Lâenfant des fĂ©es
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Ăpisode 5
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Lâenfant des fĂ©es
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Ăpisode 5

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Odyssée
CircĂ©e lâavait pourtant prĂ©venu
Mais il était décidé de partir.
Alors, il réunit ceux qui avaient survécus,
Ses compagnons, dans leur dernier navire.
âŠ
Pendant que ses hommes ramaient,
Ulysse sâapprocha dâeux pour vĂ©rifier
Que leurs oreilles étaient bouchées de cire.
Puis, attaché au mat, il vit la mer bouillir.
âŠ
« Ta place est parmi nous !
Ta maison est ici ! » Chantaient-elles
« LibÚre tes chaines et rejoins-nous! »
Leur voix était si belle !
« Oui bel héros, rejoins-nous !
Oublie ta femme, oublie  ton fils !
Quitte ce bateau, viens avec nous !
Oh trÚs cher Ulysse ! »
âŠ
Lorsque les voix pénétrÚrent son esprit,
Il ne pouvait sâempĂȘcher dâĂȘtre rongĂ© par lâenvie
De se jeter Ă lâeau, et de tout quitter
Au risque de se faire entiÚrement dévorer.
âŠ
Ses compagnons sourds ne voulaient rien voir
Des femmes-oiseaux assises sur le rivage,
Ni des femmes-poissons cherchant à les émouvoir
En dansant sur la mer, et montrant leur beau visage.
âŠ
« Ta place est parmi nous !
Ta maison est ici ! » Chantaient-elles
« LibÚre tes chaines et rejoins-nous! »
Leur voix était si belle !
« Oui bel héros, rejoins-nous !
Oublie ta femme, oublie  ton fils !
Quitte ce bateau, viens avec nous !
Oh trĂšs cher Ulysse !Â
Oui bel héros, rejoins-nous !
Oublie ta femme, oublie  ton fils !
Quitte ce bateau, viens avec nous !
Oh trÚs cher Ulysse ! »
Alex@r60 â janvier 2026
Le contrat
Le bruit des vagues me rĂ©veilla. Je me retrouvai au bord dâune plage dĂ©serte et totalement inconnue. Petit-Ă -petit, je percevais des falaises pendant que la brume matinale se dissipait. Rien, personne ! Pas mĂȘme un goĂ©land ou une mouette dans le ciel ; encore moins de bateau Ă lâhorizon. Je me levai et dĂ©cidai sans raison de longer la mer.
LâĂ©cume se dĂ©versait sur le sable mouillĂ©, trempant mes pieds nus durant mon passage. Toutefois, je ne ressentais pas la froideur de lâeau. Jâessayais de me souvenir. Comment, jâĂ©tais arrivĂ© ici et pourquoi mes vĂȘtements Ă©taient dĂ©chirĂ©s de toute part. De temps en temps, jâobservais les dunes sur lesquelles de nombreuses herbes sauvages poussaient. Mais rien ne mâattirait vers ce lieu. Pas mĂȘme lâidĂ©e dây trouver un chemin ou une route : un endroit oĂč je trouverais de lâaide.
Je continuais de marcher sur la plage lorsquâun frisson envahit soudainement mon corps. Pourtant, il nây avait pas de vent, rien qui puisse expliquer les tressaillements de tout mon ĂȘtre. Je croisais les bras frottant Ă la fois mes cĂŽtes pour me rĂ©chauffer. Les manches de ma chemise, transformĂ©es en haillon, pendouillaient le long de mes cuisses. Les vagues continuaient de faire du bruit lorsque je vis au loin ce qui ressemblait ĂȘtre une silhouette.
Elle avançait avec lenteur dans ma direction. Elle paraissait noire alors quâelle Ă©tait vĂȘtue de blanc. Plus jâapprochais, plus je pouvais entendre un son aigu et strident. CâĂ©tait le grincement rĂ©pĂ©tĂ© dâun essieu. Et chaque pas de plus vers lâautre personne, ne faisait quâapparaitre une forme de charrette derriĂšre elle.
Je restai stupĂ©fait en la voyant approcher. CâĂ©tait une femme Ă la peau aussi blanche que sa robe. Elle portait contre son Ă©paule une faux. Elle marchait suivie par un cheval Ă lâapparence squelettique, et qui tirait une charrette vide. Je pouvais voir son visage blĂȘme, froid, vide de vie par ses joues creuse et deux trous noirs Ă la place des yeux. Elle marchait toujours. Bien que son apparence horrifie nâimporte qui, je ne sentais pas la peur mâenvahir. Je mâarrĂȘtai de marcher, jâattendais quâelle passe et continue son chemin. Mais une fois devant moi. Elle se figea avant de tendre son outil.
Au dĂ©but, je ne comprenais pas. Je lâobservais silencieusement. Jâattendais quâelle explique sa prĂ©sence. Mais elle restait le bras tendu, le manche de la faux entre ces doigts. Puis, elle se dĂ©cida de parler : « Tu sais pourquoi je suis lĂ Â ! ». Elle reposa son outil contre son Ă©paule. Elle pointa son index long et blanc vers une direction dans mon dos. Je me retournai et fus surpris de voir un corps allongĂ© sur la plage. A ce moment, je compris. CâĂ©tait moi !
JâĂ©tais parti pĂȘcher. Seulement, je ne fis pas attention aux prĂ©visions mĂ©tĂ©orologiques qui annonçaient une tempĂȘte. Enfin, je pensais avoir le temps dâune prise avant quâelle nâarrive au large des cĂŽtes. Mais ce ne fut pas le cas. Mon bateau sâest renversĂ© et je me suis retrouvĂ© dans la mer, Ă boire tasse sur tasse. Jâai finalement coulĂ©, abattu par la force des vagues et fatiguĂ©  par lâeau  froide. Mon corps sâest Ă©chouĂ© au petit matin.
Je ne savais pas que lâAnkou pouvait ĂȘtre une femme. Elle attendait patiemment en tendant de nouveau la faux. « Tu es le dernier mort de lâannĂ©e » dit-elle dâune voix glaciale. Dâailleurs, je pouvais voir une fumĂ©e se dĂ©gager de sa bouche lorsquâelle parla. « Alors, tu seras le collecteur des dĂ©funts pour cette nouvelle annĂ©e. Car telle est la loi dans ce monde ! ». Elle restait immobile Ă tendre la faux.
PoussĂ© par un geste inexplicable, je pris lâobjet. A ce moment, je vis mes mains se dessĂ©cher. Je sentis mon corps se changer. Je compris que je devenais Ă mon tour cet Ankou, le collecteur dâĂąmes, tant redoutĂ© en Bretagne. Je vis les lambeaux de tissus de ma chemise, de ce qui restait de mon pantalon tomber pour laisser apparaitre une tunique entiĂšrement blanche. Je remarquai la forme osseuse de mes membres. Et je savais ce que je devais faire.
Sans dire merci, je mâĂ©loignais du spectre qui sâeffaçait lentement. Le cheval qui tirait la charrette, me suivit. Il Ă©tait anormalement squelettique au point de nâavoir que la peau sur les os. DĂ©jĂ , je nâentendais plus les vagues de la mer. Il nây avait que le grincement de la charrette. Jâattendis que ma prĂ©dĂ©cesseur sâinstalle dedans avant de partir et lâemmener dans le monde des morts. Je marchais longtemps, ramassant au passage quelques esprits fraichement venus.
Toute lâannĂ©e, je me suis arrĂȘtĂ© devant les portes des maisons des dĂ©funts, sur les bords de routes oĂč eurent lieu des accidents mortels, sur les plages des noyĂ©s. Jâai marchĂ© sans me voir, devinant avoir perdu mon aspect humain pour un visage repoussant. Et toute lâannĂ©e, jâai conduit ces dĂ©funts vers ce que certains appellent le Paradis et dâautres lâEnfer ; quel que soit leur Ăąge, leur sexe ou la raison de leur dĂ©cĂšs. Je nâavais pas un mot, pas une compassion pour eux.
Ce soir, je me retrouve sur une plage. Ce nâest pas un noyĂ© mais une chute mortelle dâune falaise. Câest une jeune femme, amoureuse Ă©perdue qui ne supportait plus de souffrir. Elle semble hagard Ă se demander pourquoi elle ressent toujours de la vie. Seulement elle nâa pas encore vu son cadavre Ă ses pieds, derriĂšre elle. Elle attend. Elle vient de me voir et elle attend. Alors jâapproche lentement sous les grincements de la charrette. Le cheval que je nâai jamais entendu hennir marche toujours Ă ma cadence. Ses sabots ne font jamais de bruit non plus.
Elle attend toujours. Elle nâa pas peur de moi, malgrĂ© mon aspect lugubre. Ses cheveux noirs cachent la fracture de son crĂąne. Elle attend que jâarrĂȘte le chariot devant elle. Elle nâest pas surprise de me voir tendre la faux. Quâelle semble lĂ©gĂšre quand on la porte ! A bout de bras, elle est encore plus lĂ©gĂšre.
« Tu es la derniĂšre morte de lâannĂ©e, dis-je. Il te revient de me remplacer. ». Elle met un temps avant de prendre la faux. Sa mĂ©tamorphose nâest pas instantanĂ©e. La jeune femme se flĂ©trit doucement, surement. Dâune belle femme, elle devient un spectre dĂ©charnĂ© au regard vide, noir. Son nez disparait laissant place Ă un trou profond. Un Ćil semble sortir tandis que lâautre se teint dâun blanc opaque jusquâĂ effacer lâiris.
Pendant ce temps, je vis mon corps disparaitre petit Ă petit. Le temps de grimper dans la charrette et de la regarder conduire le vieux cheval. Il ne hennit toujours pas. MĂȘme pas pour me dire au revoir ou me souhaiter bon voyage dans le pays des morts. Nous avançons lentement au rythme des pas de ma remplaçante. Avec la faux collĂ©e Ă son Ă©paule et dans sa robe blanche, je lui trouve une ressemblance avec mon prĂ©dĂ©cesseur.
Et pour la premiĂšre fois depuis un an, assis dans cette calĂšche de fortune, je me sens revivre avant de renaitre.
Alex@r60 â janvier 2026
Photo de @nickynarc, trouvé sur Tumblr.
Les couleurs perdues
Je ne sais pas quand cela a vraiment commencé.
CâĂ©tait peut-ĂȘtre il y a cinq ans, six ans ou avant ; peut-ĂȘtre aprĂšs ? JâĂ©tais trop occupĂ© par une vie pleine et riche en rebondissement. Je vivais tout Ă fond, intrĂ©pide insouciant. Je riais, je pleurais, jâaimais, je dĂ©testais. Je faisais comme tout le monde.
Certains disent que câest apparu avec la guerre. Laquelle ? Bonne question ! Dâautres affirment quâune crise Ă©conomique a suffi pour aggraver le tout. Et les moins nombreux sont persuadĂ©s quâune Ă©pidĂ©mie a engendrĂ© la cause du mal. Je les laisse dĂ©battre et sâengueuler sur les plateaux TV. Jâavais seulement constatĂ© que les couleurs avaient disparus.
Je ne sais quelle fut la premiĂšre couleur Ă sâeffacer de notre paysage. Certainement une couleur infime, presquâoubliĂ©e, quâon ne remarque jamais. Puis les autres, une Ă une, ont suivi, inquiĂ©tant notre monde par leur disparition inexpliquĂ©e. Il ne restait plus que le noir et blanc quand je mâen suis rendu compte. A ce moment, la cause fut rejetĂ©e sur une catĂ©gorie de personnes ; celle qui dĂ©range, celle quâon nâaime pas. Ensuite, la haine, le mĂ©pris se sont installĂ©s dans les foyers. Elles Ă©taient pernicieuses, murmurant leurs doctrines tel un virus qui infecte un troupeau innocent. Aussi, jâai pensĂ© que tout Ă©tait perdu.
Tout devenait dĂ©raisonnable. Petit-Ă -petit, lâhomme se dĂ©shumanisait jusquâĂ ce moquer du plus faible. Il voulait lâĂ©craser Ă coup de talon. Et câĂ©tait cela Ă chaque coin de rue. Paradoxalement, il avait peur. Notamment de ceux qui devaient le dĂ©fendre. Il existait une telle incohĂ©rence parce quâil avait perdu toute connexion empathique envers les autres.
Je les regardais dans le mĂ©tro, dans la rue Ă courber le dos, Ă baisser la tĂȘte devenue grise et triste. La plupart des regards nâavaient plus de vie, juste du videâŠun vide si noir quâon pouvait tomber en le fixant trop longtemps. Partout, la dĂ©solation du noir rĂ©gnait, Ă©clairĂ©e par un ciel gris parsemĂ© de nuages blancs. Partout, le froid envahissait lâatmosphĂšre,, habillant dâun manteau humide les gens dont le quotidien se limitait Ă mĂ©tro, boulot, dodo. Et les animaux ? Jâavais lâimpression quâils Ă©taient de connivence avec cette nature dĂ©colorĂ©e. On ne voyait que pigeons gris, Ă©tourneaux bruns et corbeaux noirs volant au-dessus des multitudes de rats sortis joyeusement des Ă©gouts. Ils venaient mĂȘme manger dans les mains, arrachant les doigts si lâon ne faisait pas gaffe.
Lâavenir devenait de plus en plus morose. On parlait dĂ©sastre, de guerre. La police arrĂȘtait tous ceux qui Ă©taient opposĂ©s. A quoi ? Personne ne pouvait le dire. Un soupir mal placĂ©, te rendait suspect ; un sourire suffisait pour finir en prison. On avait peur de vivre Ă cĂŽtĂ© dâun voisin gĂȘnant. On avait peur dâĂȘtre une victime collatĂ©rale dâun systĂšme binaire, opposant les gentils aux mĂ©chants. Mais qui Ă©taient les gentils ? Qui formaient les mĂ©chants ? On ne rĂȘvait plus, on cauchemardait ! On avait peur du lendemain, parce quâon ne savait pas de quoi il serait fait. Parce quâil ne pouvait ĂȘtre que pire.
Et puis, tu es apparue. Sans sourire, juste un regard, un bonjour, une question. Et quelque-chose changea. Je pense avoir Ă©tĂ© le seul Ă mâen ĂȘtre rendu compte. Ce quelque-chose Ă©tait sur le bord de tes lĂšvres. Pourtant, tu ne disais rien. Il Ă©tait lĂ Â ! Sage, Ă attendre quâon sâintĂ©resse Ă lui. Il se dessinait sur ta bouche allant la recouvrir entiĂšrement. Parfois, il laissait entrevoir tes jolies dents blanches et bien alignĂ©es. Ce quelque-chose est le rouge, la premiĂšre couleur Ă rĂ©apparaitre.
Le bleu succĂ©da au rouge. Il apparut dans tes yeux gris. Enfin, au dĂ©but de notre rencontre, ils Ă©taient gris. Et petit-Ă -petit, doucement, ton regard prit une teinte bleutĂ©e jusquâĂ changer tes iris dâun bleu flamboyant. Alors, dĂšs que tu me parlais, je plongeais dans tes yeux, buvant chacun de tes mots comme on boit la tasse lorsquâon est submergĂ© par une vague dans lâocĂ©an. Un jour, aprĂšs tâavoir quittĂ©e, jâai rĂ©alisĂ© que le ciel Ă©tait devenu bleu. Ensuite, jâai rĂ©alisĂ© que les Ă©toiles qui scintillent la nuit sont jaunes. Un jaune pĂąle mais suffisamment colorĂ© pour Ă©clairer la nuit encore noire malgrĂ© la lune.
Plus nous discutions, plus je voyais les couleurs rĂ©apparaitre. Une promenade amicale dans un parc, et lâherbe redevenait verte. Un diner au restaurant, le coucher du soleil se peignait en orange. Une nuit dans un gite Ă la campagne, et une pointe de violet colorait quelques fleurs sauvages. Toutes les couleurs de lâarc-en-ciel jaillissaient de ton aura, et je ne sais comment lâexpliquer.
Un matin, aprĂšs tâavoir laissĂ©e dormir, jâai vu des sourires sur les visages des quidams dans la rue. Jâai entendu un homme chantonner dans le mĂ©tro. Un rire traversa la rame. Il Ă©tait chaud, bienveillant. Il rĂ©chauffa les cĆurs. PrĂšs de mon bureau, un gars habillĂ© genre racaille aida un policier qui venait dâĂȘtre renversĂ© par un cycliste en costume. Et les nuages, au milieu dâun ciel bleu roi, Ă©vitaient de cacher le soleil.
Parfois, le noir refait surface. Il sâimmisce encore dans le paysage. Mais chaque fois, je pense Ă toi. DĂšs lors, ton visage le fait disparaitre. Je ne vois plus que toi et les couleurs que tu as apportĂ© un peu partout dans ma vie.
Alex@r60 â dĂ©cembre 2025
Pour info
Depuis quelques semaines, dĂšs que jâouvre ma page Tumblr avec un navigateur, mon antivirus sâactive en signalant le blocage vers une connexion Ă measureadv.com.
AprĂšs enquĂȘte, je me suis rendu compte quâune publicitĂ© sur Tumblr, utilise un certificat expirĂ©. Quelle pub ? Je ne sais pas ! Peut-ĂȘtre plusieurs pubs.
Maintenant, je nâai plus ce problĂšme depuis que jâutilise lâapplication Tumblr sur mon ordinateur.

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Soirée mondaine
Au milieu de tout ce monde,
Je la cherchais.
Nos yeux se croisaient
Entre deux discussions bien longues.
La soirĂ©e nâen finissait pas.
Je tuais mon ennui dans la vodka
Lorsque, soudain, elle murmura :
âŠ
« Retrouve-moi dans le salon.
Allons-nous amuser dans le boudoir.
Abandonnons tous ces cons,
Cachons-nous dans le boudoir.»
âŠ
Dâun pas feutrĂ©, elle sâĂ©loignait.
JâapprĂ©ciais son joli dĂ©hanchĂ©.
Sourire au coin, elle me narguait,
Mâinvitant Ă ne pas refuser.
âŠ
Elle jouait au petit poucet,
Tout en dispersant
Quelques vĂȘtements,
Sa jupe et son chemisier.
Le chemin ainsi tracĂ©, je mâengouffrais, lâair coquin,
Dans le couloir jusquâau salon victorien.
âŠ
« Retrouve-moi dans le salon.
Allons-nous amuser dans le boudoir.
Abandonnons tous ces cons,
Cachons-nous dans le boudoir.»
âŠ
Oubliés des autres mondains,
Je me suis perdu dans ses bras.
Sur sa peau, je léchais son parfum.
On se moquait dâĂȘtre dans lâembarras.
Profitant du corps nu de chacun,
Nous ne faisions plus quâun entrelacs.
DĂšs quâon apercevait un regard mesquin,
On provoquait par nos Ă©batsâŠ
âŠDans le boudoir.
Alex@r60 â octobre 2025
La princesse et le chevalier
La veille de son mariage avec le roi Argan,
Une belle princesse dĂ©cida de sâenfuir.
Il Ă©tait trop vieux, et elle presquâune enfant,
Echangée pour éviter une guerre à venir.
âŠ
Brave chevalier ne veux-tu pas mâemmener
LĂ oĂč jaillissent les Ă©toiles et la lune ?
Que je puisse, de mon futur époux, me cacher
Et ne pas subir une vie dâinfortune.
âŠ
Je sais que ton cheval blanc est aussi éclatant
Que toutes les pierres réunies du royaume.
La nuit, il brille comme mille diamants,
Ainsi que ton armure et ton heaume.
âŠ
Belle princesse, je veux bien tâemmener
LĂ oĂč jaillissent les Ă©toiles et la lune.
Mais je devrais aussi, du roi, me cacher
Car de la clĂ©mence, il nâen aura aucune.
âŠ
Ensemble, ils chevauchĂšrent Ă travers champs
Et prairies jusquâaux confins du monde.
Puis le cheval sâenvola dâun simple Ă©lan.
Il frĂŽla la lune de sa criniĂšre blonde.
âŠ
Brave chevalier, ne veux-tu pas mâemmener
LĂ oĂč jaillissent les Ă©toiles et la lune ?
Que je puisse, de mon futur époux, me cacher
Et ne pas subir une vie dâinfortune.
âŠ
Parfois, la nuit, nous les voyons encore passer
Sous la forme dâune jolie Ă©toile filante.
Le chevalier en armure et la princesse en mariée,
Sur le destrier Ă lâallure rayonnante.
Alex@r60 â octobre 2025
Image trouvée sur internet sous le titre : « The sad prince by Seb-M ».
Câest aussi lâaffiche du film âthe stolen childâ de Seb McKinnon
Oranger
Jâai cru en notre destinĂ©e
Quand nos doigts se sont croisés.
Jâai longtemps pensĂ©
Quâensemble, on pourrait sâĂ©vader.
Peut-ĂȘtre me suis-je trompĂ©e
A tâattendre. Mais au fond, je le savais.
âŠ
Il est bien loin le temps
OĂč nous rĂȘvions de traverser la mer.
Jâaimais entendre ton rire Ă©clatant
Lorsque nous étions allongés par terre
Sous notre arbre, un oranger.
Doucement, notre avenir se préparait.
âŠ
Si tu pouvais ĂȘtre encore avec moi,
MĂȘme si tu es incapable dâaimer.
Si tu pouvais ĂȘtre encore avec moi,
MĂȘme si tu es incapable dâaimer.
Si tu pouvais ĂȘtre encore avec moi,
MĂȘme si tu es incapable dâaimer.
âŠ
Et puis un jour,
Une vague balaiera tout.
De notre amour,
Il ne restera quâun petit bout
Comme un bateau abandonné
Au milieu dâune riviĂšre assĂ©chĂ©e.
âŠ
Si tu pouvais ĂȘtre encore avec moi,
MĂȘme si tu es incapable dâaimer.
Si tu pouvais ĂȘtre encore avec moi,
MĂȘme si tu es incapable dâaimer.
Si tu pouvais ĂȘtre encore avec moi,
MĂȘme si tu es incapable dâaimer.
Alex@r60 â octobre 2025
Café
Ce matin-lĂ , un mal de crĂąne accompagnait ma mauvaise humeur du rĂ©veil. En plus, jâavais le regard brouillĂ© avec lâimpression dâĂȘtre au milieu des nuages. JâhĂ©sitai Ă partir travailler, mais finalement, un bon cafĂ© puis un doliprane suffirent pour mâinciter Ă prendre le train. Une fois dedans, je dormis durant tout le trajetâŠjusquâĂ Paris.
Jâavais pris lâhabitude de rejoindre les collĂšgues dans un bar. On programmait la journĂ©e. On briefait sur le travail Ă faire, on dĂ©briefait aussi de la veille, des problĂšmes et des solutions trouvĂ©es. Bref, on commençait Ă travailler alors quâon nâavait pas encore pointĂ©. Par contre, ce matin-lĂ , jâĂ©tais le seul Ă traviller..
Comme jâĂ©tais un habituĂ©, je connaissais tous les employĂ©s. Dâailleurs, mon arrivĂ©e commençait toujours par un « Bonjour, comment vas-tu ? » « Bien, et toi ? ». Puis, quel quâil soit, le serveur annonçait ma commande sans la demander. Ce matin-lĂ , Arnaud mâaccueillit. Il Ă©tait toujours impeccablement habillĂ© avec son tablier blanc. Mais Ă ma grande surprise, il demanda ce que je voulais prendre.
Je fus aussi surpris de voir que notre table habituelle Ă©tait occupĂ©e. Une femme buvait tranquillement son cafĂ©, De temps en temps, elle regardait son smartphone et semblait déçue. Puis elle retournait visionner son tĂ©lĂ©phone. Elle nâavait rien de particulier si ce nâest un Ă©trange charme. En effet, jâĂ©tais presque obnubilĂ© par sa prĂ©sence, comme si je la connaissais sans lâavoir jamais vue. Elle paraissait inquiĂšte et, en mĂȘme temps, son esprit se dispersait dans des rĂ©flexions que je connaissais parce que jâavais les mĂȘmes comportements. Comme elle, mes yeux cherchent vaguement vers le plafond lorsque je rĂ©flĂ©chis. Comme elle, je me frotte derriĂšre lâoreille allant parfois me pincer le lobe. Comme elle, je pouvais me montrer impudique en public. Dâailleurs, elle nâhĂ©sita pas Ă remonter sa jupe pour rajuster son bas. Le geste demeurait cependant discret mais assez visible pour attirer lâattention. Ce matin-lĂ , je tombais amoureux.
Assis Ă une autre table, je buvais tranquillement mon cafĂ©. Je nâattendais personne car les collĂšgues profitaient des RTT ou du tĂ©lĂ©travail. Par moments, jâobservais du coin de lâĆil, la jeune femme qui utilisait souvent son smartphone. Je lâimaginais mĂšre rĂ©cemment cĂ©libataire, attendant son prochain amant. Ce dernier la dĂ©cevait autant que le pĂšre de ses enfants. Elle se disait quâelle nâavait pas de chance avec les hommes, et ce serait Ă ce moment que jâentrerais dans sa vie. Je me faisais un film et au moment de le mettre en action, elle se leva subitement et quitta la bar avant de saluer les employĂ©s. Curieusement, ils rĂ©pondirent comme sâils la connaissaient depuis toujours. Le serveur demanda si elle Ă©tait seule aujourdâhui. Elle annonça que le train de son collĂšgue Ă©tait trop en retard pour lâattendre. AussitĂŽt, il la salua par son prĂ©nom : Camille. Nous avions le mĂȘme prĂ©nom !
Je quittais Ă mon tour le bistrot et me dirigeais vers le mĂ©tro. Il rĂ©gnait une Ă©trange atmosphĂšre dans la station. Comme si le brouillard de mon rĂ©veil envahissait lâespace. Je montais dans la rame, restant debout car trop bondĂ©. Je descendis aprĂšs dix arrĂȘts. Une fois le mĂ©tro quittĂ©, je continuais mon chemin vers mon lieu de travail.
PrĂ©sente Ă lâaccueil, Agathe me salua dâun signe de tĂȘte. Avec ses yeux plus gros et plus ronds que dâordinaire, je crus quâelle voulut demander quelque-chose. Mais Ă©tant pressĂ©, je ne mâarrĂȘtais pas et montais dans lâascenseur. Je traversais le couloir en saluant les collĂšgues que je rencontrais. Ils semblaient tous Ă©tonnĂ©s de me voir ; aucun ne me parla. Puis, jâentrais dans mon bureau. Je dĂ©couvris mon ordinateur allumĂ©. Je pensais avoir oubliĂ© de lâĂ©teindre la veille lorsque je remarquais, posĂ© Ă cĂŽtĂ© de ma chaise, un sac qui nâĂ©tait pas le mien.
Oui, vous désirez ?
Elle venait dâentrer avec un cafĂ© Ă la main. La tasse ressemblait Ă la mienne. En fait, câĂ©tait ma tasse. Elle, la jeune femme du bistrot, attendait sur le seuil de mon bureau que je rĂ©ponde Ă sa question. Je demeurais muet pendant quelques secondes avant de rĂ©pondre.
Je travaille ici, et vous que faites-vous-lĂ Â ?
Elle Ă©tait irrĂ©sistiblement belle lorsquâelle resta bouche-bĂ©e, cherchant Ă comprendre si elle ne sâĂ©tait pas trompĂ©e. Enfin, je crois puisquâelle assura quâil sâagissait bien de son bureau.
Ha, non, câest le mien, affirmais-je.
Pourtant, câest mon nom sur la porte, dit-elle.
Jâapprochais pour vĂ©rifier la plaque que son doigt montrait. Jâeus un sourire amusĂ©, avant de rĂ©pondre avec certitude.
Câest moi Camille Forgemont.
Vous vous moquez de moi ! réagit-elle.
Elle appela la sĂ©curitĂ©. Plusieurs collĂšgues intriguĂ©s par notre discussion, approchĂšrent en mĂȘme-temps. Charles, mon voisin de bureau demanda Ă la jeune femme ce quâil se passait. Il fut Ă©bahi dâentendre son prĂ©nom de ma voix ; tout comme les autres que je connaissais depuis dix ans. Personne ne voulut admettre que jâĂ©tais leur collĂšgue. Ils persistaient Ă rĂ©pĂ©ter que jâĂ©tais un parfait inconnu. Je crus Ă une sale blague.
Lorsque la sĂ©curitĂ© arriva, je sortis ma carte dâidentitĂ© ainsi que mon badge. Camille sembla troublĂ©e en dĂ©couvrant son nom sur mes cartes. Je le fus autant quand elle prĂ©senta les siennes. Nous avions la mĂȘme date de naissance, nĂ©s dans la mĂȘme ville et le mĂȘme numĂ©ro de sĂ©curitĂ© en dehors du premier chiffre. De plus, nous habitions la mĂȘme rue dans la mĂȘme villeâŠ. Au mĂȘme numĂ©ro. Tout en discutant avec elle, je constatais en elle un air de famille. Nous avions les mĂȘmes yeux, la mĂȘme forme de visage. Je lui trouvais une ressemblance avec ma mĂšreâŠtout comme-moi.
Ce fut le tour de la police dâintervenir. Je dus les accompagner au commissariat. MalgrĂ© mes explications, ils persistaient Ă croire que mes papiers Ă©taient faux. Pourtant, aprĂšs vĂ©rification, tout Ă©tait en rĂšgleâŠĂ un dĂ©tail prĂšs. Il nâexistait quâun seul acte de naissance de Camille ForgemontâŠet il nâĂ©tait pas de sexe masculin. Ce matin-lĂ , jâapprenais que je nâexistais pas.
Je suis restĂ© au poste pendant une bonne partie de la journĂ©e. Ensuite, je suis rentrĂ© chez moi, un peu abasourdi, Ă me poser de nombreuses questions. Je me suis endormi dans le train, ou plutĂŽt, jâai somnolĂ© tout en restant pensif. Je me suis demandĂ© si je nâavais pas rĂȘvĂ©, dans quel cauchemar jâavais atterriâŠPlein de questions en tĂȘte qui demeuraient encore lorsque je quittais la gare. Le brouillard Ă©tait toujours intense. Enfin, Ă quelques mĂštres de chez moi, je reconnus devant moi, sa jupe plissĂ©e, son serre-tĂȘte en tissu sur ses longs cheveux. Elle mâentendit tousser ; elle se retourna. Son regard noir montrait combien elle Ă©tait agacĂ©e par ma prĂ©sence.
Vous me suivez ?
Non, je rentre chez moi, répondis-je.
En plus, vous vous moquez de moi.
Nous marchĂąmes ensemble jusquâĂ la maison. Elle fut impressionnĂ©e par ma clĂ© identique Ă la sienne. Je voulais lui prouver quâon Ă©tait bien chez-moi. Alors, jâenfonçais la clĂ© dans la serrure. Un cliquetis rĂ©sonna, la porte sâouvrit.
Vous voyez bien que câest ma maison ! affirmais-je.
Elle ne rĂ©pondit pas. Ses yeux grossirent encore plus lorsquâelle vit lâintĂ©rieur du domicile. Elle resta bouche-bĂ©e Ă sâen dĂ©tacher la mĂąchoire. Alors que jâallais entrer, jâaperçus quelquâun. Dans le couloir, un homme approcha, lâair surpris de nous voir.
Quâest-ce que vous voulez ?
Camille me regarda avant de dĂ©visager le gars. Il me ressemblait comme deux gouttes dâeau si ce nâest les cheveux plus longs. Je ne savais pas quoi direâŠLui non plus lorsquâil me vit. Un petit garçon approcha Ă son tour. Il portait encore un sac dâĂ©cole dans la main. Il dit en me montrant du doigt :
On dirait toi, papa !
Avec Camille fille, nous entrùmes pour essayer de comprendre. La porte claqua subitement, au point de me faire sursauter. Le temps de me retourner, tout le monde avait disparu. Je restai seul, chez-moi, à passer le reste de la nuit à me questionner sur ces étranges rencontres.
Je crois que ce jour-lĂ , je me suis rencontrĂ© dans dâautres mondes.
Alex@r60 â septembre 2025
Photo de Jean-François Jonvelle
Au milieu de l'océan
Cela faisait plusieurs jours que nous avions passĂ© les 50e hurlants. Notre navire avançait pĂ©niblement, trimbalĂ© de vague en vague dans une mer dĂ©chainĂ©e. Chaque marin restait sur le qui-vive. Pendant ce temps, jâattendais dans ma cabine, la tĂȘte pensive, pleine dâangoisse, Ă me demander Ă quel moment, nous allions couler. Charles restait allongĂ© dans son lit, il rĂąlait au grĂ© des secousses. En fait, il nâavait plus rien Ă vomir depuis que nous avions quittĂ© Kerguelen. Il nây avait rien sur cette ile pourtant elle commençait Ă me manquer.
Nous devions rejoindre un groupe dâexplorateurs sur cette immense banquise quâĂ©tait lâAntarctique. Notre objectif Ă©tait dâatteindre le pĂŽle nord. Comme nous avions manquĂ© le bateau, lâĂ©quipe patientait sagement dans des baraquements construits dans ce genre de situation ou dans lâattente de jours moins glacials. Mais avant, nous devions franchir ces lignes de vagues Ă©normes pouvant engloutir les plus grands buildings de New-York.
Tel un agonisant, Charles demeurait allongĂ©, les bras en croix, lâĂ©cume au bord des lĂšvres. Dans son rĂąle, on pouvait comprendre quâil voulait mourir. Il avait prĂ©venu quâil ne supportait pas les fortes houles, mais il voulait absolument participer Ă cette expĂ©dition historique. Je ne supportais plus cette chambre vĂ©tuste et trop remuante. Je ne pouvais rien faire, ni lire, encore moins Ă©crire. Je ne pouvais que regarder le pauvre Charles en train de souffrir. DĂšs lors, je dĂ©cidais de sortir.
Le navire tanguait si bien que je dus mâaccrocher pour ne pas glisser. Je marchais trĂšs lentement, un pas aprĂšs lâautre. Trop occupĂ©s, les marins ne se souciĂšrent pas de ma prĂ©sence. Je lisais sur leur visage, combien la traversĂ©e pouvait ĂȘtre extĂ©nuante. HabillĂ©s de leur long manteau cirĂ©, la tĂȘte coiffĂ©e dâune grande capuche, ils sâefforçaient Ă maintenir le cap en combattant les multiples vagues qui sâĂ©crasaient sur la coque. Parfois, lâun dâeux semblait hurler un ordre. Mais personne ne le regardait. Ils connaissaient tous leur mĂ©tier. On ne voyait rien de lâhorizon qui se confondait entre la mer et le ciel. Tout Ă©tait blanc, gris, noir ; tout se ressemblait.
Jâarrivai enfin dans la cabine de pilotage. Les mains sur le gouvernail, le capitaine ne jeta pas un regard sur ma personne, prĂ©fĂ©rant surveiller le large malgrĂ© lâeau jetĂ©e sur la vitre. Toutefois, il maugrĂ©a contre moi, mâordonnant presque de retourner dans ma chambre. Je demandai si je pouvais aider Ă quelque-chose. « Oui, dit-il, en nous laissant travailler ».
La tempĂȘte continuait de frapper la mer, provoquant dâinnombrables bourrasques dâeau. A chaque vague retombant sur le rafiot, je crus que notre heure Ă©tait comptĂ©e. Mais le navire tenait bon. Il tanguait, il sâĂ©levait, redescendait, il passait sous les vagues et il tenait bon. Comprenant, que je dĂ©rangeais, je retournais rejoindre Charles.
Je garderai toujours en mĂ©moire le claquement de lâeau sur la proue, le vent hurlant faisant rugir la mer. Tout Ă©tait dĂ©chainĂ© et je nâarrivai pas Ă retourner me protĂ©ger. Mais je nâoublierai surtout pas ce bruit intense et profond. Il Ă©tait puissant, fort et long comme le bruit dâune corne. Ce vacarme adoucissait les hurlements de lâocĂ©an. En fait, nous nâentendions que lui. Je regardais vers lâavant, mais ne remarquais rien de particulier. Câest en voyant des marins scruter Ă bĂąbord que je compris quâil se passait quelque-chose dâanormal. En effet, une Ă©norme masse noire se dessinait telle une ombre entre les nuages. Le cri rĂ©sonna une seconde fois et provenait bien de cette silhouette. Les marins ne travaillaient plus, ils regardaient la forme grossir et approcher vers nous. AussitĂŽt, ils reprirent leur poste et sâactivĂšrent deux fois plus vite.
Lâombre avançait encore plus rapidement que le bateau. Je fus saisi par un Ă©trange sentiment entre fuir pour me cacher, et rester pour savoir de quoi il sâagissait. Je restais le dos collĂ© Ă la cabine de pilotage. Mon ventre se remplit de peur, mes jambes tremblĂšrent, je savais que câĂ©tait quelque-chose dâeffroyable. Enfin, je vis deux cercles brillants entre les nuages noirs, ses yeux jaunes nous fixaient.
Un rayon de lune, un nuage moins gris que les autres, laissant passer ce rayon de lune suffit pour nous remplir de terreur. Nous dĂ©couvrĂźmes son apparence. Nous Ă©tions face Ă un monstre inimaginable, le kraken ou le LĂ©viathan, je ne sais comment lâappeler. Sa forme Ă©tait celle dâun Ă©norme poulpe avec une tĂȘte plus droite, plus Ă©levĂ©e. Son siphon ou plutĂŽt, la partie de devant, Ă©tait courte, couverte de quelques bras courts qui gesticulaient, montrant une bouche en forme de trou, complĂ©tĂ©e par des crochets acĂ©rĂ©s. Je ne sais combien il possĂ©dait de bras, mais jâaperçus cependant au moins trois tentacules frapper la surface de lâocĂ©an. La pieuvre semblait contrariĂ©e par notre prĂ©sence. Tel un long grognement, le son terrifiant sortit de nouveau de la bĂȘte.
A cĂŽtĂ© de moi, la porte sâouvrit. Le capitaine avait laissĂ© son second prendre la barre pour mieux voir ce kraken. Il nâavait jamais vu pareille chose. Il attrapa mon Ă©paule et mâobligea Ă entrer. Puis, il referma immĂ©diatement la porte, comme si cette petite porte ridicule pouvait nous protĂ©ger de lâencornet gĂ©ant. Il jura quelques mots pour encourager lâĂ©quipage et reprit le gouvernail entre les mains. Pendant ce temps, son subordonnĂ© surveillait, tout comme moi, lâanimal.
Il continuait de nous observer. Son cri rĂ©sonna encore plus fort que la tempĂȘte dĂ©chirant le ciel. Soudain le bout dâun tentacule vint Ă toucher le cĂŽtĂ© bĂąbord du bateau, comme sâil le caressait. Il Ă©tait dâun rouge vif plein de ventouses. Lâanimal semblait sâamuser de nous, de notre fragilitĂ©. Il arrĂȘta dâavancer. Ses yeux sâĂ©loignĂšrent petit Ă petit jusquâĂ devenir deux point minuscules au milieu de la nuit. Son cri retentit une derniĂšre fois ; un long cri laissant Ă penser que nous nâaurons pas de seconde chance en cas de prochaine rencontre.
Je prĂ©fĂ©rai rester le reste de la nuit dans la cabine de commande. Silencieux, je ne dĂ©rangeais pas le capitaine ni son second. Dâailleurs, ils ne prononcĂšrent aucun comme pour oublier cette rencontre inattendue. Le bateau vogua au milieu de lâocĂ©an, ballotĂ© de vague en vague encore plusieurs jours avant dâatteindre notre objectif.
Lorsque nous retrouvĂąmes lâexpĂ©dition, nous ne parlĂąmes pas de notre aventure. Charles nâavait rien Ă dire car il nâavait rien vu. Quant Ă moi, je ne savais pas comment lâexpliquer et de toute façon, je pense quâon ne mâaurait pas cru. Dâailleurs, je crois que la pieuvre le savait ; câest surement pour cela quâelle nous a laissĂ©s partir.
Alex@r60 â septembre 2025
Photo de Herbert Ponting. Antartic Ocean, 1912.

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La boite de Pandore
Les dieux, pour se venger
De Prométhée,
DécidÚrent de façonner
LâĂȘtre le plus parfait.
âŠ
Elle semblait si belle
Et si généreuse,
Quâon lui offrit devant lâautel
Une boite mystérieuse.
âŠ
« Tu ne dois jamais
Ouvrir cet objet !
Jure que jamais
Tu nâouvriras cet objet ! »
âŠ
La curiosité
QuâHermĂšs lui avait donnĂ©e,
Obligea Pandore à céder,
Laissant les maux sâĂ©vader.
Ils contaminĂšrent lâhumanitĂ©
Lâorgueil sâenvolait
DerriĂšre la famine, la folie
La passion, le vice et la tromperie.
âŠ
Pandore referma dĂšs lâinstant
Le piĂšge perfide
La boite garda seulement
LâespĂ©rance pas assez rapide.
âŠ
Ainsi les hommes furent punis
Dâavoir acquis le feu
Grùce au rebelle Prométhée qui
Fut aussi condamné par les dieux.
âŠ
La curiosité
QuâHermĂšs lui avait donnĂ©e,
Obligea Pandore à céder
Laissant les maux sâĂ©vader.
Ils contaminĂšrent lâhumanitĂ©
Lâorgueil sâenvolait
DerriĂšre la vieillesse, la folie
La misĂšre, la guerre et la maladie.
âŠ
Comment on en est arrivé là  ?
Toute sa vie, Pandore le regretta.
Alex@r60 â septembre 2025
Tableau: Pandore par John William Waterhouse. 1896
Déesse
Toi qui croyais connaitre
Tout de notre monde,
Prépare-toi à penser ou commettre
Une réflexion qui te parait immonde.
Car ta propre religion
Réfute cette notion.
âŠ
Et si dieu était une femme ?
Et si dieu était une femme ?
Et si dieu était une femme ?
Lâhomme serait sorti de son cerveau
Comme elle serait sortie des eaux.
âŠ
Partout la terre est au féminin.
Lâhomme nait de son ventre,
Et se nourrit de son sein.
MÚre-nature en serait le centre ;
La base des religions, de Gaia
A Mbaba ou Pachamama
âŠ
Et si dieu était une femme ?
Et si dieu était une femme ?
Et si dieu était une femme ?
Elle aurait enfantĂ© lâhomme
Avec un morceau de pomme.
âŠ
Durant toute la préhistoire,
Hommes et femmes étaient égaux.
Ses statues donnaient espoir.
Mais tout tomba Ă vau-lâeau
Quand lâhomme força la nature,
En imposant de nouvelles structures.
âŠ
Alors, lâhomme aurait pris sa place.
Alors, lâhomme aurait pris sa place.
Alors, lâhomme aurait pris sa place.
Dâun Ă©clair, le passĂ© serait balayĂ©
Pour permettre Ă lâhomme de dominer.
Alex@r60 â septembre 2025
Bilan (30 jours pour écrire)
Il nây avait pas grand monde dans le cafĂ©. Juste quatre-cinq personnes assises Ă diffĂ©rentes tables, attendant quâon vienne prendre leur commande. Et une petite fille au bar. Elle jouait la grande Ă siroter un coca-cola. Je ne sais pas comment elle avait rĂ©ussi Ă sâassoir sur le tabouret qui Ă©tait trop haut pour sa petite taille. Je saluais le barman et demandais un hotdog accompagnĂ© dâune biĂšre. Jâaimais bien manger au comptoir. Et en tant quâhabituĂ© des lieux, on me laissait faire.
Jâattendis mon repas tout en lisant les derniers messages sur mon tĂ©lĂ©phone ; Rien dâintĂ©ressant si ce nâest un mail de mon chef annonçant une prime pour notre Ă©quipe.
Il faut la mériter cette prime !
La gamine continuait de boire son soda Ă la paille, se donnant un petit genre pet-sec, grand moralisateur. Elle me parlait, cependant, elle ne me regardait pas. Je recherchais autour de moi quelque camĂ©ra, un possible miroir qui lui aurait permis de lire lâe-mail. Mais je ne remarquais rien de particulier.
Cette prime que vous venez de recevoir, il faut la mériter.
Cette fois-ci, son regard croisa le mien. Elle gardait un visage sĂ©rieux, sans sourire, qui contrastait avec son Ăąge. Je rĂ©flĂ©chis en me demandant si je ne lâavais pas dĂ©jĂ vu quelque-part. Le barman Ă©tait parti rĂ©cupĂ©rer un plat pour un autre client. Je demeurais silencieux hĂ©sitant Ă la remettre Ă sa place avec un « les enfants nâont pas Ă se mĂȘler des affaires des grands », avant de finalement jouer son jeu.
Et je ne mérite pas cette prime ?
Si, mais il faut faire un bilan, répondit-elle.
Un bilan ? Câest une prime annuelle, je crois, dis-je en relisant le mail.
Un bilan dâĂ©criture. Un bilan sur les 30 jours.
Je ne mâattendais pas Ă cette rĂ©ponse. Un silence envahit le cafĂ©, entrecoupĂ© par les quelques bruits de fourchettes des autres clients. La fillette rebut une gorgĂ©e de coca, colorant instantanĂ©ment la paille en marron, avant de repasser au blanc lorsquâelle posa son verre sur le comptoir.
Quand Ă©tait-ce la derniĂšre fois que vous avez Ă©crit un texte ? Janvier 2024, si je me souviens bien, Vous nâĂȘtes pas trop rouillé ?
Je ne rĂ©pondis pas. Je rĂ©flĂ©chissais. Oui, câĂ©tait un poĂšme. Le seul Ă©crit durant lâannĂ©e 2024. Jâai passĂ© un et demi sans Ă©crire. Au final, ce ne fut pas si difficile de sây remettre. Pourquoi ? Ce nâĂ©tait pas une histoire de temps, mais plutĂŽt de motivation. Ecrire sans avoir dâidĂ©e en tĂȘte. Finalement, le challenge permettait de se concentrer sur un thĂšme prĂ©cis. DĂ©s fois, jâavais du choix sur le mĂȘme sujet.
Comme pour « derriÚre la porte », dit-elle.
Elle lisait dans mes pensĂ©es. Effectivement, plusieurs idĂ©es sont venues pour le dernier texte. Il mâa tout de suite ravivĂ© le souvenir dâun vieux film que jâavais regardĂ© en cachette lorsque jâavais douze ans. « DerriĂšre la porte verte », un film X. Finalement, jâai prĂ©fĂ©rĂ© autre chose, pour Ă©viter la censure de Tumblr. Jâaurais pu Ă©crire sur des gens kidnappĂ©s et entendant leurs amis se faire torturer derriĂšre la porte, genre « Hostel ». Mais jâai encore choisit dâĂ©crire diffĂ©remment.
Oui, la censure dâinternet devient pĂ©nible, ajouta-la fillette. Cela concerne aussi « Jâai deux amis qui sont aussi mes amoureux ». Vous vouliez Ă©crire une histoire de triolisme Ă la Jules et Jim.
Cela a été mon inspiration, répondis-je.
Est-ce que réécrire a été pénible ?
Pas du tout. Jâai retrouvĂ© cette sensation de plaisir. Il y a cependant quelques diffĂ©rences.
Moins dâĂ©rotisme et plus de fantastique ? demanda-t-elle.
Pour moi, lâun ne va pas sans lâautre. Il y a dans lâhorreur et le fantastique, une Ă©norme part dâĂ©rotisme, au moins du romantisme. Le barman dĂ©posa mon hotdog accompagnĂ© de quelques frites. Il connaissait mes goĂ»ts et apporta aussi de la moutarde.
Les thĂšmes Ă©taient-ils tous dâinspiration facile. ?
Pas tous, me dis-je. Les premiers, oui. Mais beaucoup avaient en lien les Ă©toiles, lâespace. Alors, jâai cherchĂ© Ă varier. Comme pour « Etoiles ». Je ne sais pas si jâai rĂ©ussi. Mais câĂ©tait Ă©vident. Tout comme « Face au loup » qui mâa fait penser Ă une chanson de Serge Reggiani « les loups sont entrĂ©s dans Paris ». Il y a aussi « Je nâai rien reçu ».
Ce dernier est trĂšs personnel, remarqua-t-elle.
Elle mâagaçait Ă lire dans ma tĂȘte. Je mordis dans le sandwich chaud. Elle reprit son verre et but Ă la paille.
Lequel a été le plus difficile ?
« Constellation » et « caresses ». CompliquĂ©s parce quâils appellent Ă se rĂ©pĂ©ter quand on a dĂ©jĂ Ă©crit sur des thĂšmes similaires.
Et les autres ? Vous en avez pensé quoi des autres participants du challenge ?
Sa question mâĂ©tonna. On Ă©crit dâabord pour soi. Mais elle avait raison, jâai pris plaisir Ă lire les autres. Jâai apprĂ©ciĂ© leurs textes, leurs façons dâĂ©crire, leur mĂ©thodologie, leurs exercices de style. Que le rĂ©cit soit long ou court, que ce soit un roman ou un haĂŻku, il mĂ©ritait notre attention. En lisant, jâai aussi voyagĂ©âŠen me promenant dans les alentours dâOran, par exemple.
Je continuais de manger mon hotdog. Ensuite, je pris ma pinte Ă la main, lorsque je rĂ©alisais que la petite fille ne posait plus de question. En effet, elle nâĂ©tait plus lĂ Â ! MĂȘme son verre avait disparu. Il ne restait que le tabouret. Je demandais au garçon sâil lâavait vue partir.
Quelle fille ? demanda-t-il. Je nâai pas vu de fille.
Celle qui était assise à cette place.
Il regarda le siÚge vide. Puis, il eut un petit sourire tout en écarquillant les yeux.
Je suis dĂ©solĂ©. Tu as rĂȘvĂ© parce quâil nây a jamais eu de fille assise ici, aujourdâhui.
Il retourna essuyer quelques verres. Je pus constater que son verre de coca nâĂ©tait pas sur lâĂ©vier. De mĂȘme, les pailles proposĂ©es au bar Ă©taient diffĂ©rentes de la sienne. DĂšs lors, je prĂ©fĂ©rais finir mon hotdog. Je sortis mon tĂ©lĂ©phone, pour lire quelques informations. Puis, je suis allĂ© sur Tumblr, visiter quelques comptes, lire quelques textes, likĂ© quelques images et gifts. Enfin, jâai trouvĂ© comment Ă©crire mon bilan et clĂŽturer ces 30 jours.
Alex@r60 â aoĂ»t 2025
Photo de Terence Spencer - Girl in Diner, 1959
DerriĂšre la porte
Alice nâest plus une enfant,
Qui court derriĂšre le lapin blanc,
A la recherche du pays des merveilles
Avant que le loir ne se réveille.
âŠ
Que caches-tu derriÚre cette porte ?
Quels noirs secrets donc tu transportes ?
Certains pensent que la reine est morte,
Et que tu lâaurais tuĂ©e derriĂšre la porte.
âŠ
Blanche-neige ne croit plus au prince charmant.
Dans ses bras, elle a perdu son temps.
Elle regrette de ne pas connaitre les sept pĂȘchĂ©s
AuprĂšs des nains qui lâont tant aimĂ©e.
âŠ
Que caches-tu derriÚre cette porte ?
Quels noirs secrets donc tu transportes ?
Certains pensent que la reine est morte,
AprĂšs lui avoir arrachĂ©e le coeur.et lâaorte.
âŠ
Je veux voir ton cÎté sombre,
Je veux connaitre ta part dâombre.
Aussi, montre-moi le chemin
Qui mĂšne Ă ton esprit malsain.
.âŠ
Cendrillon ne veut pas dormir cent ans,
Ni ĂȘtre abusĂ©e par un prince violent.
Elle préfÚre plutÎt manger la citrouille,
Que de se rabaisser Ă vider ses couilles.
âŠ
Que caches-tu derriÚre cette porte ?
Quels noirs secrets donc tu transportes ?
Certains pensent que Marraine est morte,
Et que son corps pourrit derriĂšre la porte.
âŠ
Je veux voir ton cÎté sombre,
Je veux connaitre ta part dâombre.
Laisse-moi passer derriĂšre la porte
Et voir les lourds secrets que tu portes.
Alex@r60 â aoĂ»t 2025
Dans les brumes
Je fais un rĂȘve Ă©trange. Je rĂȘve que je me promĂšne au milieu dâun Ă©pais brouillard. Je ne suis pas perdu ni inquiet. Je nâai pas froid, pourtant câest lâhiver. Je marche sur un sentier lorsque je suis interpelĂ© par un rire fĂ©minin. Je tourne la tĂȘte et je vois une jeune femme rousse un peu plus loin. Elle est Ă cinquante mĂštres. Elle sent bon. Le vent mâenvoie son odeur de framboise et de jasmin. Son sourire, ses yeux perçants, son nez troussĂ© ainsi que sa longue chevelure rousse, attirent mon attention. Elle fait un signe de la main. Alors je mâapproche mais elle part. Du coup, je la suis sans jamais arriver vers elle. Chaque fois, jâai cette impression dâattraper sa main, mais elle me glisse entre les doigts. Jâai beau lâappeler, lui demander de mâattendre. Seulement, elle semble sâen fiche et continue de marcher vite Ă travers la lande tout en riant. Je ne vois quâelle dans le brouillard. Je ne vois rien dâautre. Soudain, je me sens tomber, et je me rĂ©veille.
Et ? demanda Léonard.
Rien ! A part que je fais rĂ©guliĂšrement ce rĂȘve depuis une bonne annĂ©e, rĂ©pondis-Thomas.
Les deux hommes prirent leur verre et burent une gorgée de biÚre avant de le reposer sur la table.
Le truc le plus bizarre, ajouta-Thomas. Hier matin, je suis parti me promener autours des Ă©tangs de Commelles. Jâavais envie de faire une randonnĂ©e lĂ -bas.
LĂ©onard prenait aussi le train pour Paris. Il avait en-tĂȘte ce fabuleux paysage quâon voit dâun pont, oĂč lâĂ©tang est visible Ă lâinfini. Il se souvenait surtout que lâendroit Ă©tait magnifique quand il Ă©tait envahi par les brumes.
Durant ma ballade, jâai entendu quelquâun rire. Et câĂ©tait la femme de mon rĂȘve. Je nâai pas compris. Je suis parti la rejoindre. Elle a fui comme dans le rĂȘve et je nâai jamais puâŠau moins discuter avec elle, ajouta-Thomas.
Il y avait du regret dans sa voix, une sorte de soupir en mĂȘme temps quâil parlait. Il reprit son verre et but une nouvelle gorgĂ©e de biĂšre.
Il y avait du brouillard ?
LĂ©o connaissait la rĂ©ponse car en cette pĂ©riode, il y a toujours de la brume recouvrant la vallĂ©e de lâĂ©tang. Il ne savait pas quoi dire Ă son ami. Ils discutĂšrent un peu. Puis, une fois avoir vidĂ© leur verre, ils quittĂšrent le bar et rentrĂšrent chacun chez eux. LĂ©onard, en se disant quâil va faire froid. Et Thomas, en pensant Ă la rouquine de ses rĂȘves, rencontrĂ©e prĂšs des Ă©tangs.
Deux jours plus tard, Thomas refit ce rĂȘve. Il vit la jeune femme et courut vers elle. Contrairement aux nuits prĂ©cĂ©dentes, il Ă©tait conscient quâil rĂȘvait. Il voulait en finir, pouvoir lui parler et entendre sa voix ; autre chose que son rire. Il courut, mais jamais il ne rĂ©ussit Ă la rejoindre. Elle partait sans effort, sans courir. Elle semblait glisser sur la brume qui cerclait le couple. Soudain, Thomas ressentit le sol sâeffondrer. Il chuta lourdement au point de se rĂ©veiller. Le lendemain, il posa sa journĂ©e et repartit prĂšs de Chantilly.
Le train quitta la gare en direction du pont. Thomas demeurait attentif. Il observa cet endroit. Les Ă©tangs nâĂ©taient pas visible tellement le brouillard imprĂ©gnait la vallĂ©e. Le train sâarrĂȘta dans la gare suivante. AussitĂŽt le jeune homme sâengagea dans la forĂȘt et partit retrouver les Ă©tangs. Il espĂ©rait la revoir. Il y avait trĂšs peu de chance pour que cela se reproduise.
Pendant tout le trajet, il pensait Ă cette jeune femme. Il revoyait son sourire, ses yeux verts brillants comme des pierres prĂ©cieuses. Il humait son parfum de framboise et de jasmin. Il marchait sans se soucier de la route Ă prendre. En fait, il Ă©tait perdu au milieu de la brume, mais il sâen moquait. Il Ă©tait sur un nuage.
Alors quâil commençait Ă se demander par oĂč passer, il entendit soudainement un rire dans son dos. Elle Ă©tait lĂ Â ! Joyeuse comme dans ses rĂȘves. Elle Ă©tait aussi belle, rayonnante et souriante. Il remarqua ses lĂšvres rouges, les devinant douces. Il dit simplement : « Bonjour ». Elle rĂ©pondit par un salut de la main. Il ferma les yeux et, pendant quâelle riait en montrant ses petites dents, il inspira cet air qui apportait une odeur de framboise et de jasmin. CâĂ©tait bien elle ! ImmĂ©diatement, il avança dâun pasâŠElle sâĂ©loigna.
Son long manteau bleu donnait lâimpression quâelle glissait sur le brouillard. Thomas continuait dâavancer avec calme. Il ne voulait pas quâelle disparaisse comme dans son rĂȘve. Il parlait tranquillement, tout en gardant une certaine distance. Il posait Ă©normĂ©ment de questions sans obtenir de rĂ©ponse, si ce nâest un petit rire.
Cette balade Ă©trange dura longtemps. Cependant, ils ne rencontrĂšrent personne. Pas de joggeur, pas de promeneur en vue. Il nây avait que du brouillard qui empĂȘchait de voir les arbres ainsi que les Ă©tangs. En fait, Thomas ne savait pas oĂč ils se trouvaient. Il sâen fichait, il voulait juste ĂȘtre avec elle.
Ils marchĂšrent encore. Thomas ne voyait que sa longue chevelure ondulĂ©e. Les mĂšches rousses sâenvolaient Ă chaque pas. DĂšs quâil accĂ©lĂ©rait, elle ne marchait pas plus vite que lui, nĂ©anmoins, il nâarrivait toujours pas Ă lâattraper. Il focalisait sur cette femme. Il lâappelait, elle riait. Il soupirait, la suppliait de lâattendre, elle riait toujours. Soudain, un fracas surgit, Thomas nâeut pas le temps de rĂ©agir.
Le sanglier courut comme un dĂ©ratĂ©. Il traversa la forĂȘt sans se soucier de faire une mauvaise rencontre. Thomas ne lâentendit pas ni ne le vit, Ă cause des brumes alentours, aussi Ă©paisses quâune purĂ©e de pois. Au contact de lâanimal, il vola pour retomber sur un sol dur. Son crane cogna sur des pierres. Il se leva, sentit un Ă©norme vertige, une douleur Ă la tĂȘte. Puis il sâeffondra, restant par terre pendant quelques secondes avant de se relever.
Thomas nâavait pas compris ce quâil venait de se passer. Il aperçut une vague silhouette gisant derriĂšre lui, en se demandant comment il avait fait pour ne pas ĂȘtre blessĂ©. En fait, il avait surtout les yeux rivĂ©s sur la jeune femme rousse qui sâĂ©tait arrĂȘtĂ©e. Elle souriait, lui fit un signe de la main. La brume Ă©tait toujours aussi poisseuse. Mais il la voyait sâapprocher lentement. Alors, il avança de quelques pas. Quand elle fut Ă sa hauteur, il la salua en souriant
Vous savez que je rĂȘve souvent de vous ? dit-il.
Je sais, répondit-elle.
On fait quoi maintenant ?
Je vis dans un chĂąteau pas trĂšs loin dâici, dit-elle.
Elle prit la main de Thomas. Le contact de sa peau blanche Ă©tait froid. Pourtant, une chaleur remplit son ĂȘtre de bonheur. Ensuite, ils sâenfoncĂšrent dans le brouillard jusquâĂ disparaitre. Le corps du jeune homme resta longtemps dans la forĂȘt avant dâĂȘtre dĂ©couvert par un chasseur, la tĂȘte reposait au milieu une mare de sang.
LĂ©onard pensa souvent Ă son ami. Il pensa Ă son rĂȘve, lorsquâil entendit parler dâune histoire de dame blanche prĂšs des Ă©tangs, ou plutĂŽt dâune dame bleue aux cheveux roux quâon verrait les matins de brouillards, et quâon entendrait rire. A chaque apparition, il y aurait aussi une dĂ©licieuse odeur de framboise et de jasmin.
Alex@r60 â aoĂ»t 2025

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Constellation ou dans la vastitude
VoilĂ deux sujets difficiles.
« Constellation » parce que le thĂšme a dĂ©jĂ Ă©tĂ© abordĂ©, et jâai peur de réécrire plus ou moins la mĂȘme histoire.
« Dans la vastitude »âŠ.Câest vaste, trĂšs vaste. Si je lis la dĂ©finition de vastitude : caractĂšre vaste de quelque-chose, immensitĂ©.
Bref, lâun va avec lâautre puisque les constellations sont dans lâunivers et que lâunivers est trĂšs vaste. Je ne sais pas quoi Ă©crire ! Un poĂšme sur un homme seul perdu dans le dĂ©sert ou lâocĂ©an? Un enfant qui peint des Ă©toiles crĂ©ant les constellations ? Je ne sais pas.
Du coup, je me renseigne sur les noms des groupements dâĂ©toiles. Je ne savais pas quâil en existait autant. Et certaines constellations portent des noms Ă©tonnants : Autel, Bouvier, Coupe, Ecu de Sobieski. Burin, BoussoleâŠ
Quand je les observe, je ne vois que des points lumineux. Ceux qui les ont dĂ©couverts avaient une sacrĂ©e imagination. Câest juste incroyable de voir un chien, un sagittaire ou un renard. Il nây a pas Ă dire, je suis dĂ©connectĂ© avec les Ă©toiles. Elles sont trop loin, câest trop immense pour mon petit cerveau.
DĂ©cidĂ©ment, la vastitude ne me rĂ©ussit pas. Je suis dans la vaguitude, si ce mot existe. Il est frisolitĂ© en rouge par Word, donc il nâexiste pas. « Frisolité » aussi, mais ça je le savais. Il a Ă©tĂ© inventĂ© par mon ancien professeur de français et de grec. Elle sây connaissait en constellations.
En fait, les deux thĂšmes me font surtout penser Ă 2001, lâodyssĂ©e de lâespace ». En effet, le hĂ©ros Bowman envoie un message qui sera lâintrigue de la suite « 2010, odyssĂ©e 2 ». Ce message est :
« Câest creuxâŠjusquâĂ lâinfiniâŠetâŠoh mon dieu ! Câest plein dâĂ©toiles ! »
Demain, ce sera « crush » ou « dans les brumes ». Ce sera mieux parce que les deux mâinspirent,
En attendant, vous pouvez aller faire une petite ballade dans la constellation dâOrion en cliquant sur ce lien :
Alex@r60 â aoĂ»t 2025
Dialogue avec son ombre
Je travaillais sur mon texte au sujet de lâĂ©conomie quand jâentendis ma fille Laudine crier. Comme elle nâarrĂȘtait pas, je suis allĂ© voir la raison de son Ă©nervement soudain. Elle sortait justement de sa chambre. Elle portait un balai dans la main.
Que se passe-t-il ? demandais-je.
Câest mon ombre ! Elle ne fait pas ce que je lui demande. Et en plus, elle nâarrĂȘte pas de me narguer avec des jouets mieux que les miens.
Ne comprenant pas trop ses explications, jâentrais dans sa chambre. Comme souvent, ses jouets trainaient un peu partout. Je commençais Ă ranger lorsquâelle entra Ă son tour.
Tu vois, elle recommence ! affirma-t-elle.
Effectivement, sur le mur, lâombre de ma fille tenait, non pas un balai mais, une licorne. Lâanimal baissa la tĂȘte pour laisser la silhouette de lâenfant caresser le haut de ses naseaux. Je pouvais presque lâentendre hennir.
Et si je joue Ă autre chose, elle fera pareil mais en mieux.
A ce moment, Laudine posa le balai pendant que le cheval Ă corne disparaissait. Ma fille commença Ă jouer avec sa maison de Playmobils. AussitĂŽt, son ombre jouait avec un palace aussi grand que le mur. On distinguait plusieurs teintes de noirs laissant percevoir clairement les diffĂ©rentes piĂšces ainsi que les personnages qui sâactivaient automatiquement.
Dâabord surpris, je dĂ©cidais dâintervenir en grondant la silhouette de ma fille. Laudine regardait en rigolant. Comme toujours, elle Ă©tait contente que son pĂšre intervienne et lâaide. Je pointais du doigt lâombre, imitant un professeur sĂ©vĂšre. Je lui faisais la morale au bon plaisir de ma fille.
Ho, tu arrĂȘtes de tâen prendre Ă ma fille !
DĂšs lors, je me taisais en me demandant dâoĂč venait cette voix grave. Sur le mur, mon ombre mâobservait les poings sur les hanches.
Il y en a marre de ton comportement Ă toujours vouloir commander ! Tu ne crois pas que tu devrais arrĂȘter de la couver ? Elle aura bientĂŽt dix ans, laisse-la jouer tranquillement !
Câest normal que jâintervienne, rĂ©pondis-je. Câest ma fille dâabord, et vous nâĂȘtes que des ombres.
Câest tout toi, ça ! Tu vois que tes petits intĂ©rĂȘts ! Faut que tu arrĂȘtes. Ce nâest pas parce que tes parents te surveillaient constamment. Quâils Ă©taient toujours derriĂšre toi, que tu dois faire la mĂȘme chose avec elle !
Ils nâont jamaisâŠ
ArrĂȘte ! Ils tâinterdisaient dâaller sur la plage par peur que tu te noies alors que tu nâavais mĂȘme pas les pieds dans lâeau! Tu nâavais pas le droit dâaller au parc seul. Quand tu Ă©tais au collĂšge, ils sâarrangeaient pour participer aux sorties scolaires. Et sâils ne pouvaient pas venir, tu nâavais pas le droit dâaccompagner ta classe. Et jâen passe !
Il connaissait trop bien mon passĂ© pour que je le mouche Ă ce sujet. JâĂ©coutais en baissant la tĂȘte et en cherchant vainement la bonne rĂ©plique.
Câest comme pour sa mĂšre ! ajouta-t-il. Avoue quâelle est partie et a demandĂ© le divorce parce que tu Ă©tais trop Ă©touffant avec elle ! Reconnais-le !
TuâŠtu as raison. Jâai Ă©tĂ© trop pressant, tropâŠtrop exigeant aussi. Et trop dur parce que je voulais quâelle soit la femme parfaite.
Elle Ă©tait parfaite, seulement tes critĂšres ne correspondaient Ă rien. Tu lâidĂ©alisais au point dâoublier de lâaimer telle quâelle Ă©tait. Combien de fois, elle aurait voulu que tu lui dises juste que tu lâaimes.
Ou, juste rentrer avec un petit bouquet de fleur, murmurais-je.
Je restais silencieux Ă regarder  mon ombre qui prĂ©sentait la mĂȘme posture que la mienne. Au bout dâune demi-seconde je vis Laudine en train de jouer. Elle sâamusait Ă galoper en enjambant le balai. Son ombre faisait de mĂȘme avec la licorne.
Tu vois ! dit-mon ombre. Regarde comment elle sâamuse avec ma fille. Elle a complĂštement oubliĂ© pourquoi elle sâĂ©nervait. Et maintenant, elles jouent ensemble.
En effet, Laudine prenait plaisir à galoper dans sa chambre malgré les nounours qui trainaient. De temps en temps, elle parlait à son ombre qui acceptait ses ordres.
Elle est intelligente, ajouta-mon ombre. Elle sait trĂšs bien que tu la soutiendras toujours. Mais, au bout dâun certain temps, elle aura besoin de respirer, de vivre sa vie dâenfant, dâadolescente puis de jeune femme.
- Je sais, mais ce nâest pas facile Ă accepter, rĂ©pondis-je. MĂȘme vieille, elle resteras ma petite princesse.
Comme tu dis. Câest pour ça que tu devrais commencer Ă la laisser vivre. Et puis, nâoublie-pas que sa mĂšre est aussi derriĂšre elle, mĂȘme si elle nâa quâune garde partielle.
Tu penses que je devrais discuter avec elle ?
Au moins au sujet des prochaines vacances.
Laudine abandonna son cheval improvisĂ© pour sâassoir sur son lit. Elle prit la tablette, qui en fait, Ă©tait la mienne, posĂ©e sur la table de nuit.
Maintenant, on va écouter de la musique, annonça-t-elle en regardant son ombre. Celle-ci, semblait attendre que Laudine choisisse une playlist. Je sortis en lui demandant de ne pas mettre le son trop fort. Mon ombre suivait le long du mur.
 Maintenant, je te propose de prendre un petit réconfort, dit-il.
Un petit rhum arrangé à la banane? questionnais-je en clignant de lâĆil.
Je vois que tu me connais bien ! répondit-il.
Alex@r60 â aoĂ»t 2025