50 minutes de retard. C'est l'information que je regarde clignoter en jaune à cÎté du numero de mon tgv pour Strasbourg.
Je prends un café que je vais regretter plus tard dans la nuit quand je chercherai un masque quiÚs pour me fermer les yeux. Quand mes nerfs n'auront pas sommeil et que je ferai machinalement mon procÚs comme c'est souvent le cas en ce moment.
On nous confirme vocalement et avec l'accent Franc Comtois que notre train aura 50 minutes de retard suite Ă un accident de personne. Je me demande quel accident, sur quelle personne.
Je lis Ratcharge. C'est bien mais l'echo n'est pas confortable. Je suis ravagée par le manque de certitude en ce moment alors c'est pas une lecture qui glisse.
Deux soldats s'installent Ă cĂŽtĂ© de moi. Une fille, un gars. Ăa bave sur le sergent. La fille a faim, elle dit je vais acheter Ă manger, je fais ma grosse. Elle se lĂšve pour aller chercher un truc et je constate qu'elle fait moins d'1m50 et qu'elle doit peser le mĂȘme poids qu'une de mes cuisses. Je me dis qu'elle fait super mal la grosse.
Je repense à la soirée de vendredi. Au soleil levant samedi matin. D'habitude j'ai horreur de ça mais là c'était bien. On était bien.
Sur le balcon, je fumais une clope et je dis Ă LĂ©na, des fois le matin, le vieux en face me regarde Ă©crire Ă mon bureau, il est en marcel Ă sa fenĂȘtre et il me fait flipper, il me scotche.
Je lui montre la fenĂȘtre en question et on rigole, deux minutes plus tard, je regarde Ă nouveau et le vieux est lĂ , comme un fantĂŽme mal rasĂ©. J'aime bien quand la vie illustre mon propos. On a 12 ans, on rentre se cacher en gloussant.
Samedi j'étais embrumée dans des émotions adverses. Mon sommeil est rigide, aprÚs l'heure c'est plus l'heure, j'ai raté tous les coches. J'ai passé la journée à tout regretter. C'est ce matin que j'ai été heureuse de mes courbatures de danse.
Il faut que j'arrĂȘte de boire quand mĂȘme. J'ai peur d'ĂȘtre le prochain accident de personne avec mes conneries. J'ai peur que la gueule de bois et les regrets deviennent mon Ă©tat naturel.
J'aimerais bien ĂȘtre plus accueillante avec ce qu'on a coutume d'appeler mon "Ă©tat normal".