Violet Evergarden Volume I - Chapitre 3
Depuis l'enfance, Aiden Field avait dĂ©clarĂ© Ă ses parents qu'il deviendrait un joueur de baseball. Il Ă©tait mince, les membres souples et musclĂ©s. Bien qu'il ne soit pas sĂ©duisant, le visage du garçon blond cendrĂ© pouvait ĂȘtre considĂ©rĂ© comme convenable en le regardant de plus prĂšs. Il Ă©tait ce genre de personne.
Continue Reading
Il Ă©tait assez talentueux dans ce sport pour en nourrir des ambitions, et, aprĂšs avoir obtenu son diplĂŽme, il avait dĂ©jĂ dĂ©cidĂ© de rejoindre une prestigieuse Ă©quipe de baseball. Ses parents Ă©taient fiers de leur fils. MĂȘme s'il Ă©tait issu d'une petite ville, peut-ĂȘtre pourrait-il en effet devenir un joueur professionnel. Pour lui, un tel avenir Ă©tait dĂ©jĂ certain.
Cependant, ce chemin nâĂ©tait dĂ©sormais plus accessible.
Quand Aiden grandit, au lieu de devenir une star du baseball, il se retrouva sur un champ de bataille, dans une Ă©paisse forĂȘt dâun continent loin de sa terre natale bien aimĂ©e. La nation ennemie contre laquelle se battait son pays gardait une installation de forage pĂ©trolier secrĂšte. La mission du 34Ăšme bataillon national, auquel Aiden appartenait, Ă©tait dâattaquer cette dite installation et dâen prendre le contrĂŽle complet.
Lâescouade Ă©tait constituĂ©e dâune centaine dâhommes au total. Leur stratĂ©gie Ă©tait de se sĂ©parer en quatre groupes et de frapper de tous les cĂŽtĂ©s. Ce nâĂ©tait pas censĂ© ĂȘtre une tĂąche difficile, pourtant les hommes de ces groupes Ă©taient actuellement dispersĂ©s et fuyaient.
"Courez ! Courez ! Courez !"cria quelqu'un de lâun des corps survivants.
Quelqu'un de leur camp avait-il rĂ©vĂ©lĂ© leur plan Ă l'ennemi, ou lâautre nation avait-elle simplement une longueur d'avance ? CâĂ©tait censĂ© ĂȘtre une attaque surprise, mais, Ă la place, ils avaient Ă©tĂ© attaquĂ©s en premier. Le raid simultanĂ© des quatre cĂŽtĂ©s fut facilement dĂ©truit, ainsi que la formation des groupes, par une pluie soudaine de balles dans l'obscuritĂ©.
Leur escouade était à la base un regroupement de derniÚre chance. Ils étaient différents des mercenaires instruits. Un jeune qui ne savait que faire fonctionner correctement des équipements agricoles, un garçon qui voulait devenir romancier, un homme qui avait parlé de sa femme qui en était à sa deuxiÚme grossesse - la vérité était qu'aucun d'entre eux ne souhaitait combattre à cet endroit. Il n'y avait aucune chance qu'ils veuillent une telle chose. Néanmoins, ils étaient là .
AprĂšs avoir confirmĂ© du coin de ses yeux que les gens des corps dispersĂ©s s'Ă©taient Ă©chappĂ©s vers la direction opposĂ©e, Aiden se prĂ©cipita lui-mĂȘme dans la forĂȘt, Ă bout de souffle. La terreur d'ĂȘtre fini, oĂč qu'il aille, envahit son corps. Il avait entendu des cris d'agonie au moment oĂč ses pieds avaient touchĂ© le sol. Effaçant les bruits des oiseaux et des insectes, seuls des cris et des coups de feu rĂ©sonnaient. A partir de lĂ , Aiden put accepter que tous ses camarades Ă©taient en train d'ĂȘtre anĂ©antis.
Le sentiment d'ĂȘtre le chasseur s'inversa en celui d'ĂȘtre une proie qui pouvait ĂȘtre tuĂ©e en quelques secondes. C'Ă©tait une Ă©norme diffĂ©rence - cette ancienne peur Ă©tait culpabilisante, celle-ci Ă©tait celle de perdre sa vie. Aucune des deux n'Ă©tait bonne, mais en tant qu'ĂȘtres humains, personne ne souhaitait mourir. Ils prĂ©fĂ©raient exterminer les autres plutĂŽt que d'ĂȘtre exterminĂ©s. Cependant, Ă ce moment, Aiden Ă©tait parmi ceux qui Ă©taient sur le point de se faire tuer.
"Attends !"appela une voix de derriĂšre, son propriĂ©taire trottant vers lui avec un pistolet dans les mains. Une petite silhouette pouvait ĂȘtre aperçue dans l'obscuritĂ©. C'Ă©tait le plus jeune membre de l'escouade, un enfant encore dans ses tendres annĂ©es.
"Ale...!"Aiden attrapa la main du garçon dont les jambes avaient cessé de bouger, et recommença à courir.
"Je suis tellement content ! S'il te plaĂźt, ne m'abandonne pas ! Ne m'abandonne pas ! Ne me laisse pas tout seul !" implora Ale en pleurant.
Il avait dix ans et Ă©tait nĂ© dans la mĂȘme province qu'Aiden, dont celui-ci Ă©tait familier. Comme il Ă©tait le plus faible de l'unitĂ©, il n'Ă©tait pas comptĂ© comme combattant et travaillait au rĂ©approvisionnement. Par un dĂ©cret national, tous les hommes ĂągĂ©s de plus de 16 ans Ă©taient sans condition enregistrĂ©s dans l'armĂ©e, et ceux qui n'avaient pas l'Ăąge appropriĂ© devaient ĂȘtre rĂ©compensĂ©s s'ils se portaient volontaires. Le garçon avait dĂ©jĂ parlĂ© avec un ton lĂ©gĂšrement virulent de comment il s'Ă©tait enregistrĂ© pour payer les dĂ©penses mĂ©dicales de sa mĂšre, dont la santĂ© Ă©tait trop fragile.
Aiden prĂ©fĂ©rait voir l'enfant survivre plutĂŽt que lui-mĂȘme. MĂȘme s'il Ă©tait censĂ© s'inquiĂ©ter tout d'abord du garçon , ses pieds avaient bougĂ© d'eux-mĂȘmes.
â Ah, et dire que j'oubliais ce petit enfant et que je m'enfuyais seul...
Ses yeux pouvaient se voir au-delĂ de la noirceur.
"Comme si j'allais t'abandonner ! Je suis content que tu sois en vie ! Allons nous cacher quelque part !"
Les deux accĂ©lĂ©rĂšrent vers l'intĂ©rieur de la forĂȘt. Pendant qu'ils couraient, ils pouvaient entendre de nombreux cris de diffĂ©rentes directions. S'ils couraient vers le mauvais endroit, la mort les attendrait avec sa faux bien apprĂȘtĂ©e.
â Je ... ne veux pas mourir non plus. Il y a beaucoup de gens que je veux voir Ă nouveau, et beaucoup de choses que je veux faire.
"Tout va bien, Ale. Tout va bien, donc juste cours, cours." Il voulait calmer le garçon, mais ne put rien dire de plus.
S'il était un de ses officiers supérieurs, serait-il capable de garder son sang-froid dans une telle situation ? La réalité, cependant, était qu'il n'était qu'un jeune homme. Comme il était vers la fin de l'adolescence, il n'était pas considéré comme assez adulte.
â Ah, que quelqu'un nous sauve. Je ne veux pas mourir dans un endroit comme celui-ci. Je ne veux pas mourir. Quoiqu'il arrive, je ne veux pas mourir.
Des coups de feu retentirent Ă nouveau, plus prĂšs qu'avant. Il distinguait des feuilles qui tombaient des arbres dans une certaine direction et pouvait dire que l'ennemi approchait de derriĂšre. Il voulait arrĂȘter sa propre respiration pour Ă©quilibrer les battements de son cĆur.
"Cours ! Cours ! Cours !"
Tout en reprochant mentalement Ă Ale de ne pas ĂȘtre capable d'aller Ă la mĂȘme allure que lui, il se rĂ©primandait lui-mĂȘme.
â Je vais finir par mourir aussi. Je vais finir par mourir aussi.
Pourtant, il ne pensait pas lĂącher cette petite main. Il ne pourrait jamais le faire. Aiden la serra encore plus fort.
Alors qu'ils continuaient dâavancer, une explosion se produisit. Sa vision devint complĂštement blanche pour une seconde. Son corps vola, puis frappa immĂ©diatement le sol. Il roula sur environ trois mĂštres et s'arrĂȘta aprĂšs avoir heurtĂ© un arbre effondrĂ©. Le goĂ»t du sang se rĂ©pandit dans sa bouche.
En quelques secondes, sa conscience devint floue. Pourtant, ses yeux étaient ouverts, et ses membres pouvaient encore bouger. C'était un tour de force incroyable qu'il soit encore en vie.
Ce n'était probablement pas une balle d'artillerie. Il fouetta son corps, couvert de terre par l'impact, et confirma sa situation. Le chemin sur lequel ils couraient quelques instants auparavant était devenu un trou gigantesque. La végétation avait été brûlée et tout était noirci. Aiden n'avait aucune idée de ce avec quoi les ennemis les avaient abattus, mais il savait que leur position avait été découverte et que les ennemis n'auraient aucune pitié pour les éliminer.
"A... Ale..."MalgrĂ© cela, Aiden jeta un coup d'Ćil Ă son cĂŽtĂ© en remarquant la main qu'il n'avait pas lĂąchĂ©e. Il se raidit en rĂ©alisant que le garçon qui Ă©tait censĂ© ĂȘtre lĂ n'Ă©tait pas en vue.
â Il n'est nulle part... Ale... n'est nulle part...
La main, encore chaude, demeurait dans sa paume. Mais le reste avait disparu. Pas de tĂȘte, pas de jambes. Il ne pouvait voir dâautre que la moitiĂ© dâun bras, dont les os ressortaient de la chair dĂ©chirĂ©e.
Son cĆur Ă©tait si bruyant qu'il avait l'impression que ses tympans pourraient Ă©clater. Il se retourna. Dans un endroit isolĂ©, il aperçut une petite tĂȘte entre les troncs tombĂ©s. Elle ne bougeait pas.
"Ale !" cria-t-il, pris de spasmes, au bord des larmes, avant de voir la tĂȘte tressaillir lĂ©gĂšrement, sa bouche dessinant un sourire.
â Dieu merci, il est vivant .
En entendant la voix du garçon, il se sentit encore plus soulagé.
â Il est vivant. Il est vivant.
La petite tĂȘte bougea davantage, se tournant pour le regarder. Il Ă©tait couvert de sang, mais encore en vie. Son bras avait Ă©tĂ© arrachĂ©, mais il Ă©tait toujours en vie. Aiden Ă©tait sur le point d'aller vers lui et de s'Ă©chapper avec lui, mĂȘme s'il devait le porter dans ses bras, mais au moment oĂč il fit un geste, d'autres coups de feu s'ensuivirent. Ce n'Ă©taient pas des bruits sourds de snipers comme les fois prĂ©cĂ©dentes, et cela ressemblait au son de fusils. Aiden se baissa dĂ©sespĂ©rĂ©ment pour Ă©viter les tirs tandis qu'un glapissement sec pouvait ĂȘtre entendu dans l'obscuritĂ©.
â "Quelqu'un est"... oui, câest ça.
Les seules personnes prĂ©sentes dans les environs Ă©taient Ale et lui-mĂȘme.
Il ne se leva pas avant que les bruits de coups de feu aient disparu. Son cĆur battait Ă un rythme dĂ©sagrĂ©able.
â Mes battements de cĆur... sont trop forts. Aah, sois calme, sois calme...
"Pourquoi tirez-vous autant ? Vous y prenez du plaisir ?", voilĂ ce que la pluie dense de balles lui donnait envie de demander.
Lorsque les balles cessĂšrent de pleuvoir, il releva sa tĂȘte et rĂ©alisa que la petite tĂȘte avait cessĂ© de bouger.
Les yeux qui lâavaient regardĂ© comme sâil Ă©tait le seul sur lequel ils pouvaient compter le lorgnaient maintenant comme s'ils Ă©taient sur le point de sortir. La bouche Ă©tait restĂ©e ouverte quand il avait prononcĂ© ses derniers mots. Ale avait pĂ©ri en regardant Aiden avec des yeux grands ouverts.
"Ah... ah... aah...! Aah !"
DâĂ©tranges cris sâĂ©chappĂšrent de la gorge dâAiden. Il sâenfuit de lâendroit aussi vite qu'il put. Sentant toujours le regard de ces pupilles dans son dos, il courait comme un fou.
Son cĆur martelait dans sa poitrine. Son esprit Ă©tait en Ă©bullition, comme s'il criait avec l'intensitĂ© d'une centaine de gens. Peut-ĂȘtre Ă©tait-ce dĂ» aux coups de feu. Ou Ă©tait-ce dĂ» au "Attends-moi"de Ale ?
Chaque parcelle de son corps Ă©tait trop chaude. Il avait l'impression d'ĂȘtre cuit dans sa propre tempĂ©rature corporelle.
â Ale est mort. Ale est mort.
Il savait qu'il y avait plusieurs personnes sur le champ de bataille qui avaient fini de la mĂȘme maniĂšre. Beaucoup pouvaient dĂ©jĂ ĂȘtre mort d'avoir marchĂ© sur une mine ou avoir Ă©tĂ© abattus.
â Ale est mort. Ale est mort. Le petit Ale est mort.
"Ah... aah... aah... ah... ah..."
Des cris continuaient Ă sortir de sa gorge, reflĂ©tant ses sentiments, qu'il ne comprenait mĂȘme pas si bien que ça. MĂȘme s'il voulait crier de toutes ses forces, sa voix Ă©tait trop faible, insignifiante dans la mer des innombrables autres.
"Ah... Aah... Ah... Ah... Ah... AAAAAAAAAAAH !"
Les larmes jaillissaient de ses yeux. Il semblait que sa respiration pouvait s'arrĂȘter Ă cause de toutes les catarrhes dans son nez. MalgrĂ© cela, seules ses jambes bougeaient, et il ne s'arrĂȘta pas de courir.
â Non, je ne veux pas mourir...
Tels étaient les sentiments les plus évidents -l'instinct de survie, et la peur de la mort.
â Je ne veux pas ça, je ne veux pas ça, je ne veux pas ça... ça me va mĂȘme si je ne peux plus jamais jouer au baseball Ă nouveau. Ăa me va, alors... Je ne veux pas mourir. Je ne veux pas mourir, je ne veux pas mourir. Je ne suis pas venu dans cet endroit... de mon plein grĂ©.
â Encore une fois... Je veux voir Maman et Papa encore une fois. Je ne veux pas mourir. Il y a tant de personnes que je veux revoir.
Les visages des gens de sa ville natale apparaissaient continuellement dans son esprit, les uns aprĂšs les autres. Finalement, ce dont il se souvint fut le sourire d'une certaine fille. C'Ă©tait le visage de sa bien-aimĂ©e, qu'il avait laissĂ©e sans pouvoir lui dire au revoir ou mĂȘme connaĂźtre le goĂ»t de ses lĂšvres.
â Si j'avais su que les choses se passeraient comme ça, je l'aurais embrassĂ©e et enlacĂ©e, mĂȘme de force.
MĂȘme dans un tel moment, il pensait Ă elle avec tant d'affection.
S'il continuait Ă cette allure, il sentait qu'il pouvait mourir Ă tout moment, mĂȘme sans recevoir de dommages corporels.
"Maria ! Maria ! Maria !"
Et si cela devait arriver, il serait dĂ©plorable qu'elle continue Ă penser Ă lui mĂȘme aprĂšs sa mort.
â Non, je ne veux pas mourir ! Je ne veux pas mourir !
Cela serait trop pitoyable, pensait-il.
â Non, je ne veux pas mourir ! Non, je ne veux pas mourir ! Non, je ne veux pas mourir ! Non, je ne veux pas mourir ! Non, je ne veux pas mourir ! Non, je ne veux pas mourir ! Non, je ne veux pas mourir ! Non, je ne veux pas mourir ! Je ne veux pas mourir. Je ne veux pas mourir. Je ne veux pas mourir. Je ne veux pas mourir. Je ne veux pas mourir. Je ne veux pas mourir. Je ne veux pas mourir. Je ne veux pas mourir. Je ne veux pas mourir. Je ne veux pas mourir. Je ne veux pas mourir. Je ne veux pas mourir. Je ne veux pas mourir. Je ne veux pas mourir. Je ne veux pas mourir. Je ne veux pas mourir. Je ne veux pas mourir. Je ne veux pas mourir. Je ne veux pas mourir. Je ne veux pas mourir. Je ne veux pas mourir. Je ne veux pas mourir. Je ne veux pas mourir. Je ne veux pas mourir. Je ne veux pas mourir. Je ne veux pas mourir. Je ne veux pas mourir. Je ne veux pas mourir. Je ne veux pas mourir. Je ne veux pas mourir. Je ne veux pas mourir. Je ne veux pas mourir. Je ne veux pas mourir. Je ne veux pas mourir. Je ne veux pas mourir. Je ne veux pas mourir. Je ne veux pas mourir. Je ne veux pas mourir. Je ne veux pas mourir. Je ne veux pas mourir. Je ne veux pas mourir. Je ne veux pas mourir. Je ne veux pas mourir. Je ne veux pas mourir. Je ne veux pas mourir. Je ne veux pas mourir. Je ne veux pas mourir. Je ne veux pas mourir. Je ne veux pas mourir. Je ne veux pas mourir. Je ne veux pas mourir. Je ne veux pas mourir. Je ne veux pas mourir. Je ne veux pas mourir. Je ne veux pas mourir. Je ne veux pas mourir. Je ne veux pas mourir. Je ne veux pas mourir. Je ne veux pas mourir. Je ne veux pas mourir. Je ne veux pas mourir. Je ne veux pas mourir. Je ne veux pas mourir. Je ne veux pas mourir. Je ne veux pas mourir. Je ne veux pas mourir. Je ne veux pas mourir. Je ne veux pas mourir. Je ne veux pas mourir. Je ne veux pas mourir. Je ne veux pas mourir. Je ne veux pas mourir. Je ne veux pas mourir. Je ne veux pas mourir. Je ne veux pas mourir. Je ne veux pas mourir. Je ne veux pas mourir. Je ne veux pas mourir. Je ne veux pas mourir. Je ne veux pas mourir. Je ne veux pas mourir. Je ne veux pas mourir. Je ne veux pas mourir. Je ne veux pas mourir. Je ne veux pas mourir. Je ne veux pas mourir. Je ne veux pas mourir. Je ne veux pas mourir. Je ne veux pas mourir. Je ne veux pas mourir. Je ne veux pas mourir. Je ne veux pas mourir. Je ne veux pas mourir. Je ne veux pas mourir. Je ne veux pas mourir. Je ne veux pas mourir. Je ne veux pas mourir. Je ne veux pas mourir. Je ne veux pas mourir. Je ne veux pas mourir. Je ne veux pas mourir. Je ne veux pas mourir sur la terre froide d'un pays dont je ne sais mĂȘme pas prononcer correctement le nom. Je ne connais encore rien des vraies joies et bonheurs de la vie. Seulement dix-huit ans. J'ai vĂ©cu seulement dix-huit ans. J'ai le droit de vivre plus. Suis-je nĂ© pour mourir comme un chien dans un endroit comme celui-lĂ ? Ce n'est pas ça. Je suis nĂ© pour ĂȘtre heureux. N'est-ce pas vrai ? Suis-je nĂ© pour souffrir ? Ne suis-je pas nĂ© de l'amour de mes parents ? Oui, j'ai le droit d'ĂȘtre heureux. C'est comme ça que c'est censĂ© ĂȘtre. En plus, ce n'est pas comme si je voulais tuer qui que ce soit de ce pays. Le gouvernement a dĂ©cidĂ© tout seul que nous Ă©tions obligĂ©s de venir ici. Je ne veux blesser personne. Je ne veux blesser personne. Je ne veux ĂȘtre tuĂ© par personne. Je ne veux tuer personne. Qui, dans ce monde, est dĂ©jĂ nĂ© pour tuer les autres ? N'est-ce pas un non-sens ? Pourquoi devons-nous nous battre les uns contre les autres juste parce que nous vivons un peu loin les uns des autres ? Que restera-t-il aprĂšs ce combat et aprĂšs que nous serons morts ? Qui a dĂ©cidĂ© que les choses devaient se terminer de cette façon ? Je suis humain. Je suis un ĂȘtre humain. Je suis un humain avec des parents qui m'aiment. J'ai une maison oĂč retourner. Il y a des gens qui m'attendent. MĂȘme, pourquoi un plus jeune que moi doit prendre part Ă la guerre ? Qui a commencĂ© une chose pareille ? En tous cas, ce n'est pas moi. Je n'ai jamais souhaitĂ© que quelque chose comme cela arrive. Je ne veux pas cela. Je veux rentrer Ă la
maison. Je veux retourner dans ma ville natale. Je veux retourner dans ma ville natale. Aah, je veux rentrer. Maintenant, je veux quitter cet endroit et retourner dans cette belle ville de campagne. Maintenant. Maintenant. Maintenant. Maintenant. Maintenant. Maintenant. Maintenant. Maintenant. Maintenant. Maintenant. Maintenant. Maintenant. Maintenant. Maintenant. Maintenant. Maintenant. Maintenant. Maintenant. Maintenant. Maintenant. Maintenant. Maintenant. Maintenant. Maintenant. Maintenant. Maintenant. Maintenant. Maintenant. Maintenant. Maintenant. Maintenant. Maintenant. Maintenant. Maintenant. Maintenant. MAINTENANT.
Une voix différente et abasourdie s'échappa de ses lÚvres. Son dos était insupportablement chaud et il dut s'accroupir aprÚs avoir reçu un impact. Comme ses genoux ne pouvaient pas supporter immédiatement son propre poids, il tomba face contre terre sur le sol.
â Qu'est-ce... que c'est ? On dirait que de la lave coule de ma colonne vertĂ©brale... C'est... trop chaud.
Incapable de se retenir, Aiden s'effondra, vidant tout ce qui se trouvait dans son estomac. Dire qu'il vomissait alors qu'il n'avait rien mangé. Cependant, c'était en réalité du sang.
â Eh, impossible... J'ai vomi... du sang... Je... pourquoi...?
Aiden tourna la tĂȘte pour regarder son dos pour la premiĂšre fois. Il pouvait voir une tache noire s'Ă©taler mĂȘme dans l'obscuritĂ©. Il n'y avait aucune chance que ce soit de la sueur. Il put alors confirmer qu'on lui avait tirĂ© dessus en entendant le son de bottes s'approchant lentement de lui, et aperçut plusieurs soldats armĂ©s venant de derriĂšre.
En voyant qu'il pouvait encore bouger, les hommes rirent. S'ils jouaient, c'Ă©tait probablement un pari sur qui pourrait le tuer d'un seul coup. TrĂšs probablement, Ale et les autres avaient Ă©tĂ© traitĂ©s de la mĂȘme maniĂšre.
Ils avaient l'air d'avoir le mĂȘme Ăąge que lui. Ils exultaient du simple fait d'acculer quelqu'un, ivres de l'atmosphĂšre de la guerre. S'ils Ă©taient nĂ©s ailleurs et avaient rencontrĂ© d'autres personnes, ils n'auraient peut-ĂȘtre pas tournĂ© de cette maniĂšre.
Aiden avait tuĂ© beaucoup de gens au hasard sur les lignes de front, pourtant il venait juste de comprendre ce qu'Ă©tait rĂ©ellement la guerre. Il s'agissait de tuer des gens, purement et simplement. Et ces hommes s'amusaient avec ça. MĂȘme en utilisant de plus grandes causes pour se justifier, l'essence de la guerre ne changeait pas. RĂ©aliser une telle chose seulement lorsqu'il Ă©tait sur le point d'ĂȘtre tuĂ© Ă©tait ridicule.
Les raisons pour lesquelles les nations se battaient n'avaient aucune valeur dans les zones de combat. Telle Ă©tait la simple et cruelle vĂ©ritĂ©. Aiden Ă©tait un meurtrier, les ennemis Ă©taient des meurtriers, et l'un d'entre eux n'aurait pas d'autres choix que de mourir. Il s'avĂ©rait que celui qui allait ĂȘtre Ă©liminĂ© Ă©tait lui-mĂȘme.
â Pourquoi les choses en sont arrivĂ©es lĂ ?
Les hommes discutaient alors qu'Aiden était encore couché sur le sol.
"C'est trente points si tu touches le dos.
â Je t'avais dit de viser la tĂȘte ! ImbĂ©cile. On va perdre le pari.
â C'est dĂ©jĂ assez. Cherchons une autre cible. Celui-lĂ ne peut plus bouger de toute façon.
â Vise mieux la prochaine fois."
Une fois la discussion terminĂ©e, il serait sĂ»rement exĂ©cutĂ©. Cela pourrait se faire de la maniĂšre la plus atroce, avec ses vĂȘtements arrachĂ©s et son corps traĂźnĂ© sur le sol.
Des larmes coulĂšrent de ses yeux Ă nouveau.
Une fois que les hommes qui riaient ne le regardĂšrent plus, il rampa sur le sol, tentant en quelque sorte de fuir.
â Je ne veux pas mourir comme Ale. Non, non, non, non, non. Tout mais pas ce genre de mort. Quelqu'un... Ă l'aide. Aidez-moi. Quelqu'un... aidez-moi. Quelqu'un... Mon Dieu... Mon Dieu... Mon Dieu... Mon Dieu...!
"HĂ©, ne t'enfuis pas comme ça." En mĂȘme temps qu'une voix froide, un coup de feu rĂ©sonna de nouveau.
Sa jambe était touchée. Probablement à cause du tir dans sa colonne vertébrale plus tÎt, il ne sentit aucune douleur, juste de la chaleur. Paniqué par le fait que son sens de la douleur était engourdi et que son pied ne bougeait plus, Aiden hurla.
Les tirs continuÚrent répétitivement. C'était comme un jeu. Ses membres restants furent touchés un à un, comme pour les égaliser. Son corps se crispait à chaque tir et les hommes qui le regardaient ricanaient. La honte, l'humiliation, le désespoir et le chagrin assaillirent son corps.
"On dirait une grenouille.
â C'est dĂ©gueulasse. DĂ©pĂȘche-toi et tue-le.
â Ouais. Tue-le, tue-le.
â Le prochain, c'est la tĂȘte."
Le grincement dâun chargeur de balles en train d'ĂȘtre rempli s'ensuivit. Aiden avait trop peur de tout Ă ce moment-lĂ ; il ferma les yeux et se prĂ©para Ă mourir.
C'est Ă ce moment-lĂ que quelque chose dâĂ©norme tomba du ciel comme un coup de tonnerre. Tourbillonnant de façon rĂ©pĂ©titive, il transperça la terre. Ătait-ce le signe qu'une grande existence venait mettre un terme Ă ces conflits insensĂ©s ? Pendant une seconde, Ă cause du choc, c'est ce que tous pensĂšrent. Cependant, ce qui Ă©tait descendu n'Ă©tait pas une divinitĂ© mythique mais une hache gĂ©ante. Sa lame argentĂ©e Ă©tait trempĂ©e dans une pluie rouge de sang. Son manche avait un bout pointu dont la forme ressemblait Ă un bouton de fleur.
Les haches Ă©taient les reprĂ©sentants symboliques des armes - plus brutales que les fusils, plus efficaces que les Ă©pĂ©es. MĂȘme s'il s'agissait du milieu d'un champ de bataille, le fait que quelque chose de ce genre tombe de lĂ -haut Ă©tait mystĂ©rieux. Et les anomalies ne s'arrĂȘtaient pas lĂ . Un objet volant se dirigea bruyamment vers eux.
Il s'agissait d'un monoplan qui avait été popularisé dans l'industrie de l'armement et distribué de la partie du Nord prospÚre au reste du continent. Il s'agissait d'un avion de chasse à deux places, légÚrement plus grand que les bateaux compacts à une place. Sa principale caractéristique était sa forme, qui ressemblait à celle de l'oiseau dont il portait le nom, avec de grandes ailes et une pointe de fuselage acérée. Sa coque était mince, mais l'avion était largement utilisé pour la surveillance en raison de sa vitesse exceptionnelle.
â De quel cĂŽtĂ© ? De quel cĂŽtĂ© est-il ?
Ni Aiden ni les soldats qui allaient lui tirer dessus ne pouvaient bouger. Duquel dâentre eux lâEngoulevent Ă©tait lâalliĂ© ?
Quelqu'un s'accrocha à un long cùble en fer qui pendait de l'avion à basse altitude. La personne tendit le bras pour attraper la hache de guerre lancée vers le bas pour tout détruire à cet endroit, tournant autour du support plusieurs fois avant d'atterrir sur le sol. Aiden inspira profondément en regardant de tels mouvements acrobatiques, mais sa respiration ne fit que se troubler.
L'ĂȘtre mystĂ©rieux releva lentement la tĂȘte. Seul son visage blanc Ă©tait rĂ©ellement visible au milieu de l'obscuritĂ©. Elle Ă©tait comme une rose blanche fleurissant dans la nuit. MĂȘme avec sa vision lĂ©gĂšrement dĂ©formĂ©e par les larmes, Aiden pouvait voir Ă quel point elle Ă©tait magnifique. Ses iris bleus lui rappelaient les lointaines mers du Sud, ses lĂšvres Ă©taient rouges comme un lever de lune dans un dĂ©sert. Les traits de son visage auraient fait battre son cĆur en temps normal, mais dans de telles circonstances, il ne ressentit rien d'autre que de l'effroi. Ses cheveux dorĂ©s brillaient mĂȘme dans le noir, faisant ressortir les rubans bordeaux qui les dĂ©coraient.
Peu importe comment on la regardait, c'était une femme aussi belle qu'une poupée.
"Pardonnez-moi d'interrompre votre conversation. J'ai pris la liberté de m'imposer de là -haut." Sa voix résonna fortement . "Monsieur Aiden Field est-il ici ?"
Avec son expression Ă©lĂ©gante et son apparence digne, elle pouvait ĂȘtre soit un ange, soit une faucheuse, ce qui laissait les hommes dĂ©boussolĂ©s. CâĂ©tait lĂ©gitime - avec une femme de ce calibre apparaissant sur le champ de bataille, on ne pouvait s'empĂȘcher de se demander s'il ne s'agissait pas d'une hallucination.
Aiden, qui était un peu soulagé que les autres hommes se concentrent sur elle, fut bientÎt frappé par la peur à nouveau.
â Quâest-ce... que c'est ?
Pourquoi cette femme le cherchait-elle ? Tout en sâinterrogeant, Aiden Ă©tait en proie Ă un dilemme, et ne trouva rien d'autre Ă faire que rĂ©pondre Ă l' insondable entitĂ© : "C-c'est moi... Je suis Aiden."
Peut-ĂȘtre que rĂ©vĂ©ler son nom Ă©tait une erreur. Cela pouvait le mettre dans une situation encore pire. MalgrĂ© cela, les visages des gens de sa ville natale refirent surface dans son esprit.
"Aidez... moi..." implora-t-il d'une voix éraillée.
Lorsque les yeux inexpressifs de la femme s'arrĂȘtĂšrent sur lui, qui gisait toujours sur le sol, elle inclina gracieusement sa tĂȘte. "EnchantĂ©e de faire votre connaissance. Je me presse partout oĂč mes clients pourraient le dĂ©sirer. Je suis du service des PoupĂ©es de Souvenirs Automatiques, Violet Evergarden."
Le temps que les soldats reprennent leurs esprits et pointent leurs pistolets sur elle, elle sâĂ©tait dĂ©jĂ accrochĂ© Ă sa propre arme. La hache Ă©tait plus grande quâun humain de taille moyenne, mais elle la souleva comme si elle ne pesait rien, comme une sorte de bĂȘte. Les hommes frissonnĂšrent de dĂ©tresse.
"Mais qui est cette femme ?! Ok, tuez-la ! Tuez-la !
â CrĂš... CrĂšve, crĂšve, crĂšve, crÚÚÚve !"
Des coups de feu retentirent en mĂȘme temps que les cris, mais la femme demeura indemne, sans aucune Ă©gratignure, prĂ©parant sa hache.
AprÚs avoir chuchoté cela faiblement, elle sauta par-dessus Aiden, visant à mettre les hommes hors d'état de nuire. Bien qu'elle ait l'air petite et fragile, chacun de ses pas se répercutait avec force.
Ă cause de son Ă©tat prĂ©caire, il Ă©tait difficile pour Aiden de tordre le cou et de regarder en arriĂšre, mais il dĂ©sirait tellement voir le combat qu'il rĂ©ussit Ă l'observer du coin de l'Ćil.
On aurait dit qu'elle dansait le rondo, mais en réalité, elle balançait simplement la hache vers ses adversaires en tourbillonnant largement. C'était une technique excessivement bizarre. Elle se protégeait des attaques en utilisant la lame presque comme un bouclier, puis s'accrochait au manche ancré dans le sol et le levait vers le haut en tournant sur ses talons.
Les hommes, qui ne pouvaient bientĂŽt plus se dĂ©fendre des offenses dĂ©livrĂ©es par un corps aussi dĂ©licat, se rendirent et se mirent Ă crier. MĂȘme si ses mouvements semblaient lĂ©gers, le rĂ©sultat auquel ils avaient abouti Ă©tait tout le contraire. Elle maĂźtrisait une variation des arts martiaux classiques de prĂ©cision dont Aiden n'avait jamais Ă©tĂ© tĂ©moin auparavant. Les armes Ă©taient brisĂ©es par la pointe du manche de la hache comme si elles Ă©taient aussi fragiles que des jouets d'enfants. Juste en Ă©tant Ă©galement frappĂ©s par le manche sur leurs Ă©paules, les hommes furent mis Ă genoux.
"C'est... un monstre !" cria l'un d'eux, s'enfuyant sans ĂȘtre poursuivi.
La femme se concentrait uniquement sur l'attaque de ceux qui lui faisaient face, Ă la maniĂšre d'une machine. Il Ă©tait Ă©vident qu'elle Ă©tait habituĂ©e aux combats extrĂȘmes ; Ă tel point que le mot "habituĂ©e" lui-mĂȘme Ă©tait un euphĂ©misme.
"Cette... maudite femme ! CrĂšve ! CrĂšve !"
Elle continua rapidement Ă Ă©changer des coups avec les hommes qui tiraient aveuglĂ©ment dans l'obscuritĂ©, balançant la hache sans hĂ©sitation et se rapprochant progressivement d'eux tout en Ă©vitant les balles. Ă l'instant oĂč l'un d'entre eux sortit une arme de sa poche et s'attaqua Ă son ventre, elle fit tournoyer ses jambes fines et lui donna un coup de pied au visage. Aucun de ses mouvements fluides ne fut gaspillĂ©, elle continua Ă donner des coups consĂ©cutifs.
La diffĂ©rence de pouvoir Ă©tait Ă©crasante. En dĂ©finitive, mĂȘme s'il y avait eu plus de soldats contre elle, la situation n'aurait pas changĂ©. C'Ă©tait comme si la force de la femme rĂ©sidait de maniĂšre inĂ©branlable dans la hache qu'elle tenait.
â Pourquoi... n'utilise-t-elle pas la lame ? pensa Aiden, intriguĂ©.
Avec une hache si vicieuse, elle pouvait facilement tout détruire si elle utilisait toute sa force, mais elle ne le faisait pas. Se contentant de s'en servir comme arme contondante, elle n'avait pas donné de coups mortels.
Le combat fut de courte durĂ©e. AprĂšs avoir frappĂ© tout le monde sauf Aiden, la femme retourna Ă ses cĂŽtĂ©s. Elle s'accroupit, et jeta un coup d'Ćil Ă son visage. "Excusez-moi pour l'attente."
Ce fut alors qu'Aiden remarqua que celle qui s'appelait Violet Evergarden avait un visage aux traits enfantins. Sa beauté bien développée donnait l'impression d'une femme mûre, mais sa silhouette était également proche de celle d'une jeune fille..
â Nâest-elle pas... aussi ĂągĂ©e que moi ?
"Maßtre..." Violet souffla profondément en regardant mieux le corps d'Aiden.
"M... Merci... de m'avoir sauvé. Hum... comment... me connaissez-vous ?"
Alors qu'Aiden parlait, une traßnée de sang sortant de sa bouche, Violet prit un ensemble de bandages dans son sac et commença à les enrouler autour de ses blessures. "Maßtre, vous m'avez appelé. Vous avez contacté le service des poupées de souvenirs automatiques aprÚs avoir vu notre publicité, n'est-ce pas ? Les frais ont trÚs certainement été payés."
En entendant cela, Aiden chercha dans sa mĂ©moire malgrĂ© le fait que ses pensĂ©es devenaient floues Ă cause de la perte de sang. En y repensant, un membre de son corps dâarmĂ©e lui avait montrĂ© une vieille brochure alors quâils buvaient au bar dâune ville voisine de son ancien champ de bataille. Le tableau d'affichage du bar Ă©tait rempli de services d'information variĂ©s, de prospectus et de mĂ©mos, et l'homme avait trouvĂ© ce tract parmi eux.
"Alors câĂ©tait vrai... que 'la PoupĂ©e de Souvenirs Automatiques viendrait nâimporte oĂč, nâimporte quandâ ?" Il sourit en se remĂ©morant la phrase dâaccroche publicitaire. Ce fut Ă cet instant quâAiden se souvint quâil avait en effet contactĂ© le service comme gage pour avoir perdu Ă un jeu de cartes, et que cela lui avait coĂ»tĂ© une somme dâargent absurde.
"Quel type de poupée souhaitez-vous ? Nous acceptons toutes les demandes."
AprĂšs quâun jeune homme au tĂ©lĂ©phone lui eut demandĂ© cela, Aiden rĂ©pondit sans trop rĂ©flĂ©chir : "Je voudrais une beautĂ© exquise qui pourrait venir sur le front. Ah, une femme, s'il-vous-plaĂźt.
âLes poupĂ©es requises pour voyager dans des zones dangereuses sont particuliĂšrement chĂšres.
âN'y a-t-il pas moyen dâavoir un prix ?
âUne offre relativement bon marchĂ© consiste Ă en louer une pour la durĂ©e minimale d'une journĂ©e.
âAlors je vais faire ça. Hum, mon compte est..."
Il avait oubliĂ© d'annuler la commande par la suite, et n'avait probablement pas parlĂ© de maniĂšre aussi articulĂ©e au tĂ©lĂ©phone puisqu'il Ă©tait ivre Ă ce moment-lĂ . Parmi les gens qui avaient fait la fĂȘte comme des idiots avec lui, personne ne s'Ă©tait souvenu de ce qu'il avait fait le lendemain, Ă cause de la gueule de bois.
â Et dire quâelle... viendrait vraiment... En plus, une femme comme elle seule au milieu dâune zone de combat... une exactement comme jâai demandĂ©, pas moins.
Le visage de Violet se reflĂ©tait dans les yeux dâAiden ; elle Ă©tait tout simplement angĂ©lique.
"C-Comment avez-vous su oĂč j'Ă©tais ?
â Secret professionnel. Je ne peux pas rĂ©pondre Ă cela." rĂ©pondit-elle si sĂšchement qu'il ne put que se taire.
Si une simple entreprise de secrĂ©tariat avait rĂ©ussi un tel exploit, comment diable cela pouvait-il ĂȘtre un "secret professionnel"?
"Pour l'instant, Maßtre, échappons-nous simplement d'ici. Votre corps vous fait-il mal ? S'il-vous-plaßt, supportez-le...
â Non, je n'ai pas mal... c'est juste trĂšs chaud. C'est... sĂ»rement... assez grave, non ?"
Ă la question pleine de larmes d'Aiden, Violet ravala tout ce qu'elle semblait ĂȘtre sur le point de dire. AprĂšs un court silence, elle plaça la hache dans un Ă©tui fixĂ© autour d'elle et entoura Aiden de ses bras. "Je vais devoir vous traiter comme un bagage pour un moment. Supportez-le, s'il-vous-plaĂźt." Son corps enveloppĂ© de force, elle le souleva. PlutĂŽt qu'un bagage, elle le portait comme une princesse.
La gĂȘne semblait possible mĂȘme Ă un tel moment, et Aiden voulut rire Ă travers ses larmes.
Ă partir de lĂ , les actions de Violet furent rapides. Comme elle courait Ă travers la forĂȘt en portant un homme adulte, il sâinquiĂ©tait de ce quâelle ferait sâils rencontraient dâautres ennemis, mais il semblait que ce ne serait pas le cas. Apparemment, Violet recevait des instructions de quelqu'un. Une voix sâĂ©chappait occasionnellement des grandes boucles dâoreilles en perle quâelle portait, et elle se dĂ©plaçait aprĂšs y avoir rĂ©pondu Ă voix basse.
Peu de temps aprÚs, ils arrivÚrent à un chalet abandonné avec l'intention de l'utiliser comme cachette temporaire.
â Est-ce que cet endroit est vraiment sĂ»r ? Ce n'est pas comme si nous pouvions nous cacher Ă©ternellement, cependant, pensa Aiden.
Il comprenait en quelque sorte que, vu l'Ă©tat de son corps, il ne tiendrait pas longtemps. Violet lui avait donnĂ© les premiers soins, mais son hĂ©morragie n'avait pas cessĂ©. Si c'Ă©tait possible, elle se serait dĂ©jĂ arrĂȘtĂ©e.
"S'il vous plaßt, restez caché ici pendant un moment."
L'intérieur du chalet était couvert de toiles d'araignées et de poussiÚre. Laissant Aiden sur le sol, Violet fouilla dans son sac et en sortit une couverture.
"Il y a... beaucoup de choses... lĂ -dedans, hein ?"
Les coins des lÚvres de Violet se soulevÚrent légÚrement à la question d'Aiden. Redressant la couverture, elle le plaça en son centre et la referma sur lui.
â Il fera froid plus tard.
â Probablement. C'est ce qu'on m'a dit." C'Ă©tait les mots de quelqu'un qui avait vu d'innombrables personnes mourir.
Aiden se sentit encore plus intrigué par Violet. Quel genre de vie avait-elle eu ? Comment était-elle si forte ? Beaucoup de questions flottaient dans son esprit, mais ce qui sortit de sa bouche fut quelque chose de complÚtement différent : "Pourriez-vous... écrire des lettres à ma place ?"
L'expression de Violet se raidit Ă ses mots.
"Ou peut-ĂȘtre... votre appareil de communication pourrait atteindre mon pays ?
â Non, malheureusement.
â Alors, s'il vous plaĂźt... Ă©crivez des lettres pour moi. Vous ĂȘtes venus ici... parce que je vous ai engagĂ©s, n'est-ce pas ? Ecrivez-les s'il-vous-plaĂźt. AprĂšs tout, on dirait que... je vais mourir bientĂŽt... alors je veux... Ă©crire des lettres." Sa gorge commença Ă devenir sĂšche et il toussa aprĂšs avoir parlĂ©.
Tout en le regardant cracher du sang, Violet lui frotta les Ă©paules et hocha la tĂȘte. "Compris, MaĂźtre."Son visage n'exprimait plus de doute. Elle sortit du sac ce qui semblait ĂȘtre du papier de bonne qualitĂ© et un stylo, le plaça sur ses genoux et demanda Ă Aiden de lui dicter les lettres.
"La premiĂšre est.. pour Maman et Papa, je suppose..."
Il raconta comment ils l'avaient Ă©levĂ© avec tant d'amour, comment ils lui avaient appris le baseball, Ă quel point ils devaient ĂȘtre trĂšs inquiets, car peu de lettres pouvaient ĂȘtre remises depuis le champ de bataille, et comment cette derniĂšre lettre Ă©tait devenue son testament. Il transmit ensuite sa gratitude et ses excuses.
En Ă©crivant rapidement, Violet capturait ses sentiments avec prĂ©cision. Chaque fois que les mots sâamassaient, elle demandait si les termes utilisĂ©s Ă©taient assez bons, amĂ©liorant le contenu de la lettre. Aiden nâavait pas pu Ă©crire frĂ©quemment Ă ses parents, en partie parce quâil avait du mal Ă organiser ses pensĂ©es, mais c'Ă©tait diffĂ©rent avec elle Ă ses cĂŽtĂ©s. Les mots venaient les uns aprĂšs les autres - tout ce qu'il voulait dire dĂ©bordait.
"Maman... mĂȘme si je t'avais dit... que j'allais devenir un joueur de baseball... pour avoir de l'argent pour rĂ©nover notre maison... je suis dĂ©solĂ©. Papa... Papa, j'aurais voulu que tu voies plus de mes matchs. J'Ă©tais vraiment heureux... quand tu m'as dit que tu aimais me voir frapper la balle. Je... J'ai commencĂ© le baseball parce que je voulais que tu me fĂ©licites. Je pense que sâil y avait eu... autre chose pour lequel tu mâaurais fĂ©licitĂ©... ça aurait aussi Ă©tĂ© une option. Il nây a rien de plus heureux... que dâĂȘtre nĂ© votre fils. Je me demande pourquoi. Jâai... toujours... Ă©tĂ© si heureux... et... jâai traversĂ© pas mal dâĂ©preuves... mais... je nâaurais jamais pensĂ© que je mourrais comme ça."
MĂȘme si ses parents ne lui avaient pas appris Ă tuer...
"Je ne pensais pas que ça arriverait. Normalement... normalement... les gens s'imaginent devenir adultes, trouver un partenaire, se marier, avoir des enfants... J-Je... Je...Je pensais que je pourrai prendre soin de vous. Je ne pensais pas... que je me ferais tirer dessus sans vraiment savoir pourquoi... et que je mourrais dans un pays si loin de vous. Je suis dĂ©solĂ©. Je suis aussi triste... mais vous deux... vous le serez... clairement plus. J'Ă©tais censĂ©... vous revenir sain et sauf... puisque je suis votre seul fils. J'Ă©tais... censĂ© revenir. Mais... je ne pourrai pas. Je suis dĂ©solĂ©. DĂ©solĂ©." Il s'en voulait tellement de ne pas pouvoir revoir ses parents et se sentait tellement coupable que les larmes interrompaient rĂ©guliĂšrement ses paroles. "Si... vous deux venez Ă renaĂźtre... et Ă vous marier... J'irai lĂ oĂč vous ĂȘtes. Et alors... je veux que vous me donniez naissance Ă nouveau. S'il-vous-plaĂźt. Je ne voulais pas que les choses se terminent comme ça. Je voulais... devenir plus heureux... J'Ă©tais censĂ©... vous... montrer mon bonheur. C'est la vĂ©ritĂ©. Alors... s'il-vous-plaĂźt. Papa et Maman, priez aussi. Refaites de moi votre fils... s'il-vous-plaĂźt."
Violet notait chaque mot qu'il bafouillait. "Je pourrais la rendre plus correcte, mais je pense qu'Ă ce rythme, ce sera meilleur si la lettre conserve votre maniĂšre de parler.
â SĂ©rieu... sement ? Est-ce que ça ira... mĂȘme s'il n'y a pas de mots plus jolis ?
â Oui... Je crois que cette façon... est meilleure.
â Quand vous le dites comme ça, je le sens un peu... mieux..." dit-il en riant compulsivement, crachant plus de sang.
Violet essuya ses lÚvres avec un mouchoir déjà imbibé de sang. "Y a-t-il quelqu'un d'autre à qui vous souhaitez écrire ?"
Alors qu'elle le lui demandait avec un soupçon d'urgence, Aiden resta silencieux un moment. Sa vue Ă©tait floue, mĂȘme si les larmes ne coulaient plus. La voix de Violet Ă©tait Ă©galement un peu distante. Si elle Ă©tait pressĂ©e, il devait avoir une mine terrible. Il Ă©tait sur le point de mourir.
Le sourire d'une fille aux cheveux tressés lui vint à l'esprit.
"Pour... Maria."Lorsqu'il murmura son nom, son amour le submergea au point de lui donner envie de mordre quelque chose.
"Mademoiselle Maria... c'est cela ? Est-elle de votre ville ?
âOui. Si vous livrez ça avec la lettre de mes parents, vous devriez pouvoir trouver qui elle est. C'est une amie d'enfance de mon voisinage. Nous avons Ă©tĂ© ensemble depuis que nous sommes petits... et elle Ă©tait comme une petite sĆur... mais aprĂšs qu'elle m'a avouĂ© ses sentiments, j'ai rĂ©alisĂ© que probablement... je l'aimais aussi. Mais... Je suis venu ici... sans avoir rien fait avec elle de ce que les couples font habituellement. C'est un peu gĂȘnant de sortir avec une amie d'enfance... Ha ha, nous aurions dĂ»... au moins nous embrasser... J'en aurais Ă©tĂ© heureux, honnĂȘtement. Je ne l'ai... jamais fait avant.
âJe vais transmettre vos sentiments dans la lettre. MaĂźtre, juste un peu plus... S'il-vous-plaĂźt, faites de votre mieux." Comme si elle faisait un vĆu, Violet serra sa main.
Incapable de sentir sa chaleur ou mĂȘme son toucher, Aiden se remit Ă pleurer. "Oui." AprĂšs avoir organisĂ© ses pensĂ©es brumeuses, il commença Ă parler : "Maria, est-ce que... tu vas bien ?"
â La raison pour laquelle je commence cette lettre avec une formule aussi dĂ©sinvolte... c'est parce que je ne veux pas que tu me sentes mourir.
"Je me demande... si tu... te sens seule... depuis que je ne suis plus lĂ . Ce serait un problĂšme... si tu venais Ă pleurer tous les jours... mais je vois... ton visage qui pleure... depuis que nous sommes enfants... et c'est mignon, alors tu ne devrais pas... pleurer devant les hommes."
Les souvenirs du temps qu'il avait passé avec elle repassaient les uns aprÚs les autres.
"Je me demande si tu te souviens... de quand tu... m'as avoué tes sentiments. Tu... m'avais dit... de ne pas m'en rappeler, mais... tu sais, je... j'étais vraiment... vraiment... vraiment... heureux à ce moment-là . "
â La façon dont tu souriais dans mes bras avec tes joues teintĂ©es de rose.
"J'étais vraiment... tellement heureux..."
Son visage quand elle Ă©tait encore enfant. Le moment oĂč elle avait laissĂ© pousser ses cheveux. Cette femme quâil aimait de maniĂšre inconcevable, rien quâavec les moments quâils avaient passĂ©s ensemble, Ă©tait gravĂ©e au plus profond de lui.
"C'était probablement... le sommet... de ma vie... pour de vrai. Je veux dire, je ne me souviens de rien d'autre. Bien plus... que lorsque j'ai... gagné un tournoi de baseball... ou que j'ai été... félicité par papa... la chose qui m'a rendu... le plus heureux..."
â Ma Maria. Ma Maria. Ma Maria.
"...a été d'entendre dire... que tu... étais amoureuse de moi."
Entendre dire pour la premiÚre fois de quelqu'un autre que ses parents qu'il était aimé, sans aucune hésitation.
"Ă vrai dire... je ne te voyais... que comme une petite sĆur... mais tu es... trop adorable, alors... j'ai vite... craquĂ© pour toi... Tu vas... devenir encore plus belle Ă partir de maintenant, non ? Aah, je suis jaloux... des gars qui pourront le voir. Si je pouvais... j'aurais... voulu... faire de toi... ma femme... construire une petite maison... et vivre... dans cette campagne, avec toi. Je... t'aimais. Je t'aime... Maria. Maria... Maria..."
â Aah, ma bien-aimĂ©e. Si seulement tu Ă©tais ici en ce moment.
"Maria, je ne veux pas mourir..."
La respiration de Violet résonnait fortement dans ses oreilles.
"Maria, je veux... retourner auprĂšs de toi..."
â Aah... ma tĂȘte... est en train de fondre... petit Ă petit.
"Je veux... revenir... auprĂšs... de toi..."
Il ne pouvait pas garder ses yeux ouverts. Mais s'ils se fermaient, il sentait que les mots s'arrĂȘteraient aussi.
"Maria... attends... moi... MĂȘme si... c'est juste... mon Ăąme... Je reviendrai... mais... ça ira si... je ne suis pas... ton 'seul'. Attends-moi juste. Juste... n'oublie pas. N'oublie... pas... le premier homme...Ă qui... tu as avouĂ© tes sentiments. Moi aussi... je... n'oublierai pas. MĂȘme... dans les... portes du ciel... je... n'oublierai pas. Maria... ne... m'oublie pas."
â Violet, est-ce que... tout est Ă©crit ?
"Ah... ce n'est pas bon... mes... yeux ne... s'ouvrent pas. Violet... je...vous... confie... mes... lettres. Merci... de m'avoir sauvĂ©... et d'ĂȘtre... venue. Je ne suis pas... seul. Je ne suis... pas... seul...
â Je suis ici. Je suis... juste lĂ . Je suis Ă vos cĂŽtĂ©s.
â S'il vous plaĂźt... s'il vous plaĂźt... touchez-moi...
â Je vous tiens la main maintenant.
â Ah... en quelque... sorte... c'est... vrai. C'est... devenu... froid. C'est... vrai. J'ai... froid. J'ai... fr... oid...
â Je vais tapoter un peu votre main. Ăa ira. Vous n'aurez froid que pour un moment. BientĂŽt, vous vous retrouverez dans un endroit chaud.
â Je me sens... seul...
â Tout va bien. MaĂźtre, tout va bien." La voix de Violet semblait un peu peinĂ©e.
Aiden perdit progressivement la conscience d'oĂč il Ă©tait. Quel Ă©tait cet endroit ? Pourquoi son esprit Ă©tait-il si peu clair en ce moment ?
â HĂ©... J'ai peur... Maman, je ne sais pas pourquoi... Je ne peux rien voir... C'est effrayant...
â J'ai peur. C'est effrayant. Effrayant. Effrayant.
"Tout va bien."Comme quelqu'un le rassura gentiment, il se calma et sourit légÚrement.
Finalement, les mots qu'il avait voulu dire à tout prix s'échappÚrent de sa bouche. "Mari... a... embrasse... moi..."
â J'ai... toujours voulu t'embrasser. Mais... j'Ă©tais toujours trop embarrassĂ©... alors je me demandais si tu pouvais ĂȘtre celle qui le ferait.
Peu de temps aprĂšs, il entendit le son de lĂšvres qui se touchent.
â Aah, Ă la fin, j'ai eu mon premier baiser avec la fille que j'aime... Maria, merci. Merci. Rencontrons-nous... Ă nouveau.
"Bonne nuit, Maßtre." La voix de quelqu'un résonna au loin.
Il n'était pas sûr de qui était ce 'quelqu'un', mais une derniÚre fois, Aiden murmura aussi légÚrement qu'un souffle : "M... er... ci..."
Violet serra dans ses bras les lettres du jeune homme mort devant elle en pleurant, avant de les ranger soigneusement dans son sac. Se levant fermement, elle s'adressa Ă l'appareil de communication : "Ă partir de maintenant, je vais rentrer. Veuillez indiquer oĂč se trouve le lieu d'hĂ©bergement de l'unitĂ© de transport. Aussi, c'est ma propre volontĂ©, mais... je paierai les frais de transport, alors s'il vous plaĂźt... permettez-moi de prendre... un corps avec moi."
Il n'y avait pas une seule larme sur son visage.
"Eh bien, mĂȘme si vous dites que c'est un inconvĂ©nient, on ne peut rien y faire. Je comprends. Je ne fais pas... toujours ce genre de choses, alors... Oui, s'il-vous-plaĂźt. Merci infiniment." Elle parlait sans passion, comme si elle Ă©tait dans un bureau. Cependant, alors qu'elle portait une nouvelle fois le corps d'Aiden Field, elle le tenait bien plus lĂ©gĂšrement que la premiĂšre fois, sans ĂȘtre gĂȘnĂ©e par les taches de sang qu'il laissait sur sa robe blanche. "MaĂźtre, je vais vous ramener chez vous." Elle dit au garçon qui souriait un peu avec ses yeux fermĂ©s : "Je vais vraiment... vous ramener chez vous." Sur ses traits inexpressifs, seules ses lĂšvres rouges tremblaient lĂ©gĂšrement. "Ainsi... vous ne serez plus seul."
Le jeune homme dans ses bras, elle quitta le chalet en silence. De l'autre cĂŽtĂ© de la forĂȘt, on pouvait encore entendre des coups de feu et des cris, mais Violet ne se retourna pas.
Le domaine du secrétariat et les sociétés postales avaient une relation étroite. Les lettres des copistes étaient normalement livrées par des facteurs, mais comme cette lettre particuliÚre provenait d'un pays lointain en guerre, la Poupée de Souvenirs Automatiques la livra personnellement.
Une belle rĂ©gion agricole entourĂ©e de riziĂšres dorĂ©es. Elle pouvait convenir qu'il s'agissait d'une ville bucolique aussi splendide qu'elle le semblait lorsque le jeune homme avait clamĂ© qu'il voulait y retourner. MĂȘme lorsque Violet, une Ă©trangĂšre, jeta un coup d'Ćil par la fenĂȘtre de la calĂšche dans laquelle elle se trouvait, tous les passants la saluĂšrent.
Elle apportait un douloureux message Ă cette terre chaleureuse.
Sa destination Ă©tait le lieu de naissance d'Aiden Field. Violet rapporta tout au couple de personnes ĂągĂ©es qui avait ouvert la porte, leur remettant la lettre - leur remettant 'Aiden'. Elle les informa ensuite de ses derniers instants, sans oublier aucun dĂ©tail. Maria, la fille dont "il" avait vu l'illusion juste avant de mourir, Ă©tait Ă©galement prĂ©sente. Ils lâĂ©coutĂšrent parler en versant des larmes, sans prononcer un mot. Il semblait que l'image du garçon Ă©tait gravĂ©e dans leur cĆur pour n'ĂȘtre jamais oubliĂ©e.
La jeune fille, le visage rouge, s'effondra en acceptant la lettre d'Aiden. "Pourquoi ? Pourquoi devait-il mourir ?"demanda-t-elle Ă Violet.
Cette derniÚre demeura silencieuse, ne répondant à aucune question. Bien qu'elle soit normalement sans expression et se contente de dire franchement ce qu'elle était censée dire, elle ne sut plus quoi dire lorsqu'une femme en pleurs la serra dans ses bras au moment de son départ.
C'était une chose inattendue à entendre.
"Nous n'oublierons jamais... votre gentillesse."
Comme si elle n'était pas habituée aux étreintes, son corps se tendit et se contracta maladroitement.
"Merci... d'avoir ramené notre fils."
Devant tant de chaleur, ses yeux exprimaient la confusion.
Elle fixa la femme qui lui transmettait sa gratitude tout en pleurant - la mÚre d'Aiden. Pour Violet, c'était insupportable, et elle répondit avec un faible : "Non... Non..."
Un océan de larmes se répandit doucement dans les yeux bleus qui 'l'' avaient regardé.
La mer se transforma en une seule, petite goutte qui descendit le long de sa joue blanche.
"Je suis désolée... de ne pas avoir pu le protéger." Ces mots n'étaient pas ceux de la Poupée de Souvenirs Automatiques, mais ceux d'une jeune fille. "Je suis désolée... de l'avoir laissé mourir."
Personne ne la blĂąmait. MĂȘme Maria, qui se lamentait avec des "Pourquoi ?!", ne la tenait pas pour coupable. Toutes les personnes prĂ©sentes s'Ă©treignirent simplement et partagĂšrent leur chagrin.
"Je suis désolée..."Violet continua de s'excuser encore et encore à voix basse. "Je suis désolée de l'avoir laissé mourir."
Personne ne t'as blùmée pour quoi que ce soit, Violet Evergarden.
Précédent - Suivant (à venir)