DIE HEIMAT Lettre Ă Arnaud
Graz, le 24 juin 2019
Mon cher Arnaud,Â
je suis dĂ©solĂ© de ne pas avoir pu tâĂ©crire plus tĂŽt. Ayant relu ta derniĂšre lettre ce matin (une bonne semaine aprĂšs la rĂ©ception!) jâai dĂ©cidĂ©, sur-le-champ, de tâĂ©crire une lettre vĂ©ritable, oui, sur le papier, Ă la main, et par-dessus le marchĂ© en marchant ! La preuve ?
Jâai tellement hĂąte de te montrer toutes les richesses que jâai dĂ©nichĂ©es dans les marchĂ©s aux puces de Land Steiermark! Mais avant cela, jâaimerais te faire entrer tout doucement dans cette ville de Graz, tout comme lâavait fait Michel Butor dans l'Emploi du temps, en introduisant son lecteur pas Ă pas dans son Manchester imaginaire (tu peux tâimaginer, câest le bouquin que je suis en train de traduire!).Â
Le premier spectacle qui s'est offert Ă mes yeux ici Ă Graz, le soir mĂȘme de mon dĂ©barquement, c'Ă©tait une vieille femme, postĂ©e devant la parfumerie Orsay, et qui ne mendiait ni amusait le public, mais se plaisait Ă lui tenir un discours en pur serbe (Ă l'accent de HerzĂ©govine); j'ai rĂ©ussi Ă en intercepter quelques paroles que voici, pour tes oreilles : Je vous le baise bien, votre sang hitlĂ©rien, et je vous le baise encore sur un bĂ»cher ! Allez le mettre, votre Hitler, dans le trou de cul, tous parmi vous!
(Je te dirais comment ça sonne en serbe. Si jâavais vu ça dans un bouquin, cela aurait lâair trop forcĂ© et ridicule! Pourtant c'Ă©tait comme ça dans la vraie vie : elle a mĂȘme prononcĂ© deux synonymes pour baiser ). Pour couper court, c'est en ce moment, cher Arnaud, que je me suis rendu compte que j'Ă©tais chez moi !Â
Et c'Ă©tait seulement la premiĂšre apparition de la Heimat. Il y en aura, s'avĂ©rera-t-il, d'autres apparitions vertigineuses, macabres mĂȘme ! Lors de mes premiĂšres promenades fortuites (fortuites dans la mesure oĂč le permet le plan urbanistique de la ville) dans la vitrine dâun antiquaire prĂšs du Jakominiplatz, jâai surpris une cartĂ© du 19e siĂšcle de la Bosnie (qui Ă lâĂ©poque Ă©tait occupĂ©e par lâEmpire Autriche-Hongrie) et des terres autour de celle-ci. Jây ai reconnu la ville de Valjevo, oĂč jâai passĂ© quelques annĂ©es avant lâĂ©cole Ă©lĂ©mentaire (ici appelĂ© Valiova), Kragujevac (Krakoiewacz) et Serraglio. Celle-ci est Sarajevo.Â
 Puisque nous y sommes, Ă Sarajevo, quelques jours plus tard, le quinze, j'ai passĂ© Ă Volkshaus, une salle oĂč le Parti communiste local (on m'a dit qu'ils Ă©taient sĂ©rieux) avait organisĂ© une FĂȘte yougoslave (annoncĂ©e, aussi en serbe, comme YugofeĆĄta). De quoi s'agissait-il donc? Il ne sâagissait, rien de moins, que de tenir des concerts des groupes de folklore pendant toute la journĂ©e de ce 15 juin, arrosĂ©s par des litres de biĂšre Puntigamer et finalisĂ©s par le concert du groupe Zabranjeno puĆĄenje. Tu n'en as pas entendu parler? Eh bien, dans les annĂ©es 1980, ce groupe rock de Sarajevo Ă©tait le seul reprĂ©sentant du mouvement de nĂ©o-primitivisme (va voir ce que câest). Ses membres avaient rĂ©alisĂ© le meilleur show de tĂ©lĂ© comico-satirique yougoslave qui sâappelait Top lista nadrealista (Liste top des surrĂ©alistes : ils n'avaient heureusement rien Ă voir avec Breton et co.). Un groupe culte, donc, que je retrouve trente ans plus tard Ă Graz, et ce lors de la fĂȘte des jeunes communistes styriens. Et c'Ă©tait comment le concert ? Eh bien, franchement, je ne me souviens pas; ou Ă peine : je me souviens de quelques mesures de la chanson Zenica blues (leur rĂ©plique trĂšs drĂŽle Ă Folsom prison blues de Johnny Cash; regarde : ils ont lâair tout rĂ©joui) et de Ć ekiâs on the road again. Jâai ratĂ© la plupart de leur concert car j'Ă©tais occupĂ© Ă acheter de la biĂšre. Un premier verre (plastique) de Puntigamer a pris une bonne trentaine de minutes de se transformer dans une gorgĂ©e et câest alors que jâai su que ce sera le seul verre. Ensuite, postĂ© sur un escalier, je devais Ă©viter la fumĂ©e. Quelle fumĂ©e ? Celle provenant des grilles spĂ©cialement amĂ©nagĂ©s pour l'occasion. LĂ on pouvait acheter des spĂ©cialitĂ©s balkaniques, comme cevapcici, sarma, pleskavica, accompagnĂ©s tout comme il faut par des oignons. Bref, rien que de la meat is murder, avec un peu de choux, et tout cela dans un lieu appelĂ© Dolly Bell, d'aprĂšs le premier film d'Emir Kusturica.Â
JâĂ©tais, je tâavoue, pleinement déçu par ce spectacle nostalgique, organisĂ© en plus par un parti communiste. Jây ai flairĂ© une naĂŻvetĂ© Ă©norme, tout prĂšs de celle qui a poussĂ© Peter Handke (Ă tous les Ă©gards mon Ă©crivain bien aimĂ©) de plaider pour Slobodan Milosevic en tant que sauveur de cette mĂȘme Yougoslavie !Â
Ou bien cette parade du Parti communiste Ă©tait une perspicacitĂ© de business (ça marchait bien lors de cette soirĂ©e) ! On nâĂ©chappe Ă la naĂŻvetĂ© dâune Heimat du communisme-soft, western-friendly, surtout dans cette Ă©poque nĂ©olib. oĂč ce communisme est transformĂ© en marque commerciale (fĂ»t-ce dans une grille de cevapcici Ă la Sarajevo). Un communisme comestible.Â
Pourtant, toutes les rĂ©serves prises en compte, le sentiment de reconnaissance dâun chez-soi a continuĂ© et sâest sensiblement accru quand jâai, nous y sommes enfin, rendu visite au marchĂ© aux puces. Les plus grandes puces de Graz sont organisĂ©es dans la banlieue de Puntigam, tout Ă cĂŽtĂ© de la brasserie de la Puntigamer. Et le premier livre que je me suis surpris Ă prendre dans une boĂźte cartonnĂ©e et dâouvrir, mais non, que jâai retrouvĂ© ouvert (tu te souviens quâautrefois jâĂ©tais passionnĂ© de livres!); quâest-ce que tu penses que câĂ©tait ? La premiĂšre page de Sur le pont de Drina dâIvo Andric, que tous les Yougoslaves connaissent par coeur. La preuve? La voici. Â
Mon dieu, Arnaud, la vie nâa commence quâalors, Ă la vue de ces banlieues !Â
Il faut dire que, grĂące Ă la bourse de cette institution locale de Kulturvermittlung, je profite (mais seulement durant un mois) dâun logement somptueux qui se trouve au centre-ville, tout en haut de la colline de Schlossberg, lĂ oĂč tout le monde veut monter, et payer 1.60E pour le faire, et au spectacle duquel une Bosnienne a, il y a quelques heures, dit Ă son petit ami : Prvo pa muĆĄko ! câest-Ă -dire : Le premier lieu que tu me fais visiter et il sâavĂšre que câest un Bingo! Le voici, ce Bingo. Â
Cela doit ĂȘtre la vue la plus connue de cette ville. Les habitants de Graz doivent en avoir marre. Mais moi aussi ! Tout en ne voulant pas me montrer irrespectueux vis-Ă -vis de cette institution qui me prend pour un Ă©crivain (vois-tu?), jâai attendu impatiemment ce samedi, jâavais hĂąte Ă laisser derriĂšre moi toutes ces façades somptueuses, tout ce luxe blink-blink pour les yeux touristiques (dont je ne me lassais pas Ă imaginer les coulisses) et de rejoindre la bienheureuse banlieue, les quartiers louches (chelous), les pavĂ©s dĂ©foncĂ©s, les mines crispĂ©es, tout ce qui nâĂ©tait pas fait pour lâoeil de celui qui est en train de passer, mais pour le corps de celui qui y restera, pour un rĂ©sident, oui, et câest ce que je suis, jusquâau dĂ©but du mois de juillet au moins, un Ă©crivain-rĂ©sident, pas un Ă©crivain-touriste! Donc, je mĂ©ritĂ© de mây rendre !
Ainsi me suis-je pressĂ© pour arriver Ă Puntigam ce samedi matin (avant neuf heures), ayant pris le tram numĂ©ro cinq Ă partir de Schlossbergplatz. Devant un Cineplexx (il ne sâagit pas de celui passant les films porno; nous sommes dans une Ă©poque oĂč ce double X veut dire luxe), une centaine de vendeurs avait dĂ©jĂ dĂ©pliĂ© leurs ballots.Â
Et, tout comme Luise G., organisatrice de cette rĂ©sidence, mâa chaleureusement prĂ©venu, il y avait des Serbes. Il y en avait beaucoup. De Yougoslaves, de Yougos en gĂ©nĂ©ral. CâĂ©tait comme sur mon marchĂ© aux puces natal (pourrais-je dire natal? je le pourrais!) de Zemun. Je passais les trajectoires Ă cĂŽtĂ© de Cineplexx dans tous les sens, je veux dire ces boulevards entre les marchandises, en Ă©coutant la musique des accents pour la grande plupart bosniaques ou dalmates, avec quelques Ă©tirements slovĂšnes. Jâen ai tirĂ© pour toi ce bref Ă©change entre un vendeur et un acheteur, ayant pris les tenailles de son ballot :Â
Jesi naĆĄo neĆĄta? Ja ! Ta ti je odliÄna, zube da izvadiĆĄ! Â
(Tâas trouvĂ© quelque chose ! / Ouais ! / Celles-lĂ , elles sont excellentes mĂȘme pour tâarracher les dents!)
Encore un spectre de Marx dans la boĂźte dans lâĂ©dition de Fischer ! Mais revenons Ă nos moutons, Ă nos moutons musicaux je veux dire ! Lors de cette premiĂšre randonnĂ©e Ă travers Puntigam, jâai beaucoup vu et Ă©coutĂ©, mais il nây avait pas grand-chose Ă acheter. CâĂ©tait simplement un samedi faible. Jâen serais rentrĂ© les mains vides et tristes si un Yougo nây avait pas surgi du sol avec deux boĂźtes pleines de disques.Â
Y ayant dĂ©nichĂ© Harvest de Neil Young parmi de nombreux LPs allemands (surtout lisses! glanz!), je ne me suis pas adressĂ© en serbe au patron. Ah non ! Dieu mâen garde hors de l'ex-Yu ! Jâai posĂ© la question apprise par coeur quelques mois avant dâarriver ici : Was kosten die Platten? Quelle en fut la rĂ©ponse ? Ein Euro. Sans discussion mĂȘme ! CâĂ©tait mieux quâen Serbie. (Dans la photo qui suit, tu verras le disque confrontĂ© au celui de Pearl Jam des annĂ©es 1990, Vitalogy, lâalbum que jâai traitĂ© de âfilsâ de Harvest)Â
Pour faire une comparaison, deux Plattenladen de Graz que jâavais dĂ©jĂ visitĂ©es avant Puntigam vendaient leurs disques usĂ©s pour minimum 10 euros. Ceux qui Ă©taient proposĂ©s pour 3 ou 5 ne valaient strictement rien; parmi eux jâai vu un McCartney.Â
Mais câest dans Dux Records au quartier Lend que jâai trouvĂ© un disque formidable : la premiĂšre Ă©dition soviĂ©tique des singles prĂ©coces des Rolling Stones. Son titre? ĐĐłŃа Ń ĐŸĐłĐœĐ”ĐŒ/ Play with fire.Â
Je lâai montrĂ© Ă mon voisin de GĂ©orgie, Zviad : il a failli pleurer Ă la vue de cette couverture. Cela a dĂ» le rappeler sa jeunesse. Le disque avait paru en 1989.Â
 Je ne lâaurais, pour ma part, jamais pris si jâavais dĂ©jĂ Â âPlay with fireâ dans un de six ou sept LP que je possĂšde de RS; Play with fire est pour moi de loin leur meilleure chanson. Chez un autre disquaire, avec un nom allusif, Inandout Records, jâai dĂ©nichĂ© le troisiĂšme album de Stranglers, Black and white, oĂč se trouve aussi ma chanson favorite de ce groupe, NiceânâSleazy.Â
Dix euros seraient donc rien pour un rĂ©sident de Graz, en matiĂšre de disques. Et les nouveautĂ©s, encore en emballage ? Cela ne dĂ©passe pas 20 ou 25 euros. Je me suis souvenu encore une fois de ce disquaire de Belgrade, Yugovynil, qui vend toujours les nouveautĂ©s pour des prix dĂ©passant 30 euros. Il est situĂ© dans le centre dâun cafĂ©-quartier rĂ©cemment gentrifiĂ© de la rue Cetinjska, donc bien adaptĂ© aux poches de cette jeunesse posh qui peut bien se les acheter et se les mettre sur leurs... Insta. (Bien sĂ»r, jâai rencontrĂ© leur chef au marchĂ© aux puces Ă Zemun Ă maintes reprises, achetant ses disques pour 1 EUR maximum pour les revendre Ă des prix hors commun, sans taxe!)
Revenons Ă Graz (qui, comme nous avons dit, nâest pas tellement ailleurs!). Une semaine plus tard, le 22 juin, je suis entrĂ© dans le tram 5 de bonne heure. Une inscription dans le tram donnait Ă lire, en slovĂšne : Danas velja vsaka vozovnica kot dnevna karta do 24 H. âAujourdâhui, tout ticket de transport sera valable comme le ticket journal, jusquâĂ 24 heuresâ.Â
Pourquoi donc ? Ce jour-lĂ , comme je le saurai plus tard, câĂ©tait le jour de Pride.
 Cette fois, donc, Puntigam Ă©tait plein Ă craquer. Un SlovĂšne vendait des disques que tu me vois ici feuilleter. Ils coĂ»tent combien? - ai-je demandĂ© en allemand. Pourquoi je nâai pas parlĂ© slovĂšne? Jâai toujours eu envie, mon cher Arnaud, de pouvoir me promener quelque part oĂč tout le monde parle ma langue sans savoir que je peux les comprendre. Le SlovĂšne Ă©tait pourtant plus raffinĂ© que le Yougo dâune semaine dâavant. âChaque disque a son prix!â âBeatles 1967/1970?â â20 eurosâ âCome Together single?â â10 eurosâ Ah, le voilĂ , il Ă©tait aussi un Beatles fan. âTalking Heads, Little creatures?â â6âł. âDankeâ.Â
Câest que jâattendais trop, mon cher Arnaud. LâAutriche est quand-mĂȘme le pays capitaliste le plus proche de nous, les Balkaniques. Dans les annĂ©es 1980, que jâapprĂ©cie tout comme toi, je mâimaginais un bon nombre dâAutrichiens ayant parmi leurs disques les albums et singles des Television, Pixies, Sonic Youth, Dinosaur Jr., Gun Club, Siouxsie and the Banshees, et jâen passe, et mĂȘme dans les annĂ©es 1990, oĂč cette maladie de CD avait dĂ©jĂ pris le dessus.Â
Mais, hors la façade de ces DUX RECORDS, faite d'aprĂšs la couverture de lâalbum Goo de Sonic Youth, hors quelques conneries habituelles de ces annĂ©es trouvables mĂȘme Ă Belgrade, il sâest avĂ©rĂ© que nos marchĂ©s aux puces respectifs sont, de ce point de vue, absolument contemporains : leurs disques proviennent aussi pour la plupart des annĂ©es 1960/1970, tout au plus jusquâĂ 1980.
Donc, ce 22 juin, un jour aprĂšs le solstice dâĂ©tĂ©, un jour aprĂšs la promenade de ClĂ©o de 5 Ă 7 dans le film dâAgnĂšs Varda, je mâarrĂȘte devant quelques boĂźtes de disques. Câest une Yougoslave qui vent. Je lui demande dans mon bas-allemand: Was kosten die Platten? Elle me rĂ©pond dâune façon compliquĂ©e, je nâarrive pas Ă saisir un mot, Arnaud, pourtant je fais oui de la tĂȘte avant de poser une question supplĂ©mentaire FĂŒr eine StĂŒcke? (Pour une piĂšce?), sur quoi elle me fait: Drei euro.Â
Je mây mets et jâen dĂ©niche le soundtrack pour un des films les plus drĂŽles de ma vie, My fair lady (oui, je sais que câest peut-ĂȘtre hip maintenant, mais il sâagit dâun musical, et, tout comme pour Hair, je nâen aime que le tracklist!). Et ensuite je dis Danke et continue Ă marcher sans rien acheter.Â
Câest alors que je rencontre Ada Kobusiewicz. (Si je ne tâen ai rien dit jusquâĂ ce moment-lĂ , câest que jâai voulu que tu la rencontrasses en lisant!) Ada est une artiste visuelle qui fait aussi des films et qui est auteure dâune exposition actuelle dans Schlossbergstollen (Tunnel pour les piĂ©tons); Illusion, basĂ©e sur les effets de lumiĂšre et de couleurs. Elle avait passĂ© quelques annĂ©es en Serbie et jâai eu lâoccasion de voir ses photos du marchĂ© aux puces de Novi Sad, appelĂ© Nylon. Je te montrerai Ă Arles cette sĂ©rie de photos qui sâappelle Fleeting Installation (2014).Â
Donc, je rencontre Ada qui me dit sâĂȘtre procurĂ© de quelques vĂȘtements. Pour combien, je lui demande. Pour 10 centimes piĂšce! Va voir ! La pluie commence. Je cours immĂ©diatement chez la Yougoslave, demande en bas-allemand si ce serait possible de prendre My fair lady pour 2 euros, et quant au SlovĂšne; si je pourrais avoir Talking Heads pour 5. La pluie devient forte. Mon prix balkanique est immĂ©diatement acceptĂ©. Revenu chez moi (de chez moi? je suis toujours chez moi !) je dĂ©couvre que lâalbum de Talking Heads est une Ă©dition de Jugoton, le disquaire yougoslave le plus important, de Zagreb.Â
Alors, Ada me montre lâintĂ©rieur de ce fameux Cineplexx. LĂ il sâavĂšre que câest encore plus riche que je ne mâimaginais. Tout en jurant parce que je nâavais pas sur moi de sac supplĂ©mentaire, je me surprends Ă boire un cafĂ© mit zunehmen, pour la premiĂšre fois dans un marchĂ© aux puces. Pourquoi ? Bah, simplement, ils ont des bancs oĂč sâasseoir, oĂč lâon peut mĂȘme supporter la pluie.Â
Est-ce donc si facile de se faire servir? Oui, et marcher avec un cafĂ©, mettre son verre en plastique chaque fois devant une boĂźte pleine de disques ou de livres bon marchĂ© et le retrouver intact.Â
Et puis, se reposer sur un de ces bancs en attendant Ada et en regardant un Chinois content, sâĂ©tant muni dâun ventilateur.Â
AprĂšs cela, toujours guidĂ© par Ada, je vais visiter une boulangerie spĂ©ciale qui revend le pain de la veille. Mais ce nâest pas un bĂ€ckerei comme les autres, Arnaud; ici, au centre ville, Ă Lend, Ă Mariahilferstrasse, il sâagit dâun concept-store, dont la vitrine te dira tout !Â
Donc, au moment oĂč je commençais la lettre que je te destine, jâĂ©tais Ă Sackstrasse, oĂč, Ă 17h40 prĂ©cisĂ©ment, une camionnette jaune sâest arrĂȘtĂ© au milieu de la rue. Il en est sorti un employĂ© avec une corbeille orange. Il sâest approchĂ© dâune grande boĂźte jaune dâen face, a mis sa corbeille dessous, et ayant ouvert le fond de la boĂźte, il en a fait tomber une pile de lettres.Â
Cette lettre tâarrivera beaucoup plus tĂŽt que celles-ci, ramassĂ©es dans la corbeille du facteur, mais jâespĂšre que tu ne mâen voudras pas ! Câest quand mĂȘme dâune HEIMAT que je tâĂ©cris lĂ !!! Hein ! Je tâĂ©crirai bientĂŽt, surtout si je dĂ©niche un chanteur ou un Ă©crivain italien pour tes oreilles. Â
P S Quant Ă lâalcool, le vin... le rouge, tu peux tâimaginer, câest pas grand-chose. Des vins blancs? Câest mieux. A considĂ©rer leurs biĂšres de prĂšs, on est plus optimiste quâen France. Je suis dĂ©cidĂ©ment devenu fan de Gösser. Jâen importerais sans doute clandestinement quelques-unes, cet Ă©tĂ©, Ă Arles. Â
JâespĂšre que je ne tâai pas assommĂ© avec cette lettre Ă©norme ! Mais il y a des photos aussi ! Et que tu ne mâen voudras pas que ce soit une lettre ouverte ! En attendant ta rĂ©ponse (Ă©pique comme dâhabitude) !Â
Bojan Â

















