Sâaccrocher Ă la Sounna parmi la masse des musulmans
AprĂšs avoir fait un bref exposĂ© sur lâimportance de sâattacher Ă la Sounna lâImĂąm ShĂątibĂź dit :
« JâhĂ©sitais donc entre le fait de suivre la Sounna et par consĂ©quent diverger des habitudes de la majoritĂ© des gens, et ainsi vivre les mĂȘmes problĂšmes que ceux qui, de tout temps, ont contredit les coutumes Ă©tablies - surtout si cette majoritĂ© prĂ©tend que ces coutumes sont la Sounna et rien dâautre - mais alors il mâaurait fallu supporter un poids Ă©crasant... mais pourtant quelle rĂ©compense mâattendrait auprĂšs dâAllah !
Et entre le fait de suivre la masse et par consĂ©quent diverger de la Sounna et des pieux prĂ©decesseurs (Salaf SĂąlih) et mâintroduire dans lâenceinte de lâĂ©garement (quâAllah me protĂšge de cela). Cependant, je serais en accord avec les coutumes, et on me considĂšrerait comme un ami, non comme un ennemi.
Je me rendis alors compte que pĂ©rir en suivant la Sounna Ă©tait la vraie dĂ©livrance, et que les gens ne me seraient dâaucune utilitĂ© auprĂšs dâAllah. Je me mis donc Ă appliquer la Sounna par Ă©tapes dans certaines choses... et câest alors quâon aurait cru que la fin des temps Ă©tait arrivĂ©e ! Les critiques se multipliĂšrent Ă mon Ă©gard, les flĂšches de la calomnie me furent adressĂ©es, on mâaffilia Ă lâinnovation et lâĂ©garement et je fus classĂ© parmi les idiots et les ignorants ! [...]
On dĂ©nigra la voie que jâavais choisie dâune façon que tout coeur rĂ©prouve, et on me classa parmi certaines sectes Ă©trangĂšres Ă la Sounna.. tĂ©moignage qui sera Ă©crit [1] et dont ils auront Ă rĂ©pondre le jour du jugement. On mâaccusa une fois dâavoir affirmĂ© que les invocations ne prĂ©sentaient aucun bĂ©nĂ©fice et nâĂ©taient dâaucune utilitĂ© - comme certains le prĂ©tendent Ă mon sujet - en raison du fait que je ne pratiquais pas lâinvocation collective Ă la fin de chaque priĂšre en tant quâImĂąm. Et la contradiction de cet acte avec la Sounna et les pieux prĂ©dĂ©cesseurs (Salaf SĂąlih) sera clarifiĂ©e plus loin.
On mâaccusa aussi de Rafd [2] et de haine pour les Compagnons (quâAllah les agrĂ©e), en raison du fait que je nâinvoquais pas Allah pour les Califes Bien GuidĂ©s dans le Sermon du Vendredi en particulier, car cela nâĂ©tait pas lâhabitude des Salaf dans leurs sermons, et aucun des savants reconnus ne lâa citĂ© dans ses sermons. [...]
On mâaccusa aussi de permettre la rĂ©volte contre les gouvernants, et cela pour la simple raison que je ne les citais pas dans le sermon. Or citer les gouvernants durant le prĂȘche est une innovation, quâaucun prĂ©decesseur ne pratiquait.
On mâaccusa aussi dâextrĂȘmisme et de rechercher la difficultĂ© dans la religion, et ce en raison du fait que je me contente - lorsque je rĂ©ponds aux questions et Ă©mets des fatwas - de suivre les avis reconnus du Madhhab [3] sans en diverger, alors que de leur cĂŽtĂ©, ils se permettent de le transgresser et Ă©mettent des fatwas qui facilitent la vie Ă la personne concernĂ©e et correspond Ă ses passions, mĂȘme si câest un avis marginal dans le madhhab ou dans un autre. Or les ImĂąms parmi les savants sont contre ce genre de pratique. Jâai dâailleurs approfondi cela dans lâouvrage Al MuwĂąfaqĂąt.
On mâaccusa aussi dâĂȘtre un ennemi des alliĂ©s dâAllah [4], en raison du fait que jâai exprimĂ© mon animositĂ© envers certains pauvres derviches innovateurs qui ont contredit la Sounna, sâauto-proclamant - selon eux - guides des hommes, et jâai parlĂ© en public de certains comportements de ces gens qui sâaffilient aux soufis sans pour autant leur ressembler.
On mâaccusa aussi de diverger des Ahl Sounna Wal DjamĂąâah (Les gens de la Sounna et du Groupe), et ces gens se basent sur le fait que le Groupe que le ProphĂšte nous a ordonnĂ© de suivre - qui est le Groupe SauvĂ© - est la masse des musulmans, alors quâils nâont pas compris que le Groupe est la voie du ProphĂšte (Ű”ÙÙ Ű§ÙÙÙ ŰčÙÙÙ ÙŰłÙÙ
), des Compagnons et ceux qui les ont suivis avec perfection. Et cela nous le clarifierons plus tard.
Or ils ont menti sur tous ces points et ont trompé les gens, mais la louange revient à Allah quelle que soit la situation.
JâĂ©tais donc dans une situation qui ressemblait Ă la situation du trĂšs connu ImĂąm AbdurrahmĂąn Ibn Battah Al HĂąfidh, avec les gens de son Ă©poque lorsquâil dit :
« Je mâĂ©tonnerais toujours des diffĂ©rentes situations que jâai vĂ©cues durant mes voyages et mes haltes, que ce soit avec mes proches ou autres, avec ceux qui me connaissent ou non. En effet, je me suis rendu compte - que ce soit Ă la Mecque, dans le KhurĂąsĂąn ou en tout autre endroit - que toute personne que je rencontrais Ă©tait ou bien une alliĂ©e ou une ennemie, qui mâappelaient Ă suivre ses dires, Ă croire ses paroles et Ă tĂ©moigner en sa faveur.
Si donc je reconnaissais la vĂ©racitĂ© de ses dires et lui accordais mon approbation - comme le font les gens aujourdâhui - la personne me considĂ©rait comme un alliĂ©. Si par contre, je mâopposais Ă une seule lettre de son discours ou Ă un seul de ses actes, elle me considĂ©rait comme un ennemi.
Si jâaffirmais que le Coran et la Sounna Ă©tait en contradiction avec une de ses paroles, elle me disait : « Tu es un KhĂąridjite ! ». Si je lui lisais un hadith parlant du TawhĂźd (UnicitĂ© de Dieu), elle me disait : « Tu es un Mushabbih (Antropomorphiste) ! ». Si câĂ©tait au sujet de la vision dâAllah (par les croyants au Paradis), elle me disait : « Tu es un SĂąlimß ! ». Si câĂ©tait au sujet de la foi (ImĂąne), elle me disait : « Tu es un Murdjß ! ». Si câĂ©tait au sujet des actes, elle me disait : « Tu es un Qadarß ! ». Si câĂ©tait au sujet de la connaissance, elle me disait : "Tu es un KarrĂąmß ! ». Si câĂ©tait au sujet des mĂ©rites de AbĂ» Bakr et âUmar, elle me disait :« Tu es un NĂąsibß ! ». Si câĂ©tait au sujet des mĂ©rites de la famille du ProphĂšte, elle me disait : « Tu es un RĂąfidß ! ». Si je me taisais au sujet de lâexplication dâun verset ou dâun hadith en me contentant de rĂ©pondre par leur sens apparent, elle me disait : « Tu es un DhĂąhirß !". Si je rĂ©pondais dâune autre façon, elle me disait :« Tu es un BĂątinß !". Si je rĂ©pondais par un sens mĂ©taphorique (TaâwĂźl), elle me disait : « Tu es un Ashâarß ! ». Si je reniais leur sens, elle me disait : « Tu es un Muâtazilß ! ». Si câĂ©tait au sujet des Sounnas de la priĂšre comme la lecture du Coran (aprĂšs la FĂątihah), elle me disait : « Tu es un ShĂąfiâi ! ». Si câĂ©tait au sujet de lâinvocation du QunĂ»t, elle me disait : « Tu es un Hanafß ! ». Si câĂ©tait au sujet du Coran, elle me disait : « Tu es un Hanbalß ! ». Et si je mentionnais lâavis le plus juste parmi les diffĂ©rentes opinions - car il nây a pas de complaisance au sujet des rĂšgles religieuses et du hadith - ces personnes me disent : tu as rabaissĂ© leur rang Ă©levĂ©. Et plus Ă©tonnant encore est que ces gens - en fonction de ce quâils lisent des hadiths du prophĂšte (Ű”ÙÙ Ű§ÙÙÙ ŰčÙÙÙ ÙŰłÙÙ
) - me cataloguent suivant leurs passions. Et si jâapprouve certains dâentre eux, les autres me considĂšreront comme ennemi. Et si je me montre complaisant envers eux tous, je provoquerais la colĂšre dâAllah - BĂ©ni et ElevĂ© soit Il- or ces gens ne me seront dâaucun secours auprĂšs dâAllah. Bref, je mâagripperai toujours au Coran et Ă la Sounna, et je demande pardon Ă Allah en dehors duquel nul nâest digne dâĂȘtre adorĂ©, et Il est le Pardonneur, le MisĂ©ricordieux. »
Fin de citation. Et câest comme si lâImĂąm - quâAllah lui fasse misĂ©ricorde - avait parlĂ© au nom de tout un chacun. Car il est trĂšs rare de trouver un savant cĂ©lĂšbre ou un homme pieux et reconnu sans quâil nâait Ă©tĂ© accusĂ© de ces choses ou de certaines dâentre elles. Car trĂšs souvent les passions interviennent dans lâopinion de la personne en dĂ©saccord. Dâailleurs la cause principale de la divergence par rapport Ă la Sounna est sa mĂ©connaissance et la passion dĂ©bordante que lâon suit jusquâĂ accuser celui qui sâefforce de suivre la Sounna de ne pas en faire partie, et de sâacharner sur lui et ses actes jusquâĂ lâaffilier Ă ce que nous avons citĂ©.
Il a dâailleurs Ă©tĂ© rapportĂ© du chef des adorateurs - aprĂšs les Compagnons - UwaĂŻs El QarnĂź quâil a dit : « Lâinjonction du bien et la rĂ©probation du mal ne laissent aucun ami au croyant. Nous leur enjoignons le bien et les voilĂ qui insultent notre honneur en sâaidant pour cela dâalliĂ©s parmi les pervers, au point oĂč - par Allah - je fus accusĂ© de choses immondes. Mais je jure par Allah que je ne manquerais jamais de clamer la vĂ©ritĂ© parmi eux. »
Extrait de son ouvrage monumental "Al IâtisĂąm"
(traitant de lâinnovation religieuse, ses bases, ses subdivisions, ses consĂ©quences, etc...)
LâImĂąm ShĂątibĂź (quâAllah lui fasse misĂ©ricorde)
[1] NdTÂ : par les anges scribes.
[2] NdTÂ : relatif au Chiisme ImĂąmites.
[3] NdTÂ : Ecole de jurisprudence.
[4] NdT : Awliyù Allah, saints ou élus.