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Chacun d'entre nous est le sujet d'une vie
Ces derniers temps, je pense souvent à cette idée : chacune et chacun de nous est le sujet de sa propre vie. Pas une figurante, pas une silhouette dans le décor, mais une personne qui porte ses joies, ses blessures, ses choix et ses espoirs. Moi aussi, je suis ce personnage-là , avec mes moments d'ombre et de lumiÚre, que personne d'autre ne pourra jamais ressentir de l'intérieur. Et pourtant, je l'oublie souvent. Je croise des gens et je ne vois qu'un visage. J'oublie qu'eux aussi portent leurs pensées, leurs nuits difficiles, leurs joies discrÚtes et leurs attentes. Eux aussi sont le sujet d'une vie. Les autres ne liront jamais de nous que quelques pages. Et nous ne lirons jamais que quelques pages de leur histoire. Cela m'aide à comprendre pourquoi personne ne peut vraiment comprendre ce que je traverse pendant mes insomnies : personne ne peut habiter ma conscience. Mais cela me rappelle aussi combien les vraies rencontres sont précieuses. Elles commencent lorsque l'on accepte de regarder au-delà des apparences. Alors j'essaie de ne jamais oublier qu'il y a, derriÚre chaque visage, une vie entiÚre que je ne connais pas. Et avec ceux que j'aime, j'essaie simplement d'ouvrir quelques pages de plus de la mienne.
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Ă chaque fois que j'allume le ventilateur, les mĂȘmes paroles me reviennent.
« L'énorme et vieux ventilateur
Essayait d'brasser l'air lourd d'odeur... »
Il est étonnant de voir comme certains objets deviennent les gardiens de notre mémoire. Un simple souffle d'air suffit à réveiller une chanson, une époque, une émotion que l'on croyait lointaine. Le ventilateur ne brasse pas seulement la chaleur de l'été ; il remet en mouvement les souvenirs, avec une fidélité que le temps ne parvient pas à effacer.
La mémoire ressemble à un courant d'air qui traverse les années sans jamais perdre son chemin.
Ce que j'aime chez elle : ce sourire qui naĂźt sans que je sache pourquoi. Aimer, sans doute, c'est cela.
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Pourquoi deux blogs ?
Il m'a fallu longtemps pour comprendre pourquoi j'avais besoin de deux lieux d'Ă©criture. Je n'Ă©cris pas pour ĂȘtre compris. J'Ă©cris parce que c'est le seul endroit oĂč je sais vraiment me dire.
à l'oral, les mots m'échappent. Ils arrivent trop tÎt ou trop tard, rarement dans le bon ordre. Ici, j'ai le temps. Je peux reprendre une phrase, la laisser reposer, y revenir le lendemain avec un regard différent. C'est autant une question de forme que de fond.
Nuesances, c'est la recherche poĂ©tique, l'exigence de l'Ă©criture, parfois le dĂ©pouillement extrĂȘme : une phrase que l'on polit jusqu'Ă ce qu'il n'en reste que l'os.
Moinonplusblog, c'est le mouvement de l'existence. Les textes y naissent d'un vécu, d'une lecture, d'un film, d'une série, d'une musique ou d'une marche. Ils portent ce qui m'arrive, ce qui m'émeut, me questionne ou me transforme. Ils gardent quelque chose de leur premier souffle. Je les retravaille moins pour préserver cet élan.
Il arrive pourtant que les deux se rejoignent. Certains textes portent la matiĂšre brute de l'un et l'exigence de l'autre. Je ne sais plus toujours quelle est leur place. Alors je les relis, je les Ă©coute, et je les publie lĂ oĂč ils me semblent respirer le plus naturellement. Il m'arrive encore d'hĂ©siter. J'ai appris Ă accepter cette hĂ©sitation. C'est simplement que certains textes appartiennent dĂ©jĂ aux deux.
Ces deux blogs ne sont pas deux univers. Ils sont les deux voix d'une mĂȘme traversĂ©e. L'une s'attarde sur la forme, l'autre sur l'Ă©lan. L'une taille les mots, l'autre les laisse respirer. Aucune n'est plus vraie que l'autre. Elles disent simplement la mĂȘme chose autrement.
Ătre lu reste un Ă©trange acte de confiance. Ma compagne me lit en silence, sur les deux blogs. Elle ne commente pas, ne demande aucune explication. Avec le temps, j'ai compris que ce silence n'Ă©tait pas une distance, mais une maniĂšre de respecter cet espace oĂč les mots trouvent leur place avant de rejoindre le monde.
Nous portons tous des territoires qui ne se laissent pas entiÚrement expliquer. L'écriture est la maniÚre que j'ai trouvée pour les habiter.
Si ces pages vous accompagnent un moment, si une phrase vous arrĂȘte, vous console ou vous interroge, alors elles auront trouvĂ© leur raison d'ĂȘtre.
Je n'ai plus besoin de choisir entre mes deux façons d'Ă©crire. Elles avancent dĂ©sormais ensemble, comme deux chemins qui s'Ă©loignent parfois, mais qui conduisent au mĂȘme horizon.
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Le Jazz, pour compagnon.
Je marche. Peut-ĂȘtre pour retrouver un peu de lĂ©gĂšretĂ©, simplement pour avancer. Dans mes oreilles, Patricia, ce thĂšme qu'Art Pepper composa pour sa fille. Une musique oĂč un pĂšre exprime peut-ĂȘtre, Ă travers son saxophone, ce que les mots ne savent pas toujours dire. Ă droite du chemin, un arbre mort se dresse en bordure du sentier. Le saxophone accompagne mes pas. Peu Ă peu, cet arbre fait naĂźtre en moi l'image d'une terre sans vie, aprĂšs l'apocalypse. Un paysage lunaire oĂč plus rien ne respire. Le sol est craquelĂ© comme une peau trop vieille ; la poussiĂšre seule y trace son chemin. Aucun oiseau ne traverse ce silence. Aucune ombre ne bouge, sinon celle, immobile, de cet arbre, seul debout au milieu du nĂ©ant. Ses branches, dessĂ©chĂ©es par le temps, griffent un ciel sans couleur, comme une main tendue vers quelque chose qui ne reviendra plus. Il ne porte ni feuille, ni fruit, ni nid, ni oiseau. Il n'attend rien. Il tient simplement, obstinĂ©, comme pour tĂ©moigner qu'ici, un jour, la vie avait trouvĂ© sa place. Cet arbre n'est plus seul. Par la pensĂ©e, je marche Ă ses cĂŽtĂ©s. Non pour le sauver, mais simplement pour lui tenir compagnie. L'herbe a la couleur du soleil. L'air est lourd. Le ciel gris retient encore l'orage. Je traverse un passage Ă guĂ©. Un autre morceau commence, sans que je l'aie choisi : The London Land, d'Hendrik Meurkens et Rick Smith. Comme souvent, le hasard fait bien les choses. Un vol de palombes traverse le ciel. Je croise une femme et son chien. Le regard du chien croise le mien, furtif, Ă peine une seconde. Il y a dans cet instant quelque chose que je serais incapable d'expliquer. Peut-ĂȘtre les animaux perçoivent-ils ce que nous cachons si souvent derriĂšre les mots. Nous Ă©changeons un simple « Bonjour. » Chacun reprend son chemin. Des mouches tournent autour de moi. Les herbes hautes viennent caresser mes jambes. Ici, on ne fauche pas ; ce sont les pas des promeneurs, saison aprĂšs saison, qui dessinent le sentier. Puis la publicitĂ© interrompt la musique. Trois bips : l'heure, la distance, les pas. Autant de chiffres qui ne disent rien de ce que je porte en marchant. Je coupe les notifications. Le silence entre deux notes m'apprend davantage. Mon dos tire un peu Ă chaque pas. Une gĂȘne ancienne, familiĂšre. Je pense alors que ma douleur n'est qu'une parmi tant d'autres. Il y a des femmes, des hommes, des enfants qui souffrent bien davantage, souvent en silence, sans jamais l'Ă©crire sur la toile. Cette pensĂ©e remet les choses Ă leur place. Je rentre. DerriĂšre moi, le ciel garde son orage ; devant moi, une porte s'ouvre. Ma compagne est lĂ . Le monde n'a pas changĂ©, mais quelque chose, en moi, s'est un peu apaisĂ©. Le saxophone s'est tu. Pourtant, son Ă©cho demeure. L'eau fraĂźche efface la marche sur ma peau, sans effacer ce qu'elle m'a donnĂ©. BientĂŽt, la table sera dressĂ©e. Ce sera, Ă son tour, une autre musique : celle des mots Ă©changĂ©s, des regards complices et d'un repas partagĂ©. Peut-ĂȘtre est-ce cela, le vĂ©ritable silence entre deux notes : cet instant oĂč rien ne semble se passer, alors que quelque chose, discrĂštement, continue de nous transformer.
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Quand le dos cĂšde, ce n'est pas seulement une douleur qui s'installe. C'est une vie qui ralentit, des habitudes qui vacillent et un avenir qui cesse, pour un temps, d'ĂȘtre lisible. Aujourd'hui, devant moi, il n'y a qu'une brume qui tarde Ă se lever. Les rĂ©ponses n'arrivent pas, les dĂ©cisions restent en suspens et chaque journĂ©e ressemble Ă une attente. Je ne sais pas encore de quoi demain sera fait. Ce brouillard n'efface pas l'avenir, mais il le rend invisible. Alors j'avance lentement, sans certitude, en espĂ©rant qu'un jour la brume finira par se dissiper et laissera apparaĂźtre un nouvel horizon. Heureusement, dans cette traversĂ©e, je ne suis pas seul. La personne qui partage ma vie est Ă mes cĂŽtĂ©s. Sa prĂ©sence est un repĂšre, une force tranquille qui m'aide Ă continuer d'avancer, mĂȘme lorsque le chemin disparaĂźt dans la brume.
Tout finit par rentrer dans l'ordre du dĂ©sordre. Ces jours-ci, ma compagne et moi remanions notre appartement. Nous descendons Ă la cave la vaisselle qui ne sert plus, les objets conservĂ©s par habitude, les meubles devenus trop encombrants. Nous faisons de la place. Au dĂ©but, cela ressemble Ă un simple rangement. Puis l'on s'aperçoit que l'on touche Ă quelque chose de plus profond. Chaque objet raconte une Ă©poque, un projet, un voyage, une ancienne version de nous-mĂȘmes. Certains continuent Ă nous accompagner. D'autres ne sont plus que les tĂ©moins silencieux d'un temps rĂ©volu. Et puis il y a les livres. Ceux que nous avons lus, ceux que nous avons aimĂ©s, ceux qui nous ont accompagnĂ©s pendant des nuits d'insomnie, des trajets en train ou des aprĂšs-midi de pluie. Il y a aussi ceux qui attendent encore, alignĂ©s sur les Ă©tagĂšres, silencieux et patients. Longtemps, nous avons achetĂ© des livres comme on accumule des promesses de dĂ©couvertes. Puis les annĂ©es passent et l'on comprend qu'une bibliothĂšque contient souvent davantage de livres que nous ne lirons jamais que de livres dĂ©jĂ parcourus. Pourtant, ils continuent Ă nous regarder comme des horizons encore ouverts. Certains portent en eux un souvenir particulier. TrouvĂ©s par hasard dans une boĂźte Ă livres au dĂ©tour d'un village, d'une place ombragĂ©e ou d'une Ă©tape de voyage en camping-car, ils sont bien plus que des livres. Ils sont devenus des traces de nos chemins. En les prenant dans nos mains, nous revoyons parfois le lieu, la saison, la lumiĂšre de ce jour-lĂ , et mĂȘme la conversation que nous avions eue en les dĂ©couvrant. Nous pensions rapporter un livre ; nous rapportions en rĂ©alitĂ© un morceau du voyage. Pendant des annĂ©es, nous accumulons des choses, des envies, des possibilitĂ©s, comme si conserver pouvait ralentir le passage du temps. Puis vient le moment oĂč l'on comprend que vivre consiste aussi Ă allĂ©ger. Non pas Ă renoncer, mais Ă choisir. Choisir ce qui compte encore. Choisir ce qui mĂ©rite de rester Ă nos cĂŽtĂ©s. Choisir l'espace plutĂŽt que l'encombrement. Pourtant, au milieu de ce rangement, le dĂ©sordre reprend toujours ses droits. Une vieille photo surgit d'un carton, un objet oubliĂ© rĂ©veille une Ă©motion, un livre retrouvĂ© ouvre une porte sur un paysage lointain. Ce que nous dĂ©placions dans les placards se remet Ă voyager dans nos mĂ©moires. Alors je me demande si nous sommes seulement en train de rĂ©amĂ©nager un appartement. Peut-ĂȘtre rĂ©amĂ©nageons-nous aussi notre vie. Avec les annĂ©es, le temps devient plus prĂ©cieux que les objets. Nous ne cherchons plus Ă remplir l'espace mais Ă mieux l'habiter. Nous savons aussi qu'il y a dĂ©sormais plus de souvenirs derriĂšre nous que devant. Pourtant, tant qu'il reste un livre Ă ouvrir, une route Ă suivre, un village Ă dĂ©couvrir ou une boĂźte Ă livres oĂč fouiller ensemble, quelque chose en nous continue de regarder vers l'horizon. Le reste peut descendre Ă la cave. L'essentiel, lui, tient dans quelques souvenirs, quelques projets, quelques livres sauvĂ©s du hasard, et la prĂ©sence de celle avec qui l'on continue, jour aprĂšs jour, Ă faire de la place pour les jours qui viennent.
Tout va finir par rentrer dans le désordre.
On passe des annĂ©es Ă vouloir tout ranger : les souvenirs, les Ă©motions, les relations, les photos, les regrets et les mots quâon nâa pas dits. On classe, on organise, on contrĂŽle. Puis un jour, tout recommence Ă bouger. Les certitudes se froissent, les visages se mĂ©langent aux absences, les dates deviennent floues. MĂȘme les grandes promesses quâon croyait sâĂȘtre faites finissent parfois par sâeffacer, ou par ne plus savoir si elles ont vraiment existĂ©. Tout finit par rentrer dans le dĂ©sordre, comme une maison qui redevient vivante aprĂšs avoir Ă©tĂ© trop parfaitement rangĂ©e.
Et ce nâest pas forcĂ©ment une mauvaise chose. Câest souvent le signe quâon continue Ă vivre, Ă aimer, Ă espĂ©rer et Ă changer. Parfois, le dĂ©sordre est simplement le signe que quelque chose change.
L'engagement, fondement de l'amour durable
L'engagement est au cĆur de toute relation amoureuse durable. Il ne repose pas uniquement sur les sentiments, mais sur une dĂ©cision consciente de faire une place Ă l'autre dans sa vie. Les Ă©motions Ă©voluent avec le temps, connaissent des hauts et des bas, mais l'engagement permet au lien de traverser ces variations sans perdre sa force. Aimer, c'est choisir. Et choisir, c'est accepter que la relation ne soit pas parfaite. Le quotidien apporte son lot de routines, de contraintes, de dĂ©saccords et parfois de doutes. Pourtant, l'engagement consiste Ă continuer Ă avancer ensemble, Ă dialoguer, Ă se respecter et Ă prendre soin du lien qui unit deux personnes. Une relation solide ne se mesure pas Ă l'absence de difficultĂ©s, mais Ă la capacitĂ© de les affronter sans renoncer au respect, Ă la confiance et Ă la volontĂ© de construire. L'engagement n'est pas une promesse de bonheur permanent. C'est la volontĂ© de rester prĂ©sent, d'ĂȘtre fiable et de contribuer, jour aprĂšs jour, Ă faire grandir la relation. Au fil du temps, ce sont rarement les grandes dĂ©clarations qui donnent sa profondeur Ă l'amour. Ce sont plutĂŽt les actes rĂ©pĂ©tĂ©s, la fidĂ©litĂ© aux valeurs partagĂ©es et le choix renouvelĂ© de faire vivre la relation malgrĂ© les imperfections de chacun. C'est dans cette constance que l'engagement trouve tout son sens, car aimer ne consiste pas seulement Ă ressentir, mais aussi Ă demeurer prĂ©sent, fidĂšle Ă son choix et Ă la relation que l'on construit ensemble.

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La conséquence d'un oubli
Un oubli est souvent une chose banale. Il survient sans intention, sans malveillance, parfois mĂȘme sans que l'on comprenne comment il a pu se produire. Pourtant, ses consĂ©quences dĂ©passent parfois largement l'importance de ce qui a Ă©tĂ© oubliĂ©. Ce n'est pas toujours la perte matĂ©rielle qui compte le plus, mais ce qu'elle provoque entre les ĂȘtres. Lorsqu'on oublie, on connaĂźt sa propre bonne foi. On sait ce que l'on avait l'intention de faire, les circonstances, les distractions du moment et les prĂ©occupations qui occupaient l'esprit. Mais l'autre ne dispose pas de cet accĂšs Ă notre vie intĂ©rieure. Il ne voit que le rĂ©sultat : ce qui manque, ce qui n'a pas Ă©tĂ© fait, ce qui s'est perdu. Alors naĂźt parfois l'incomprĂ©hension. Non pas Ă cause de la valeur de ce qui a Ă©tĂ© perdu, mais parce qu'il est difficile d'admettre qu'un oubli sincĂšre puisse exister. Chacun regarde alors le mĂȘme Ă©vĂ©nement depuis un lieu diffĂ©rent. L'un vit l'oubli de l'intĂ©rieur, avec ses hĂ©sitations, ses limites et sa bonne foi. L'autre le dĂ©couvre de l'extĂ©rieur et peine Ă en saisir les raisons. Avec les annĂ©es, on pourrait croire que ceux qui partagent leur vie finissent par tout comprendre l'un de l'autre. Pourtant, il demeure toujours une part invisible que nul ne peut entiĂšrement connaĂźtre. Accepter cette limite est peut-ĂȘtre une forme de sagesse. Car derriĂšre certaines incomprĂ©hensions se cache une vĂ©ritĂ© humaine toute simple : nous ne vivons jamais la vie de l'autre de l'intĂ©rieur. Ainsi, la consĂ©quence d'un oubli n'est pas toujours la perte de ce qui a Ă©tĂ© oubliĂ©, mais parfois la difficultĂ© Ă faire comprendre comment cet oubli a pu exister.
Un oubli est parfois plus qu'un oubli. Avec le temps, ce qui demeure le plus mystĂ©rieux n'est pas seulement la disparition de ce qui a Ă©tĂ© perdu, mais la disparition du souvenir lui-mĂȘme. Comme si l'objet s'Ă©tait perdu deux fois : une premiĂšre fois dans le monde rĂ©el, une seconde dans la mĂ©moire. Peut-ĂȘtre est-ce lĂ la consĂ©quence la plus dĂ©routante d'un oubli : devoir accepter qu'une part de soi-mĂȘme reste sans rĂ©ponse. Il arrive que l'on cherche longtemps, non seulement ce qui a disparu, mais aussi le souvenir de ce que l'on en a fait. Et parfois, malgrĂ© tous les efforts, le mystĂšre demeure.
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On échoue souvent à parler de celle qu'on aime.
On tourne autour.
On effleure.
On lui écrit ici sans rien dire.
Et elle lit, peut-ĂȘtre.
Ou peut-ĂȘtre pas.
Ăa revient au mĂȘme â
on a quand mĂȘme mis quelque chose Ă nu
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Ne pas savoir ce qui nous appelle encore...
Il arrive un Ăąge oĂč l'on a construit l'essentiel. Des liens, des habitudes, des fidĂ©litĂ©s. Une vie.
Et pourtant, quelque chose demeure.
Une légÚre inquiétude. Une vibration discrÚte sous la surface des jours.
On pourrait croire qu'il s'agit d'un manque. Mais lequel ?
On pourrait croire qu'il s'agit d'un désir. Mais de quoi ?
Nous avançons avec cette question silencieuse.
Est-ce une autre vie qui nous fait signe ? Une libertĂ© oubliĂ©e ? Ou simplement une part de nous-mĂȘmes qui n'a jamais trouvĂ© sa place ?
Nous ne savons pas vraiment.
Nous savons seulement que tout n'est pas complÚtement achevé.
Qu'il reste en nous une terre inexplorée.
Alors nous continuons notre route, entre la reconnaissance pour ce qui nous a été donné et l'étrange sentiment que quelque chose nous attend encore.
Peut-ĂȘtre n'y a-t-il pas de rĂ©ponse dĂ©finitive.
Peut-ĂȘtre que l'essentiel n'est pas de savoir ce qui nous appelle, mais de rester suffisamment vivant pour entendre cet appel lorsqu'il se prĂ©sentera.
Parfum de violette â
sur la langue un printemps
refleurit doucement.
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Le succĂšs en amour n'est pas toujours de conquĂ©rir de nouveaux horizons. Parfois, c'est retrouver chez sa compagne ce qui faisait battre son cĆur au tout dĂ©but.
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AprÚs la traversée, il ne reste pas seulement les souvenirs du voyage. Il reste aussi les personnes que le voyage a fabriquées.
On croit partir pour dĂ©couvrir des lieux. On rentre en ayant dĂ©couvert des versions de soi qu'on ne soupçonnait pas â et de l'autre aussi.
Ceux qui franchissent le retour ne sont plus tout Ă fait ceux qui sont partis.
C'est peut-ĂȘtre pour ça que certains voyages sont difficiles Ă raconter. On ne peut pas vraiment expliquer ce qui a changĂ© â on peut seulement le porter, ensemble.
Heureusement, il reste d'autres dĂ©parts, d'autres lieux. Et d'autres personnes Ă devenir â Ă deux.
Le voyage partagé a quelque chose en plus : on se découvre soi, mais aussi dans le regard de l'autre
đ...
La rainette rougit
de plaisir sous la rosée
l'aube la surprend
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