Journal du carnet retrouvé
11. 09. 2019
Les Français ont battu les Américains au Mondial de basket, en Chine.
Je finis Sur les falaises de marbre, de JĂŒnger, que Gracq admirait tant. Je veux bien saluer la virtuositĂ© des images et la « connaissance du monde » (astuce Ă©thique ?) qui en transparaĂźt ; mais mon admiration est froide, marmorĂ©enne. Jamais je ne mâimmerge dans ce rĂ©cit si bien ornĂ© que jâai lâimpression, Ă le lire, de suivre du doigt un motif en relief sur une porcelaineâŠ
Pour noter ce qui mâa marquĂ© dans EugĂ©nie Grandet, il faudrait que jâaie le livre sous la main ; mais je me souviens dâun romanesque exacerbĂ©, et dâune structure intĂ©ressante, qui mĂ©riterait dâĂȘtre schĂ©matisĂ©e (ce besoin toujours de dĂ©sosser pour comprendre). IntĂ©ressant usage de la fonction dĂ©ictique du titre, car on pourrait croire sans cela que le vĂ©ritable hĂ©ros du livre est le pĂšre Grandet, dont la rouerie est une source de rĂ©jouissance. De lâargument du livre, on pourrait dâailleurs tirer une piĂšce de boulevard facile : la fille qui hĂ©rite des terres, les deux familles concurrentes qui veulent placer leur poulain, le cousin qui dĂ©barque dans ce jeu de quilles pour tout y chambouler⊠Et quand la littĂ©rature, je ne dis pas sâinvite mais sâengouffre dans ce scĂ©nario bien ficelĂ©, câest un vĂ©ritable festival. Balzac rĂ©gale, comme dirait un commentateur sportif.
13. 09. 2019Â
Jâai dĂ©jĂ trĂšs envie de commencer Ă Ă©crire mon roman mais je sais comme le premier mot posĂ© entraĂźne son lot de deuils.
15. 09. 2019
DrĂŽle de douleur Ă lâĂ©paule qui devient intercostale hier soir, difficultĂ©s Ă respirer, je me bourre de codĂ©ine, impossible de dormir⊠Jâai fait un faux mouvement lâautre soir, câest trĂšs probablement ça ; mais si je vois lĂ une rĂ©action hystĂ©rique, serait-ce ma crainte de ne pas ĂȘtre Ă la hauteur ? de ne pas « avoir les Ă©paules » ?
En perspective de mon dĂ©part de la rue F.-D., jâenvisage de vendre un certain nombre de livres que je trouve mauvais ou inutiles ; F.-H. me conseille de passer par lâapplication Momox qui permet de scanner ses livres pour connaĂźtre leur prix dâoccasion. Cette dĂ©marche suscite une libido chez moi. Un dĂ©sir de mâallĂ©ger, de couper dans mes impedimenta. DĂ©sir : devenir spore (rĂȘve de fĂ©condation ?). Que je contienne toute « lâinformation » nĂ©cessaire et puisse pourtant voyager partout. M. a ce rĂȘve aussi, je crois, il vit avec quelques livres et quelques vĂȘtements. SchĂ©matisĂ©e, ma prĂ©occupation ressemble Ă une configuration frĂ©quente dans les jeux de plate-forme :
Je ne crains pas le temps qui sâĂ©coule.
17. 09. 2019
Ma volontĂ© dâĂȘtre spore fait Ă©cho fortement Ă ma prĂ©occupation de la simplification â des idĂ©es qui prennent une forme exportable, des schĂ©mas qui ont atteint leur taux maximal de⊠minimalisme â moi aussi, je voudrais me simplifier, mâallĂ©gerâŠ
Roman. Raconter les frasques de P. mâexposerait Ă un vrai problĂšme narratif, qui est de rĂ©sister Ă la tentation de lâempilement, tentation Ă laquelle jâavais cĂ©dĂ© dans le chapitre « InstantanĂ©s de Dragan » de mon dernier roman. Cette juxtaposition dâidĂ©es numĂ©rotĂ©es, je puis bien la dissimuler sous les oripeaux de lâexpĂ©rimental, la revendiquer, je vois bien quâelle sonne comme un refus de trancher, comme lâĂ©talage dâun matĂ©riau qui demande encore Ă ĂȘtre fondu â de la littĂ©rature en kit ! Et en mĂȘme temps (pour me dĂ©fendre) : une idĂ©e qui naĂźt toute seule, dans son coin, nây a-t-il pas quelque chose de mauvais Ă vouloir la faire participer contre son grĂ© Ă un flux, un enchaĂźnement ? (Je sens bien quâil y a un reliquat Ă©thique dans cette prĂ©occupation, que je ne parviens pas Ă liquider.) En somme, lâagencement des parties est toujours le problĂšme esthĂ©tique majeur Ă mes yeux.










