Quand y'en a plus, y'en a encore...
Lundi 28 au soir, dernière tétée. Pour toujours. J’immortalise cette dernière tétée, comme j’ai pu le faire pour les précédentes durant ces quelques semaines. On avait changé le rituel du soir, avant on la faisait dans le lit et ensuite assis à côté du lit. Mon mari ferme la porte. Et on commence assis. Puis je demande à mon fils, s’il veut qu’on fasse cette dernière tétée dans son lit, comme avant. Il accepte.
On s’allonge et il s’installe. Dans ma tête, je retrace ce merveilleux et éprouvant parcours de cet allaitement. Les larmes s’installent au bord de mes yeux, quelques-unes s’échappent.
On fait un câlin, puis il s’endort. Je sors doucement de la chambre. En refermant, je me dis que c’était la dernière et qu’elle avait été parfaite.
On arrive au mardi, mon rendez-vous est le matin, j’ai posé ma matinée.
J’arrive au secrétariat, mais ce n'est pas le bon endroit. C’est le bâtiment d’en face.
Ok, ça commence bien cette histoire. Je vais au secrétariat, le bon cette fois. La secrétaire me demande d’aller dans une des salles d’attente. Je patiente, un peu. Une personne était là avant moi. Elle est appelée. Une autre arrive : appelée avant moi. Je vais au secrétariat pour demander quelle est cette sorcellerie. Ce n'est pas le même médecin. Ok, je prends mon mal en patience.
45mn/1h plus tard, je passe enfin. - “Bonjour, suivez-moi.” - “Bonjour.” - ”Entrez dans la pièce et enlever le haut, venez me rejoindre quand vous êtes prête.” Allons-y, mes boobies n’auront jamais autant vu le jour en si peu de temps en dehors de la maison…
Elle doit vĂ©rifier ce qui a Ă©tĂ© vu Ă l’IRM : une autre masse Ă un autre endroit. Je m’installe sur la table d’échographie. TournĂ©e vers la droite, le bras gauche en l’air.. - ”Attention, ça va ĂŞtre froid” Oui, un peu, mais je connais cette sensation, ça va. Elle ne dit rien pendant qu’elle regarde son Ă©cran. L’examen est fini, je peux me rhabiller après m’être essuyĂ©e pour enlever le gel. Elle m’explique qu’il y a bien une masse, mais elle ne peut pas dire si c’est bĂ©nin ou malin. Il faudrait faire une biopsie. Elle me demande quand est l’intervention : “Lundi prochain”.Â
-”Il va peut-être falloir décaler la chirurgie.” -”Euh, c’est à dire que je suis assistante maternelle, je peux pas changer mon organisation, ni celles des parents.” -”Je comprends, mais je pense à votre santé, vous comprenez ?” - “Oui.”
Dans ma tête, par contre c’est le bazar. Ca fuse dans tous les sens : j’ai plus d’accueillis à partir de l’opération, il me faut un arrêt, je peux pas avoir un trou financier ! Et mes enfants à faire garder le jour de l’opération, c’est calé, je veux pas refaire tout ça. La charge émotionnelle et mentale autour de cette opération devient très lourdes.
Elle me demande d’attendre, va voir avec celui qui a fait l’IRM, normalement l’IRM et l’écho sont faites pas le même médecin. Pas là . Pas de place. Trop vite. Elle revient me voir. Elle me dit qu’il va peut-être falloir revenir pour une biopsie, dans l’après-midi, mais elle doit voir avec ma chirurgienne. Ok, mais je fais quoi pour le boulot… Je dois attendre son appel. Je peux rentrer en attendant.
Je commence par appeler mon père qui gardait mon fils, lui expliquer que je rentre, mais je suis susceptible de devoir repartir au pied levé. Puis j’appelle le papa de mon jeune accueilli, je lui explique. Il me dit de ne pas m’inquiéter, il s’arrangera avec son boulot. Ouf, un poids en moins ! Sérieusement, si tous les employeurs pouvaient réagir comme les miens, le monde roulerait tellement mieux !
Je suis rentrée, je mange, je m’occupe de mon fils. Cette attente au-dessus de ma tête. Je ne peux plus attendre, début d’après-midi, j’appelle pour savoir ce qu’il en est, c’est la secrétaire qui va transmettre le message. La médecin qui a fait l’échographie me rappelle plus tard. Elle me dit que ça reste comme prévu, la biopsie sera faite après l’opération. On va m’envoyer une convocation quand elle sera programmée : le vendredi 9 juin.
Bien, ouf. Rien ne bouge.
Mais ce soir-là , je prends mon premier cachet d'anxiolytique. C’était la goutte de trop.
Le lendemain, je reçois un coup de fil. c’est la secrĂ©taire de ma chirurgienne. Elle veut que je passe un TEP-scan.Â
Je me refais Grey’s Anatomy en ce moment, alors je vois à peu près ce que c’est et à quoi ça sert.
J’avertis mon mari, qui commence à bien angoisser de son côté, seul au boulot.
C’est un peu le lot des aidants : ils vivent cette épreuve de l’extérieur, impuissant, ça peut être vraiment très dur pour eux. Il ne faut pas qu’ils hésitent à demander de l’aide.
Je contacte ma chirurgienne pour avoir plus d’informations et pouvoir le rassurer. C'est pour s’assurer qu’il n’y a rien de plus que ce qu’ils ont vu. Un examen complémentaire en somme. Mais il faut faire une prise de sang, pour vérifier les reins, je crois ou un autre organe vital, mais là mon cerveau n’en peut plus. C’est pour le TEP-scan.
Quand y’en a plus, y’en encore… Je veux juste que ça s’arrête.
La mer se calme, pas de tempĂŞte Ă l'horizon.














