux, trouĂ©, un havre pour tous les petits animaux qui se cherchent un abri moelleux dans la forĂȘt.
La fĂ©e prend le temps de se glisser hors du tronc et de grimper le long de son Ă©corce avant de dĂ©ployer dĂ©licatement ses ailes, les faisant sĂ©cher au soleil. Elle qui vient Ă peine de naitre ne sait rien du monde ni de la magie, mais son instinct lui dit que quelque chose est Ă©trange ici. Elle est bien plus grande quâelle nâaurait dĂ». Plus puissante aussi. Et dĂ©finitivement plus verte.
Elle ne sait pas exactement ce quâelle aurait dĂ» ĂȘtre, mais elle sait quâelle ne lâest pas.
Enfin, peu importe. A pas dĂ©licats elle avance sur une branche et sâinstalle confortablement parmi les feuilles. Encore un peu de soleil, câest si bon.
Sa longue langue creuse se dĂ©roule et va sâenfoncer dans les bourgeons tendres pour pomper un peu de sĂšve. Pas mauvais. Mais encore une fois, ce nâest pas exactement comme ça que ça aurait dĂ» se passer. DĂ©jĂ , tout ceci manque de sucre. Ensuite, se nourrir nâest pas assez facile. Elle met du temps avant de se caler correctement lâestomac. Ensuite seulement elle prend le temps de vraiment regarder son environnement.
A prĂ©sent quâelle est Ă©veillĂ©e, elle ne se rendormira plus jamais. Elle veillera sur sa fleur jusquâĂ ce quâelle fane, puis en crĂ©era un fruit, avant de faner Ă son tour. Sauf que cette fleur lĂ , câest un arbre. Autant dire quâĂ lâĂ©chelle des fĂ©es, câest une fleur absolument gigantesque, mĂȘme pour une fĂ©e dâune taille plus que gĂ©nĂ©reuse. En faire un fruit va demander un travail colossal.
La fĂ©e tapote lâĂ©corce de sa nouvelle maison. Ce nâest pas grave si câest long. Au contraire, passer plus de temps ensemble sera trĂšs agrĂ©able. Cet arbre lui plait beaucoup.
Elle lui annonce : « Tu vas tâappeler Le Plus Gros Fruit Que Le Monde Ait Connu !»
Le hĂȘtre ne rĂ©pond pas.
Elle prend ça pour un oui et se met Ă lâouvrage.
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Perspectives
DĂ©fi dâĂ©criture 30 jours pour Ă©crire, 18 aoĂ»tÂ
ThĂšme : les extraterrestres/les murs      Â
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Jâavance lentement dans le couloir, marquant discrĂštement mon passage par une rainure de lâongle du pouce dans lâĂ©paisse tapisserie des murs. Vu de lâextĂ©rieur, on croirait que jâeffleure simplement le mur comme pour mieux me guider. Enfin je lâespĂšre.
Le labyrinthe est changeant. Ăa, jâen suis persuadĂ©. Mais la façon dont il change doit avoir une logique. Une fois que je lâaurais apprĂ©hendĂ©e, je pourraisâŠ
La perspective de mon évasion est presque douloureuse à ce stade.
Jâignore pourquoi je suis ici. Jâignore ce quâest cet endroit. Jâignore sâil a une fin. Jâignore ce quâil y a au-delĂ .
Tout ce que je sais, câest que je suis seule, et que je refuse de rester ici.
Il y a pourtant tout ce quâil faut. Le labyrinthe est une sorte de grand manoir aux nombreux Ă©tages, rempli de piĂšces farfelues mais intĂ©ressantes reliĂ©es par dâimmenses couloirs et des escaliers interminables. On y trouve tout ce quâil faut pour vivre et mĂȘme plus encore â des chambres, des salles de bain, des cuisines, des salons, des bibliothĂšques, des salles de jeu, des serres, des celliers, des greniers, des cabanes de jardin⊠Tout, sauf un sens Ă ce qui se passe.
Et les murs bougent. Je nâai jamais rĂ©ussi Ă les voir ni les entendre bouger, mais les piĂšces changent dâemplacement dĂšs que je les quitte du regard, mĂȘme lorsque je veille Ă laisser la porte ouverte.
Toutes mes tentatives pour dĂ©crypter le labyrinthe ont Ă©tĂ© effacĂ©es, que ce soit des flĂšches tracĂ©es au feutre, des signes gravĂ©es au couteau dans le platre, et tous les plans que jâai tentĂ© dâĂ©tablir, mĂȘme celui dessinĂ© sur ma propre peau. Je trouve beaucoup de matĂ©riel ici, jâai mĂȘme trouvĂ© un atelier dâartiste oĂč jâai rĂ©cupĂ©rĂ© flacon dâencre de chine dans mon immense besace. Mais tĂŽt ou tard, il faut toujours que je finisse par dormir. Et Ă mon rĂ©veil, tout a disparu.
Je retente ma chance en misant sur la discretion. Je pense quâun maitre du jeu sadique est Ă lâĆuvre, guettant le moindre de mes mouvements. Sâil ne se rend pas compte que je trace mon chemin, il nâeffacera pas mes traces, nâest-ce pas ? Mes marques dâongle sont si lĂ©gĂšres que jâai moi-mĂȘme du mal Ă repĂ©rer du bout des doigts lâinfime infractuositĂ© quâelles laissent sur la tapisserie. Personne dâautre ne pourra sâen apercevoir, non ?
Je ne vais pas tarder Ă le savoir de toutes maniĂšres. Je nâai pas croisĂ© de cuisine ni de chambre depuis longtemps, mais jâarrive dans un salon gris oĂč un canapĂ© ornĂ© dâun plaid moelleux feront parfaitement lâaffaire. Il est temps de faire Ă©tape. Je sors de mon sac ma gourde dâeau et le sandwich que je me suis fait dans la derniĂšre cuisine, ainsi quâune barre chocolatĂ©e protĂ©inĂ©e trouvĂ©e dans une salle de gym â les protĂ©ines câest bon pour les forces, et le chocolat câest bon pour le moral. Une fois mon bivouac terminĂ©, je mâallonge sur le canapĂ© et me laisse couler dans le sommeil.
Au dĂ©but, jâessayais de me cacher pour dormir. Je ne me sentais pas assez en sĂ©curitĂ©, dans cet endroit inconnu et incomprĂ©hensible. Maintenant, jâai presque envie que quelquâun mâattaque. Au moins il y aurait quelquâun. Et je garde un couteau de boucher sous mon oreiller.
Une fois de plus, la nuit a été paisible.
Au rĂ©veil, je me prĂ©cipite dans le couloir. Il semble parfaitement identique Ă celui dâhier, mais ça ne veut rien dire. Je tĂąte le murâŠ
Rien. Il nây a plus la moindre trace laissĂ©e par mes ongles.
Je me laisse tomber au sol.
Ce nâĂ©tait pas volontaire. Câest juste arrivĂ©. Comme si jâĂ©tais un pantin dont on avait coupĂ© les fils. Comme si jâĂ©tais trop Ă©crasĂ©e par la rĂ©alitĂ© pour tenir encore debout.
Je suis perdue. Encore.
Je laisse un hoquet mâĂ©chapper, moitiĂ© rire, moitiĂ© sanglot. Je pense que je perds la tĂȘte. Câest peut-ĂȘtre ça le but, non ? Me faire prisonniĂšre pour mieux me regarder sombrer lentement dans la folie ?
Et bien quâils regardent ! Je laisse Ă©chapper un rire rauque, sombre et remplit de larmes autant que de libĂ©ration. Quâils regardent et quâils Ă©coutent ! Câest fait, je suis folle ! Vous mâavez brisĂ©e ! Vous ĂȘtes contents, au moins ? Contemplez votre Ćuvre et savourez !
Seul le silence me répond.
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Jâignore combien de temps a passĂ©. Mais jâai faim. Et soif.
Alors je repars.
La folie ne me sortira pas dâici.
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Le scientifique zĂ©lien consulte les donnĂ©es vitales de lâhumaine, trĂšs inquiet. Il ne sait plus quoi faire pour la satisfaire. Toutes les piĂšces de lâenclos sont strictement identiques aux logements de rĂ©fĂ©rence qui ont Ă©tĂ© soigneusement scannĂ©s sur Terre, toutes les dĂ©gradations quâelle inflige aux murs sont mĂ©ticuleusement rĂ©parĂ©es, elle nâest jamais en contact avec le moindre indice lui indiquant quâelle nâest plus sur Terre⊠et pourtant, sa santĂ© mentale ne cesse de se dĂ©grader.
Il espĂ©rait quâen modifiant rĂ©guliĂšrement son environnement, ça lui donnerait assez de stimulation cognitive pour quâelle accepte lâenfermement de lâenclos, mais non. En mĂȘme temps, tous les humains qui ont Ă©tĂ© enfermĂ©s dans une structure fixe ont finit par trouver le dernier mur de leur enclos et se sont ruinĂ©s la santĂ© pour le percer, donc ce nâest pas la solution non plus. Quand Ă les mettre en groupe, câest pire encore : la moitiĂ© du temps ils sâentretuent, lâautre moitiĂ© ils mettent au point des moyens terriblement destructeurs de ruiner leur propre enclos.
Sauver lâespĂšce de lâextinction risque dâĂȘtre plus compliquĂ© que prĂ©vu.
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