Aujourdâhui, jâai relu La MĂ©tamorphose de Franz Kafka depuis la premiĂšre fois depuis environ huit ans.
La premiĂšre fois que je lâai lu, câĂ©tait par obligation. Mon professeur de français de 4e-3e nous lâavait donnĂ© Ă lire pour lâĂ©tudier en classe. Je me souviens quâĂ lâĂ©poque, quand jâavais annoncĂ© Ă mes parents que nous devions lire du Kafka, ils avaient Ă©tĂ© surpris, pensant que nous Ă©tions trop jeunes, nous collĂ©gien.ne.s, pour comprendre une prose aussi mystĂ©rieuse et obscure que celle de Franz. Jâavais accueilli cet Ă©tonnement comme une flatterie : mon professeur nous considĂ©rait apparemment assez mature, et je le respectais encore plus pour cette confiance. CâĂ©tait le premier livre âde grandeâ que jâĂ©tudiais. Jâavais dĂ©jĂ commencĂ© ma dĂ©couverte de la littĂ©rature grĂące Ă ma mĂšre et ma sĆur, qui mâavaient fait lire Jane Austen (et je ne pourrais jamais assez les en remercier), mais Ă lâĂ©poque en tout cas, ça restait dans le domaine du divertissement et non de lâinterprĂ©tation.
Jâavais lu cette nouvelle, dâabord avec un certain malaise (les insectes et moi, ça nâa jamais Ă©tĂ© le grand amour), puis avec une indĂ©finissable fascination. Je ne savais pas expliquer pourquoi Ă lâĂ©poque, mais cette histoire mâavait touchĂ©, retournĂ©. Mon professeur nous avait fourni une analyse trĂšs intĂ©ressante, oĂč la mĂ©tamorphose pouvait ĂȘtre perçue comme lâallĂ©gorie dâun coming-out trĂšs mal reçu par la famille du hĂ©ros. MĂȘme si cette vision me semblait plus que cohĂ©rente, il avait insistĂ© sur le fait que cette Ćuvre avait Ă©tĂ© analysĂ©e de mille et une façons, toutes plus cohĂ©rentes et pertinentes les unes que les autres, car câĂ©tait lĂ un grand secret de Kafka : son mystĂšre rendait ses Ćuvres libres dâinterprĂ©tation.
Tout dâun coup, je mâĂ©tais aperçue que dans chaque histoire, il y avait diffĂ©rents niveaux de lectures, diffĂ©rentes interprĂ©tations et quâil ne tenait quâĂ moi de les dĂ©couvrir. Jâavais lâimpression de dĂ©coder un message personnel que lâauteur ne transmettais quâĂ moi, et quâil me semait des clĂ©s tout au long du rĂ©cit pour le comprendre. Cette nouvelle a Ă©tĂ© mon premier amour pour lâanalyse littĂ©raire et ce qui deviendra, on lâespĂšre, mon mĂ©tier.
Mais en la relisant une nouvelle fois aujourdâhui, jâai enfin compris ce que la moi de 13 ans avait trouvĂ© de si mĂ©morable dans cette histoire. Je ne la perçois ni ne lâanalyse plus tout Ă fait de la mĂȘme façon, mais je suis toujours touchĂ©e par la mĂȘme chose : le climat familial dĂ©peint dans cette Ćuvre.
Ăa mâa Ă©mu de me rendre compte que dĂ©jĂ Ă cette Ă©poque, je sentais que cette histoire me parlait plus que ce que je ne pouvais le rĂ©aliser. Jâavais de nouveau cette sensation que lâauteur me chuchotait un secret Ă lâoreille, qui me faisait lire ce que mes yeux refusaient de voir. Tout Ă coup, tout me semblait clair, logique, jâavais lâimpression dâavoir enfin pigĂ© le truc, créé un dĂ©clic. La boucle Ă©tait bouclĂ©e avec la L. de 13 ans qui ne comprenait pas mais qui ressentait tout.
Et je trouve ça simplement magique.












