Certaines questions ne datent pas dâhier. Le vignoble bordelais est confrontĂ© depuis belle lurette Ă la concurrence des autres rĂ©gions productrices. En France, les vins du Languedoc, entre autres, savent sĂ©duire lâamateur avec leur variĂ©tĂ© de saveurs et leurs tarifs. Ă lâĂ©tranger, la bataille est rude avec les Italiens, les Espagnols, les Chiliens⊠Surtout quand des marchĂ©s aussi importants que le Royaume-Uni ou les Ătats-Unis imposent ou sâapprĂȘtent Ă mettre en place des droits de douane Ă©levĂ©s sur les vins français. Et puis, Bordeaux souffre parfois dâune forme de dĂ©samour qui se traduit par une prĂ©sence moins nette sur les cartes des restaurants. Autant de soucis exacerbĂ©s par la crise actuelle. Le vignoble doit sâadapter maintenant et sans plus attendre Ă un monde en pleine mutation. Bordeaux doit prendre en compte les attentes et les goĂ»ts de la nouvelle gĂ©nĂ©ration dâamateurs de vin. En choisissant les bonnes options, les chĂąteaux pourraient mĂȘme sortir renforcĂ©s de cette crise majeure. 1 - Toujours plus bio En Europe du Nord, en Suisse, en France en particulier, lâamateur de vin ne veut plus prendre de risques avec sa santĂ© en buvant un vin qui, croit-il, risquerait de le rendre malade. La limitation drastique, voire la suppression des traitements phytosanitaires et des produits cancĂ©rigĂšnes, mutagĂšnes et neurotoxiques, est Ă lâordre du jour. MalgrĂ© les difficultĂ©s climatiques propres Ă la rĂ©gion, la culture bio, et parfois biodynamique, devraient gagner du terrain Ă Bordeaux. 2 - Le boom de lâe-commerce Toutes les plateformes dâe-commerce de vin ont profitĂ© de la crise pour recruter de nouveaux clients et se dĂ©velopper. Ce secteur devrait exploser dans les annĂ©es Ă venir, en France, bien sĂ»r, sous lâimpulsion des grands acteurs du secteur viticole et de la grande distribution, comme Ă lâĂ©tranger, notamment en Chine avec des plateformes comme JD.com, Alibaba, TMall, Taobao. 3 - La dĂ©gustation Ă distance Le principe est simple : le producteur envoie des Ă©chantillons de ses vins aux amateurs. Tous le dĂ©gustent ensemble, par Ă©cran interposĂ©. Le concept, rendu possible grĂące aux outils de visioconfĂ©rence, obtient un vrai succĂšs auprĂšs de tous ceux qui dĂ©sirent approfondir leur connaissance du vin. Petits et grands producteurs qui investissent dans cette voie Ă©largissent leur audience de façon spectaculaire. Les consommateurs sont ravis de pouvoir Ă©changer avec le vigneron. 4 - Un discours Ă renouveler Le discours des chĂąteaux, qui reposait souvent sur le prestige, lâhĂ©ritage, les dynasties familiales et la performance technique, pourrait ĂȘtre revu et adopter opportunĂ©ment les thĂ©matiques de la culture bio et de la proximitĂ© du vigneron avec son terroir, sa vigne. Car lâamateur de vin va ĂȘtre Ă la recherche dâhistoires tournĂ©es vers le dĂ©veloppement durable, le respect de la nature, la santĂ©, et vers lâartisanat, ce que les Anglo-Saxons appellent le « craft ». Ce nouveau discours passe bien entendu par une digitalisation du message et une utilisation Âhabile des rĂ©seaux sociaux. 5 - La nouvelle organisation des primeurs La campagne des primeurs, durant laquelle les critiques du monde entier viennent dĂ©guster le dernier millĂ©sime, est un formidable coup de projecteur sur Bordeaux. Pendant un trimestre, le monde du vin se concentre sur la rĂ©gion. Ces derniĂšres annĂ©es, la campagne attirait des centaines de professionnels. La crise permet de repenser ce systĂšme et les chĂąteaux pourraient Ă lâavenir recevoir moins de gens, mais dans de meilleures conditions. Les propriĂ©taires seraient aussi appelĂ©s Ă se dĂ©placer vers les diffĂ©rents marchĂ©s (au Royaume-Uni, en Allemagne, aux Ătats-Unis, en ChineâŠ) pour prĂ©senter leur dernier millĂ©sime. Une petite rĂ©volution. 6 - Des prix plus justes
Pour certains, le problĂšme majeur de Bordeaux est liĂ© Ă celui du prix des bouteilles. En primeurs, les tarifs de mise en marchĂ© seraient trop Ă©levĂ©s. Mais bon nombre de chĂąteaux ne voudraient jamais dĂ©valuer le dernier millĂ©sime, mĂȘme lorsque sa qualitĂ© est discutable. Et puis, chacun aime que son vin soit un brin plus cher que celui du voisin. Certains avancent que la crise actuelle pourrait ĂȘtre une opportunitĂ© dâajuster, voire de baisser les prix sans perdre la face. Une baisse rĂ©soudrait aussi la question des stocks, aujourdâhui importants, qui sont, eux aussi, en partie liĂ©s aux prix trop Ă©levĂ©s des primeurs chaque annĂ©e. Enfin, des prix doux permettraient aux vins de Bordeaux de sĂ©duire de nouveau un public jeune, en France comme Ă lâĂ©tranger. En rĂ©ponse Ă cela, dâautres pensent a contrario quâune baisse serait contre-productive et soulignent que les prix des bordeaux sont trĂšs raisonnables par rapport Ă ceux des autres grands vignobles du monde. Qui a raison ? Qui a tort ? Le ralentissement actuel de la demande des marchĂ©s amĂ©ricains et chinois servira sans doute de juge de paix. 7 - Les « petits bordeaux » en danger LâinquiĂ©tude est bien rĂ©elle Ă propos des « petits bordeaux », ces vins issus dâappellations secondaires, des caves coopĂ©ratives, vendus en vrac ou Ă 3,50 ⏠la bouteille. Leur avenir semble compromis quand le consommateur contemporain boit moins et mieux. Il sera difficile pour ces vins dâinvestir dans le marketing et la communication alors que leurs marges sont encore Ă©rodĂ©es par la Âcrise actuelle. Lâavenir des milliers de personnes qui travaillent dans le secteur est sans doute un sujet politique, comme le fut celui de la sidĂ©rurgie dans lâest de la France dans les annĂ©es 1980. Sensible.
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