VĂk, Iceland
seen from France
seen from Germany
seen from Czechia
seen from Czechia

seen from Aruba

seen from Poland
seen from Singapore
seen from Netherlands

seen from Bangladesh
seen from United States
seen from China
seen from Netherlands

seen from France
seen from Czechia

seen from United States
seen from Czechia
seen from TĂŒrkiye

seen from Czechia
seen from Sweden
seen from China
VĂk, Iceland

Anya is live and ready to show you everything. Watch her strip, dance, and perform exclusive shows just for you. Interact in real-time and make your fantasies come true.
Free to watch âą No registration required âą HD streaming
Anya Taylor Joy as Furiosa in Furiosa: a Mad Max Saga (2024) dir. George Miller
Cuphead!
Enfin le soleil ! âïž
Le vent dans le dos et lâhorizon pour seule limite... Il n'y a rien de tel pour faire briller nos ambitions de voyage. Cap sur lâaventure ! đïž
Ă deux, chaque virage devient une nouvelle dĂ©couverte. Partager la route, câest multiplier les souvenirs et savourer ce sentiment de libertĂ© pure. đïžđš

Anya is live and ready to show you everything. Watch her strip, dance, and perform exclusive shows just for you. Interact in real-time and make your fantasies come true.
Free to watch âą No registration required âą HD streaming
Les Marées de l'Aube Rouge
Fil de Navigation
Chapitre 7 : Faire table rase
Chapitre 6 - Chapitre 8
â ââ©â©â©ââ ââ©â©â©ââ
AprĂšs les tensions de la veille, BĂ©atrice est forcĂ©e de confronter ses prĂ©jugĂ©s⊠et ses alliĂ©s. Tandis quâun terrain dâentente fragile se dessine enfin avec Shanks, une menace bien plus intime se rĂ©vĂšle : son propre corps est en train de la lĂącher. Entre alliances politiques, secrets de famille et vĂ©ritĂ©s divines longtemps Ă©touffĂ©es, BĂ©atrice comprend quâelle nâa plus le luxe dâattendre. Faire table rase devient une nĂ©cessitĂ© : mĂȘme si le prix Ă payer pourrait ĂȘtre sa vie.
â ââ©â©â©ââ ââ©â©â©ââ
« Rien de ce qui est ancien ne doit nous paraßtre inviolable. » Denis Diderot
Le lendemain matin, BĂ©atrice serra sa petite sĆur de toutes ses forces, heureuse de retrouver son rayon de soleil. La fillette lui avait prĂ©parĂ© le petit dĂ©jeuner et sâĂ©tait exceptionnellement levĂ©e tĂŽt, huit heures, pour lui faire la surprise. GrĂące Ă cette attention, BĂ©atrice parvint Ă ne pas penser aux Ă©vĂ©nements de la veille. Elle se rappela seulement qu'elle devait organiser la rĂ©union et que le dĂ©part de l'Ă©quipage Ă©tait prĂ©vu en dĂ©but d'aprĂšs-midi, ce qui la soulageait grandement.
â Bien, tu peux mâexpliquer ce que tu fous ici ? lança-t-elle en croquant dans sa tartine, tout en fixant lâinvitĂ© surprise.
Akira termina son café, un sourire aux lÚvres.
â Je voulais que tu nous racontes un peu plus comment ça s'est passĂ© hier soir avec Shanks.
Trop occupĂ© la veille en agrĂ©able compagnie, Akira avait manquĂ© la scĂšne de chamailleries. Il avait donc sautĂ© hors du lit, et quittĂ© celle qui l'y retenait, pour rejoindre sa cousine et Ă©couter les derniers potins, accompagnĂ© dâAmbre et dâAĂŻcha.
BĂ©atrice observa les trois personnes alignĂ©es devant elle, impatientes. AprĂšs avoir pris une gorgĂ©e de son cafĂ© au lait, elle raconta tout ce qui sâĂ©tait dit, prenant soin d'Ă©dulcorer certains mots pour les jeunes oreilles de la plus petite.
à la surprise de Béatrice, ce fut Ambre qui claqua son verre de jus de fruits vitaminé sur la table et la foudroya du regard.
â Tu te moques de moi, BĂ©a ! sâexclama-t-elle dâun ton autoritaire, celui quâelle rĂ©servait habituellement Ă ses propres enfants. Tu ne vas tout de mĂȘme pas bouder cet homme pour des raisons aussi puĂ©riles ! Câest honteux de ta part !
BĂ©atrice fit une moue attristĂ©e, dĂ©testant ĂȘtre rĂ©primandĂ©e par sa sĆur de cĆur.
â Enfin ! Bien sĂ»r quâils ont raison dâĂȘtre mĂ©fiants. Câest un Ă©quipage dâEmpereur qui existe depuis plus de vingt-deux ans. Ils ont de lâexpĂ©rience, câest normal que Shanks voie les choses diffĂ©remment de toi. Mets-toi Ă sa place : il a dĂ» reconstruire son Ă©quipage aprĂšs avoir perdu son capitaine, son repĂšre, sa famille ! Il sâest forgĂ© un nom, sâest battu dans tous les sens du terme pour devenir celui quâil est aujourdâhui. Il sâest créé une nouvelle famille quâil protĂšge et garde prĂšs de lui Ă tout prix.
â Je ne dis pas que tu nâas rien accompli, poursuivit Ambre en voyant son amie rougir dâoffuscation, mais je tâinvite Ă te mettre Ă sa place. Ce nâest pas dans ton caractĂšre de juger aussi rapidement et dâĂȘtre aussi injuste.
Akira et AĂŻcha hochĂšrent la tĂȘte dâun mĂȘme mouvement.
â Je comprends ce qui te retient, ajouta Ambre. Tu as peur quâil fasse du mal Ă notre famille, celle que tu tâacharnes Ă protĂ©ger depuis toujours, ce qui tâa dâailleurs conduite Ă rester dans la Marine pendant vingt-quatre ans. Mais nâoublie pas ce quâil a fait pour ton pĂšre, ton frĂšre et pour Uta. Câest lui le pĂšre dâUta. Certes, tu as su redonner confiance Ă cette jeune fille, et regarde-la aujourdâhui : elle vit entre lâacadĂ©mie de chant et chez lui, en garde alternĂ©e. Elle lâaime, elle lui a pardonnĂ©, et il lâa mĂ©ritĂ©.
MĂȘme si BĂ©atrice reconnaissait la justesse des paroles de ses proches, les souvenirs douloureux de cette prĂ©cieuse petite crevette, autrefois psychologiquement brisĂ©e, rĂ©duite Ă lâombre dâelle-mĂȘme, continuaient Ă ronger sa raison.
Akira se pencha vers elle, ramenant son attention Ă nouveau.
â Et puis, il faudra bien que tu lui dises un jour, Ă Shanks, qui tu es pour sa fille.
Les poils de BĂ©atrice se hĂ©rissĂšrent Ă lâidĂ©e de rĂ©vĂ©ler quâelle Ă©tait, pour Uta, la figure la plus proche dâune marraine⊠et peut-ĂȘtre plus encore.
â Plus tard... quand jâaurai plus confiance en lui, murmura-t-elle.
â Que comptes-tu faire dĂ©sormais, maintenant que Thoma et nous tâavons Ă©clairĂ©e ? demanda Akira.
â Pour l'heure, je ne sais pas. BĂ©atrice haussa les Ă©paules, honnĂȘte. Jâentends ce que vous me dites, maisâŠ
â Prends ton temps, la rassura doucement son cousin aux cheveux bordeaux. Shanks a aussi sa part de responsabilitĂ© dans tout cela, y compris dans les erreurs quâil a rĂ©pĂ©tĂ©es, tout comme toi.
BĂ©atrice hocha pensivement la tĂȘte. Elle rĂ©alisait que sa relation avec le Roux avait trĂšs mal dĂ©butĂ©, mais que dans d'autres circonstances, tout aurait pu ĂȘtre diffĂ©rent. Ils avaient tant en commun : il Ă©tait proche des membres de sa famille, dĂ©tenait la confiance de certains, Ă©tait devenu son alliĂ© malgrĂ© tout, et partageait bien des traits de caractĂšre avec elle.
Cependant, cette prise de conscience nâeffaçait pas la honte qui lâenvahit en repensant Ă la veille : lâĂ©clat de colĂšre quâelle avait dĂ©versĂ© sur le capitaine pirate devant ses subordonnĂ©s. Elle se demanda, juste une seconde, sâil Ă©tait encore temps dâannuler lâalliance.
â Tu ne peux pas rompre cette alliance, BĂ©a, gronda Ambre, sans la quitter des yeux.
MaugrĂ©ant, BĂ©atrice quitta la maison pour aller sâinstaller sur la balancelle.
La maison quâelle partageait avec Ambre, ses enfants et AĂŻcha Ă©tait situĂ©e presque Ă lâopposĂ© de celle de Thoma et de sa femme Havana. Elle surplombait le village, offrant une vue dĂ©gagĂ©e sur le centre et, plus bas, sur le port. De lĂ oĂč elle se trouvait, BĂ©atrice distinguait Ă peine les silhouettes floues des navires et des gens qui sâactivaient au loin.
La balancelle, installĂ©e Ă lâombre dâun arbre Ă quelques mĂštres de la maison, semblait hors du temps. Le calme du matin, mĂȘlĂ© Ă lâodeur saline portĂ©e par la brise, et au parfum de son cafĂ© au lait, dĂ©tendit chacun de ses muscles. Elle se laissa bercer doucement, au rythme du vent, tandis que les blĂ©s voisins ondulaient paisiblement et que, plus loin, les petites clochettes suspendues au perron tintaient doucement.
Un instant, en balayant des yeux le ciel dâun bleu limpide, BĂ©atrice envia tous ceux qui avaient la chance de mener une vie simple, paisible, rythmĂ©e par un quotidien choisi et assumĂ©. Mais la chaleur incandescente de lâallumette dâIowa, pesante contre elle, lui rappela le poids de son propre destin, aussi chargĂ© quâinĂ©luctable.
Boum. Boum. BoumâŠ
â Ce paysage est tellement beau que cela me ferait presque rester, lança une voix derriĂšre elle.
BĂ©atrice nâavait pas besoin de se retourner : elle reconnaissait dĂ©sormais la voix de Shanks Le Roux. Grave, captivante, capable de provoquer un frisson le long de lâĂ©chine. Une arme en soi, et lorsque le Roux y insufflait son Haki des Rois, elle en devenait mortelle.
Lâhomme sâapprocha, dĂ©passant la maison pour venir vers la balancelle Ă trois places. BĂ©atrice, assise en tailleur, son cafĂ© au lait dans les mains, lâobserva avancer. Elle faillit dĂ©tourner les yeux, gĂȘnĂ©e par leurs diffĂ©rends de la veille, mais le guetta approcher. Il gardait la main posĂ©e sur la poignĂ©e de son sabre, comme par rĂ©flexe.
â Effectivement, cela pourrait ĂȘtre une raison suffisante pour rester ici.
Ă sa grande surprise, Shanks choisit de sâasseoir Ă mĂȘme le sol, sur lâherbe verte. Il posa Griffon Ă cĂŽtĂ© de lui et, de lĂ , il bĂ©nĂ©ficia de la mĂȘme vue quâelle : le port, les silhouettes des navires, ses hommes sâaffairant.
BĂ©atrice attendit quâil prenne la parole. Elle nâosait pas entamer la conversation, encore prisonniĂšre de sa honte et de son orgueil. Elle pria pour que lâombre dissimule la lĂ©gĂšre rougeur qui montait Ă ses joues Ă mesure que les souvenirs de la veille refaisaient surface.
â Il semblerait que nous soyons partis du mauvais pied, commença Shanks, contemplant le paysage. Je tenais Ă mâexcuser pour mes paroles dâhier soir. Je ne te connais pas, et chacun a droit Ă ses secrets.
Le cĆur de BĂ©atrice battit plus fort. Elle avait souhaitĂ© des excuses, oui, mais les recevoir ainsi, avec une sincĂ©ritĂ© si brute, la dĂ©stabilisa. Il Ă©tait difficile, pour beaucoup, de sâexcuser vĂ©ritablement, de reconnaĂźtre ses fautes. Cela demandait du courage, un temps de vulnĂ©rabilitĂ©.
Toutefois, le plus dur était de faire le premier pas.
Rien que pour cela, son immuable rancune se fit casser la gueule par son empathie et sa bienveillance naturelle. Cet homme avait fait preuve de plus de recul et de maturitĂ© quâelle concernant leurs diffĂ©rends, et ce fut Ă ce moment prĂ©cis que la Shine comprit que lâEmpereur pirate nâavait pas volĂ© son titre. Il possĂ©dait lâexpĂ©rience, la remise en question, et lâautoritĂ© dâun vrai leader. LâĂ©cart entre eux deux Ă©tait indĂ©niable.
Et dire qu'elle devait bientĂŽt prendre la tĂȘte de sa famille... Face Ă un homme comme lui, un vertige d'imposture la saisit briĂšvement. Mais ce n'Ă©tait ni le moment ni l'endroit pour flancher.
Sans un mot, BĂ©atrice dĂ©posa sa tasse sur la petite table avant de glisser au sol, sur lâherbe douce qui chatouilla ses pieds nus. Elle sâassit en tailleur prĂšs de Shanks, gardant toutefois une distance prudente.
Le mouvement attira lâattention de lâEmpereur qui haussa un sourcil en la voyant finir de sâinstaller par terre.
â Je tiens moi aussi Ă mâexcuser pour mes paroles. Je ne te connaissais pas. Mes a priori ont obscurci mon jugement, envers toi et les tiens.
DĂ©sormais, elle comprenait pourquoi il Ă©tait difficile de faire face Ă ses fautes tout en assumant le regard de son interlocuteur. Dâailleurs, deux marchands en bas de la rue, en train de se chamailler, devinrent soudain fascinants Ă observer. Toutefois, prenant son courage Ă deux mains, BĂ©atrice osa dĂ©vier son attention sur lui.
Pour sa dĂ©fense, lâhomme Ă©tait fichtrement intimidant et possĂ©dait un charisme naturel qui Ă©crasait presque le sien.
Il lâexaminait avec un air narquois, qui fit apparaĂźtre une veine sur le front de la femme : ce petit con se marrait alors qu'elle s'excusait. En voyant la fille de son nakama se tendre : elle l'avait percĂ© Ă jour, Shanks Ă©clata de rire, un rire franc et chaleureux qui le caractĂ©risait.
â Et dire que jâallais retirer ce que jâai dit hier, que tu Ă©tais un pauvre con, grogna BĂ©atrice, ce qui redoubla lâhilaritĂ© du pirate.
â Je ne tâai jamais contredit lĂ -dessus, lui rĂ©pondit-il en la narguant du coin de lâĆil.
Cela eut nĂ©anmoins l'effet de la dĂ©rider. Elle libĂ©ra l'air de ses poumons, plus lĂ©gĂšre. Un coin des lĂšvres de la femme sâĂ©leva, Shanks l'aperçut immĂ©diatement.
â Cela Ă©tant dit, prĂ©cisa-t-elle, je ne mâexcuserai pas pour ma prĂ©sence dans la Marine ni pour les souffrances quâelle a causĂ©es. Nous avons tous fait des choix qui nous ont opposĂ©s. Mais aujourd'hui, nous sommes alliĂ©s. Mon temps dans la Marine touche Ă sa fin. Je ne ferai plus de tort Ă ton Ă©quipage. JâespĂšre que nous pourrons apprendre Ă nous faire confiance.
Shanks Ă©couta attentivement, hochant de temps Ă autre la tĂȘte. IntĂ©rieurement, il apprĂ©ciait le courage et la sagesse dont elle faisait preuve en partageant ainsi sa façon de penser et son envie d'aller de l'avant.
â JâapprĂ©cie ton honnĂȘtetĂ©.
Il se laissa tomber en arriÚre, appuyé sur son coude pour continuer à la regarder.
â Will mâa tellement parlĂ© de toi⊠Quand je tâai rencontrĂ©e, je me suis senti déçu, comme si on mâavait menti.
Béatrice haussa un sourcil, sceptique quant à la façon dontil allait rattraper cette premiÚre partie de sa phrase sans la vexer.
â Mais, poursuivit-il avec un sourire, tu ne tâĂ©tais pas adressĂ©e Ă moi comme tu le fais avec ta famille. Et câest ça qui mâa perturbĂ©. Aujourd'hui, je suis entiĂšrement dâaccord : nous sommes alliĂ©s. Ăa ne sert Ă rien de sâenliser dans nos passĂ©s respectifs. Dâailleurs, si on regarde bien⊠nous aussi, nous avons fait du tort aux tiens.
La femme hocha la tĂȘte. BĂ©atrice, n'Ă©tant pas du cĂŽtĂ© exĂ©cutif, avait moins considĂ©rĂ© ce point de vue.
â Bref, on a tous nos torts, comme tu lâas dit. Et si on repartait de zĂ©ro ? proposa-t-il en lui tendant la main.
Son expression sâadoucit lorsqu'elle lui prit la main, notant Ă quel point la sienne semblait menue dans celle du pirate.
â Quand veux-tu faire le point sur les infos sur Teach ? demanda-t-elle, reprenant son cafĂ© au lait.
Shanks observa ses hommes en contrebas avant de se frotter la barbe.
â Fin de matinĂ©e ? Cela nous laissera le temps de partir en dĂ©but dâaprĂšs-midi.
BĂ©atrice, Ă sa propre surprise, ne ressentit pas la joie attendue Ă lâidĂ©e de leur dĂ©part. Au contraire, une pointe de curiositĂ© la piqua. Elle haussa intĂ©rieurement les Ă©paules : elle aurait dâautres occasions de revoir cet Ă©quipage.
â Je vais prĂ©venir tout le monde, dit-elle en se redressant, avant dâĂȘtre arrĂȘtĂ©e par Shanks.
â Je me rends compte que je nâai pas ton numĂ©ro dâescargophone.
â Il est vrai qu'avant, j'avais en tĂȘte de ne pas te le donner, car ce sont plutĂŽt les branches du recueil de donnĂ©es qui possĂšdent les infos qui peuvent t'intĂ©resser, dĂ©veloppa-t-elle, en se grattant lâarriĂšre de la tĂȘte, un peu gĂȘnĂ©e. Je vais y remĂ©dier avant que tu ne partes. Y a-t-il autre chose que tu veux me demander ?
RĂ©flĂ©chissant intĂ©rieurement Ă ce quâelle pouvait mettre en place pour amĂ©liorer leur nouvelle relation, en plus de lui donner son numĂ©ro personnel, BĂ©atrice envisagea de lui donner un morceau de sa carte de vie. NĂ©anmoins, une partie dâelle ne fut pas dâaccord avec cette dĂ©cision, la jugeant trop prĂ©coce. BĂ©atrice savait que cela reviendrait Ă lui donner sa localisation constante et son Ă©tat de santĂ©. Et lâĂ©tat de celle-ci nâallait pas en sâarrangeant.
Shanks se redressa, posant son unique coude sur sa cuisse, sa mine sâassombrissant.
â Tout Ă fait. Jâaimerais que tu mâĂ©claires sur quelque chose que Will mâa dit. Jâai du mal Ă y croire.
BĂ©atrice sentit un frisson la parcourir. Quâest-ce que son pĂšre avait bien pu leur dire pour que lâEmpereur prenne un air aussi sĂ©rieux ? William aurait-il fait rĂ©fĂ©rence Ă son affiliation avec la famille Kamuku ou peut-ĂȘtre quâil lui a dit qui elle Ă©tait pour Uta ?
â Est-il vrai que tous les Shine ont un problĂšme avec le contact physique ?
⊠Hein ?
La tension se relĂącha. Un rire qu'elle ne put retenir lui Ă©chappa, cet homme avait vraiment des rĂ©actions alĂ©atoires et priorisĂ©es de la mĂȘme maniĂšre. SĂ»rement, le stress amplifia son fou rire, car elle eut du mal Ă sâarrĂȘter. Quand elle parvint Ă revenir Ă la rĂ©alitĂ©, BĂ©atrice se rendit compte quâelle avait influencĂ© le rouquin qui lâavait suivie.
â Qu'est-ce qu'elle a de bizarre, ma question ?! sâoffusqua-t-il faussement en la pointant du doigt. Aussi bizarre que cela puisse paraĂźtre ton frĂšre avait un mal fou Ă faire des cĂąlins au dĂ©but.
â C'est vrai, et c'est pareil pour tout le monde. Il vaut mieux attendre que ce soit nous qui initiions le geste plutĂŽt que le contraire. Jâignore trop dâoĂč ça vient⊠On est plus gĂȘnĂ© quand cela vient du sexe opposĂ© aussi, peu importe quâon soit un homme ou une femme.
â Vous ĂȘtes une sacrĂ©e famille de bizarres⊠Je pensais que seuls les Charlotte avaient ce genre de trucs !
â Fais gaffe Ă ce que tu dis, grinça-t-elle, amusĂ©e. Ne nous compare pas Ă eux !
Les deux se chamaillaient, leurs visages s'illuminant alors qu'ils sâĂ©tudiaient avec malice et amusement dans les yeux.
La femme expira lâair de ses poumons, son hilaritĂ© lui avait permis de vider toute lâanxiĂ©tĂ© accumulĂ©e et une partie de la rancĆur Ă lâĂ©gard du pirate.
Shanks apprĂ©cia le silence dĂ©tendu qui accompagna leur Ă©change. CâĂ©tait la premiĂšre fois quâil rĂ©ussissait Ă la faire rire et sourire. Il se mit vraiment Ă penser que, dans dâautres circonstances, ils se seraient apprĂ©ciĂ©s dâentrĂ©e de jeu. DâaprĂšs les rĂ©cits des membres de sa famille, elle Ă©tait une femme bon public et ouverte Ă tous. Il Ă©tait vrai que leur rencontre nâavait pas arrangĂ©, en plus dâĂȘtre dans des camps adverses. NĂ©anmoins, Shanks avait vite compris que leur alliance ne fonctionnerait jamais s'ils ne mettaient pas tout Ă plat.
Elle avait ouvert son cĆur et ses pensĂ©es, le pirate avait compris que BĂ©atrice avait Ă©tĂ© aussi tracassĂ©e que lui Ă ce sujet et souhaitait que cela change.
En revenant sur son navire, son sourire et sa bonne humeur parlĂšrent d'eux-mĂȘmes. Yasopp, Limejuice et Beckman ricanĂšrent en le voyant si joyeux.
MĂȘme Holy en dĂ©posant sa caisse de munitions se tourna vers son capitaine.
â Ăa y est, vous avez enterrĂ© la hache de guerre ?
â Tout Ă fait, confirma Shanks, un sourire Ă©clatant aux lĂšvres. Nous ferons le point sur les infos dans une heure et nous partirons aprĂšs.
Un chĆur de « Enfin ! » sâĂ©leva Ă lâunisson parmi les membres prĂ©sents sur le pont. Certains levĂšrent les bras au ciel comme sâils venaient dâĂ©chapper Ă une terrible Ă©preuve, dâautres haussĂšrent les Ă©paules avec des sourires amusĂ©s.
Beckman, toujours fidĂšle Ă son calme lĂ©gendaire, sâapprocha de Shanks, lui tendant une bouteille d'alcool bon marchĂ©.
â T'as pas trop ramassĂ© au passage ?
Shanks fit une brĂšve accolade Ă son second en guise de remerciement.
â Ăa va, je m'en suis mieux sorti que prĂ©vu. Elle est moins fĂ©roce qu'elle n'en a l'air... quand elle veut.
Les éclats de rire fusÚrent de nouveau. Limejuice, pipe coincée entre les dents, lança à mi-voix :
â MĂ©fie-toi, chef, ces petites panthĂšres-lĂ , ça griffe fort quand ça se sent Ă lâaise.
â Et elles mordent aussi, renchĂ©rit Yassop, ce qui fit hoqueter de rire Holy.
Shanks laissa échapper un rire profond.
â Bon, les gars, on a quâune heure devant nous, alors finissez de charger le nĂ©cessaire, vĂ©rifiez le Red Force, et on se retrouve pour le briefing.
â Aye, capitaine ! rĂ©pondirent-ils en chĆur dans une joyeuse cacophonie.
Shanks observa ses hommes s'Ă©parpiller avec efficacitĂ© sur le pont, le cĆur plus lĂ©ger que ces derniers jours. Tout doucement, il sentait que la suite de leur aventure allait s'annoncer diffĂ©rente.
Peut-ĂȘtre... en mieux.
â ââ©â©â©ââ ââ©â©â©ââ
â Comment ça ? Tu ne tâes pas encore ĂveillĂ©e ? demanda Thanaâ, la voix tendue Ă lâautre bout du fil.
Depuis le centre scientifique de CĂ©leste, BĂ©atrice sâĂ©tait enfermĂ©e dans le bureau de communication, lâun des rares endroits Ă©quipĂ©s dâun escargophone blanc brouilleur dâondes. AprĂšs avoir averti sa famille de la situation, elle avait choisi cet endroit pour discuter Ă lâabri des oreilles indiscrĂštes avec Thanaâ, le Chevalier du Haki de lâarmement.
Ce dernier lui avait avouĂ©, au fil de leur conversation, avoir cĂŽtoyĂ© bon nombre d'anciens Rois et Reines... et, incidemment, qu'il Ă©tait ĂągĂ© de plusieurs siĂšcles. Leur rencontre remontait Ă ses treize ans. Ă l'Ă©poque, Thanaâ, trompĂ© par l'aura Ă©manant de TĂœr, avait d'abord cru que le jeune garçon de quinze ans Ă©tait le nouveau Roi. Ce ne fut qu'aprĂšs quelques jours quâil avait compris son erreur et rencontrĂ© la vĂ©ritable hĂ©ritiĂšre. Depuis, les trois avaient tissĂ© une amitiĂ© solide.
Quand TĂœr avait Ă©tĂ© en Ăąge de voguer de ses propres ailes, il avait dĂ©fiĂ© BĂ©atrice en prĂ©tendant quâil finirait assez fort pour quâelle-mĂȘme puisse le rejoindre, libĂ©rĂ©e de la peur des Cinq Doyens. Thanaâ, fascinĂ© par son ambition, avait choisi de devenir son premier compagnon. Aujourdâhui, TĂœr Ă©tait devenu une figure reconnue, poursuivant son rĂȘve dâamitiĂ©s sincĂšres et de fĂȘtes ininterrompues.
Alors, bien sĂ»r, sa rencontre avec Shanks nâavait pu que sceller une alliance haute en couleur.
 Cependant, la situation de BĂ©atrice nâavait rien d'aussi festif. Sa discrĂ©tion sur son Ă©tat de santĂ© lâavait menĂ©e dans une impasse dangereuse. Elle nâaurait jamais imaginĂ© que les Cinq Doyens, et peut-ĂȘtre Sengoku lui-mĂȘme, voudraient la faire disparaĂźtre.
â Non, rĂ©pondit-elle d'une voix serrĂ©e. Soit Sengoku nâest pas conscient des prĂ©judices que cela peut encourir, soit les Cinq Doyens veulent ma peau ou me retenir Ă leurs bottes pour Ă©viter que je ne les gĂȘne si je cherchais Ă les quitter un jour en me laissant dans lâignorance.
â Cela voudrait dire que Sengoku ne tâa donnĂ© aucune vĂ©ritable Ă©ducation ? sâĂ©tonna Thanaâ.
â Il mâa parlĂ© de lâhistoire, des limites et des pouvoirs⊠mais rien de concret sur lâĂveil.
â Et ton Ă©tat actuel ? Tu peux toujours utiliser tes dons ?
Béatrice hésita avant de répondre :
â RĂ©cemment, oui⊠mais chaque utilisation me provoque une douleur atroce. Sengoku m'a conseillĂ© dâarrĂȘter.
Un juron Ă©clata Ă lâautre bout de la ligne. Thanaâ Ă©tait hors de lui.
â Câest des putains de conneries ! hurla-t-il. Il tâa volontairement maintenue dans lâignorance pour mieux tâexploiter ! BĂ©atrice, tu dois absolument provoquer ton Ăveil ! Câest inhumain de garder autant dâĂ©nergie divine compressĂ©e dans un corps humain !
MĂȘme si elle se contenait, BĂ©atrice commençait rĂ©ellement Ă craindre pour sa vie. Elle se sentait seule, mise de cĂŽtĂ© par tout le monde alors que son sort Ă©tait en jeu.
Rien que pour cela, elle en avait marre de patienter, d'attendre passivement qu'on lui apprenne les choses, des mensonges, en plus de cela. Elle en voulait Ă Rayleigh d'avoir Ă©coutĂ© on ne sait qui lui dicter oĂč elle devait aller, entre les mains de personnes du pire acabit. Les Cinq Doyens.
La rage prit la relĂšve. Un feu sombre, viscĂ©ral. Elle sentit son sang vibrer, comme si quelque chose, au fond dâelle, rĂ©clamait son dĂ».
â On est bien dâaccord, murmura-t-elle, la voix tremblante. LâĂveil, câest lâunion du corps et de lâĂąme... Câest pour ça que je me sens Ă©trangĂšre Ă moi-mĂȘme, comme si mon corps pourrissait de lâintĂ©rieur.
Avant mĂȘme quâil ne rĂ©ponde, lâescargophone retranscrivit sur la coquille une expression dâeffroi.
â Câest exactement ça. Les Dieux ont modifiĂ© ta gĂ©nĂ©tique avant mĂȘme ta naissance. Mais ton psychisme nâa pas encore fusionnĂ© avec ce nouveau corps. Ton Ăąme cherche Ă sâancrer, et tant quâelle nây parviendra pas⊠tu resteras incomplĂšte. Vois cela comme un morceau de puzzle qui Ă©volue et qui nâarrive pas Ă sâemboĂźter avec les autres parties, et que sa vraie autre partie est inatteignable, coincĂ©e ailleurs.
BĂ©atrice commençait Ă comprendre que, tant que l'Ăveil ne se rĂ©aliserait pas, son Ă©nergie psychique ne pourrait pas circuler correctement. Le seul moyen pour que le rĂ©seau se forme Ă©tait que les deux piĂšces du puzzle : son corps et son psychisme, ne fassent qu'un.
â Comment provoquer lâĂveil ? demanda-t-elle enfin, presque en murmurant.
â Je lâignore, lui rĂ©pondit-il, honnĂȘtement dĂ©passĂ©, câest un secret entre Rois et Reines qui se perpĂ©tue de gĂ©nĂ©ration en gĂ©nĂ©ration. Les gens extĂ©rieurs Ă cela, comme moi, nâont pas le droit de lâapprendre. CâĂ©tait pour cela, Ă©galement, que le fait que tu ailles avec Sengoku nous avait rassurĂ©s, dit-il en faisant rĂ©fĂ©rence notamment Ă Rayleigh.
â En attendant, je ne peux pas rester les bras ballants. Sais-tu comment gĂ©olocaliser d'autres objets sacrĂ©s ?
Les objets sacrĂ©s Ă©taient des vestiges dâapparence et dâutilitĂ© variĂ©es, on disait que ces objets avaient Ă©tĂ© bĂ©nis par les Dieux eux-mĂȘmes. Dans ce cas de figure, lâobjet sacrĂ© que possĂšde BĂ©atrice nâĂ©tait autre que le collier oĂč rĂ©sidait Iowa, ayant un lien avec les Dieux.
â Hum⊠Je pense savoir, demande Ă MĂ©lina si elle possĂšde un livre intitulĂ© « Vision sacrĂ©e ». Avec ça et ton artefact liĂ© Ă lâOracle, tu pourrais obtenir un fragment de ses dons.
La femme Ă©tait un peu sceptique, lâhomme avait soulevĂ© deux points quâelle ne possĂ©dait pas.
â Tu sais bien que je nâai ni Haki de lâobservation, ni talent en magie noire... Comment pourrais-je rĂ©ussir ?
â Tu peux le faire, affirma Thanaâ, mais ça te coĂ»tera beaucoup. Tu vas devoir sacrifier ton Ă©nergie psychique, voire vitale, pour forcer la connexion.
Béatrice sentit une sueur froide descendre le long de sa nuque.
Diminuer son Ă©nergie psychique, oui, elle en rĂȘvait⊠mais sa force vitaleâŠ
â Ăa te coĂ»tera cher, je sais, reprit Thanaâ, dĂ©solĂ© pour elle. NĂ©anmoins, pour garantir que tu ne sois pas en danger aprĂšs ton Ăveil, il te faudra possĂ©der le plus dâobjets sacrĂ©s possible. Ces merveilles ne renferment pas toutes des anciens Rois ou Reines, mais sont aussi des fragments des Dieux. En ta possession, tu vas pouvoir forcer cet objet Ă aspirer ton Ă©nergie afin de permettre Ă dâautres personnes de pouvoir utiliser le Haki des Rois en cas de besoin. Une fois ĂveillĂ©e, tu auras besoin de beaucoup dâalliĂ©s auprĂšs de toi.
BĂ©atrice Ă©carquilla les yeux. Offrir Ă dâautres la possibilitĂ© dâutiliser le Haki du Roi, mĂȘme briĂšvement ? CâĂ©tait un espoir inespĂ©rĂ©... Mais aussi une immense responsabilitĂ©.
â Attends... Tu veux dire que tant que je ne suis pas ĂveillĂ©e, je suis moins en danger ?
Thanaâ prit le temps de la rĂ©flexion sur comment lui rĂ©pondre.
â Oui... et non. Ătre Roi ou Reine, BĂ©atrice, câest attirer les convoitises. Les Rois naĂŻfs sont toujours les premiers Ă tomber. ManipulĂ©s. UtilisĂ©s.
Cela fit Ă©cho Ă BĂ©atrice, lâhistoire dâIowa. ManipulĂ©e par lâhomme quâelle aimait et ses propres filles. Un frisson lui parcourut lâĂ©chine. Ce quâelle vivait parmi les Cinq Doyens, la Marine, Sengoku Ă©tait un autre exemple.
Elle devait se dĂ©pĂȘcher de quitter le Gouvernement Mondial au plus vite avant quâils nâarrivent Ă lâempĂȘcher de les quitter et quâelle nâait le temps de se rĂ©fugier auprĂšs de sa famille.
Le piĂšge se refermait sur elle.
Elle devait fuir. Et vite.
â Jâai encore beaucoup de questions Ă te poser, mais le temps me fait dĂ©faut, merci Thanaâ.
â Je tâen prie, si je peux bien te conseiller, une chose est de te laisser guider vers lĂ oĂč te dictera la vision sacrĂ©e. Elle te permettra de dĂ©couvrir par toi-mĂȘme ce que ton prĂ©dĂ©cesseur aurait dĂ» tâapprendre.
Le cĆur lourd et l'esprit nouĂ©, la future cheffe des Shine arriva presque la derniĂšre Ă lâassemblĂ©e. Le moral en berne, elle assista Ă la rĂ©union avec lâĂ©quipage alliĂ©, faisant Ă peine acte de prĂ©sence. Elle ajouta çà et lĂ quelques Ă©lĂ©ments, notamment ceux quâelle avait observĂ©s lors de sa rencontre avec Marshall D. Teach, aux cĂŽtĂ©s dâAmbre. Mais l'importance de cette alliance passait dĂ©sormais au second plan. Ce qui occupait tout son esprit, c'Ă©tait sa propre survie.
Tant de choses pesaient sur elle, tant d'angoisses, soigneusement enfouies pendant des années, menaçaient de resurgir. Prioriser ses pensées, trier ses émotions⊠Béatrice en était incapable. Tout se mélangeait dans un brouillard oppressant.
â ââ©â©â©ââ ââ©â©â©ââ
La rĂ©union, censĂ©e se concentrer sur lâalliance, tournait surtout autour de la menace Barbe Noire. Un Empereur aux pouvoirs dĂ©mesurĂ©s, bien trop dangereux pour ĂȘtre simplement ignorĂ©. Mais BĂ©atrice avait d'autres prĂ©occupations.
Son état psychique et physique, déclinant, la condamnait à une mort prématurée si rien n'était fait.
Sa nomination et la surprise qui allait de pair avec cet évÚnement. Un secret confidentiel pesait sur ses épaules comme une sentence.
Sa dĂ©mission du Gouvernement Mondial, fragile, qui pouvait ĂȘtre balayĂ©e dâun simple ordre des Cinq Doyens.
Un discret coup de coude dans ses cÎtes la ramena brutalement au présent.
â Câest pour lâheure tout ce que nous avons sur lui. Nos Ă©quipes prolongent actuellement leur enquĂȘte. Vous serez tenus au courant des avancĂ©es, dĂ©clara Mitsuko en rassemblant ses documents.
â Si vous souhaitez changer de direction ou vous concentrer sur un point prĂ©cis, nâhĂ©sitez pas Ă me passer un coup de fil, enchaĂźna BĂ©atrice, se redressant machinalement, comme si elle avait suivi la rĂ©union dâune oreille attentive.
Ă l'autre bout de la table, Shanks l'avait fixĂ©e de ses yeux argentĂ©s tout au long de la rĂ©union. Il connaissait ce genre dâattitude. BĂ©atrice donnait le change, mais son esprit Ă©tait ailleurs, noyĂ© sous dâautres soucis. Cela piqua la curiositĂ© de lâEmpereur. Mais mĂȘme lui, aussi perspicace soit-il, Ă©tait loin dâimaginer lâampleur du chaos qui rongeait BĂ©atrice de lâintĂ©rieur.
Ainsi organisĂ© et planifiĂ©, lâĂ©quipage de Shanks le Roux partit dans lâaprĂšs-midi sans dâautres chamailleries.
BĂ©atrice, elle, fit immĂ©diatement convoquer CĂ©leste, MĂ©lina et ChaĂŻma. Elle leur raconta tout ce quâelle avait dĂ©couvert, puis leur demanda leur aide.
â Câest tout de mĂȘme dangereux pour une demi-crĂ©ature divine dans un corps humain de faire ce genre de pratique, fit remarquer ChaĂŻma, soucieuse.
Lâancienne amazone, dotĂ©e de dons chamaniques rares, avait une ouverture psychique hors du commun. Elle pouvait voir et communiquer Ă travers les Ăąmes des ĂȘtres vivants... sauf celle de BĂ©atrice.
L'allumette de l'Oracle, « l'Omniscient », avait permis de camoufler la vĂ©ritable nature de BĂ©atrice et, avec l'aide de MĂ©lina, son apparence. Il avait projetĂ© autour dâelle une fausse Ăąme, imperceptible aux yeux des clairvoyants. Ne possĂ©dant pas dâĂąme visible, BĂ©atrice Ă©tait une anomalie dangereuse Ă rĂ©vĂ©ler.
MĂ©lina revint bientĂŽt avec le fameux livre. InstallĂ©es dans une salle dâentraĂźnement ouverte, les sorciĂšres scellĂšrent lâaccĂšs par sĂ©curitĂ©. CĂ©leste termina d'installer le matĂ©riel pour monitorer l'Ă©tat corporel de leur protĂ©gĂ©e.
BĂ©atrice sâassit en tailleur, face Ă MĂ©lina, lâune des sorciĂšres les plus puissantes aprĂšs sa dĂ©funte mĂšre. Son arriĂšre-grand-mĂšre, CircĂ©, en avait repris le titre aprĂšs sa mort.
â Sois cool, Mel', s'te plaĂźt, se dandina nerveusement BĂ©atrice en fixant la dirigeante de maison close.
â Bien sĂ»r⊠rĂ©pondit-elle en esquissant un sourire en coin.
â Une entitĂ© liĂ©e aux Dieux qui fait de la magie noire et qui va utiliser des brides du Haki de lâObservation, câest du jamais vu, marmonna ChaĂŻma, trĂšs inquiĂšte, Ă l'Ă©cart du cercle de runes, dans la langue des sorciĂšres, tracĂ© sur le sol.
â Quand je commencerai, il te faudra rĂ©pĂ©ter ce que je dis tout en serrant dans ta main droite lâallumette de lâOracle et de lâautre le collier dâIowa. Cela te permettra de puiser plus dans ton Ă©nergie psychique que vitale, expliqua MĂ©lina en sortant Ă son tour du cercle de magie noire.
Le cĆur dans la cage thoracique de BĂ©atrice sâaccĂ©lĂ©ra, lâanxiĂ©tĂ© refaisant surface. Elle Ă©tait, dĂ©sormais, seule au milieu de ce fichu cercle qui allait la faire, assurĂ©ment, souffrir et dĂ©chirer son corps.
â Putain de merde, je suis prĂȘte, souffla-t-elle, rĂ©solue.
Les trois autres femmes s'Ă©cartĂšrent de deux pas supplĂ©mentaires. CĂ©leste, sĆur de Simon, scrutait les sorciĂšres avec angoisse. Ses connaissances mĂ©dicales lui rappelaient sans cesse la fragilitĂ© de BĂ©atrice, assise au centre de ces runes malĂ©fiques.
CĂ©leste jeta un coup dâĆil Ă son monitoring et remarqua qu'elle n'Ă©tait pas la seule Ă s'inquiĂ©ter : la tachycardie de BĂ©atrice en Ă©tait la preuve.
Mélina entama alors la litanie, sa voix claire résonnant dans la piÚce silencieuse.
â Sub hac obscura et conturbant noctem, commença MĂ©lina.
(â Sous cette nuit sombre et inquiĂ©tante.)
Béatrice répéta, la gorge serrée, les mains moites posées sur ses genoux.
â Tu me ducas ad declinationem meam, te tamen requiro, suscipe me, veni ad me.
(â Tu me conduis jusqu'Ă ma dĂ©chĂ©ance, pourtant j'ai besoin de toi, prends-moi, viens Ă moi.)
Elle pria pour que son mauvais accent nâaltĂšre pas le rituel.
â Viden' quid ego non videam?
(â Vois-tu ce que je ne vois pas ?)
Ă ces mots, les runes sâilluminĂšrent brutalement. MĂȘme les paupiĂšres closes, elle perçut la lumiĂšre qui irradiait autour dâelle. Son subconscient savait : le rituel fonctionnait.
â Quaero, adiuva me inveniat, dic ubi !
(â Je le cherche, aide-moi Ă le trouver, dis-moi oĂč !)
Avant qu'elle ne puisse reprendre son souffle, un flash blanc l'aveugla, déchirant ses sens. Puis une douleur fulgurante lui parcourut la colonne vertébrale. Ses yeux brûlÚrent, ses oreilles se mirent à bourdonner.
Elle serra les dents, luttant contre l'envie de hurler.
Puis, soudain, une vision sâimposa Ă elle : un vieux chĂąteau dĂ©labrĂ©, perdu au milieu dâun paysage morne. Au loin, un panneau grinçant au vent : « Unforeseen ».
Lâinstant dâaprĂšs, ce fut le noir complet.
En battant des paupiĂšres, la premiĂšre chose que BĂ©atrice vit fut encore du noir. NĂ©anmoins, Ă travers une fenĂȘtre proche, elle aperçut les Ă©toiles brillant faiblement dans le ciel nocturne. Une perfusion gouttait lentement Ă son bras, mais ce qui la surprit fut l'absence totale de douleur en elle.
La femme clampa sa perfusion, comme lui avait appris Céleste, et la prit avec elle avant de sortir de la trÚs familiÚre infirmerie. En ouvrant la porte, elle manqua de heurter sa cousine éloignée.
â RĂ©veillĂ©e ? demanda immĂ©diatement CĂ©leste, tout en la poussant doucement vers une chaise pour un check-up complet.
â Combien de temps ? rĂ©pondit BĂ©atrice du tac au tac.
â Deux jours, grogna la mĂ©decin. Jâai dĂ» me faire chier Ă modifier sans arrĂȘt les dosages et les produits Ă cause de ton accoutumance.
Le corps de BĂ©atrice avait toujours eu cette Ă©trange particularitĂ© : une capacitĂ© anormale Ă s'accoutumer aux substances injectĂ©es. AnesthĂ©siants, antalgiques, mĂȘme l'alcool, tout Ă©tait assimilĂ©, reconnu, rejetĂ©. Ă force de consommation, elle ne ressentait mĂȘme plus les effets de l'ivresse, et ne connaissait plus ni l'euphorie ni la gueule de bois. Un avantage dans certaines situations⊠mais un enfer mĂ©dical, car son corps refusait aussi les transfusions sanguines et l'alimentation artificielle.
â En tout cas, ça a fonctionnĂ©, commenta BĂ©atrice en retirant le tensiomĂštre. Le prochain objet est à « Unforeseen ».
â Hum, jamais entendu parler, fit CĂ©leste en notant les derniers paramĂštres vitaux.
â Moi non plus, admit BĂ©atrice. Mais j'y trouverai des rĂ©ponses.
Ce fut en relevant la tĂȘte quâelle remarqua la pĂąleur inhabituelle de sa cousine.
â CĂ©leste ? Ăa va ?
La femme concernée se retourna pour toiser la blanche dans ses iris identiques aux siennes. Sa bouche traçait une ligne stricte et ses sourcils froncés traduisaient avec les cernes présents sous ses yeux une inquiétude.
â C'est vrai... que tu n'as que quelques mois Ă vivre ? demanda-t-elle d'une voix sourde.
BĂ©atrice se redressa, surprise. Comment pouvait-elle savoir ? Sans doute l'avait-elle devinĂ©, recoupant les signes cliniques, son instinct mĂ©dical aiguisĂ© criant l'alerte. Il n'Ă©tait pas dans l'intĂ©rĂȘt de BĂ©atrice de lui mentir.
â Je veux que tu me fasses le serment de ne rĂ©pĂ©ter Ă personne ce que je vais te dire, CĂ©leste.
â Je le jure, rĂ©pondit-elle, sans hĂ©siter.
Béatrice inspira profondément, cherchant ses mots.
â Mon psychisme ronge progressivement mon corps, ça nous le savions. Cependant, plus je prends de lâĂąge et de lâexpĂ©rience, plus vite se rapproche ma fin. Je sens approcher lâĂ©puisement total de mon corps. Si je nâarrive pas Ă fusionner mon enveloppe charnelle avec mon Ăąme... je mourrai. D'ici quelques mois.
Un silence Ă©crasant s'abattit entre elles. CĂ©leste hocha faiblement la tĂȘte, l'air grave.
La rĂ©alitĂ© ne pouvait plus ĂȘtre ignorĂ©e.
Et Béatrice le savait désormais : si elle ne trouvait pas de solution, elle périrait. Pas doucement.
Mais dans dâatroces souffrances.
âââ ââââ ââââââ ââââ ââââââ ââââ âââ
Nombre de mots : 5 600.
Temps de lecture approximatif : 15 -25 min.
Source de l'image : @m-rc2525 sur Tumblr
https://www.tumblr.com/m-rc2525/764051139526361088?source=share
Finally started working on something I've wanted to do for a while - Make a small video game!!
The game is being made in GBStudio so there are a lot of limitations on what's going on and I need to learn a lot about palettes to make it look great but that will come with time.
The story will be based on MYTH by Narcissist Cookbook with somebody else visiting the Island of St. Sasha.





