JâĂ©coute le podcast âMes 14 ans.â Jâen suis Ă lâĂ©pisode 10 oĂč elle raconte quâelle est en couple avec un garçon qui nâest pas amoureux dâelle, mais amoureux de son ex. Elle explique quâen fait, elle est devenu son plan cul, quâil reste avec elle pour ça, que câest clair entre eux, mais quâelle ne se lâavoue pas. Elle essaye de le reconquĂ©rir. Et elle Ă©numĂšre les rĂšgles quâelle se donne pour ne pas paraĂźtre dĂ©pendante ou amoureuse, elle Ă©numĂšre tous les comportements quâelle met en place pendant des mois, sans succĂšs, pour le reconquĂ©rir quoiquâil arrive, et reprendre le contrĂŽle. Mais le contrĂŽle, câest quelque chose quâon ne reprend pas dans cette situation. Par contre, quâest-ce quâil est Ă©puisant de contrĂŽler chacun de ses mots, chacun de ses gestes, pour trouver la posture quâil attend, pour devenir la personne dont il retombera amoureux.
Jâai trouvĂ© une fois ce visage, et je nâai pu le porter que quelques heures : câĂ©tait monstrueux.
Jâai hĂ©sitĂ© Ă mettre ce podcast pendant que je dessinais. Je sais pourquoi jâai irrĂ©sistiblement envie de lâĂ©couter jusquâau bout. Mon adolescence bat dans mon coeur comme une boule au ventre. Je suis cette gamine amoureuse qui couche pour lâamour, qui couche pour le lien, alors que celui-ci devrait ĂȘtre dĂ©fait au plus vite, pour sa sĂ©curitĂ© et son amour propre. MalgrĂ© tout ce que je me raconte sur le mal que ce garçon mâa fait, sur son emprise, qui Ă©tait rĂ©elle, puisquâil ne me laissait jamais partir et quâil nâĂ©tait pas bienveillant avec moi, il est important de sâavouer que jâĂ©tais bien trop jeune pour tant de mĂ©pris. Je ne savais pas me dĂ©fendre, je nâavais pas les outils pour comprendre ce qui Ă©tait bien pour moi et ce qui ne lâĂ©tait pas. Tout cela Ă©tait des couleurs qui se traversaient et se fondaient entre elles. Il aurait fallu partir plutĂŽt quâĂȘtre utilisĂ©e, et partir oĂč ? Tout Ă©tait si flou et embrouillĂ©, que je ne mâĂ©tais mĂȘme pas rendu compte de ça, mĂȘme Ă 30 ans, que moi aussi, jâĂ©tais devenu un plan cul, et que ça avait durĂ© deux ans. Je ne mâen Ă©tais mĂȘme pas rendu compte. Je lâaimais, ou du moins jâaimais atrocement ce quâil mâavait fait ressentir quand jâĂ©tais encore Ă conquĂ©rir. Et je voulais quâil se rende compte quâil Ă©prouvait encore cela, par tous les moyens. Mais de dĂ©esse vaporeuse et lointaine, je me suis abĂźmĂ©e jusquâĂ devenir une ombre.
Je comprends sa dĂ©tresse qui en moi est encore vive. Jâai vĂ©cu comme elle la premiĂšre fois qui sâest faite un peu tĂŽt certes, mais avec la bonne personne. Ce que jâai vĂ©cu trop tĂŽt câest la violence dâun plan cul non dĂ©sirĂ©, dâune non exclusivitĂ© subie, au moment oĂč je croyais encore trĂšs fort Ă lâamour avec un grand A. Trop jeune pour avoir le coeur et lâestime Ă©crasĂ©s, sans autres bras qui me serrent pour me calmer et mâaimer autrement. Sans les juger suffisant, peut-ĂȘtre. On sous-estime parfois les blessures profondes dâun amour adolescent, mais celui-ci me revient souvent en rĂȘve, et nâĂ©puise pas les questions. Comment aurais-je pu mâen sortir ? Aurait-il Ă©tĂ© prĂ©fĂ©rable de ne pas vivre cela ? Comment aurais-je pu empĂȘcher toute la souffrance immense qui me pĂšse encore 15 ans plus tard ?
N'est-il pas un jour nécessaire de tomber à la ramasse pour savoir ce que ça fait ?