La panacée : des furies dans le placard
Bon ça sera pas une histoire de docteures chauves-souris qui tâattendraient la tĂȘte en bas, dans un placard habitĂ© par les mites. Oui dans le concept ça fait trĂšs mythologique. Comme une affabulation mĂ©taphysique Ă dĂ©faut dâĂȘtre pataphysique. Un truc sans historicitĂ©. Une tapisserie de PĂ©neloppe Ă©chaudĂ©e en latence. Je suis en panne de panacĂ©e pour pansexuelle. Et jâaime beaucoup la poly-tesse. Je vais un peu parler de la rĂ©activitĂ© reloue de pas mal de beaucoup de mecs hĂ©tĂ©ros cis autour de ça (je les autorise mĂȘme Ă me traĂźter de bouchĂšre castratrice si ça leur fait des Ă©rections synaptiques pendant que je mâadresse Ă eux).
Je suis une pansexuelle dans un camaro-placard. Je suis blanche et cis, alors oui jâai des privilĂšges, des passings de la social life qui font que câest quand mĂȘme un placard avec amĂ©nagements 2 Ă©toiles. Jây ai lâeau chaude, lâĂ©lectricitĂ©, du chauffage douillet et mĂȘme un coussin certains soirs de mĂ©rites inĂ©dits. Toi mec cis hĂ©tĂ©ronormocroyant, tu vas ĂȘtre trĂšs trĂšs trĂšs déçu. Je suis pan mais non, je nâai pas une hypersexualitĂ© dĂ©ployĂ©e avec toutes les personnes consententes pourvues dâun sexe. Je suis pan ça ne veut pas dire non plus que je ne sais pas oĂč mâasseoir parmi les innombrables siĂšges vacants dâun autobus. Je nâai pas de problĂšme de positionnement Ă©rotique tant que je nâai pas les jambes derriĂšre les oreilles. Je nâapprĂ©cie pas les plans Ă trois, Ă quatre ou Ă douze. Mais jâaime bien savoir que ça existe. Ta meuf ne mâexcite pas. Tu ne mâexcites pas. Les deux lâun dans lâautre non plus. Je ne me filme pas. Je ne suis pas performante. Je nâai pas vocation Ă ĂȘtre un bon coup. Je mâen fous un peu de la performance. Je nâai pas dâĂ©go dans ma chatte. Ăa sâappelle un pĂ©rinĂ©e. Je nâai pas non plus une pornodĂ©vĂ©dĂ©thĂšque. Je ne suis pas HĂ©tĂ©rosexuelle. Je ne suis pas une interface ou un trait dâunion virevoltant qui nâaurait pas encore rencontrĂ© la suffisamment bonne bite pour faire pencher dĂ©finitivement la balance. Je ne suis pas Gouine non plus.
Je galĂšre juste Ă me reconnaĂźtre dans des codes relationnels ou sexuels qui me correspondraient avec des partenaires non sensibilisĂ©s à « les questions » que ça me pose et lâimaginaire des curieux me gonfle terriblement, jusquâĂ lâapoplexie. Câest principalement avec les mecs hĂ©tĂ©ros cis que ces fantasmes mâattrappent Ă la gorge. Je mây sens fĂ©tiche subversif pour mec hĂ©tĂ©ronormĂ© qui voudrait performer ou Ă©prouver sa virilitĂ©. Ăa me rend furieuse. Câest pas que les inconnus hein, câest aussi les connaissances lointaines que tâĂ©vites de croiser, les mecs qui fantasment ta sexualitĂ© en se tripotant le neurone et en tâadressant un clin dâoeil graveleux qui te donne envie de leur vomir en spray dans la gueule.
Mon droit Ă mâautodĂ©finir dans mes sexualitĂ©s est rĂ©guliĂšrement et systĂ©matiquement rĂ©duit au sexe des personnes avec lesquelles je relationne. Si jâai un partenaire mec hĂ©tĂ©ro cis, on mâassigne le costume hĂ©tĂ©ra. LĂ , câest un peu, beaucoup, Ă la folie, chiant. MĂȘme si socialement ça me protĂšge des oppressions, ça me fait aussi Ă©prouver une Ă©thique tehon parce quâen plus de me sentir invisible et dĂ©niĂ©e, je me sens politique traĂźtresse. Ăa me donne envie de crier. Ăa mâimposture et ça mâemprisonne. Câest pas des projections qui mâappartiennent et elles me silencient. En huis clos ça me vulnĂ©rabilise aussi. LibĂ©rer ma parole, ça mâa conduit Ă lâhĂŽpital une fois. Avec des bleus pas couleur bleu roi hein, davantage bleu vilain violacĂ©, mais jâen Ă©tais remplie du tympan gauche jusquâĂ lâĂąme. Une ponctuation brutale avait jalonnĂ© mon corps au milieu des cris. Le redressage Ă lâordre. La trempe normative. Sans pouvoir lĂącher mes furies.
De gamine câest comme ça. Jâaimais partager des plaisirs avec les copines. EnfermĂ©es dans les toilettes. Tapies dans lâobscuritĂ©. Sâabandonner Ă une sensorialitĂ© frissonnante. Les garçons câest venu beaucoup beaucoup beaucoup plus tard. Je sais pas dire câest quoi qui me fait Ă©prouver de lâirrĂ©pressible attirance ou mettre mes dĂ©sirs en dĂ©sordre. Ăa peut ĂȘtre un muscle qui palpite sur une joue, des gueules avec des Ă©trangetĂ©s, un rire qui rĂ©sonne, un regard perçant, une authenticitĂ© culottĂ©e mais bienveillante, une pertinence outrageuse, une prĂ©sence aux autres. Je nâĂ©rotise pas des organes avant de rencontrer des personnes. Je ne sexualise pas partiellement. Il me faut juste de la fougue dans le ventre. Câest rare et parfois fugace. Mais ça doit ĂȘtre un espace safe de responsabilitĂ©s affectives et mĂȘme sur une temporalitĂ© rĂ©duite incluant la possibilitĂ© dâun retour Ă lâanonymat post-orgasmique. Du sexe all-inclusive.
Dans les relations amoureuses avec des mecs hĂ©tĂ©ros cis, ça peut aussi ĂȘtre LE truc quâils rangent dans le placard, avec une mĂ©ticulositĂ© farouche et amnĂ©sique. Tu nâes plus pan maintenant que tu es (Ă ) avec moi. Le grappin te choisit comme ça, en quelques foutues minutes. LĂ encore cette modalitĂ© me rĂ©duisait souvent moi au silence et mon non consentement pour lâ hĂ©tĂ©romonotogamie Ă lâoubli. Câest fou la somme des injonctions auxquelles je pouvais me rĂ©signer par sentimentalitĂ© abusive.
Ben aujourdâhui jâ arrive pas toujours Ă dĂ©ployer mon Ă©tendard PanPoly. Les dĂ©saffections mâenchĂąssent impunĂ©ment dans lâhĂ©tĂ©ronormativitĂ©. Jâen parle pas Ă ma famille. Jamais. Alors ça créé comme une fosse sceptique autoportĂ©e par mes silences. Elle se remplit jusquâau dĂ©bordement. Mes pieds restent pas longtemps au mur, ils rentrent dedans. Mais dire câest dur et câest peu de le dire. Alors jây mets de lâair et des fois jâarrive pas trop Ă ĂȘtre dans les relations. Je vis ça comme du dĂ©ni de moi-mĂȘme cette part du placard fermĂ©e, surtout quand on me confisque la clĂ©.
Quand mon enfant me demande parfois si jâai des amoureuses et des amoureux et me lance « JusquâĂ combien on peut aimer ? », je lui rĂ©pond que ça pas de limites quâon peut connaĂźtre avant de vivre et de sentir ce que ça fait dedans. Bien entendu quand je dis « dedans » on est dans lâĂ©motionnel et le  mĂ©taphorique, pas dans lâanatomique. Non, jâai pas une jauge Ă orifices en double dĂ©camĂštre volumĂ©trique Ă laser infrarouge dans ma poche.
Au final le carcan hĂ©tĂ©ronormatif nous liberticide pas mal et met en sourdine, en captivitĂ©, en chasse ou Ă la torture, tout.e.s celleux qui voudraient le foutre en cendres. Mais voilĂ , les facteurs de risques et de vulnĂ©rabilitĂ©s sont pas les mĂȘmes pour tou.t.es. Câest ça ĂȘtre alli.Ă©.e.s. ConsidĂ©rer les expositions diffĂ©rentielles. Serrer ses coudes au lieu de ses dents. Fermer sa bouche parfois. Ouvrir ses oreilles toujours. Savoir se tenir le porte-voix et le crachoir entre nous. Sortir les furies du placard. Les lĂącher sur hĂ©tĂ©roland. Trouver des solidaritĂ©s et des des espaces oĂč se reconnaĂźtre.
Ăa serait un fucking paradise quand mĂȘme.