Conrad Gessner - le père de la bibliographie
Exemple accompli de l’esprit total, de l’humaniste polygraphe, de l’érudit assoiffé de savoir, Conrad Gessner est souvent regardé comme le père de la bibliographie. Docteur en médecine, naturaliste, pionnier de l’alpinisme, ayant écrit aussi bien sur la minéralogie que sur la zoologie, sur la philologie que sur la théologie, il poursuit et prolonge l’activité de recensement du savoir entreprise par ses prédécesseurs, notamment le bénédictin Johannes Trithemius (1462-1516) qui publie, en 1494, la première bibliographie imprimée.
Pour la première fois, Gessner élabore une bibliographie générale et universelle, qui ne se restreint ni à un seul sujet, ni à une seule aire linguistique : sa Bibliotheca Universalis (1545-1549) inventorie, en une somme de 1 200 pages, environ 10 000 ouvrages publiés en latin, en grec, en hébreu. Sa “bibliothèque” (le terme équivaudra longtemps, au moins jusqu’à la fin du XVIIIe siècle, à notre “bibliographie”) se veut aussi analytique : y figurent des éléments permettant d’identifier des éditions précises (la ville d’impression, le format, le nombre de feuillets y sont mentionnés), mais aussi des détails sur le contenu de chaque ouvrage.
Universelle, cette Bibliothèque l’est aussi parce qu’elle permet à chacun de s’en servir pour classer sa propre bibliothèque : Gessner précise ainsi qu’il est possible d’annoter la bibliographie avec son propre système de notes et de cotes dans les espaces blancs. Enfin, l’ouvrage est complété par les Pandectae, un index thématique de 30 000 entrées, qui allait servir, pour les siècles à venir, de modèle pour les pratiques du catalogage et de l’indexation.









