Il y aura toujours des champs de maïs dans mon cœur quand je penserai à la maison. Celle où j'ai grandi en était entourée. Les champs de maïs sont aussi les paysages de film d'horreur que je préfère. Sûrement parce qu'ils sont à la fois étranges et familiers. Le maïs c'est une plante bizarre, mais alors vraiment bizarre, qui ressemble à un grand os sur lequel poussent des molaires bien rangées en épi au milieu de feuiles longues et tranchantes comme des rasoirs. Alignez-en des milliers et vous entrez dans un monde alien, inquiétant et malaisant. C'est là que je jouais quand j'étais enfant.
Je me demande souvent ce que ça raconte d'avoir de l'attachement ou une sorte de fascination pour ces paysages qui sont ceux de la destruction du monde par l'économie de plantation. Je pense que ça dit qu'on ne peut faire autrement que de nourrir de l'attachement au monde qui nous entoure, même s'il est toxique et qu'il nous détruit. Nos corps absorbent tout. Il y a là-dedans une beauté qui me cloue sur place. Il y a aussi une terreur: saura-on défaire l'attachement à ce qui nous détruit? C'est une histoire de trauma et de beauté. C'est la vie devant nous et partout ailleurs.
Film: kodak ultramax 400
Montardon, Janvier 2026
















