Ces objets qui parlent parce que des personnes travaillent Ă y insĂ©rer leurs mots, je les regarde en me demandant ce que ça peut apporter au dĂ©dale. Quand jâĂ©tais enfant, ils mâont indiquĂ© beaucoup de portes singuliĂšres. Jâai vu apparaĂźtre nombre de couleurs, formes, matiĂšres, corps et objets. Je me suis grandement nourri. Jâai aussi vu apparaĂźtre des portes que jâĂ©tais censĂ©e trouver ordinaires. Un chemin Ă tracer. Cette fameuse progression illusoire. Jâai pensĂ© que sans commettre dâerreur je progresserais dans ce parcours. Jâai eu tort. En rĂ©alitĂ©, un certain nombre de ces personnes qui crĂ©ent des objets parlant sâadressent quâĂ certaines autres personnes. Je nâai pas su que je nâĂ©tais que trĂšs rarement concernĂ©e par ces objets.
Avant de comprendre ça, jâai commencĂ© Ă manifester de la rĂ©actance pour certains objets parlant. Jâai fini par retrouver ces objets parlant manipulĂ©s par des personnes. Et jâai subi ces objets parlant que je devais normalement accepter. Et le monstre huileux est arrivĂ©. Il mâa laissĂ©e morcelĂ©e en tentant de me remodeler pour correspondre Ă ce que les objets parlant lui indiquaient. Il Ă©tait persuadĂ© de choisir les meilleurs portes pour moi. Je devais forcĂ©ment correspondre Ă ce que des objets parlant lui avait appris sur les objets comme moi. En commençant par mon absence capacitĂ© Ă choisir ce qui est bon pour moi. JusquâĂ lâimpossibilitĂ© de me considĂ©rer comme un corps au lieu dâun objet.
Je dois comprendre que si aujourdâhui les objets parlant me mettent en colĂšre, câest parce que jâai compris que je nâaccepte pas les idĂ©es quâils mâimposent. Ils ont toujours Ă©tĂ©, mais je ne les voyais pas. Je dĂ©couvrais dâabord beaucoup dâobjets, formes, matiĂšres, couleurs et de corps inconnus.
Câest pour ça que je me sens vieille aujourdâhui. Je me sens comme ayant dĂ©jĂ vĂ©cu toute une vie et estropiĂ©e. AprĂšs avoir pris conscience que je nâai pas de parcourir Ă suivre, que les portes fortement recommandĂ©es me font du mal, je ne trouve pas de chemin Ă suivre qui puisse me nourrir dignement.
Alors quelles portes devrais-je ouvrir ? Est-ce quâelles sont dĂ©jĂ visibles ou est-ce que je dois encore les rechercher ?
Il est impossible de compter les portes. Ă mesure que je cherche, la faim me tiraille. Je ne peux pas me laisser mourir de faim. Je ne peux pas me contenter de contempler lâinfinitĂ© et dâanalyser les serrures.
Jâai faim.
Bonjour ou bonsoir. Je suis une vieille conne sans talent parmi des milliards dâĂȘtres humains. Peu intĂ©ressante. Jâai faim en plus. Et comme toute personne qui publie sur un support ou un autre, je recherche lâattention. Et quitte Ă ne servir Ă rien, je rajoute un poids inutile Ă la toile saturĂ©e que je nâaime plus.