Câest la bibliothĂšque municipale. Jâai entendu dire que lâon peut y entrer gratuitement. Mais comment faut-il faire ? âŠBah ! Je verrai bien. Je me dirige vers lâimmeuble. Jâouvre une grande porte et me trouve dans une large salle que jâose Ă peine regarder. Un employĂ©, me voyant embarrassĂ©, mâexplique quâil faut remplir une fiche dâentrĂ©e. Jâinscris sur un bulletin vert mon nom, mon adresse, ma profession. AprĂšs quoi, essayant de faire le moins de bruit possible avec mes gros souliers, je me dirige vers le fond de la salle oĂč des gens cherchent dans un grand fichier le titre du livre dĂ©sirĂ©. Je suis intimidĂ©. Je nâose pas manipuler tous ces cartons avec mes grosses mains gonflĂ©es dâengelures. Je comprends bien quâil y a un classement par noms dâauteurs allant de A Ă Z, mais lequel prendre, lequel choisir ?âŠIl y en a trop. Je cherche un moment, puis, pour ne pas rester trop longtemps devant ce grand casier, je me dĂ©cide Ă inscrire sur le carton un titre qui me plaĂźt. Je nâai plus le porte-plume de lâemployĂ©. EmbarrassĂ©, je sors de ma poche de cĂŽtĂ© mon crayon rouge de charpentier et de lâĂ©criture la plus fine possible, je mâapplique Ă transcrire les rĂ©fĂ©rences. Je dois ensuite traverser la salle pour me faire donner le livre. Jâai lâimpression que tout le monde me regarde comme lâhomme des cavernes, sans doute Ă cause de mon pantalon large de velours tout rapiĂ©cĂ© et de ma gaucherie. Jâai honte, je sens mon ignorance : je suis rĂ©voltĂ©.
Benigno CacérÚs, La rencontre des hommes, 1984













