Il m'a fallu longtemps pour comprendre pourquoi j'avais besoin de deux lieux d'écriture. Je n'écris pas pour être compris. J'écris parce que c'est le seul endroit où je sais vraiment me dire.
À l'oral, les mots m'échappent. Ils arrivent trop tôt ou trop tard, rarement dans le bon ordre. Ici, j'ai le temps. Je peux reprendre une phrase, la laisser reposer, y revenir le lendemain avec un regard différent. C'est autant une question de forme que de fond.
Nuesances, c'est la recherche poétique, l'exigence de l'écriture, parfois le dépouillement extrême : une phrase que l'on polit jusqu'à ce qu'il n'en reste que l'os.
Moinonplusblog, c'est le mouvement de l'existence. Les textes y naissent d'un vécu, d'une lecture, d'un film, d'une série, d'une musique ou d'une marche. Ils portent ce qui m'arrive, ce qui m'émeut, me questionne ou me transforme. Ils gardent quelque chose de leur premier souffle. Je les retravaille moins pour préserver cet élan.
Il arrive pourtant que les deux se rejoignent. Certains textes portent la matière brute de l'un et l'exigence de l'autre. Je ne sais plus toujours quelle est leur place. Alors je les relis, je les écoute, et je les publie là où ils me semblent respirer le plus naturellement. Il m'arrive encore d'hésiter. J'ai appris à accepter cette hésitation. C'est simplement que certains textes appartiennent déjà aux deux.
Ces deux blogs ne sont pas deux univers. Ils sont les deux voix d'une même traversée. L'une s'attarde sur la forme, l'autre sur l'élan. L'une taille les mots, l'autre les laisse respirer. Aucune n'est plus vraie que l'autre. Elles disent simplement la même chose autrement.
Être lu reste un étrange acte de confiance. Ma compagne me lit en silence, sur les deux blogs. Elle ne commente pas, ne demande aucune explication. Avec le temps, j'ai compris que ce silence n'était pas une distance, mais une manière de respecter cet espace où les mots trouvent leur place avant de rejoindre le monde.
Nous portons tous des territoires qui ne se laissent pas entièrement expliquer. L'écriture est la manière que j'ai trouvée pour les habiter.
Si ces pages vous accompagnent un moment, si une phrase vous arrête, vous console ou vous interroge, alors elles auront trouvé leur raison d'être.
Je n'ai plus besoin de choisir entre mes deux façons d'écrire. Elles avancent désormais ensemble, comme deux chemins qui s'éloignent parfois, mais qui conduisent au même horizon.