Témoignage de Romain, ancien guide musher, sur le sort des chiens de traßneau dans le Grand Nord
« Je m'appelle Romain, comme beaucoup de gens, j'aime les animaux et en particulier les chiens, j'adore l'aventure, les voyages. Parmi les régions du monde que j'ai visitées, j'ai passé pas mal de temps dans le Grand Nord Européen, comme travailleur puis comme voyageur vagabond.
(Romain et Mushroom, © DR)
J'aimerai vous parler de Mushroom, un husky sibĂ©rien Ă la fourrure trĂšs claire et aux yeux bleus. Il s'agit lĂ de mon protĂ©gĂ©, que j'ai ramenĂ© en France il y a quelques mois. Mushroom Ă©tait mon chien prĂ©fĂ©rĂ© dans la compagnie touristique oĂč je travaillais comme guide musher (ndlr: conducteur de traĂźneau Ă neige tirĂ© par un attelage de chiens) Ă Kiruna au Nord de la SuĂšde. On s'entendait Ă merveille, il dormait souvent dans mon chalet la nuit et avait en quelque sorte un traitement de faveur. Mais cela n'est pas mauvais du tout dans le mĂ©tier. Sur les 150 chiens du chenil, câest assez bĂ©nĂ©fique d'avoir au moins un ou deux âchouchousâ.
(Hubble et Thunder, SuĂšde)
Cette compagnie pour laquelle j'ai travaillĂ© quelques temps - avant de rĂ©aliser que je n'avais rien Ă y faire - est spĂ©cialisĂ©e dans les tours en chien de traĂźneau. Câest une activitĂ© touristique trĂšs courante dans les rĂ©gions froides ou polaires, qui sans cela n'auraient plus grand chose pour ĂȘtre attractives auprĂšs du public. Le problĂšme est que ces fermes avec plus de 150 chiens commencent Ă s'apparenter Ă de vĂ©ritables exploitations. Il y a aussi en Laponie Finlandaise au Canada ou mĂȘme en Alaska, des fermes qui recensent parfois prĂšs de 500 chiens : de vĂ©ritables usines.
(Husky au traßneau, SuÚde)
Mushroom devait mourir d'une balle dans la tĂȘte dans la forĂȘt Ă cĂŽtĂ© de sa niche et finir dans un sac poubelle Ă la dĂ©chetterie. Dans les âfermes-usinesâ du Grand Nord, les chiens n'ont aucune valeur auprĂšs de la direction, si ce n'est l'argent qu'ils peuvent rapporter. Ainsi, il y a les vieux chiens de plus de dix ans qui sont tuĂ©s en fin de saison dĂšs lors qu'ils ne sont plus bons Ă rien, les chiens blessĂ©s lors des tours - ce qui arrive frĂ©quemment, et enfin les chiens qui sont tout simplement mauvais pour tirer un traĂźneau, un peu comme mon protĂ©gĂ©.Â
(Chiens sibériens au traßneau, Laponie Finlandaise)
La compagnie dans laquelle je travaillais est loin d'ĂȘtre la seule Ă agir ainsi et surtout, la loi l'autorise : pas besoin d'aller chez le vĂ©tĂ©rinaire, celui qui possĂšde une bonne carabine et un permis pour son calibre peut s'improviser tueur de chiens en plus de son activitĂ© professionnelle.
En NorvĂšge, j'ai aussi connu un guide de la compagnie Explore the North qui tuait Ă chaque fin de saison 15 voire 20 chiens pour pouvoir accueillir de nouvelles portĂ©es. Evidemment, si vous allez voir le site de la compagnie, vous pourrez lire que les huskys sont bien aimĂ©s, traitĂ©s avec grand soin... Pur mensonge que lâon ne dĂ©couvre quâen travaillant un certain temps sur place, vous pensez bien que tout cela est cachĂ© aux touristes. C'est exactement le mĂȘme type de mensonges qui sont racontĂ©s sur le site de la compagnie suĂ©doise oĂč j'ai exercĂ©, JukkasjĂ€rvi VildmarksTurer, et qui sâapprĂȘtait Ă tuer Mushroom.
(Charlie, chiot husky dâAlaska, SuĂšde) Â
Aujourdâhui, Mushroom a Ă©tĂ© rebaptisĂ© Miko et vit en France comme un bienheureux. GrĂące aux rĂ©seaux sociaux, jâai rĂ©ussi trĂšs rapidement Ă lui trouver une famille adoptive pour lui Ă©viter la mort. AprĂšs lui avoir fait ses papiers, un passeport et mis Ă jour ses vaccins, je lui ai fait prendre lâavion avec moi pour quâil goĂ»te enfin Ă la libertĂ©.
RĂ©flĂ©chissez donc bien Ă votre prochain sĂ©jour dans ces rĂ©gions. Avant  de vous offrir un tour et de goĂ»ter aux joies du traĂźneau dans une nature sauvage et isolĂ©e, pensez Ă lâenvers du dĂ©cor et regardez bien la structure qui vous accueille : plus il y a de chiens et plus c'est l'usine. Sachez quâil existe aussi des structures de trĂšs bonne qualitĂ© dans le Grand Nord. Elles sont gĂ©nĂ©ralement de petite taille ce qui leur permet une bonne gestion et une vraie proximitĂ© avec leurs 40 Ă 50 chiens. PrivilĂ©giez donc ces petites compagnies, souvent plus onĂ©reuses mais vĂ©ritablement proches de leurs chiens. Les petits prix des âfermes-usinesâ sont Ă l'origine des dĂ©rives - liĂ©es Ă l'appĂąt du gain - et aboutissent logiquement Ă une maltraitance et Ă une vĂ©ritable exploitation animale, sans scrupule.Â
Témoignage de Romain Chautard, mise en forme par Constance Delamarre
Visuels © Romain Chautard