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"lesbians for a free Palestine"
downtown Ottawa, Ontario, Canada
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🔥Happy 2024🔥
J'ai traîné ma fatigue en ville, avec un cafard gros comme ça. Parce que je manque de sommeil et d'espoir pour nous. Alors j'ai enjambé des pétards éventrés, j'ai pensé à ce luxe un peu obscène de faire la guerre au ciel.
Et puis, j'ai pensé à toutes les personnes que le karma oublie. J'avais la boule au ventre, j'étais au bord du xanax.
Je voyais dans des vitrines ma dégaine d'adolescente de 40 balais. Hoodie, air force, Eastpak. Cheveux grisonnants et pattes d'oie.
J'ai pensé à Max devant les feux d'artifice cette nuit. Ses mains qui applaudissent, ses yeux qui brillent et qui ne voudront plus se fermer avant des heures et c'est tant pis. J'ai pensé à nos cœurs serrés qui battent à contre-temps avant de trouver le tempo. J'ai pensé à son crâne dans ma main, la chaleur de sa nuque, l'odeur de sa nuit blanche.
J'ai pensé à son fou-rire d'épuisement à 3h du matin quand sa sœur est venue se coller à elle.
J'ai cherché l'espoir dans le souvenir à peine sorti du four de cette première nuit de l'année. Deux mères lasses et folles d'amour qui fondent un plomb, des bébés endiablés, la vie totale. Je n'ai pas pu résister à l'envie de croire en un avenir possible malgré ce bordel monstre, monstrueux, insupportable.
La solution est peut-être en pyjama en train de faire chier ses daronnes, quelque part, dans une nuit blanche. Malgré la désolation, je n'ai pas, mais alors pas du tout, le droit d'arrêter de croire. J'ai écouté cette chanson de Jean Ferrat et j'ai pensé à mes saboteuses de sommeil, j'ai retrouvé un peu de confort.
Je vous souhaite une année aussi sereine que possible.
// Tout ce qui tremble et palpite, tout ce qui lutte et se bat
Tout ce que j'ai cru trop vite à jamais perdu pour moi
Pouvoir encore regarder, pouvoir encore écouter
Et surtout pouvoir chanter, que c'est beau, c'est beau la vie. // 💚
café
La maison de la morte, elle se trouve à peu près à l'angle entre la rue de Lorraine et l'avenue de Périgueux. Elle a pris feu au mois de Juin, on la voyait cramer depuis le balcon il y avait une fumée dense. Nastasia était à la maison, on mangeait des cocobat quand soudain....
Son habitante y était seule, elle est morte intoxiquée. Disons que j'ai choisi cette mort parce que brûlée vive c'est quand même trash, surtout que j'ai respiré la fumée, ça fait beaucoup trop d'informations.
On trouvait des éléments de sa vie un peu partout autour de sa maison, un vêtement, une photo de classe, des vestiges d'un quotidien qui a pris l'eau après avoir pris feu et qui, désormais, ressemble à des extraits du musée autobiographique de cette personne.
J'ai été tentée de faire parler des pièces de puzzle, dessiner des contours, lui inventer une vie. Alors, j'ai ramassé les preuves d'une histoire qui pourrait se raconter à partir de ce fatras grossièrement déblayé. J'ai ressenti la pulsion inverse, à faire entrer des reliques dans mon quotidien, j'ai eu l'impression de séquestrer son fantôme. J'exagère, mais quand même, ça m'a soudain fait horreur. J'ai tout balancé. Sauf ce petit mot.
C'est peut-être obscène de le partager, je n'arrive pas à trancher.
En tout cas, les fantômes ne se trouve pas au coin de la rue, ça ne se décide pas d'être hanté. En général, ils ont un double des clefs.
Pendant quelques temps, des gosses du quartier tournaient autour de la maison, ils se sont lassé d'essayer de regarder à l'intérieur à travers les persiennes. Le frisson s'est tari. Elle n'a pas de prénom, je ne l'ai pas trouvé dans la presse, alors pour moi, elle s'appelle chérie.
J'ai effacé mes traces pour ne rien laisser du virus derrière moi. J'ai pris en photo un héron perdu, je me suis approchée jusqu'à ce qu'il s'envole.
J'ai eu si chaud qu'il m'a fallu laisser fondre mon corps dans le creux d'un fauteuil de la bibliothèque de Neudorf. J'ai désinfecté mes mains compulsivement, mes yeux se fermaient, derrière chacun d'un, le feu.
Avec Mathilde, on a parlé en quinconce et nous ne nous sommes pas serrées dans les bras l'une de l'autre comme de coutume. On s'est serré dans les yeux, je disais, je suis au bout de ma vie. J'ai mis des alarmes pour le Doliprane et j'ai acheté des espèces de bonbons qui donnent un coup de fouet. Ça fait chier parce que c'est cher mais aussi parce que c'est bon. C'est le principe, remarque, sinon on appellerait pas ça un bonbon.
Chez le docteur je suis à l'heure, on garde nos masques. J'aime bien en fait. Sauf que c'est la misère pour que je finisse une phrase. Mais c'est une séance qui importe. Une séance où je parle de contours sans contournement, des angles, des prismes, du courage que ça demande d'interroger des mécanismes mis en place depuis des lustres.
J'ai à peine osé regarder les volets fermés de l'appartement d'Alain. J'ai eu un peu de sa mort dans l'âme.

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Je vide un tube de bain moussant d'hôtel dans l'eau qui coule encore. Je regarde l'eau potable recouvrir mon corps blanc, j'essaie de faire taire les scrupules, c'est pas si souvent. Je regarde ma honte effervescente ajouter des bulles aux bulles. Le propre des bulles, c'est d'être du vide. J'en cherche la définition : Sphère formée d'une pellicule remplie d'air.
Disons un vide un peu plus sophistiqué, qui se la pète un peu. Un vide qui sert à rien, à recouvrir mon corps blanc pour en cacher les scrupules. La honte laisserait un limon que je rincerai en regardant ailleurs. Je constate que regarder ailleurs est devenu un sport olympique, les épreuves finales se tiendront en 2024 à Paris. On regardera tellement ailleurs qu'on va se faire des torticolis. Le bel esprit du sport.
Je vais à la salle de sport, je paye pour en chier. Je regarde des hommes se regarder. Des malabars qui se sortent les veines en portant le poids d'un âne mort pour se détendre.
J'écoute les gens parler entre eux dans les salles d'attente, des gens qui disent qu'ils regardent ailleurs. Si on regarde, on ne vit plus, rien ne va.
Et c'est vrai, plus que jamais du plus loin que je me souvienne, les nouvelles n'ont jamais été aussi mauvaises.
(d'où qu'elles viennent)
J'écris mon petit texte de petite privilégiée qui gaspille de l'eau pour se détendre et qui envoie le limon de culpabilité avec la crasse et les peaux mortes, dans la bonde, bye. Je regarde les mots s'agencer.
J'ai honte. Ça nous fait une belle jambe, tiens. Tout le monde attend après ta honte ma cocotte.
Le passage de la tempête Ciaran a fait deux morts. Elisabeth Borne déplore un lourd bilan. Elle se fout pas un peu de notre gueule ?
J'ai honte. Pauvre chaton, regarde ailleurs, l'automne est là, l'or dans les feuilles, la nuit qui règle son compte au jour. 18h, emballé c'est pesé, à demain.
Dans la nuit de samedi à dimanche, lors de ma traditionnelle insomnie de 2h du matin, j'apprends la mort de Matthew Perry. Ça me fait quelque chose. Ça me touche. Je poste une photo de lui sur Facebook limite dans la foulée. J'ai ce luxe de pouvoir performer mes états d'âme et de les mettre en vitrine. J'ai ce luxe de faire des insomnies gratuites, d'avoir une connexion Internet, un lit chaud et des murs.
Toute la journée de dimanche, l'occident pleure un clown et l'orient compte ses morts, cherche sous les décombres des restes de leur famille.
On pleure la mort de notre ami imaginaire. Moi la première. Les informations en font un des grands titres de l'actualité.
Ça me donne l'impression d'un occident qui bichonne des drames relatifs pour couvrir la pluie de bombes qui s'abat sur Gaza. On n'en parle pas. Est-ce qu'on ne se sent pas légitime ? Est-ce qu'on n'ose pas ? Est-ce qu'on a trop honte ? Est-ce qu'on à force de détourner le regard on est resté bloqué ? Est-ce que c'est une souffrance qu'on ne peut pas souffrir ? Est-ce qu'on laisse les arabes et les juifs se démerder ? Est-ce qu'on est complètement ingrat ? Con comme des balais ?
Je n'ai pas de réponse. J'écris ces mots en n'ignorant rien de leur maladresse. Je suis mal à l'aise de ressentir ce que je ressens : le privilège d'être blanche.
Je suis mal à l'aise.
Je n'écris pas tout ça pour que vous le soyez aussi. Je voudrais savoir si la honte est partagée. Si la confusion entre ce qui est relatif et l'horreur absolue vous empêche de vous rendormir, quand vous vous levez pour pisser (dans l'eau potable).
art parallels jeremy lipking, federico zandomeneghi, serge marshennikov, allan douglas davidson, svetlana tartakovska
Skeletons of horse and man, General guide to the exhibition halls of the American Museum of Natural History, 1911
art parallels jeremy lipking, federico zandomeneghi, serge marshennikov, allan douglas davidson, svetlana tartakovska
Source

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“me looking at her looking at me” by jenna gribbon