Chronique dâun temps qui a tant de mal Ă passer â Novembre 2025/02
Cela fait des semaines â pour ne pas dire des mois â que jâai placĂ© Pascal Praud en observation. De chroniqueur/animateur un brin chahuteur et parfois gueulard, il a tranquillement glissĂ© vers le statut de prĂ©sentateur comĂ©dien aux colĂšres prĂ©visibles et Ă lâindignation tĂ©lĂ©phonĂ©e. Une mutation qui doit tout Ă certains sujets Ă©voquĂ©s, et sur lesquels son parti-pris (donc son aveuglement volontaire) est tellement ahurissant, que lâintĂ©rĂȘt de ses interventions disparait Ă la vitesse de la neige Ă©ditoriale exposĂ©e au soleil des compromis.
Il sâest pourtant fait un nom sur le vaste chantier du politiquement incorrect quâil a activement contribuĂ© Ă Ă©largir. GrĂące lui soit rendue Ă ce sujet, car ils ne furent pas si nombreux Ă essuyer ces plĂątres du jour oĂč, il y a quelques annĂ©es maintenant, Vincent BollorĂ© prĂźt le parti de se dĂ©marquer de concurrents puissants et hauts perchĂ©s. Son idĂ©e ? DĂ©ployer la stratĂ©gie du petit David-CNews contre les jumeaux Goliath, Ă savoir LCI et BFM. Alors que les deux bonimenteurs servaient la soupe 24/7 Ă un systĂšme qui les faisait Ă la fois exister et vivre, lâogre breton eut lâidĂ©e de se dĂ©marquer en ouvrant micros et camĂ©ras aux interventions de chroniqueurs bannis par ce mĂȘme systĂšme. Sans ĂȘtre dâune folle originalitĂ©, cette stratĂ©gie aura au moins eu la vertu de parfaitement fonctionner, la chaĂźne CNews se plaçant aujourdâhui, en audience, devant ses concurrents sur le crĂ©neau de lâinfo continue.
Pourtant, concernant la qualitĂ© rĂ©dactionnelle des journaux diffusĂ©s au fil de la journĂ©e, CNews et ses poursuivants semblent utiliser les mĂȘmes prompteurs estampillĂ©s systĂšme, dĂ»ment calibrĂ©s par la bien-pensance et ses organes dâinfluence, AFP en tĂȘte.
Câest donc bien au chapitre des âdĂ©batsâ orchestrĂ©s en plateau que la diffĂ©rence sâest faite, mĂȘme si sur des sujets comme la crise du Covid ou la guerre en Ukraine, le consensus sâest toujours formĂ© autour des narratifs officiels. Toutefois, certains champs de discussion furent ouverts Ă lâiconoclastie dâintervenants auxquels Praud sĂ»t parfaitement tendre le micro. Câest Ă partir de ce moment particulier que CNews vit sa courbe dâaudience foncer au firmament.Â
Ce fut surtout la preuve, dĂ»ment mesurĂ©e, que les tĂ©lĂ©spectateurs français attendaient que quelquâun ouvrĂźt enfin les fenĂȘtres afin de laisser entrer un peu dâair frais dans des studios confinĂ©s oĂč le conformisme carriĂ©riste le disputait Ă la putasserie sondagiĂšre. Pascal Praud fut la figure de proue de cette aventure, recrutant avec un certain talent une majoritĂ© de chroniqueurs plutĂŽt marquĂ©s Ă droite, sans jamais nĂ©gliger la prĂ©sence nĂ©cessaire dâun ou deux faire-valoir de gauche, tout ce petit monde jouant du canon Ă qui mieux-mieux.Â
Le temps passant, et puisque toute machine devient efficiente aprĂšs une longue mise au point, le plateau de Pascal Praud se dota dâintervenants principalement recrutĂ©s dans les milieux mĂ©diatiques et judiciaires, ce choix rĂ©vĂ©lant la substance mĂȘme du principal sujet traitĂ© : lâinsĂ©curitĂ©. Pas loin derriĂšre, Praud se fit une spĂ©cialitĂ© de la dĂ©nonciation systĂ©matique de lâincurie de lâĂtat francobĂšse et du cauchemar bureaucratique bruxellois. Seule la promotion inconditionnelle dâIsraĂ«l et de tout ce qui approche le monde juif a pu â occasionnellement dâabord, systĂ©matiquement aujourdâhui â prendre le dessus sur ces thĂšmes.
Câest ici, hĂ©las, que Praud se fourvoie. Il se raconte que câest Serge Nedjar, directeur gĂ©nĂ©ral de CNews comme son nom lâindique, qui a extrait Praud de sa cabine de commentateur footballistique pour lâamener jusqu'Ă âLâHeure des Prosâ. Cette mutation, qui a propulsĂ© la carriĂšre du journaliste nantais vers des sommets dâaudience et de salaire, semble aujourdâhui rimer avec indignation. Une indignation permanente et systĂ©matique, dĂšs que lâactualitĂ© implique un individu de confession juive, une partie de la communautĂ©, les Juifs en gĂ©nĂ©ral, les IsraĂ©liens en particulier ou, carrĂ©ment, lâĂtat dâIsraĂ«l. Praud, journaliste plutĂŽt honnĂȘte dans sa prĂ©sentation des faits, cherchant presque toujours Ă produire des commentaires Ă©quilibrĂ©s, se perd alors dans une sorte de bavardage effrĂ©nĂ©, prenant fait et cause pour tout ce qui touche aux enfants dâIsraĂ«l â sans aucune raison dâordre ethnique ou religieuse, a priori.
Il va de soi que chacun reste absolument libre de ses prĂ©fĂ©rences, et autant de les exprimer en toute occasion, et mĂȘme sans la moindre nuance. VoilĂ qui est entendu. Mais que ces crues surviennent Ă lâantenne dâune chaine dâinformation, câest un peu plus gĂȘnant, et ce dâautant que ce nâest pas le style habituel du bonhomme, rappelons-le. Lâaffreux Ă©pisode des massacres du 7 octobre 2023 est devenu, chez Pascal Praud, une sorte de nouvelle Shoah, un totem incontournable, lâalpha et lâomega de toutes les crises du Moyen-Orient depuis 1948. Tout ce qui nâest pas Juif en Palestine est priĂ© de se passer de tout, Ă savoir de son histoire, de ses droits Ă©lĂ©mentaires, de sa dignitĂ© et, accessoirement, de sa vie. L'Ă©pisode du nettoyage de Gaza au principal dĂ©triment de la population civile en est un exemple terrible. Ici comme ailleurs, on verse dans un noir ou blanc odieux, sordide, bĂȘte et mĂ©chant. Lâinvasion du sud Liban ? Câest le Hezbollah, câest justifiĂ© ! Lâinstallation sur le Golan syrien, câest pour la sĂ©curitĂ© ! Les vols de terre en Cisjordanie, câest le cours de lâHistoire ! Cette inflation pro-israĂ©lienne qui tend Ă justifier les actes dâun Netanyahou mollement tancĂ© est devenue choquante. Et quand vient lâagression contre lâIran⊠alors lĂ ! La premiĂšre victime de ces excĂšs rĂ©pĂ©tĂ©s, câest bien sĂ»r le bonhomme, mais aussi son plateau et toute lâĂ©mission, Ă vrai dire. Quâun Goldnadel ou quâune LĂ©vy en mettent huit couches, ça se conçoit. Mais que Praud se perde en tirades effrĂ©nĂ©es et en jĂ©rĂ©miades permanentes, quel dommage.Â
Car je le rĂ©pĂšte : le bougre connait bien son affaire, il a de lâesprit, une belle plume et il sait faire rire Ă peu prĂšs nâimporte qui sur Ă peu prĂšs tout. Devra-t-on le classer (quelle horreur) parmi les chrĂ©tiens sionistes amĂ©ricains qui bĂȘlent âIsraĂ«l !â en tout point du CongrĂšs, de la Maison Blanche et du Pentagone ? Personnellement, je mây refuse⊠mais quelle faute professionnelle Pascal Praud commet lĂ , lui qui incarnait jusquâalors un certain courage Ă©ditorial et revendiquait une Ă©tonnante indĂ©pendance dâesprit. Gageons que celui qui fut dans ses jeunes annĂ©es un apprenti comĂ©dien comprenne rapidement quâil se perd sur ces sujets et quâainsi, câest peut-ĂȘtre une certaine dĂ©crue dâaudience quâil a amorcĂ©e.
J.-.M. M.

















