Marc A. Bertin / Photo : © Franck Alix
Lorsque Julien Barbagallo, Julien Gasc et Benjamin Glibert unissent leurs forces, cela donne une tournĂ©e, sobrement baptisĂ©e « Troubatour », et 3 rĂ©pertoires sous label Aquagascallo. Il faut dire que ces Mousquetaires dâOccitanie forment depuis 2005 lâossature historique dâAquaserge, la plus belle formation française actuelle. Quatre albums au compteur, sans omettre des Ă©chappĂ©es en solitaire, des collaborations prestigieuses (Tame Impala, Stereolab, Forever Pavot, Melodyâs Echo Chamber, Dorian Pimpernel, April March, Damo Suzuki, Bertrand BurgalatâŠ) et le soutien actif de la profession (de La Souterraine Ă The Drone,). Soit un parcours exemplaire, dĂ©nuĂ© du moindre calcul ou du moindre compromis avec lâindustrie du divertissement. Ces trentenaires, qui ont bĂąti dans une ferme du Lauragais lâElectric Mami Studio, incarnent superbement une certaine idĂ©e du rock dâici, refusant lâidiome anglois tout en Ă©tant pĂ©tris de belles lettres anglo-saxonnes. Bonheur sans nom, le trio fait halte Ă Bordeaux, rive droite, pour une soirĂ©e que lâon devine aisĂ©ment inoubliable.Â
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Ă lâorigine, Hyperclean vous a rĂ©unis il y a une dizaine dâannĂ©es, mais ĂȘtiez-vous proches avant ?
Julien Barbagallo : Jâai vraiment connu Benji Ă partir dâHyperclean, mĂȘme si je lâavais dĂ©jĂ vu jouer avec son groupe Ueh. Julien et moi, on sâest connu au lycĂ©e Ă Albi.
Benjamin Glibert : Sans doute que dans des vies antĂ©rieures nous Ă©tions dĂ©jĂ ensemble dans une nuĂ©e dâoiseaux ou quelque bande de Macaques.
Quelle était votre intention avec Aquaserge : vous affranchir des canons à la mode ou bien mettre en commun vos passions ?
J.B. : Il nây avait pas dâintention consciente au dĂ©but, juste lâenvie dâaller au bout de certaines idĂ©es. Et puis on sâest rendu compte quâAquaserge Ă©tait une espĂšce de pot commun dans lequel chacun mettait en effet ses influences, ses obsessions et ses passions.
B.G. : Ce qui nous a rĂ©unis, dâemblĂ©e, câest la puissance du jeu : sâamuser ensemble, projeter le son, crĂ©er un rythme commun ; câĂ©tait une Ă©vidence.
Julien Gasc : On a pris la libertĂ© de produire deux disques en 2005 pour se donner un peu dâair, pour tenter de nouveaux paris.
On devine comme rarement une espĂšce de lien dĂ©passant le simple cadre musical entre vous, un peu Ă lâimage du studio que vous avez bĂąti.
J.B. : Câest vrai que nos parcours musicaux et amicaux sont Ă©troitement liĂ©s. Câest une force Ă©videmment et, pour ma part, je trouve que câest un privilĂšge rare.
B.G. : Notre dernier disque se nomme Ă lâamitiĂ©.
Vous considĂ©rez-vous comme le noyau dur dâAquaserge ?
J.B. : Aquaserge peut revĂȘtir plein de formes diffĂ©rentes, mais, quand il est rĂ©duit Ă sa formule la plus simple, le trio, câest toujours Benji, Julien et moi, ça doit vouloir dire quelque chose.
J.G. : Nous sommes les cadres de lâĂ©quipe qui revĂȘt actuellement trois formes et trois rĂ©pertoires, câest parfois dĂ©concertant pour lâaudience de savoir ce quâest vraiment Aquaserge, le public nous demande de jouer TVCQJVD ou Tout Arrive qui nâapparaissent pas dans deux des formules live.
Vous avez jadis collaboré avec Laetitia Sadier, Laure Briard et partagé un album avec April March, des hasards heureux ou des rencontres provoquées ?
J.B. : Câest souvent des hasards heureux ou bien des alignements de planĂštes.
B.G. : Nous allons travailler avec Aksak Maboul cet Ă©tĂ©, nous avons jouĂ© avec Forever Pavot en juin dernier pour un cinĂ©-concert. Nous rĂ©agissons beaucoup aux impulsions, aux Ă©nergies venues dâailleurs et nous disons toujours « oui ».
J.G. : Les collaborations sont toujours un peu provoquĂ©es, il faut discuter, se reconnaĂźtre dans lâautre, il faut que la personne, le groupe nous amĂšne ailleurs. Ensuite, il faut rendre la pareille.
DâoĂč vient cette idĂ©e dâune tournĂ©e en trio ?
J.B. : LâidĂ©e, je crois, est venu de Benjamin Caschera1. Il a toujours des idĂ©es comme ça, des dizaines Ă la minute. Et il est trĂšs convaincant. Faut faire le tri quand mĂȘme, hein...
Le trio, pour vous, câest plus Nat King Cole ou Cream ?
J.B. : Pour moi, câest plutĂŽt Supergrass.
B.G. : The Jimi Hendrix Experience.
J.G. : Câest marrant je pensais aussi a Supergrass. Yo La Tengo sont mes prefs.
De quoi est composé le répertoire proposé durant cette tournée ?
J.B. : De morceaux dâAquaserge, de morceaux de Julien et de morceaux Ă moi.
J.G. : Nous jouons aussi quelques nouveaux morceaux de Julien (Oubliez-moi) et de moi (Léger, Léger et La Fin de la guerre)
Ce « Troubatour » constitue-t-il une forme de retour aux sources, entre intimité et mise en danger ?
J.B. : LâintimitĂ©, je sais pas, mais oui il y a le frisson du live, des morceaux dâAquaserge jamais jouĂ©s sur scĂšne, lâadaptation des chansons au trio, ça demande un peu de lĂącher prise, dâaventure, câest grisant.
B.G. : Je crois quâil y a quelque chose de beau lĂ -dedans que je ne saurais nommer, nous sommes un triangle de chair et dâos⊠Un corps indĂ©formable oĂč le sang circule.
J.G. : Câest un nouveau dĂ©part, on se raccroche parfois aux branches, mais câest la rĂšgle du jeu du trio.
Les deux Julien se sont aventurĂ©s en solitaire, quâattend donc Benjamin ?
B.G. : Jâattends la destitution de toute la classe politique et lâabolition de lâĂ©conomie. Je suis Ă©galement un peu timide et jâessaie dâapprendre la musique. Jâai des envies de plus en plus claires, monter un groupe jazz, improvisation, sons en spirales, Ă©lectricitĂ©. Je nâenvisage la musique quâen groupe. Cela ne sera donc pas un projet solo.
Julien (Barbagallo) a Ă©tĂ© « dĂ©bauchĂ© » par Tame Impala, mais que pensent les Australiens dâAquaserge ?
J.B. : Ils aiment bien. Ils imitent parfois Aquaserge pour rigoler, aux balances, en jouant des riffs oĂč ils rajoutent des demi-temps, des accords bizarres. Pour eux câest la quintessence du rock intellectuel français.
Rihanna a repris Tame Impala, mais quâattend-t-elle pour rependre Aquaserge ?
J.B. : Des mélodies chantables?
J.G. : On pourrait proposer à Kevin Parker2 de faire un remix. Un morceau revisité, non ?
Julien (Barbagallo) regrette-t-il ne pas avoir participĂ© Ă lâAquaserge Orchestra ?
J.B. : Jây ai briĂšvement participĂ© et câĂ©tait gĂ©nial. Ăvidemment, jâaurais aimĂ© y participer plus, mais câĂ©tait difficile cĂŽtĂ© agendas. Je les ai rĂ©cemment vus jouer Ă Toulouse, câĂ©tait magique, intense. JâĂ©tais vraiment dans la peau du spectateur, câĂ©tait une grosse claque.
Le « Troubatour » connaßtra-t-il une suite discographique ?
J.B. : Benji, Julien et moi, on se retrouve toujours Ă faire des disques ensemble, dâune maniĂšre ou dâune autre. Ce sera peut-ĂȘtre reliĂ© au « Troubatour », mais il y aura forcĂ©ment quelque chose. On a rĂ©cemment Ă©voquĂ© lâidĂ©e dâun « Pet Sounds Occitan ».
J.G. : On va sĂ»rement enregistrer quelques shows pendant la tournĂ©e, mais de la Ă ce que ça fasse un album live, nous nâen savons rien.
Parmi vos fans de longue date, il y a Bertrand Burgalat et on connaĂźt lâaffection que vous portent aussi bien Forever Pavot que Dorian Pimpernel. Avez-vous le sentiment de constituer non une scĂšne, mais plutĂŽt une sorte de famille ?
J.B. : Je vois plutÎt ça comme une équipe de foot.
J.G. : Le cÎté famille nous va bien aussi ; la liste des filiations est longue.
Sinon, un nouvel album dâAquaserge se profile-t-il ?
J.B. : Toujours!
B.G. : Nous avons beaucoup de matĂ©riel dans la cave. LâannĂ©e Ă venir va ĂȘtre chargĂ©e.
J.G. : En effet, il devrait y avoir quelques sorties entre 2016 et 2017, dont un EP 4 titres pour commencer.
1. Fondateur des labels Almost Musique et La Souterraine.
2. Chanteur de Tame Impala.
Get Wet Party#2 : Julien Barbagallo + Julien Gasc + Benjamin Glibert + MOSTLA Soundsystem DJ set + Cliché DJ Set + Get Wet Dj Set, mercredi 4 mai, 19 h, Halles Darwin.
www.night-cool.com
Aquaserge, Ă lâamitiĂ©
(Chambre 404/Sony)
Julien Barbagallo, Amor de Lonh
(La Souterraine)