La libĂ©ration des otages dâAreva et Vinci : Thierry Dol, Daniel Larribe, Pierre Legrand et Marc FĂ©ret survenue il y a quelques jours vient de faire sortir le Niger de lâanonymat des pays soit disant condamnĂ©s Ă subir Ă©ternellement le joug dâAQMI. Il faut bien reconnaĂźtre que lâĂ©tat des lieux est trompeur.
Notons tout dâabord que les coups dâĂ©tat par des juntes militaires ou autres ont fortement nui Ă lâinstauration dâune vraie dĂ©mocratie au Niger, et assombri une image extĂ©rieure dĂ©jĂ dĂ©gradĂ©e par le clivage nord sud interne au pays, apparemment ingĂ©rable. A ce dĂ©sĂ©quilibre par construction vient sâajouter une paupĂ©risation inexorable, due au tĂ©lescopage dâune surpopulation, du manque de ressources industrielles et Ă©nergĂ©tiques, de la dĂ©sertification et des catastrophes naturelles qui ont frappĂ© le territoire ces derniĂšres annĂ©es. Selon le PNUD, les troubles sociaux, le terrorisme, la criminalitĂ© et les anomalies climatiques constituent les entraves majeures au dĂ©veloppement du pays. Pour le MUJAO et lâAZAWAD, jusquâau dĂ©clenchement des hostilitĂ©s de la France au Mali, le Niger ne constituait tout au plus quâune alternative de repli comme dâautre pays circum-jacents. Pour AQMI traditionnellement plus agressive en revanche, la prĂ©sence de travailleurs français en nombre Ă Arlit et Ă Imouraren incitait Ă la prise dâotages. Mais les opĂ©rations menĂ©es dans le nord du Mali contre les groupes dissidents ont sensiblement perturbĂ© lâimportance des pays « frĂ©quentĂ©s » par AQMI, et notamment celui Ă©tudiĂ©. Le repli dâune partie de la diaspora des dissidences sâest effectuĂ© vers le sud de la Libye, oĂč les dirigeants rebelles ont Ă©tĂ© accueillis et protĂ©gĂ©s par des ethnies anciennement alliĂ©es de Khadafi, aujourdâhui opposĂ©es aux dirigeants quâa fait Ă©merger le printemps arabe. Ce faisant, le Niger devenait incontournable dans lâaxe sud-Libye Adrar des Iforas que lâon sait rĂ©guliĂšrement empruntĂ© par la rĂ©bellion. Et le zoom permet de constater quâaprĂšs le massif de lâAĂŻr, la route la plus courte pour relier le Mali passe entre les deux centres miniers dâAreva, Arlit et Imouraren. La menace pour le minier est donc montĂ©e dâun cran depuis le dĂ©clenchement des hostilitĂ©s anti AQMI au Mali. Rappelons ici que lâexploitation du minerai dâuranium reprĂ©sente prĂšs dâun sixiĂšme du PIB du pays. Rappelons aussi que la Chine, qui exploite discrĂštement un modeste gisement dâuranium entre Agadez et Imouraren aspire Ă se voir confier lâexploitation des grands centres miniers.
Tout portait donc Ă penser que la conduite du gouvernement Ă©tait dictĂ©e par ces contraintes factuelles, et quâen dehors de la politique dite « de la chĂšvre et du chou », qui consistait bien entendu Ă protĂ©ger Areva tout en laissant AQMI libre de ses mouvements sur le territoire, il nâexistait point de salut. Erreur semble-t-il ! AprĂšs les premiers enlĂšvements, la protection des sites a Ă©tĂ© renforcĂ©e et les forces dĂ©ployĂ©es ont Ă©tĂ© Ă©quipĂ©es de moyens enfin adaptĂ©s Ă la menace. Erreur, surtout concernant le rĂŽle discret mais particuliĂšrement Ă©minent jouĂ© par le Premier ministre nigĂ©rien, M. Brigi Rafini, dans la libĂ©ration des otages. Ce dirigeant touareg, Ă©narque, trĂšs impliquĂ© dans la vie politique du pays, et habile mĂ©diateur rĂ©vĂ©lĂ© par la junte du gĂ©nĂ©ral Ibrahim BarĂ© MaĂŻnassara semble avoir pris la France de vitesse en faisant jouer ses rĂ©seaux et en obtenant la libĂ©ration des otages. Il aura piĂ©gĂ© avec brio politiques et media.Â
La situation des expatriĂ©s français travaillant Ă Niamey ou sur les sites miniers reste malgrĂ© ce geste profondĂ©ment problĂ©matique malgrĂ© tous les efforts faits par Areva, par les Affaires Ă©trangĂšres, comme par les autoritĂ©s nigĂ©riennes. Le dĂ©sert est trĂšs difficilement contrĂŽlable autour des sites, lâomerta joue en faveur des rebelles, et les forces nationales nigĂ©riennes, si elles connaissent le terrain, ne peuvent prĂ©tendre en avoir constamment la maĂźtrise. Se rapprocher des rares hommes-clĂ©s capables de maintenir un dialogue permanent avec les divers partis pourrait ĂȘtre une solution, si le prix demandĂ© en Ă©change nâest toutefois pas trop Ă©levĂ©.
Image : diplomatie.gouv.fr