« Consuelo, Consuelo, je ne savais pas imaginer une maison sans toi, une vieillesse sans toi, une soirée d’hiver sans toi. Consuelo je vous remercie du fond de ma poitrine, de mon coeur, de ma moelle d’avoir si fort tenu à moi, de vous être cramponné à moi comme un petit crabe têtu. Ô consuelo sans vous je n’aurai jamais pu vieillir. Vous perdre et je mourrai. Consuelo vous m’avez sauvé la vie en refusant de vous séparer.
Bien sûr mon abricot vous m’avez tellement fait mal. Si souvent. Si fort. Mais comme tout cela est bien oublié. Et je ne sais plus me souvenir que du mal que je vous ai fait. Consuelo de vos larmes. Consuelo de vos nuits solitaires. Consuelo de vos attentes. Consuelo je n’aime que vous au monde et je vous remercie d’avoir su que je vous aimais.
Consuelo j’ai besoin de vous à cheveux blancs, près de moi, pour mourir. Consuelo mon éternité. Consuelo que Dieu m’a donnée puisque nous sommes mari et femme. Consuelo d’un même corps. Consuelo dont je ne sais plus me passer dans le sommeil. J’étais, Consuelo, capitaine de ton sommeil. Et maintenant que je suis vieux je sais que je n’ai pas connu plus belle aventures que les juifs à franchir ensemble vers le cadeau de Dieu du jour, ô mon petit gars de mes larmes, de mes attentes, de nos réveils, mais aussi de mes nuits bien contre toi comme dans un creux de houle, le même pour toujours, où je trouvais une vérité vai profonde que je crie au secours maintenant que je suis seul pour dormir.
Je suis vieux, orphelin, sans sœur aimée et sans enfant, vous me manquez de toutes les façons du monde. J’ai peur pour vous, j’ai peur pour moi, j’ai peur du nombre des étoiles et de la nuit et de la mer et des révolutions et des guerres et de l’oubli, je préfère mourir bien vite, bien vite plutôt que de ne pas savoir où vous trouver. Je suis trop vieux pour courir, trop pour attendre le soir, trop vieux pour ausculter tous les bruits de la ville, de ma fenêtre, quand vous tardez, trop vieux pour vous perdre, fût-ce une heure, parmi les millions et les millions d’habitants de cette saloperie de planète où l’on est à attendre tellement malheureux.
J’ai besoin tout de suite d’un paradis où tout soit sûr. Qui est inchangeable pour l’éternité. Où l’inflexion de votre voix ne change plus, ne menace plus de changer. Où vous soyez plus distraite et mobile et embrouillée. Ma moisson d’or, j’ai besoin, tellement besoin d’être engrangé auprès de vous, d’être rentré. J’en ai assez la bien aimée de toutes les pluies du dehors, de toutes les foules, de tous les hommes, de toutes les femmes, j’ai besoin d’être un avec toi pour me reposer. »
Antoine de Saint-Exupéry à Consuelo