L'alchimie est un art délicat : elle n'est pas un don inné, mais bien le résultat d'un grand nombre d'années de mentorat et de spécialisation. La discipline n'est pas enseignée à l'Université de Villevieille, qui la considère trop instable et refuse de la considérer comme une science, creusant un fossé entre les alchimistes et les scientifiques. De ce fait, la formation des alchimistes se fait par des mentors, qui forment un petit nombre de personnes à la fois — deux ou trois, le plus souvent.
Il existe de nombreux domaines de spécialisations runiques, qui s'appliquent à tous les aspects de la vie cathanaise : protection, agriculture, médecine, amélioration, ingénierie, stabilisation, affliction, etc. La quasi-totalité des alchimistes n'ont qu'une spécialité. Une fois leur formation jugée adéquate, des cités-États ou des particuliers peuvent les employer pour les assigner à des travaux dans leur domaine. Les alchimistes peuvent aussi vendre leurs services dans les villages, de façon plus ou moins itinérante.
L'utilisation des runes est un sujet à débat dans un grand nombre de sociétés, qui, malgré l'offre et la demande répandue dues à leur praticité, fait grincer des dents dans certaines régions et dans certaines castes.
Dans les grandes villes, les alchimistes sont très en demande et jouissent d'une réputation élitiste qui les sépare grandement de la population générale. Les années d'études nécessaires ainsi que le nombre limité de mentors a tendance à rendre cet art obscur au yeux du petit peuple et à pousser les gens à se méfier d'un sujet si jalousement gardé. De plus, la rivalité entre l'alchimie et les sciences savantes, sans cesse accrue par les critiques de l'Université de Villevieille, a tendance depuis quelques siècles à accentuer la division entre les cercles pro-alchimie et les groupes qui la redoutent.
Dans le Nord, les runes sont vénérées et respectées pour leur puissance. Il est tabou de les utiliser dans un cadre qui n'est pas approuvé par les conseils locaux. Une crainte ancestrale des Anomalies et des Vestiges, enseignée aux enfants dans les contes et les légendes, rend les populations nordiques incroyablement méfiantes envers les nouvelles runes et les pousse à préférer les anciennes écritures, qui ont déjà fait leurs preuves, et surtout, à jauger soigneusement chaque inscription de rune.
Dans le Sud, l'utilisation de l'alchimie est souvent mal vue, surtout dans les cercles érudits. On préfère, à l'instar de Villevieille, se reposer sur la technologie, l'ingénierie et les études de matières plus concrètes. Cette rivalité avec l'alchimie pousse les cercles savants locaux à se dépasser. C'est pourquoi on y trouve les esprits les plus aiguisés et les théories scientifiques les plus prometteuses. Les populations rurales, elles, semblent accepter que l'alchimie peut être utile à la vie quotidienne.
Sur l'ensemble du territoire, on a toutefois conscience de l'utilité et de la nécessité des alchimistes, ne serait-ce que pour endiguer certains lieux de corruption. La chasse aux alchimistes et les lynchages sont rares et durement réprimés, même dans les sociétés qui y sont farouchement opposées — du moins, tant que les autorités locales sont informées.
Les alchimistes dans la Compagnie
La Compagnie utilise l'alchimie comme un atout précieux et se targue d'avoir des alchimistes d'exception. Puisqu'elle a essentiellement besoin d'alchimistes de guerre, spécialistes de la protection, des armes et, parfois, de la médecine, toutes les autres spécialités sont sous-représentées. Les alchimistes ayant une autre spécialisation que celles privilégiées par la Compagnie n'en demeurent pas moins libres de rejoindre la troupe et peuvent apprendre auprès des mercenaires-alchimistes ou abandonner leur spécialité pour passer à un autre métier.
Les alchimistes de la Compagnie couvent jalousement leurs ouailles runées et considèrent leur art comme étant un savoir ancestral qui se transmet entre les quelques alchimistes de chaque bataillon. Au fil du temps, les alchimistes-mercenaires ont raffiné l'art de l'alchimie de guerre, ce qui les a rendus particulièrement célèbres. Ces alchimistes ont bonne réputation parmi leurs pairs en raison de leur maîtrise exquise de ce type de runes, quand bien même leur surprotection de leurs secrets alchimiques est parfois critiquée. Il n'est pas inédit, par exemple, qu'une recrue alchimiste choisisse la conscription afin de venir apprendre l'art des runes martiales auprès des alchimistes de la Compagnie.
Leur présence est d'autant plus nécessaire que les runes portées par les mercenaires doivent être régulièrement réactualisées. En cas contraire, elles perdent de leur force et s'épuisent. Dans ces cas, les réactions peuvent être physiques ou mentales : des douleurs, des infections, des faiblesses, voire une mutation de la rune (voir La corruption, ci-dessous).
Parfois, l'humanité et la nature sont victimes de runes corrompues. Lorsqu'elles sont trop longtemps délaissées et qu'elles ne sont pas renouvelées, les runes continuent d'essayer de se nourrir de l'énergie environnante — c'est ce qui les rend néfastes. Elles absorbent l'énergie des alentours, perdent leur vocation initiale, et causent d'irrémédiables dommages. C'est pourquoi les ruines intouchées sont des lieux de grand danger et qu'il est essentiel de les trouver avant que la corruption s'étende.
Les formes de corruption diffèrent selon les runes et leur puissance, mais également en fonction des réceptacles qui les accueillent. Les plus courantes prennent la forme de déformations physiques, de maladies et d'excroissances qui parfois s'éteignent seules en handicapant tellement leur hôte qu'il est impossible pour la rune corrompue de continuer sa croissance.
Lorsqu'un corps est entièrement soumis à la corruption d'une ou de plusieurs runes, l'humanité finit par disparaître. On nomme ces réceptacles les Vestiges. Il s'agit d'êtres vivants — ou du moins, c'est ce que l'on déduit — dénués de raison et d'intelligence, que les runes rendues néfastes ont altéré de façon significative. Autrement dit, il s'agit de coquilles vides mues uniquement par la nature de leurs runes corrompues.
On utilise le terme « Vestiges » dans les cercles plus instruits, mais communément, on désigne ces créatures par des noms moins soutenus : monstres, impurs, démons, ou encore engeances selon les régions et les préférences.
Concrètement, les Vestiges sont des runes devenues hors de contrôle et qui cherchent de quoi accroître leur puissance en se nourrissant de l'énergie et des forces qui les entourent, fragilisant les structures et nécrosant les corps corrompus, qui finissent par se décomposer. Ces vaisseaux ne sont alors plus qu'un moyen de transport pour les runes, qui cherchent toujours plus d'énergie à absorber. Les végétaux corrompus se propagent à la manière de parasites, souvent par les sols, le pollen ou les graines. Les Vestiges animaux ou humains, quant à eux, cherchent le contact d'êtres jeunes et énergiques, ce qui leur donne une réputation de « chasseurs de chair fraîche ». Leur puissance est généralement proportionnelle à la puissance de la rune et à l'étendue de la corruption : plus elle est ancienne, instable et répandue, plus les Vestiges seront brutaux et violents.
Le toucher d'un Vestige est marquant, car il laisse une marque brûlante qui peut s'infecter, voire provoquer une corruption localisée qui peut se propager si la marque n'est pas rapidement examinée par des spécialistes de l'alchimie. D'autres, plus extrêmes, préconisent l'amputation et la destruction de la zone marquée, tout simplement.
Des objets ou des lieux peuvent également être qualifiés de Vestiges s'ils deviennent corrompus par des runes. Par exemple, un champ runé pour l'abondance des récoltes pourrait devenir stérile, ou une arme provoquer des effets néfastes sur la personne qui la tient.
Ça n'est pas tous les êtres vivants qui se voient consommés entièrement par la corruption des runes. Dans d'autres cas, on parle d'Anomalies : il s'agit le plus souvent de personnes runées qui subissent le contrecoup de leurs améliorations, mais que les runes n'ont pas complètement asservi. La corruption peut modifier leur personnalité et leur apparence, mais leur intelligence et leur conscience est préservée. C'est un terme aussi péjoratif qu'effrayant.
Ces Anomalies inquiètent les populations, notamment les plus rurales, qui sont les plus touchées par les Vestiges. Les Anomalies sont traitées comme des parias et sont le plus souvent ostracisées. Si elles effraient autant, c'est que leur nature est similaire à celles des Vestiges, et qu'on craint que tôt ou tard, elles deviennent des Vestiges à leur tour.
Les rumeurs veulent que ces aberrations soient le résultat des expériences d'alchimistes ayant tenté d'outrepasser les lois de la nature, par exemple en tentant de transférer leurs âmes dans un autre corps pour atteindre l'immortalité. Ces Anomalies sont capables d'utiliser leurs runes dans des manifestations violentes, visant le plus souvent à se protéger, puisqu'on les ostracise et les chasse des villages, en plus d'en faire le centre de légendes urbaines horrifiques. D'autres estiment plutôt qu'il s'agit de personnes runées n'ayant pas eu accès à des alchimistes pour renouveler leurs runes, et qui doivent malheureusement vivre avec les conséquences.
Les cercles académiques ne sont pas certains des origines de la corruption et encore moins de ses manifestations tant elles sont nombreuses et dangereuses à étudier. Il existe plusieurs hypothèses à ce sujet, qui sont parfois étroitement reliées à de la superstition. Pour certains, il s'agit de cadavres revenus à la vie, tandis que d'autres dénoncent une multiplication abusive et néfaste de l'alchimie, qui nourrit la corruption.
Sensibles aux événements célestes, les populations craignent les éclipses ou les lunes rouges — celles-ci, dit-on, favoriseraient la corruption, mais également les situations hors du commun ou les crises. Il a par exemple été observé que, lorsqu'un grand nombre de personnes meurent à un endroit fortement runé (par exemple, à la suite d'une bataille), le terreau devient fertile pour la propagation des effets néfastes des runes trop longtemps négligées.
Les alchimistes, les archéologues et les personnes qui chassent les artefacts dans les ruines sont particulièrement sensibles au concept de corruption des runes, puisque tous fréquentent avec assiduité des lieux où se trouvent potentiellement des runes instables. Il est dans leur intérêt d'être rapidement capables d'identifier un lieu ou un objet corrompu et de s'en éloigner le plus rapidement possible.
Il n'existe pas de remède contre la corruption. Si on n'arase pas tout simplement les runes rendues nocives par le temps et la négligence, c'est notamment par peur de la réaction provoquée par un signe corrompu qui s'heurte à une destruction pure et simple de son environnement. Ainsi, une Anomalie, une corruption partielle ou un lieu vicié ne peuvent être qu'endigués par d'autres runes, ce qui alimente un cycle qui doit être surveillé constamment sous peine d'accroitre la corruption.
Premier contrat (introduction à l'intrigue) : Dimanche 6 à 18h!
Runes, origine et leurs utilisations
Cathan, politiques et cités-états
Cathan, géographie et société
La compagnie, origine et fonctionnement
La compagnie, recrutement, spécialités et valeurs
Résumé du projet