sujet 2, jour 29, "la tristesse est un manque de courage", boum. au moins, ça a le mérite d'être clair, net, précis. il me semble qu'une réflexion de la sorte ne peut émerger que de deux types de conscience. la première, n'a jamais dû pourfendre une tristesse assez profonde, ressentir les brûlures et autres tortures sympathiques de l'esprit. la première n'a jamais vraiment dû ressentir cette peine des cris scandés à la figure, des regards de haine qui déchirent un cœur, physiquement parlant, irrémédiablement. la première n'a jamais vraiment dû se tenir là, à genoux, dépourvue de tout un monde, bâti avec tendresse et bords de mer. la première n'a pas dû jeter cette rose 5 mètres sous terre, de noir vêtue, le cœur en sang, douloureux des milliers de crampes qui fourmillent, qui frétillent, qui bientôt explosent, et par terre, de soubresauts en pleurs, par la perte, par la mort, l'a-t-elle été? a-t-elle vu, les siens se déchirer, s'étriper, sans piper mot, par tétanie, par peur, par pudeur? les tragédies ne sont pas réservées aux acteurs. et quand la vie, la vraie, décide d'engranger une interminable pièce, de coups de poings, de coups de brutes, est-on prêt à monter sur le ring, lever haut la main, et crier que s'il n'en doit rester qu'un, ce sera nous, car c'est ainsi, car tout est trop et la bravoure est maître? bien sur qu'elle l'est, mais atteindre la terre ferme quand sans échelle, sans corde, sans appui, vous vous trouvez au fond du puits justement, les plus grands cris n'auront pas le dernier mot. si la première personne est de celle qui pense qu'il suffit de vouloir pour pouvoir, je n'en suis pas. si elle pense, que la tristesse est une faiblesse, ne l'ayant jamais sincèrement vécue au stade de mélancolie, je n'en suis pas non plus. la deuxième, a dû se voir dans des états que l'on n'imagine pas, se voir dépérir sans même y prêter la plus petite attention. et quand enfin, remarquant que quelque chose n'allait pas, elle a voulu s'en extirper, elle s'est détestée. la tristesse devint un manque de courage, car précisément, telle une ancre, elle emporte son poids tout au fond de l'eau, où le noir envahit. et qui peut vraiment accepter de se laisser couler? on peut un moment faire ce genre de choses, se laisser aller, dans la colère, dans la tristesse. dire que rien ne va, que rien ne changera, que la vie est tracée et que tenter d'en changer est un combat qui ne mérite pas d'être essayé. mais un jour vient, où le dégoût fait surface et stagne tout autour de notre monde de carton. car c'est ce que cela devient. du carton, une vie de carton, qui dégoûte, qui met dans des colères qui affolent, qui fatiguent. on se rend responsable de son manque d'entrain, de persévérance, d'espoir. la tristesse devient un manque de courage lorsqu'enfin, il est accepté que s'en sortir n'est pas un combat inutile, mais moteur, fougueux de vie. si la deuxième personne est de celle qui par tous les moyens essaye de surgir du fonds de l'océan, j'en suis. deux types de conscience, celles-là même, ou d'autres encore qu'importe? le débat est semé dans l'esprit, gravé sur le bois des pensées, et vogue, vogue, vogue. je n'en suis pas, j'en suis, l'instant d'après je n'en suis pas. et toi?