Le Dehors, câest lâintime vent, court, vif, qui flue au fond de nos tripes. Il circule en nous, il serpente entre tous nos atomes de matiĂšre, accĂ©lĂšre, dĂ©cĂ©lĂšre, jaillit, donne du rythme, agite ! Et la matiĂšre cherche Ă le calmer, Ă le mettre en cellule, veut le bloquer, le fait buter. Elle fixe. Elle assigne. Si elle bouge, câest comme le sang, par les rĂ©seaux Ă©tablis. Alors que le Dehors, qui vient de nulle part, eh bien va partout, court-circuite les rĂ©seaux, il lie ce qui ne lâa jamais Ă©té : les reins aux seins, la bouche aux mains, les mains au monde... Il nous aĂšre. Il nous troue le ventre, le cĆur. Creuse le crĂąne. Et Ă chaque fois quâun vide se fait, que ça se dĂ©chire du dedans pour sâouvrir, mĂȘme un tout petit peu, alors passe un vent, quelque chose fuit, qui fait appel dâair, ça vit. Ce que je viens chercher ici, câest cette sensation que lâespace prolifĂšre en moi, comme un cancer qui fera sa propre place, avec de lâair. Le Dehors entre, mâouvre, il mĂ©tĂ©orise, il oxygĂšne et ainsi se forme la pensĂ©e, ainsi la sensation, lorsquâelle est neuve ou inouĂŻe.
Alain Damasio, la Zone du Dehors, Paris, Gallimard, 2014 [2001], p. 30.











