Yunmeng Duo Days -Â Jour 7
Prompt: Reconciliation (Attempt the impossible)
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Un cerf-volant sâĂ©levait dans le ciel rougeoyant de Yunmeng, et Wei Wuxian ne put sâempĂȘcher dâagripper la manche de Lan Wangji pour le lui dĂ©signer de la main:
RĂ©pondit-il simplement en hochant la tĂȘte. Il ne laissait rien montrer, mais il ne pouvait rien cacher Ă son compagnon. Si bien que la lĂ©gĂšre lueur tendre dans ses yeux ne passa pas inaperçue.Wei Wuxian sourit franchement et expliqua:
-On les utilisait pour sâentraĂźner au tir Ă lâarc. Mais les enfants qui ne sont pas des disciples sâamusent aussi avec quand il y a assez de vent.
Il avait dĂ©jĂ racontĂ© cette histoire des dizaines de fois, mais Lan Wangji continua de hocher la tĂȘte et de lâĂ©couter avec attention. Et comme Ă chaque fois, son attitude patiente et ce regard doux serrĂšrent le coeur de Wei Wuxian comme il rĂ©alisait une fois de plus la chance quâil avait dâavoir quelquâun de si aimant Ă ses cĂŽtĂ©s.Â
Ils avaient traquĂ© un feral ghost dans les environs, et quand ils avaient compris quâils se trouvaient non loin de la ville marchande Ă proximitĂ© du Lotus Pier, ils avaient dĂ©cidĂ© de sây rendre pour flĂąner et se reposer. Et puis, Wei Wuxian savait quâil nâavait pas eu besoin de le dire pour que son compagnon le comprenne, mais il avait Ă©tĂ© soudain envahi par une vague de nostalgie qui lui avait donnĂ© envie de se promener dans les rues illuminĂ©es de la ville bordĂ©e de canaux. Il avait craint un instant que la nostalgie ne se transforme en douleur, mais Lan Wangji Ă©tait Ă ses cĂŽtĂ©s, et il savait quâil pouvait compter sur lui. Quâil nâĂ©tait plus seul face Ă ses dĂ©mons.Â
Et en effet, la douce nostalgie se muait en vĂ©ritable bonheur. Il Ă©tait vĂ©ritablement heureux dâĂȘtre revenu ici. Et bientĂŽt, bientĂŽt le soleil serait couchĂ© et les lanternes seraient allumĂ©es. Alors, tout deviendrait rĂ©ellement magique. Alors, il pourrait dire Ă Lan Wangji quâil avait vu lâune des plus belles choses quâon pouvait trouver Ă Yunmen-âŠ
Un aboiement non loin (trop proche, bien trop proche!) fit courir des frissons horrifiĂ©s le long de sa colonne vertĂ©brale et se dresser ses cheveux dans sa nuque. Il bondit dans les bras de son compagnon sans mĂȘme sâen rendre compte, poussĂ© uniquement par lâinstinct et par sa peur panique qui avait pris le contrĂŽle de ses mouvements:
-Lan Zhan!! Sauve-moi!! Sauve-moi, Lan Zhan! Ne le laisse pas me mordre!!
MalgrĂ© la main rassurante que Lan Wangji passait dans son dos, malgrĂ© le fait quâil se trouvĂąt maintenant loin du sol, il ne pouvait empĂȘcher son coeur de battre Ă toute vitesse et ses mains de trembler. Sa phobie Ă©tait telle que, mĂȘme quand le monstre canin apparut et sâassit Ă une distance plus que raisonnable dâeux, la queue battant le sol avec bonheur, il ne parvint pas Ă desserrer les bras qui entouraient la nuque de son compagnon:
-Fais-le partir! PitiĂ©, fais-le partir!!Â
Un cercle de curieux sâĂ©tait formĂ© autour dâeux, mais Wei Wuxian nâen avait absolument rien Ă faire. Il voulait juste que ce maudit chien disparaisse de sa vue et quâil soit de nouveau en sĂ©curitĂ©. Pourtant, quand une voix familiĂšre sâĂ©leva en un cri outrĂ©, il ne put sâempĂȘcher de rouvrir les yeux:
-Fairy! Fairy, reviens ici!Â
Fendant la foule, un jeune garçon aux longs cheveux sombres apparut soudain face Ă eux. Le chien jappa en direction de son maĂźtre avant de de nouveau se tourner vers Lan Wangji et de lâhomme qui continuait de trembler dans ses bras. Alors, le garçon les reconnut et il laissa Ă©chapper un petit rire moqueur comme il croisait les bras:
-Câest fou comme dĂšs quâun chien entre dans lâĂ©quation tu perds absolument tout charisme!
Wei Wuxian aurait aimĂ© pouvoir rĂ©pondre avec une pique bien sentie, mais il ne put que claquer des dents et souffler dâune voix tremblante et de plus en plus pressante:
-Lan Zhan fais-le partir, sâil te plait, pitiĂ© fais-le sâen aller.
Ce fut comme si Fairy avait accompli une mission: dĂšs que son maĂźtre reconnut les hommes quâil avait retrouvĂ© parmi la foule, il se leva, la queue toujours en mouvement, et il alla se glisser derriĂšre les jambes de son propriĂ©taire, les oreilles basses comme pour sâexcuser dâavoir effrayĂ© lâun dâentre eux. Ce ne fut que quand le chien fut assis et maintenu immobile par un simple ordre de son maĂźtre que Wei Wuxian accepta, bien quâĂ contrecoeur, de descendre de son perchoir, non sans placer Lan Wangji comme rempart entre lâanimal et lui. Alors, il osa sâexclamer dâune voix encore un peu tremblante:
-Quâest-ce quâil y a? Pourquoi tu nous pourchasses comme ça?
Jin Ling fronça le nez et poussa un reniflement dédaigneux tandis que la foule se dispersait:
-Je ne vous pourchasses pas: câest Fairy qui est parti Ă toute vitesse. Moi je me promenais juste avant de rentrer.Â
Wei Wuxian ne put sâempĂȘcher de dĂ©glutir et la pression de ses mains sur la manche immaculĂ©e de Lan Wangji se fit un peu plus forte:
-Est-ce que⊠Est-ce que ton oncle est avec toi?Â
-Jiu Jiu? Non, il est restĂ© au Lotus Pier pour rĂ©gler quelques affaires.Â
Wei Wuxian ne put sâempĂȘcher de laisser Ă©chapper un soupir soulagĂ©. MĂȘme sâils avaient enterrĂ© la hache de guerre (ou plutĂŽt: mĂȘme si son frĂšre avait enfin mis des mots sur ce qui lâavait blessĂ© au point de le rendre fou de rage), il ne se sentait toujours pas Ă lâaise Ă lâidĂ©e de croiser Jiang Cheng. MĂȘme sâils avaient fait un premier pas lâun vers lâautre et mĂȘme si des choses avaient Ă©tĂ© Ă©claircies, il se sentait encore trop coupable. Ne se sentait pas capable de soutenir le regard devenu si sombre de son frĂšre.Â
Il devait donc avouer que ne pas tomber sur Jiang Cheng le rassurait. Et ce mĂȘme sâil savait que, un jour ou lâautre, ils devraient bien sâassoir face Ă face et parler. Crever lâabcĂšs Ă©tait un Ă©norme pas en avant, mais il fallait continuer sur cette voie sous peine de laisser la plaie sâinfecter Ă nouveau. CâĂ©taient les non-dits et les silences qui avaient empoisonnĂ© leur relation, et Wei Wuxian savait quâun jour, il faudrait bien quâils soient adultes et mettent fin Ă cette sensation de malaise.Â
Mais il Ă©tait rassurĂ© que ça ne soit pas aujourdâhui, au milieu dâune ville oĂč il avait tant de bons souvenirs. Des souvenirs partagĂ©s avec son frĂšre.Â
Alors, tentant dâempĂȘcher ses jambes de trembler comme Fairy poussait un petit jappement, il demanda:
Jin Ling haussa les épaules, les bras toujours croisés sur sa poitrine:
-Comme Ă son habitude. Il est toujours de mauvaise humeur et continue de rĂąler pour rien, mais jâai lâimpression quâil est plus tranquille. Enfin, autant que possible. Â
MalgrĂ© le ton dĂ©sintĂ©ressĂ© et nonchalant du garçon, ils savaient tous les deux quâil devait veiller sur son oncle sans que ce dernier ne sâen rendre vraiment compte. Bon sang, eux aussi devaient prendre le temps de se parler, de sâouvrir Ă lâautre. Si seulement Jiang Cheng cessait dâĂȘtre aussi bourru et se contentait dâavouer Ă son neveu quâil voulait le protĂ©ger, quâil sâinquiĂ©tait pour lui mĂȘme sâil lui faisait confiance. Si seulement Jin Ling avait lâopportunitĂ© de dire calmement Ă son oncle quâil comptait Ă©normĂ©ment pour lui et quâil voulait le rendre fier.Â
Si seulement Jiang Cheng pouvait faire tomber les murs qui entouraient son coeur.Â
Mais Wei Wuxian nâen dit rien, se contenta de hocher la tĂȘte:
-Tant mieux. Tu pourras le saluer de notre part Ă tous les deux, pas vrai, Lan Zhan?
Lan Wangji hocha la tĂȘte, accompagnant son mouvement dâun Ă©loquent âhmâ, et Wei Wuxian sourit, reconnaissant. Mais comme ils sâattendaient Ă pouvoir reprendre leur route, Jin Ling dĂ©tourna le regard et passa une main distraite, comme sâil agissait par instinct, sur la tĂȘte de Fairy (qui ferma les yeux de bonheur) en hĂ©sitant soudain, cherchant ses mots
-Vous⊠Tu pourrais venir pour⊠Pour le lui dire toi-mĂȘme⊠Je crois que ça lui ferait plaisir, et puis comme ça vous pourriez⊠Enfin, vous pourriez peut-ĂȘtre parler. (Il se secoua et leva la tĂȘte) Pas que jâen ai quelque chose Ă faire, câest juste que jâen ai marre de son tempĂ©rament. Quitte Ă ce quâil sâĂ©nerve, autant que ça soit sur toi.
Pendant une folle seconde, Wei Wuxian ne sut pas quoi penser, ne comprit pas ce quâil venait dâarriver. Puis, les mots parvinrent Ă son cerveau et il sentit une lĂ©gĂšre angoisse lui serrer le coeur:
Il Ă©vita le regard empli dâespoir de Jin Ling, sentit le regard de Lan Wangji sur lui et il redressa la tĂȘte. Ils nâeurent besoin dâĂ©changer aucun mot pour quâil comprenne parfaitement ce que son compagnon pensait:
-Quoi que tu choisisses, je te soutiens. Je suis avec toi.
Il ne pouvait pas fuir Ă©ternellement. Il devait affronter cette situation quâil avait voulu repousser. Ils avaient dĂ©jĂ perdu assez de temps comme ça. Si Jin Ling leur offrait lâopportunitĂ© de parler et pet-ĂȘtre mĂȘme de se rĂ©concilier, il nâallait pas refuser. Et puis, il nâĂ©tait plus seul. Avec Lan Wangji Ă ses cĂŽtĂ©s, la tĂąche semblait moins insurmontable. Wei Wuxian trouva sa main sans quâil se prĂ©occupe des gens qui continuaient de parcourir les rues, et quand leurs doigts furent entremĂȘlĂ©s, il hocha la tĂȘte:
-Tu as raison. Nous te suivons.Â
Il espĂ©rait juste que son frĂšre serait ouvert Ă la discussion et quâil accepterait de le recevoir.
-Je peux savoir ce qui tâa pris?!
Gronda Jiang Cheng quand il se retrouva seul avec son neveu. Il avait Ă peine terminĂ© de rĂ©diger plusieurs lettres pour des affaires intĂ©rieures que des coups avaient Ă©tĂ© frappĂ©s Ă la porte de ses appartements. Il Ă©tait tard, mais il sâĂ©tait doutĂ© quâil sâagissait de son neveu, alors il sâĂ©tait levĂ© et avait ouvertâŠ
Pour se retrouver nez Ă nez avec Wei Wuxian, un large sourire teintĂ© dâinquiĂ©tude sur les lĂšvres:
Il avait violemment refermĂ© la porte qui avait claquĂ© avec une telle force que si Wei Wuxian avait Ă©tĂ© un centimĂštre plus prĂšs, le bois lui aurait trĂšs certainement cassĂ© le nez. Le souffle court et les poings tremblants, Jiang Cheng avait un instant cru quâil Ă©tait en train de rĂȘver. Ca ne pouvait tout bonnement pas ĂȘtre rĂ©el. Mais la voix outrĂ©e de son neveu et les coups frappĂ©s Ă la porte sâĂ©taient Ă©levĂ©s, il avait compris quâil sâagissait plutĂŽt dâun cauchemar:
-Jiu Jiu! Ouvre! Wei Wuxian est venu te dire bonjour!
Jiang Cheng avait alors compris et il avait ouvert la porte le temps dâagripper son neveu par le col pour lâattirer dans la chambre. Et quand un nouveau claquement avait rĂ©sonnĂ©, il avait donc grondĂ©:
-Je peux savoir ce qui tâas pris?!
AgacĂ© dâĂȘtre traitĂ© de la sorte, Jin Ling haussa le ton Ă son tour, les poings sur les hanches:
-Jâai rien fait! Je lâai croisĂ© en me promenant avec Fairy et il a demandĂ© Ă te voir!
-Ne me mens pas, A-Ling, tu sais bien que je ne supporte pas les menteurs!
Le jeune garçon pinça les lÚvres, puis il baissa les yeux et croisa les bras en grommelant:
-Tu ne me crois jamais de toute façon.
-Pas quand je sais que tu mens! Alors dis-moi ce quâil fout ici ou je te casse les jambes!
Jugeant inutile de continuer cette mascarade, Jin Ling éleva de nouveau la voix:
-Dâaccord, je lui ai proposĂ© de venir! Et tu devrais avoir honte, parce que câest moi qui ai dĂ» intervenir alors que ça fait des mois que tu aurais dĂ» le contacter pour enfin rĂ©gler vos diffĂ©rends!Â
-Parce que tu sais mieux que moi ce que je dois faire?! Câest la meilleure! Occupe-toi de survivre pendant une night hunt sans que je ne doive intervenir et on en reparlera!
-Tu vois, tu fais toujours ça! Ă chaque fois quâon parle de ça tu te braques et tu mâattaques!
-Alors contente-toi de te mĂȘler de tes affaires!Â
Non mais, il ne parvenait pas Ă y croire! Comment osait-il faire preuve dâautant dâaudace et dâinsolence? Et depuis quand se mĂȘlait-il de ce genre de choses?Â
Jin Ling soutint son regard, les joues rougies par la colĂšre et ses poings se serrĂšrent:Â
-Absolument pas! Câest uniquement entre Wei Wuxian et moi! Alors reste en dehors de ça!
-Ă partir du moment oĂč tout ça tâempĂȘche de te concentrer et de tâoccuper de mon entraĂźnement, ce sont mes affaires!Â
-Tu as un problĂšme avec ma maniĂšre de tâentraĂźner? Tu nâas quâĂ rentrer Ă la Koi Tower si je suis un si mauvais professeur! Vas-y, je ne te retiendrai pas!
Jiang Cheng savait quâil Ă©tait allĂ© trop loin. Il savait que parler de la Koi Tower impliquait logiquement de penser Ă son oncle paternel. Et il savait que Jin Ling ne sâĂ©tait pas encore remis de la trahison et de la mort de Jin Guangyao. Il savait quâil aurait dĂ» se taire, il le sut avant mĂȘme de commencer Ă parler, mais sa colĂšre lâempĂȘchait toujours de se taire avant quâil ne soit trop tard. Alors, quand les yeux de Jin Ling se voilĂšrent lĂ©gĂšrement, quand ses lĂšvres se mirent Ă trembler imperceptiblement, il dut lutter pour ne pas sâexcuser et le serrer contre lui.
Jiang Cheng ferma les yeux, se maudit pour son agressivitĂ© et se pinça lâarĂȘte du nez en soupirant. Il nâavait pas la force de sâexcuser, nâavait pas la force de demander pardon: sa fiertĂ© lâen empĂȘchait. Alors, comme son neveu baissait les yeux et que ses yeux devenaient brillants de larmes contenues, il souffla:
-Allez, va dans ta chambre. On en parlera demain.Â
-Bien sĂ»r que non. On nâen parlera plus jamais parce que tu vas continuer dâĂ©viter le sujet.Â
-A-Ling, ça ne te regarde pas.
-Ca me regarde, parce que tu as lâair de souffrir et que ça me rend malade.Â
Jiang Cheng sentit son coeur se serrer dans sa poitrine et il secoua la tĂȘte, les sourcils froncĂ©s:
-Tu exagĂšres toujours, inutile de dramatiser et de-âŠ
-Tu sais qui dâautre refusait de parler de ses sentiments? Tu sais oĂč ça lâa menĂ©?
Long silence empli de rĂ©ponses silencieuses. Long silence pendant lequel Jiang Cheng comprit alors que son neveu avait pris le risque dâamener Wei Wuxian au Lotus Pier pour lâaider lui. Il savait quâil provoquerait la colĂšre de son oncle irascible, mais il avait dĂ©jĂ perdu un membre de sa famille et il refusait dâen laisser un autre sombrer dans un silence nĂ©faste. Il exigeait une rĂ©conciliation, mais Jiang Cheng ne pouvait pas la lui offrir:
-Je sais que tu ne penses pas Ă mal, mais je ne vais pas lui parler. Nous nous sommes dĂ©jĂ tout dit, et je ne peux pas tourner la page ainsi.Â
-RĂ©aliser lâimpossibleâŠ
Jiang Cheng sursauta quand ces mots franchirent les lĂšvres de son neveu. Et quand Jin Ling releva les yeux vers lui, il sut quâil ne pourrait pas fuir le regard que Jiang Yanli lui avait lĂ©guĂ©:
-Câest la devise de la secte. Alors je crois que mĂȘme si tu nâen as pas envie, mĂȘme si ça fait peur, il faut que tu essayes de lâappliquer au monde des Ă©motions et pas uniquement Ă celui de la cultivation.
Le souffle coupĂ©, Jiang Cheng soutint le regard du jeune garçon, puis, au bout de ce qui sembla ĂȘtre une Ă©ternitĂ©, il fronça les sourcils et grogna:
-Tu peux ĂȘtre vraiment infernal quand tu tây mets.
Jin Ling ne rĂ©pondit pas, se contenta de garder la tĂȘte haute, si bien que finalement, ce fut Jiang Cheng qui dĂ©tourna le regard en poussant un soupir agacĂ© mais touchĂ© Ă la fois:
-Je vais aller le voir, mais tu dois me promettre de ne plus te mĂȘler de mes affaires.Â
Le jeune garçon renifla, frotta le bout de son nez avec le dos de sa main et il quitta les appartements de son oncle sans un mot ni un regard. Jiang Cheng passa une main sur son visage et poussa un long soupir. Il savait depuis la derniĂšre fois quâils sâĂ©taient vus au temple quâil devrait parler avec Wei Wuxian pour rĂ©gler leur histoire. Il savait que tout nâavait pas Ă©tĂ© dit⊠Mais il nâavait jamais trouvĂ© la force ou lâenvie de le faire. La fiertĂ© mais aussi lâinquiĂ©tude lâen avaient empĂȘchĂ©.
Et Jin Ling sâen Ă©tait doutĂ©.Â
Il devait faire un effort, il devait rassurer son neveu Ă tout prix, lui qui avait dĂ©jĂ tant souffert. Bon, il ne pouvait plus fuir. Il allait sortir, hausser la voix, et avec un peu de chance, Wei Wuxian partirait rapidement. Oui, il allait faire ça. Il nâavait pas le temps pour ces conneries sentimentales: il avait une secte Ă mener, lui!
Quand il sortit de ses appartements, plus personne nâĂ©tait dans le couloir. Il trouva Wei Wuxian et Lan Wangji debout sur un ponton qui entourait la chambre, en train de contempler lâeau parsemĂ©e de lotus, et il se racla la gorge avant de gronder:
-Tu voulais parler? Alors parlons.Â
Wei Wuxian se retourna lentement et soutint longuement son regard, en silence, brisé uniquement par le soupir de Lan Wangji:
Wei Wuxian hocha lentement la tĂȘte. Il le rassura dâun regard tout en posant la main sur le bras de son compagnon et en lui adressant un sourire tendre. Pas besoin de mots, pas besoin de plus. Lan Wangji comprit et hocha la tĂȘte Ă son tour. Il salua respectueusement Jiang Cheng (qui lui rendit vaguement son salut) et sâĂ©loigna, les laissant seuls sur le ponton dans la nuit tombante.
Les deux frĂšres restĂšrent longuement ainsi, en silence, se regardant en chiens de faĂŻence pendant de longues minutes. Puis, ils inspirĂšrent et commencĂšrent dâune mĂȘme voix:
Wei Wuxian laissa Ă©chapper un lĂ©ger rire amusĂ©: enfants, ils terminaient les phrases de lâautre, mais adultes ils semblaient ĂȘtre trop impatiens. MalgrĂ© le parallĂšle Ă©vident, Jiang Cheng ne sourit pas, se contenta de terminer sa phrase:
-Marchons. On ne va pas rester ici comme des plantes vertes.Â
Son frĂšre hocha la tĂȘte et lui emboita le pas, en silence. Un vent doux dessinait de petites vagues sur lâeau claire et les lanternes se reflĂ©taient sur le lac qui entourait le Lotus Pier. LâatmosphĂšre Ă©tait paisible, et pourtant les coeurs des deux hommes Ă©taient serrĂ©s par la nervositĂ© quâils tentaient de ne pas laisser paraĂźtre. Et pourtant, Wei Wuxian remarqua que Jiang Cheng chipotait machinalement Ă lâanneau passĂ© Ă son index, signe marquant de son Ă©tat. Ils sâarrĂȘtĂšrent dâun mĂȘme mouvement, sans avoir eu Ă se concerter. Alors, Wei Wuxian sâaccouda Ă la rambarde et contempla le lac devant lui sans parvenir Ă retenir un soupir:
-Cet endroit est toujours aussi beauâŠ
-Tu nâes pas venu ici pour parler du paysage. Contrairement Ă toi, je nâai pas de temps Ă perdre, alors parle et finissons-en.
Wei Wuxian ferma les yeux un instant et hocha la tĂȘte:
-Tu as raison. (Il ne se retourna pourtant pas, continuant dâobserver le lac) Tu sais, je nâavais pas envie de venir. Je cherche Ă Ă©viter cette conversation depuis la derniĂšre fois quâon sâest vus, pourtantâŠ
-Jin Ling peut ĂȘtre assez persuasif quand il veut.
-Ne me dis pas que tu fais ça pour lui, je ne te le permets pas.
Nouveau soupir, accompagnĂ© dâun mouvement dâĂ©paules devenues basses:
-Au fond de moi, je savais que je ne pourrais pas fuir indĂ©finiment. Il fallait que je vienne te faire face, que jâarrive Ă te parler et Ă tâĂ©couter⊠Que je mâexcuse sans prĂ©sence dâun public ou dâune menace de mort qui plane sur nous. Je crois quâil est temps que nous parlions Ă coeurs ouverts, que nous mettions les choses au clair. Est-ce que tu es dâaccord?
-Contente-toi de me dire ce que tu as Ă dire puis va-t-en.
-Jâai besoin de savoir si tu vas mâĂ©couter et que tu parleras aussi honnĂȘtement que possible.Â
Jiang Cheng fronça les sourcils et serra les poings, son coeur hĂ©sitant entre colĂšre furieuse et une sorte de soulagement amer, mais il hocha la tĂȘte et Wei Wuxian commença:
-Je tenais Ă mâexcuser de ne pas avoir pu mieux te protĂ©ger quand les Wens ont pris le Lotus Pier.Â
-Tu en as fait assez. (Sa gorge se noua une nouvelle fois quand il passa une main machinale sur sa poitrine) Plus quâassez.Â
-CâĂ©tait naturel. Yu Furen mâa demandĂ© de te protĂ©ger, tu avais perdu ton golden core Ă cause de ma nĂ©gligence, je me devais de te le rendre.Â
Il y eut un lĂ©ger silence, mais il continua, comme sâil ne pouvait pas sâarrĂȘter sans risquer de perdre ses mots:
-Jâaurais dĂ» te dire ce qui sâĂ©tait passĂ©. Je nâaurais pas dĂ» te cacher ce stratagĂšme, mais je savais que tu mâen empĂȘcherais, et je ne pouvais pas supporter de te voir dans un tel Ă©tat alors que câĂ©tait de ma faute⊠Mais jâaurais dĂ» tâen parler, comme jâaurais dĂ» te parler du Burial Mounds et du Stygian Tiger Seal. Jâaurais dĂ» te parler de ce qui mâattendait. Et jâaurais dĂ» tâexpliquer pourquoi je ne pouvais plus rester Ă tes cĂŽtĂ©s.Â
-Tu voulais protĂ©ger les Wens, tu avais fait ton choix.Â
-Je voulais protĂ©ger ces innocents, oui, mais je voulais aussi te protĂ©ger, ne pas te mettre dans une situation plus inconfortable quâelle ne lâĂ©tait dĂ©jĂ .Â
-Ne joue pas aux vertueux, pas avec moi. Tu avais choisi ton camp et ce nâĂ©tait pas le mien.Â
Jiang Cheng avait serrĂ© les poings, comme si les souvenirs du jour oĂč son frĂšre lâavait abandonnĂ© lui revenaient dâun coup. Wei Wuxian continua, se forçant Ă lever la tĂȘte pour soutenir son regard:
-Mon camp a toujours été le tien, je te le promets.
-Je connais la valeur de tes promesses, ne joue pas à ça avec moi parce que je nâen ai pas la patience.Â
Ils savaient tous les deux de quelle promesse il parlait, et les mots flottĂšrent dans les airs autour dâeux sans quâils puissent les prononcer. Alors, au bout de quelques secondes, Wei Wuxian continua:
-Je nâai jamais Ă©tĂ© trĂšs clair sur ce point, mais je voulais vraiment te protĂ©ger. Je savais que je ne pouvais pas regarder Wen Ning, Wen Qing et les autres innocents se faire massacrer sous mes yeux, mais je savais aussi que je ne pouvais pas les protĂ©ger sans risquer de te mettre en danger. (Bref silence, puis il jeta un coup dâoeil Ă son frĂšre qui serrait les poings si forts quâils en tremblaient) Tu peux intervenir si tu en as envie.Â
Jiang Cheng sembla hésiter, ou non, lutter pour garder son calme. Il inspira longuement, expira et gronda:
-Tu aurais pu abandonner cette folie. Tu aurais pu me choisir et survivre. Je tâen veux Ă mourir dâavoir choisi des inconnus plutĂŽt que dâavoir tenu ta promesse. Câest comme ça que tu voulais me protĂ©ger? En mâhumiliant devant les autres chefs de secte? En me laissant seul avec un neveu et une secte Ă gĂ©rer avant mĂȘme dâĂȘtre considĂ©rĂ© comme un adulte? (Il laissa Ă©chapper un rire sans joie) Ta dĂ©finition de âprotectionâ laisse Ă dĂ©sirer.
Wei Wuxian baissa la tĂȘte et soupira:
-Je sais que jâaurais pu mieux faire, mais il faut que tu comprennes que mon sort Ă©tait dĂ©jĂ scellĂ©. Peu importe ce que je choisissais, Jin Guangshan et dâautres sectes avaient dĂ©jĂ dĂ©cidĂ© que je reprĂ©sentais un nouvel ennemi, tout ça parce quâils voulaient sâemparer du Stygian Tiger Seal. Quoi que je choisisse, jâĂ©tais condamnĂ© dĂšs que la lutte contre les Wens avait pris fin. Je suis restĂ© Ă tes cĂŽtĂ©s aussi longtemps que possible, mais quand jâai compris que ma prĂ©sence te mettait petit Ă petit en danger, jâai dĂ©cidĂ© de mâĂ©loigner pour te protĂ©ger. Et je sais que je tâai blessĂ©, que je tâai fait du mal, mais jâai vraiment cru faire au mieux. Je voulais rester loin de toi pour ne plus prendre la parole en rĂ©unions importantes⊠Mais surtout pour Ă©viter de vous mettre en danger, la secte, Shijie et toi. Crois-le ou non, mais câest la vĂ©ritĂ©.Â
Un nouveau silence suivit sa dĂ©claration, mais il se sentait soudain incroyablement lĂ©ger, soulagĂ© mĂȘme. Il avait tout dit, son frĂšre savait tout, maintenant, ils pouvaient aller de lâavant. Alors, Wei Wuxian sourit et se tourna vers lui:
-Maintenant tu sais tout. Je te remercie de mâavoir Ă©coutĂ©. Je crois quâil Ă©tait temps quâon parle ouvertement, tous les deux.
Jiang Cheng ne voulait pas le croire, ne parvenait pas Ă comprendre. Il savait que sâil acceptait les excuses de son frĂšre, sâil acceptait de prendre cette main quâil lui tendait, la colĂšre disparaitrait⊠Mais⊠Sans colĂšre, que restait-il de lui? QuâĂ©tait-il avant de nâĂȘtre fait que de remords, de regrets et de haine? Il sentait que sâil pardonnait, sâil laissait la colĂšre partir⊠Alors il serait simplement vide. Mais il ne pouvait plus se mentir Ă lui-mĂȘme, ne pouvait pas nier la main que lui tendait son frĂšre et celle de son neveu qui le poussait en avant.
RĂ©aliser lâimpossible.
Se libĂ©rer de la haine et pardonner.Â
-Est-ce que tu as des questions? Ou bien est-ce quâil y a dâautres choses que tu me reproches?Je serais rĂ©ellement heureux de te soulager de ce poids.
-Je nâai pas perdu mon golden core Ă cause de ta nĂ©gligence.
La voix de Jiang Cheng Ă©tait dure, glacĂ©e, et ses yeux Ă©taient voilĂ©s par une longue mĂšche sombre. Mais Wei Wuxian secoua la tĂȘte, hĂ©sita Ă poser une main sur son bras, renonça:
-Si, je tâai laissĂ© seul alors que tu avais besoin de soutien et de protection. Tu nâas pas Ă te reprocher quoi que ce-âŠ
-Je me suis laissé capturer pour ne pas que tu sois pris.
Pendant une folle seconde, le silence se fit, un silence empli de surprise choquée. Puis, Wei Wuxian souffla, la voix rauque:
-Tu Ă©tais allĂ© chercher Ă manger, des Wens avaient retrouvĂ© notre trace et se rapprochaient de toi. (LĂ©ger silence, le temps de prendre son souffle) Tu te souviens de ce qui est arrivĂ©? Tu te souviens de ce quâils ont dit quand ils se sont Ă©loignĂ©s?
Wei Wuxian se liquĂ©fiait littĂ©ralement face Ă lui, mais Ă©trangement, il nâen tirait aucune satisfaction:
-Jâai attirĂ© leur attention pour te sauver. Je ne pouvais pas⊠Je ne pouvais pas supporter quâun autre membre de ma famille meure.Â
Comme câĂ©tait dur de dire ces mots, ils Ă©taient semblables Ă des couteaux plantĂ©s depuis des annĂ©es dans sa poitrine mais quâil devait enlever. Et en mĂȘme temps⊠En mĂȘme temps, mĂȘme si ça faisait si mal de les arracher si violemment⊠Il se sentait soulagĂ©.Â
-Jâai perdu mon golden core pour te protĂ©ger. Alors de savoir que pendant toutes ces annĂ©es, celui qui battait dans ma poitrine Ă©tait le tien⊠(Bref silence, le temps que sa main effleure de nouveau son torse) Mais au fond, je crois que je lâai toujours senti. Je sentais que tu nâĂ©tais pas mort. (Sa voix se brisa un instant mais il se reprit) Que tu Ă©tais toujours lĂ . Je ne savais juste pas que tu Ă©tais si proche⊠Que tu avais en fait tenu ta promesseâŠÂ
Les yeux de Wei Wuxian se remplirent de larmes Ă©mues et il hocha la tĂȘte:
-Que tu Ă©tais toujours avec moi mĂȘme quand tu ne le pouvais pasâŠ
Jiang Cheng prit le temps dâinspirer, de souffler, dâempĂȘcher ses lĂšvres de trembler. Sans colĂšre, câĂ©tait comme si toutes les Ă©motions retenues dans son coeur depuis des annĂ©es se libĂ©raient trop vite, trop fort, trop trop:
-Je ne tâai pas encore remerciĂ© dâavoir fait tant de sacrifices pour moi, dâavoir tant souffert pour moi. Mais je tâen veux dâavoir tout portĂ© sans rien me dire. JâĂ©tais lĂ pour toi, je tâaurais aidĂ©,⊠Tout aurait Ă©tĂ© diffĂ©rent.Â
-Je sais⊠Je suis dĂ©solĂ©âŠÂ
-Je tâen veux de ne pas tâĂȘtre confiĂ© Ă moi, je tâen veux de mâavoir laissĂ© seul⊠Mais je me dĂ©teste encore plus pour ce que jâai fait.
-Tu ne dois rien te reprocher, Jiang Cheng.
-Si, si parce que je ne tâai pas soutenu. Je nâai pas osĂ© tenir tĂȘte aux autres chefs, je nâai pas osĂ© prendre ouvertement ton parti. Je tâai condamnĂ©, je les ai regardĂ© faire et je nâai rien su dire pour te dĂ©fendre.Â
-Tu nây es pour rien, je ne tâen ai jamais voulu.
La voix de Wei Wuxian Ă©tait rauque dâĂ©motion, mais aucun des deux nâosait en faire plus, en dire plus. Sâils disaient un mot de plus, ils savaient quâils allaient sâeffondrer. Alors, quand Wei Wuxian laissa Ă©chapper un rire noyĂ© de sanglots et ouvrit les bras, Jiang Cheng sentit son coeur se serrer sous le coup de la reconnaissance et du choc:
-Quâest-ce que tu attends pour embrasser ton grand frĂšre?Â
Jiang Cheng secoua la tĂȘte et grogna sans faire mine de bouger dâun pas:
-Je ne te permets pas, je tâen veux encore.
Il hĂ©sita quelques secondes, mais son bras sâĂ©tait levĂ© par rĂ©flexe, trouvant celui de son frĂšre pour le serrer de toutes ses forces dans une Ă©treinte quâil nâavait plus pratiquĂ©e depuis plus de treize ans. Puis, sans quâils sachent qui avait lancĂ© le mouvement, ils tombĂšrent dans les bras lâun de lâautre. Maladroitement, dans la retenue, mais avec tellement moins de colĂšre et de regrets quâavant. La voix rauque et les yeux brillants de larmes bravement contenues, le coeur encore lĂ©gĂšrement brulant de ressentiments qui ne tarderaient plus Ă disparaitre, Jiang Cheng souffla:
-Il était temps que tu rentres à la maison, salopard.
Wei Wuxian hocha la tĂȘte et ferma les yeux:
Je suis dĂ©solĂ© dâavoir tant tardĂ©.Â
Puis, aprÚs un léger silence, il osa:
-Tu devrais aussi parler avec Jin Ling, peut-ĂȘtre tâexcuser pour ce que tu lui as-âŠ
Un sourire amusĂ© Ă©tira les lĂšvres de Wei Wuxian mais il ne rĂ©pondit pas. Il savait que le plus dur Ă©tait fait, il ne restait plus quâĂ accompagner son frĂšre dans ce chemin vers le pardon.Â
Le pardon envers lui-mĂȘme et envers le monde entier.
Ă lâautre bout du ponton, un sourire satisfait sur les lĂšvres, Jin Ling laissa Ă©chapper un soupir soulagĂ©. Debout Ă ses cĂŽtĂ©s, les yeux posĂ©s sur son compagnon enfin apaisĂ©, Lan Wangji hocha la tĂȘte.
Maintenant, tout était bien.
âââââââââââââââââââââââââââââââââââ
Et voilĂ , câest dĂ©jĂ la fin des Yunmeng Duo Days :) JâespĂšre que ces textes (aussi disponibles sur https://www.fanfiction.net/s/13396627/1/ ) vous aurons plu! ;) Et nâoubliez pas: vive Mo Dao Zu Shi! *^*