Cherchez les Palais Oubliés
Câest dans la cĂžmmĂžde du GĂ©nĂ©ral que nĂžus trĂžuvĂąmes enfin lâĂžbjet de nĂžtre recherche.
LâĂžuvrage, fait dâun cuir dĂ©sĂžrmais vieux et pelĂ© par endrĂžit, Ă©tait serti dâun mĂ©canisme Ă verrĂžus rĂ©cursifs qui empĂȘchait de lâĂžuvrir. Ă sĂžn dĂžs, gravĂ© Ă mĂȘme la chair du livre, un symbĂžle reprĂ©sentant un cercle barrĂ© de deux traits asymĂ©triques nĂžus indiquait que nĂžus teniĂžns entre nĂžs mains la sĂžlutiĂžn au prĂžjet Samael.
Ce fut SpuNt qui, lĂžgiquement, examina le mĂ©canisme de verrĂžu et essaya de lâĂžuvrir. ArmĂ©e de sa mallette et ses milles et unes lentilles, lĂžupes et pinces de serruriĂšre, elle passa un temps fĂžu, uniquement cĂžncentrĂ©e sur la tĂąche de dĂ©jĂžuer le verrĂžu, sa respiratiĂžn rĂ©duite Ă un ruisseau dâair, sĂžn cĂžrps tendu et immĂžbile, les dĂžigts seuls dĂžtĂ©s de mĂžuvement.
Dans sa tĂȘte, dans cette cabĂžche de punk que les gens mĂžquaient Ăžu mĂ©prisaient, se jĂžuait une partie dâĂ©chec cĂžntre le GĂ©nĂ©ral, Ăžu du mĂžins cĂžntre la persĂžnne quâavait Ă©tĂ© le GĂ©nĂ©ral, bien avant que la fĂžlie ne lui rĂžnge le cerveau et ne lâemprisĂžnne dans les trĂ©fĂžnds dâune inexpugnable fĂžrteresse : sĂžn esprit.
Le principe du verrĂžu rĂ©cursif Ă©tait simple, et pĂžurtant terriblement efficace, SpuNt le savait. Ă la maniĂšre dâun prĂžgramme qui sâappelait lui-mĂȘme, tĂžurnant en bĂžucle sans jamais pĂžuvĂžir se finir, le verrĂžu rĂ©cursif nâavait pas de fin, et Ă©tait dĂžnc, en théÞrie, impĂžssible Ă Ăžuvrir une fĂžis quâil Ă©tait fermĂ©. Il sâenfermait en lui-mĂȘme, cachait une sĂžrtie inatteignable, un recĂžin impĂžssible a apprĂ©hender, de sĂžrte que les cĂžncepteurs y mettaient gĂ©nĂ©ralement une cĂžnditiĂžn Ă remplir afin de dĂ©verrĂžuiller lâempilement infini des rĂžuages.
SpuNt, elle avait lĂžngtemps Ă©tudiĂ© ces types de verrĂžus - en fait, elle sâĂ©tait vĂžuĂ©e cĂžrps et Ăąme Ă lâĂ©tude des verrĂžus rĂ©cursifs - et avait un jĂžur tentĂ© de nĂžus expliquer cĂžmment un Ăžbjet fini pĂžuvait cĂžntenir une rĂ©cursivitĂ©.
- ToUt est daNs l'aNomalie, Vokaali !
- LâanĂžmalie ? De quĂži tu me parles, SpuNt ? Câest juste un verrĂžu. Tu prends une clef, et puis basta, pfff.
- Hahaha ! Tu coNNais pas les aNomalies ? PourtaNt y eN a pleiN, partoUt partOUt !
- BĂžn allez, explique-nĂžus. Mais attentiĂžn, applique-tĂži hein ! NĂžus Ăžn veut cĂžmprendre cĂžmment ca marche dans ta tĂȘte. Et puis garde Ă lâesprit quâĂžn vient pas tĂžus de tĂžn truc, lĂ ...
- Le FOND ! Je le sais bieN, hahaha. Déjà , le verrOu coNtieNt pas l'aNomalie : il est l'aNomalie. On appElle ceTTe aNomalie là une Récursive.
- Pardon SpuNt, mais câest quoi une anomalie ?
- Câest quaNd c'est pas Normal, Cifre ! hahAHaHa.
- SpuNt... Applique-tĂži.
- Vrai de vrai, je sais pas ! Ăa existe, c'est tout. Jâai dĂ©couvert la RĂ©cursive en fouillaNt daNs le greNier de mon grand-pĂšre. Y avait son petit jouRNAl aux Ă©tOILes, et quaNd jâAi voULu crocheter lA serrure qUI PROtĂ©geAIT, jâai pAs pu : mes outils se sont enfoncĂ©s jusquâau bout ! Dingue, que câĂ©taIt, juRĂ© ! JâaurAIs pu les perdRe dedaNs ! PoUrtaNt, ils AUraieNt dĂ» sâarrĂȘter : ça crocHetait et cliQuetait les goupilles sous mEs doigTs, et ça coNtiNUait Ă sâeNfoNcer. Jâai faiLli perdrE mes beAUx outIls.
- Et comment tâas su ce que câĂ©tait ?
- Je lui Ai demaNdĂ ! Il mâa dIt âPetite FusĂ©e, ça est secret famille. Regarde.â, puis iL mâa moNtrĂ© commENt oN ouvrait son petit LiVRe aux Ă©tOiles.
- AlĂžrs, cĂžmment Ăžn fait ?
- Ăa dĂ©peNd de la RĂ©cursive, mAIs souveNt câest coMbinaisoN particuliĂšre, avEc ordrE paRTicUlier : siNoN lâiNstANt dâaprĂšs, ta goupille crochEtĂ©e, elle comPte plus. En plus ça rĂ©aGit ! Câest iNfiNi dans le teMps. Plus tu meTs de teMPs, plus ça devieNt compLIquĂ© !
- En attendant, ça nĂžus dit tĂžujĂžurs pas cĂžmment câest pĂžssible, tĂžn truc.
- Hahaha tu verrAs, Vokaali ! Et toi ausSI, Cifre !
Et nÞus pÞuviÞns désÞrmais vÞir.
Il lui fallut trĂžis heures, Ă nĂžtre petite fusĂ©e, pĂžur venir Ă bĂžut de la rĂ©cursive. TrĂžis heures Ă fĂžrcer un labyrinthe infini, Ă jĂžuer avec des cĂžmbinaisĂžns imprĂžbables, pĂžur, finalement, dans une atmĂžsphĂšre tendue, entendre un premier clic. Suivi dâun deuxiĂšme, puis dâun trĂžisiĂšme. Ce fut un nĂžmbre incalculable de verrĂžus qui sautĂšrent.
SpuNt, quant Ă elle, ne bĂžugea pas tant quâelle ne fut pas certaine de pĂžuvĂžir Ăžuvrir lâĂžuvrage quâelle avait entre les mains. Et, lĂžrsquâenfin elle nĂžus fit signe dâapprĂžcher, nĂžs tĂȘtes penchĂ©es par dessus la page de garde du manuscrit, nĂžus pĂ»mes lire avec une curiĂžsitĂ© mĂȘlĂ©e Ă de lâimpatience, les seuls et uniques mĂžts que le GĂ©nĂ©ral eut laissĂ©, dans un dernier murmure de raisĂžn.
Je lâai vu dans un palais oubliĂ© ; tout tombe en ruine, mĂȘme les divinitĂ©s. Sa statue est un dĂ©sastre, et son palais un immeuble tellement immense que cela en devient grotesque. Il est dĂ©labrĂ© : sous un ciel dâun gris de plomb, ouvert aux quatre vents, les Ăąmes hurlent dans les mĂ©andres dâun dĂ©dale de dĂ©mence. Lâimmeuble est grand comme un monde.
Pour me trouver, cherchez les Palais Oubliés.
La clef se trouve chez SpuNt.