LA seconde.
Tu l’attends autant que tu la redoutes, t’as beau connaître son modus operandi par cÅ“ur - elle déboule, arrache tout sur son passage, et repart en te laissant te dépatouiller avec cette poitrine soudainement gonflée -, t’appréhendes, tu sais qu’elle débarque toujours, mais tu ne sais jamais quand, en général au moment où tu ne t’y attends pas, souvent quand tu viens juste de te remettre de sa dernière vague dévastatrice, elle ne te demande jamais ton avis de toute façon, elle se pointe quand elle veut, elle ne rend de compte à personne, et surtout pas à toi, elle est libre, elle s’en cogne que tu aies décidé que plus jamais, que t’aies promis, juré, craché, que cette fois c’est la bonne, qu’on ne t’y reprendrait plus jamais de la vie entière tu préfères crever dans d’atroces souffrances plutôt que de revivre ça, que tes ventricules sont fatigués, que c’est une question de survie, que t’as activé le mode automatique volontairement, que t’hibernes, que t’admires avec émerveillement cet électrocardiogramme plat, un brin fade ok mais tellement plus confort que les montagnes russes et les hauts le cÅ“ur généralement livrés avec, elle s’en bat clairement l’œil, elle t’a rien demandé, tu lui as rien demandé non plus, t’es tranquillement en train de vérifier qu’il est toujours enclenché ce mode automatique garant de cette stabilité sans saveur mais salvatrice, et puis paf, elle le désenclenche, t’as rien vu venir, t’as juste eu froid aux mains et aux pieds, c’est bien connu, quand t’as froid aux extrémités t’as pas le cÅ“ur à penser et agir décemment, t’as pas eu le temps d’hésiter, t’as plongé direct, t’as pas eu le choix, elle t’a tartiné le cÅ“ur de crème et s’est barrée comme elle est venue, te laissant te dépatouiller avec ces poumons subitement pleins.Â












