La rĂ©vision constitutionnelle et le « Pacte girondin » d'Emmanuel Macron signeraient la fin de l'Ătat unitaire issu de la RĂ©volution française, oĂč la loi doit ĂȘtre la mĂȘme pour tous.
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La rĂ©vision constitutionnelle et le « Pacte girondin » d'Emmanuel Macron signeraient la fin de l'Ătat unitaire issu de la RĂ©volution française, oĂč la loi doit ĂȘtre la mĂȘme pour tous.

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Délocaliser France Télévisions à Lyon chiche?
Les récentes grÚves de Décembre 2019 ont montré que Paris était une capitale à la limite de la rupture dÚs que la mobilité de ses habitants était réduite. Malgré les dénégations de Madame le Maire, Madame Anne Hidalgo, les bouchons qui avaient atteint leur paroxysme courant décembre et jusque début janvier sont toujours monnaie courante dans et en dehors de Paris.
Les habitants recherchent des solutions de mobilitĂ© alternative, certes plus vertes, mais qui connaissent Ă©galement leurs limites. Les accidents de trottinette, de scooter, de vĂ©lo se multiplient. Les incivilitĂ©s agacent, les retards sâaccumulent et impactent la vie Ă©conomique de la plus grande ville de France.
Aujourdâhui par exemple, les professionnels du bĂątiment refusent dâintervenir dans lâhypercentre oĂč les facilitĂ©s de stationnement sont rĂ©duites quasiment au nĂ©ant. Comment faire dans ces cas-lĂ pour dĂ©charger les matĂ©riaux, lâoutillage? ConsĂ©quence: lâinsalubritĂ© gagne de nombreux logements, faute de professionnels disponibles (Ă des tarifs raisonnables). De plus, la gentrification gagne du terrain alors que le prix du mĂštre carrĂ© sâenvole. Les classes moyennes sont rejetĂ©es au-delĂ des limites de la ville et de nouveaux quartiers apparaissent Ă la pĂ©riphĂ©rie (Bagnolet, Montreuil, Montrouge...) qui rendent aussi plus difficile lâaccĂšs au logement aux personnes les plus dĂ©favorisĂ©es.
A cĂŽtĂ© de cela, la province a gagnĂ© en qualitĂ© de vie, du moins dans de nombreuses villes oĂč il fait dĂ©sormais âbon vivreâ. ConnectĂ©es au rĂ©seau ferroviaire type TGV, au rĂ©seau Internet via la fibre, au rĂ©seau autoroutier, les grandes capitales rĂ©gionales, dĂ©sormais Ă la tĂȘte dâensembles territoriaux capables de rivaliser avec leurs Ă©quivalents europĂ©ens (Catalogne, BaviĂšre...) ces villes attendent dĂ©sormais des signes politiques forts de la part de lâEtat pour leur faire passer un cap.
LâidĂ©e serait de rendre la France moins dĂ©pendante de Paris, Ă lâimage des Ătats-Unis, de lâItalie, de lâItalie ou de lâEspagne qui sont des modĂšles de dĂ©centralisations au sein desquels tout est possible pour bĂątir un projet Ă vocation nationale et internationale. En effet, quâon soit Ă Chicago, Ă Munich, Ă Barcelone ou Ă Milan il est possible de crĂ©er, produire, vendre, attirer des talents, des clients, des investisseurs, tout ce qui est nĂ©cessaire pour rĂ©ussir.
La France doit impĂ©rativement se prĂ©parer Ă la saturation de Paris, qui doit retrouver une qualitĂ© de vie comparable Ă celle de ses petites sĆurs provinciales. Retrouver un calme, une sĂ©rĂ©nitĂ© permettant de rĂ©gler les problĂšmes du quotidien sans parasitage par lâhumeur politique du moment.
Ce geste fort, cela pourrait ĂȘtre la dĂ©localisation dâun symbole, comme ce fut le cas de lâENA Ă Strasbourg. Et pourquoi pas France TĂ©lĂ©visions? Car quelle est la raison pour laquelle France TĂ©lĂ©visions se trouve dans le XVe arrondissement de la Capitale? Ou plutĂŽt: est-ce que la qualitĂ© du Service Public Audiovisuel serait dĂ©gradĂ© si les Ă©quipes et lâessentiel de la Production serait dĂ©localisĂ© par exemple Ă Lyon?
Je vous demande dây rĂ©flĂ©chir et on en reparle trĂšs bientĂŽt jâespĂšre.
Quelques extraits de: Penser la Révolution française - François Furet
Le XIXe siĂšcle avait cru Ă la RĂ©publique. Le XXe croit Ă la RĂ©volution. Il y a le mĂȘme Ă©vĂ©nement fondateur dans les deux images.
En effet, les socialistes de la fin de XIXe siĂšcle conçoivent leurs actions comme Ă la fois solidaire et distinctes de celles des rĂ©publicains. Solidaires, parce que la RĂ©publique est Ă leurs yeux la condition prĂ©alable du socialisme. Distinctes, parce que la dĂ©mocratie politique est un stade historique de lâorganisation sociale destinĂ© Ă ĂȘtre dĂ©passĂ©, et que 89 fonde prĂ©cisĂ©ment non pas un Ă©tat stable, mais un mouvement dans la logique et celle de son dĂ©passement. Les deux luttes pour la dĂ©mocratie et le socialisme sont deux configurations successives dâune dynamique de lĂ©galitĂ© dont lâorigine est la RĂ©volution française. Ainsi sâest constituĂ© une vision, une histoire linĂ©aire de lâĂ©mancipation humaine, dont la premiĂšre Ă©tape avait Ă©tĂ© lâĂ©closion et la diffusion des valeurs de 89, et dont la seconde devait accomplir la promesse de 89, par une nouvelle RĂ©volution, socialiste cette fois : mĂ©canisme Ă double dĂ©tente qui sous-tend lâhistoire rĂ©volutionnaire de JaurĂšs par exemple, mais dont les grands auteurs socialistes nâavait pas encore, Et pour cause, fixer le second terme, puisque ce second terme Ă©tait Ă venir.
Tout change avec 1917.
  Mais aujourdâhui, le goulag conduit Ă repenser la Terreur, en vertu dâune identitĂ© dans le projet. Les deux RĂ©volutions restent liĂ©es; mais il y a un demi-siĂšcle, elles Ă©taient systĂ©matiquement absoutes dans lâexcuse des « circonstances », câest-Ă -dire de phĂ©nomĂšnes extĂ©rieurs et Ă©trangers Ă leurs natures. Aujourdâhui, elles sont accusĂ©es au contraire dâĂȘtre consubstantiellement des systĂšmes de contraintes mĂ©ticuleuses sur les corps et sur les esprits.
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 Or, Ă la maladie professionnelle de lâhistorien, Ă©ternel rĂ©ducteur de virtualitĂ© dâune situation Ă un futur unique, puisque seul ce dernier a eu lieu, cette logique ajoute les simplifications intellectuelles qui accompagnent et justifient, dans les temps modernes, lâexercice de la violence politique. DâoĂč la force tentatrice de lâexplication monistes, Ă quelque niveau quâon la situe: Victoire des LumiĂšres sur lâobscurantisme, de la libertĂ© sur lâoppression, de lâĂ©galitĂ© sur le privilĂšge; ou encore avĂšnement du capitalisme sur les ruines du fĂ©odalisme ; ou enfin synthĂšse de toutes ces instances dans une sorte de tableau logique oĂč elles se font face une Ă une, compte dâexploitation systĂ©matique du passĂ© et de lâavenir. Dans tous les cas, il sâagit du mĂȘme mĂ©canisme logique, dont la synthĂšse « marxiste » ne fait quâenrichir et en mĂȘme temps geler le contenu : le mĂ©canisme est Ă lâĆuvre dĂšs 1789, puisquâil il est constitutif de lâidĂ©ologie rĂ©volutionnaire.
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Or, la sociĂ©tĂ© rĂ©elle a reconstruit autrement, ailleurs, en dehors de la monarchie, un monde de la sociabilitĂ© politique. Un monde nouveau, structurĂ© Ă partir de lâindividu, et non plus de ces groupes institutionnels, monde fondĂ©e sur cette chose confuse qui sâappelle lâopinion et qui se produit dans les cafĂ©s, les salons les loges et dans les « sociĂ©tĂ©s ». On peut lâappeler sociabilitĂ© dĂ©mocratique, mĂȘme sâil nâĂ©tend par son rĂ©seau au peuple tout entier, pour exprimer lâidĂ©e que les lignes de communication sâen forment « en bas » et horizontalement, au niveau dâune sociĂ©tĂ© dĂ©sagrĂ©gĂ©e ou un homme Ă©gale un autre homme, entre les individus de cette sociĂ©tĂ©. « Lâopinion» est prĂ©cisĂ©ment cette maniĂšre obscure de dire que quelque chose sâest recomposĂ©e sur le silence qui enveloppe la pyramide des interlocuteurs traditionnels du roi de France, et Ă partir de principes nouveaux, mais qui ne sont clairs pour personne.
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On nâen finirait pas de recenser les usages et les acceptions de lâidĂ©e de complot dans lâidĂ©ologie rĂ©volutionnaire : câest vĂ©ritablement une notion centrale et polymorphe, par rapport Ă laquelle sâorganise et se pense lâaction ; câest elle qui dynamise lâensemble des convictions et des croyances caractĂ©ristique des hommes de cette Ă©poque, et celle aussi qui permet Ă tout coup lâinterprĂ©tationâjustification de ce qui sâest passĂ©. DĂšs les premiers Ă©vĂ©nements de la RĂ©volution française, on peut la voir fonctionner dans ces deux sens, et envahir, en les unifiant, tous les niveaux de culture : des paysans de la grande peur sâarment contre le complot des brigands, les parisiens prennent successivement la Bastille et le chĂąteau de Versailles, contre le complot de la Cour, les dĂ©putĂ©s lĂ©gitiment lâinsurrection contre les complots quâelle a prĂ©venus. LâidĂ©e est propre Ă sĂ©duire Ă la fois une sensibilitĂ© morale Ă fond religieux, habituĂ©e Ă considĂ©rer le mal comme produit par des forces cachĂ©es, et la conviction dĂ©mocratique nouvelle, selon laquelle la volontĂ© gĂ©nĂ©rale, ou nationale, ne peut rencontrer dâopposition publique des intĂ©rĂȘts particuliers. Surtout, elle sâajuste merveilleusement bien aux configurations de la conscience rĂ©volutionnaire. Elle opĂšre cette perversion du schĂ©ma causale par laquelle tout fait historique et rĂ©ductible Ă une intention et une volontĂ© subjective; elle garantit lâĂ©normitĂ© du crime, puisquâil nâest pas avouable, et la fonction sanitaire de son Ă©limination ; elle dispense dâen nommer les auteurs et et dâen prĂ©ciser leur plan, puisquâelle est indĂ©terminĂ©e dans ses acteurs, qui sont cachĂ©s, et dans ses buts, qui sont abstraits. En somme, le complot figure pour la RĂ©volution le seul adversaire qui soit Ă sa mesure puisquâil est taillĂ© sur elle. Abstrait, omniprĂ©sent, matriciel, comme elle, mais cachĂ©, alors quâelle est publique, pervers, alors quâelle est bonne, nĂ©faste, alors quâelle apporte le bonheur social. Son nĂ©gatif, son envers, son anti principe.
 Si lâidĂ©e de complot est taillĂ©e dans la mĂȘme Ă©toffe que la conscience rĂ©volutionnaire, câest quâelle est une partie essentielle de ce qui est le fond mĂȘme de cette conscience : un discours imaginaire sur le pouvoir. Ce discours naĂźt, comme on lâa vu, au moment oĂč lâespace du pouvoir devenu libre et investi par lâidĂ©ologie de la dĂ©mocratie pure, câest-Ă -dire le peuple devenu pouvoir ou le pouvoir devenu peuple. Mais la conscience rĂ©volutionnaire est une conscience de lâaction historique : sâil a fallu lâintervention du peuple pour que cet avĂšnement soit possible, Câest quâil Ă©tait empĂȘchĂ©, et quâil reste menacĂ© par un contre-pouvoir quasiment plus puissant que le pouvoir, qui est celui du complot. Le complot recompose ainsi lâidĂ©e dâun pouvoir absolu, abandonnĂ© par le pouvoir dĂ©mocratique. Mais Ă la suite du transfert de lĂ©gitimitĂ© opĂ©rĂ©, qui est le signe mĂȘme de la RĂ©volution, ce pouvoir absolu est dĂ©sormais cachĂ©, quoi que redoutable, alors que lâautre est rĂ©gnant, quoi que fragile, comme la volontĂ© du peuple, le complot est un dĂ©lire sur le pouvoir ; est composĂ© des deux faces de ce quâon pourrait appeler lâimaginaire dĂ©mocratique du pouvoir.
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Alors que Mirabeau, ou encore Danton, autre virtuose de la parole rĂ©volutionnaire sont des artistes dĂ©doublĂ©s, des bilingues de lâaction, Robespierre est un prophĂšte. Il croit tout ce quâil dit, et exprime tout ce quâil dit dans le langage de la RĂ©volution ; aucun contemporain nâa intĂ©riorisĂ© comme lui le codage idĂ©ologique du phĂ©nomĂšne rĂ©volutionnaire. Ce qui veut dire quâil nây a chez lui aucune distance entre la lutte pour le pouvoir, et la lutte pour les intĂ©rĂȘts du peuple, qui coĂŻncide par dĂ©finition. Lâhistorien qui « dĂ©code » ses discours, pour en percer les finalitĂ©s politiques du moment, est souvent admiratif devant ses qualitĂ©s de manĆuvrier parlementaire. Mais cette dissociation nâaurait eu aucun sens pour lui, puisque dans sa prose, qui est toute dâaction, la dĂ©fense de lâĂ©galitĂ©, de la vertu ou du peuple, et la mĂȘme chose que la conquĂȘte ou lâexercice du pouvoir.
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Car la guerre identifie sans ambiguĂŻtĂ© les nouvelles valeurs Ă la patrie qui en est porteuse, et les Français soupçonnĂ©s de ne pas les chĂ©rir, Ă des criminels. DĂ©jĂ , pour les premiĂšres annĂ©es de la RĂ©volution, lâobjectif « patriote » dĂ©signe les bons citoyens, les partisans du nouvel ordre social, les manifestants pas unanimes de la fĂȘte de la FĂ©dĂ©ration. Les hommes et les groupes supposĂ©e hostile Ă cette France nouvelle, et cachĂ©s comme des comploteurs, sâils sont exclus de cette intĂ©gration nationale qui se dĂ©finit contre eux, ne sont encore passibles que du soupçon abstrait, ou de violences Ă©pisodiques et dĂ©savouĂ©s. La guerre va les constituer en traĂźtres et  les livrer Ă la justice du peuple. En spĂ©cifiant lâĂ©normitĂ© du crime, elle permettra de nommer les comploteurs et elle en fera mĂȘme une obligation sacrĂ©e du discours RĂ©volutionnaire: MĂ©canisme Ă relance indĂ©fini, qui fonctionne de la base au sommetEt, des sections aux comitĂ©s, par des exclusions successives.
Les adeptes de ce que jâai appelĂ© « la thĂ©orie des circonstances » voudrais rĂ©duire ce mĂ©canisme aux pĂ©riodes de dĂ©tresse, et de dĂ©faite, prĂ©cisĂ©ment pour faire plus des circonstances sont principe explicatif : car lâextrĂȘme pĂ©ril nationale donne une apparence de justification rationnelle ou pour des adversaires, et au violence de la rĂ©pression. De fĂȘte, comme on peut lâobserver lors des deux premiĂšres grandes journĂ©es terroristes, En aoĂ»t 92 et dans lâĂ©tĂ© 93, ce type de situations constitue bien un terrain particuliĂšrement favorable Ă la DĂ©nonciation des ennemis et aux appels punitif. Mais il nâen est Ă aucun titre le principe explicatif : cette dialectique du peuple et du complot existe, il suffit de lire lâami du peuple, dĂšs lâĂ©tĂ© 89, quand la contre-RĂ©volution est dans les limbes, et en tout cas son complicitĂ© dâextĂ©rieur sĂ©rieuse. Elle sâĂ©panouit jusquâĂ dominer toute lâhistoire politique de la France au printemps 94, aprĂšs la chute des factions, au moment de la dictature du groupe robespierriste, en plein redressement de la situation militaire, alors que la VendĂ©e a Ă©tĂ© Ă©crasĂ© et quâaucune armĂ©e ĂtrangĂšre ne menace plus le terrain national et les conquĂȘte de la RĂ©volution. La mĂ©taphysique Ă©galitaire dĂ©moralisante de Robespierre rĂšgne alors son portable sur une RĂ©volution enfin fidĂšle Ă son principe. La fĂȘte de lâĂȘtre suprĂȘme et la grande Terreur sont investis de la mĂȘme finalitĂ© : assurer le rĂšgne de la vertu. La guillotine et lâinstrument du partage entre les bons et les mĂ©chants.
 Jâ
 Entre 1789 et le neuf thermidor 94, la France rĂ©volutionnaire fait du paradoxe de la dĂ©mocratie, explorer par Rousseau, lâunique source du pouvoir. Elle intĂšgre la sociĂ©tĂ© et lâEtat par le discours de la volontĂ© du peuple ; et les figures ultimes de cette obsession de lĂ©gitimitĂ© sont la Terreur et la guerre, finalement inscrits dans la surenchĂšre des groupes pour lâappropriation du principe dĂ©mocratique. La Terreur recompose sur le mode rĂ©volutionnaire une sorte de droit divin de lâautoritĂ© publique.
Cette configuration se brise le 9 thermidor, par lâindĂ©pendance recouvrĂ©e de la sociĂ©tĂ©, qui rĂ©apparaĂźt avec ses pesanteurs, ses intĂ©rĂȘts, ses divisions, et qui tente de refonder une loi sur la reprĂ©sentation Ă©lective du peuple. En un sens, la RĂ©volution est finie puisquâelle renonce Ă son langage, et fait apparaĂźtre quâelle a des intĂ©rĂȘts en charge. Pourtant, quelque chose dâelle continue Ă parler au-delĂ du 9 thermidor : câest la guerre, qui survit Ă la Terreur, et constitue le dernier refuge de la lĂ©gitimitĂ© rĂ©volutionnaire. En mĂȘme temps quâelle a posĂ© la France du directoire â tout comme lâancien monarchie - ses contraintes administratives de mobilisation des ressources et des hommes, elle est ce par quoi le gĂ©nie de la RĂ©volution murmure encore aux Français la parole messianique des origines. Au bout de cette logique ambiguĂ«, il y a Bonaparte, câest-Ă -dire un roi de la RĂ©volution. Lâimage ancienne du pouvoir, liĂ© Ă la lĂ©gitimitĂ© nouvelle.
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On constate, en effet, quâil nâexiste aucune relation entre lâintensitĂ© de la dolĂ©ance paysanne contre les abus des ordres privilĂ©giĂ©s, la rĂ©alitĂ© objective du prĂ©lĂšvement seigneurial, ou dĂ©cimal, et le comportement politique des communautĂ©s considĂ©rĂ©es. Bien au contraire, câest dans lâouest du dĂ©partement que lâĂąpretĂ© des cahiers contre les ordres privilĂ©giĂ©s et, Surtout, contre le clergĂ©, est vive, Sans quâon en trouve Aucune justification objective dans lâĂ©tendue de la propriĂ©tĂ© ecclĂ©siastique ou le taux de la dĂźme; et câest cette partie du dĂ©partement qui sera terre de chouannerie; alors que le Sud-Est, dont les cahiers sont au contraire particuliĂšrement modĂ©rĂ©s Ă lâĂ©gard des privilĂ©giĂ©s, constituera le rĂ©duit de la fidĂ©litĂ© rĂ©publicaine. En dâautres termes, ce nâest pas dans lâagencement post factum dâun imaginaire front de classe anti-fĂ©odal, consolidĂ© par une rĂ©action aristocratique Ă la campagne, quâil faut chercher les secrets de lâĂ©tat dâesprit et du comportement paysans.
 DâoĂč vient alors cette espĂšce de frustration diffuse, mais fondamentale, mais trĂšs vive, dans la sociĂ©tĂ© française de la fin du XVIIIe siĂšcle, par rapport Ă la noblesse et aux ordres privilĂ©giĂ©s ? Il me semble que la rĂ©action aristocratique est beaucoup plus une rĂ©alitĂ© psychologique, politique et sociale dâune donnĂ©e de la vie Ă©conomique. Le XVIIIe siĂšcle voit se produire comme lâexaspĂ©ration du snobisme nobiliaire, et, par ricochet tout le long de la pyramide sociale, une exaspĂ©ration du monde de la diffĂ©rence. Dans une des notes de sa thĂšse, Meyer cite un texte bien amusant Ă cet Ă©gard ; il sâagit dâun pamphlet anonyme contre le prĂ©sident du parlement de Bretagne, qui constitue un manuel ironique du bon usage de la prĂ©sidence : « comme nous sommes un petit nombre, nous ne pouvons toujours ĂȘtre ensemble. Il faut savoir ĂȘtre seul et sâennuyer avec dignitĂ© ; câest notre continuelle Ă©tude ; lâhabitude sâen forme et je prĂ©fĂšre prĂ©sentement lâhonneur de mâennuyer moi-mĂȘme ou avec quelque prĂ©sident, au plaisir que je pourrais avoir avec eux quelque conseiller ou gentilhomme ; on ne parvient Ă ce degrĂ© de perfection que par une longue habitude de la prĂ©sidence. »
Robe, finance, Ă©pĂ©e â mais ces distinctions intranobiliaires ont de moins en moins de sens au fur et Ă mesure quâon avance dans le siĂšcle -, comme si elle ne sâaffaiblissait que pour renforcer lâautre, celle du grand passage social, qui sĂ©pare noblesse et rotures â il y a bien une exaspĂ©ration du racisme nobiliaire. Mais cette crispation de la noblesse sur le protocole et sur les apparences de son pouvoir nâest pas nĂ©cessairement en rapport avec un renforcement de sa ponction Ă©conomique sur la paysannerie.
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Dans ce domaine, et pour simplifier, on peut Ă©crire que la disparition de Louis XIV laisse face Ă face au moins trois noblesses, qui correspondent Ă trois attitudes en face de la modernisation de lâĂtat : une noblesse « Ă la polonaise » câest-Ă -dire hostile Ă lâĂtat, nostalgique de son ancienne prĂ©dominance locale, prĂȘte Ă la reconquĂȘte dâun passĂ© quâelle idĂ©alise. Une noblesse « Ă la prussienne », qui souhaite au contraire confisquer Ă son profit la modernisation de lâĂtat, monopoliser les emplois et notamment les grades militaires, faire du service sa nouvelle raison dâĂȘtre. Une noblesse « Ă lâanglaise » enfin, animatrice dâune monarchie constitutionnelle, aristocratie parlementaire des temps nouveaux.
Aucune de ces trois Ă©volutions nâa Ă©tĂ© possible. La premiĂšre Ă©tait sans espoir, rĂȘve passĂ©iste dâune identitĂ© perdue. Des deux autres, la monarchie française nâen a choisi ou mĂȘme facilitĂ© aucune, ballottĂ©e de lâune Ă lâautre dans la succession des clients et des ministres. La seconde, sans doute, se fut rĂ©vĂ©lĂ©e trop oligarchique dans une sociĂ©tĂ© civile en rapide expansion, ou la demande dâemplois et de dignitĂ©s Ă©tait trop importante pour ĂȘtre limitĂ©e Ă la naissance. De la troisiĂšme, les rois de France nâont jamais systĂ©matiquement explorĂ© les voies, au moins jusquâĂ 1787. Et la noblesse, de son cĂŽtĂ©, nâen accepte que tardivement le prix, qui Ă©tait la fin du privilĂšge fiscal, et la constitution dâune classe dominante fondĂ©e sur la richesse : la monarchie des propriĂ©taires dessinĂ© un moment par Turgot.
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Mazauric mâattend ici armĂ© dâune citation de Marx : le jacobinisme et la Terreur nâaurait Ă©tĂ© quâune « maniĂšre plĂ©bĂ©ienne» dâachever la RĂ©volution bourgeoise et dâen finir avec les ennemis de la bourgeoisie. Mais les deux propositions sont inexactes. La RĂ©volution bourgeoise est faite, et achevĂ©e, Sans compromis dâaucune sorte avec une ancienne sociĂ©tĂ©, dĂšs 1789â1791. Tous les Ă©lĂ©ments essentiels du nouvel ordre bourgeois qui fonde notre monde contemporain sont : lâabolition des ordres et de la fĂ©odalitĂ©, la carriĂšre ouverte aux talents, la substitution du contrat Ă la monarchie de droit divin, la naissances de lâhomo democraticus et du rĂ©gime reprĂ©sentatif, la libĂ©ration du travail et la libre entreprise, sont acquis sans retour dĂšs 1790; la partie de la noblesse qui est contre-RĂ©volutionnaires a fui sans combattre, le roi de lâAncien RĂ©gime nâest plus quâun prisonnier, et le rachat des droits fĂ©odaux, comme on lâa vu, reste largement lettre morte. Les classes populaires, et surtout lâimmense pression paysanne de lâĂ©tĂ© 89 ont dâailleurs jouĂ©, dĂ©jĂ , un rĂŽle essentiel dans cette rupture dĂ©cisive avec le passĂ©.
Dira-t-on, en prenant pour argent comptant lâidĂ©ologie de lâĂ©poque, et les raisons que les Jacobins de 1793â1794 se sont donnĂ©s Ă eux-mĂȘmes, que le processus de radicalisation de la RĂ©volution bourgeoise naĂźt de la rĂ©sistance contre-rĂ©volutionnaire? Il faudrait expliquer pourquoi cette radicalisation existe depuis 89, aprĂšs le 14 juillet, quand la contre-RĂ©volution est objectivement trĂšs faible ; pourquoi elle sâalimente moins Ă la force de la rĂ©sistance quâĂ son symbole comme le montre lâĂ©pisode capital de Varenne. En rĂ©alitĂ©, le vrai danger contre-rĂ©volutionnaire naĂźt de la guerre et de lâinvasion, Ă la fin de lâĂ©tĂ© 92, et dans lâĂ©tĂ© 93. Mais cette guerre, câest la RĂ©volution qui la voulue, prĂ©cisĂ©ment parce quâelle « a besoin de grande trahison. » Que ces trahisons existent ou nâexistent pas dans la rĂ©alitĂ©â elles existent, bien sĂ»r mais infiniment moins nombreuses que dans lâimaginaire des militants rĂ©volutionnaires â, la RĂ©volution les invente comme autant de conditions de son dĂ©veloppement ; car lâidĂ©ologie jacobine et terroriste fonctionne largement comme une instance autonome, indĂ©pendante des circonstances politiques et militaires, lieu dâune surenchĂšre dâautant plus indĂ©finie que la politique est dĂ©guisĂ©e en morale et que le principe de rĂ©alitĂ© a disparu. On sait dâailleurs que si les deux premiĂšres poussĂ©es terroristes, en aoĂ»t 92 et Ă lâĂ©tĂ© 93 sont si Ă©videmment liĂ©es Ă la conjoncture de pĂ©ril national, la Grande Terreur ne coĂŻncide pas avec la grande dĂ©tresse de cette annĂ©e terrible ; elle intervient, au contraire, en plein redressement de la situation militaire, comme machine administrative dâune mĂ©taphysique Ă©galitaire et moralisante, au printemps 1794. Câest le fantasme compensateur de lâimpasse politique, le produit, non de la rĂ©alitĂ© des luttes, mais de lâidĂ©ologie manichĂ©enne du partage entre les bons et les mĂ©chants, et dâune sorte de panique sociale gĂ©nĂ©ralisĂ©e.
Ce nâĂ©tait pas aussi idyllique que sur cette carte postale.
Les Alsaciens, petits et grands, nâavaient plus le droit de parler ni allemand ni alsacien, et tout un pan de la culture rĂ©gionale sâest effondrĂ© Ă jamais.
Salauds de Jacobins !
Lâantijacobinisme, arme des ignares et des imbĂ©ciles
Ă prĂ©sent que la rĂ©forme territoriale est actĂ©e et que les (derniĂšres) Ă©lections dĂ©partementales approchent, lâantijacobinisme refait surface au travers des candidatures passionnĂ©es des mouvements rĂ©gionalistes, de saillies plus discrĂštes des partis de masse, mais aussi de pseudo-intellectuels qui tentent de se bĂątir une gloriole personnelle en surfant sur ce thĂšme.
Câest devenu rĂ©current ; le jacobinisme serait une plaie dont la moitiĂ© de nos maux actuels proviendraient, une idĂ©ologie aussi perverse que surannĂ©e. Pourtant, pas un des dĂ©magogues libĂ©raux dĂ©bitant ces inepties nâest capable dâexpliquer en quoi le jacobinisme serait nĂ©faste. Pas un nâest dâailleurs en mesure de dire en quoi la rĂ©forme territoriale serait jacobine. Ces politiciens Ă la petite semaine sont dans lâinvocatoire ; celui qui balaie toute possibilitĂ© de dĂ©bat de fond et de rĂ©flexion. Et pour cause ! GĂ©nĂ©ralement, ces personnages ont une culture historique, parfois mĂȘme politique, aussi large quâun dos de cuiller. Ils se fondent sur les Ă©lucubrations quâon a pu leur souffler sur un Robespierre dĂ©capitant Ă tour de bras tout Paris, une centralisation politique et administrative excessive durant son mandat au ComitĂ© de Salut Public, et autant dâĂąneries qui ont pourtant Ă©tĂ© dĂ©construites depuis des lustres.
Les tenants de ces propos, pĂ©tris dâune mauvaise foi incroyable, refuseront toujours dâadmettre que les atrocitĂ©s commises sous la Terreur furent du fait de Danton, Ă la tĂȘte du Tribunal RĂ©volutionnaire, qui rĂ©clamait « une tĂȘte par jour ! », ou que la centralisation Ă©voquĂ©e est un processus entamĂ© depuis Hugues Capet, structurĂ© et accĂ©lĂ©rĂ© sous Richelieu, qui importa en France la conception moderne de lâĂtat, comme avaient pu le thĂ©oriser Machiavel ou Botero. La vĂ©ritĂ© fait mal, voilĂ sans doute pourquoi la plupart prĂ©fĂšrent lâignorer et maintenir les citoyens dans lâignorance la plus crasse qui soit. Le bourrage de crĂąne quâils opĂšrent nâa pour seul but que dâempĂȘcher les gens de rĂ©flĂ©chir par eux-mĂȘmes.
Il est pourtant des contre-arguments simples et historiquement fondĂ©s qui mettraient Ă bas ces assertions fallacieuses si elles Ă©taient rappelĂ©es comme lâexigerait la dĂ©ontologie la plus basique des mĂ©tiers de lâinformation ; mais nous nâen sommes plus lĂ . Nous lâavons rĂ©pĂ©tĂ©, la rĂ©forme territoriale ne peut ĂȘtre jacobine ; elle est mĂȘme antijacobine, et ce, pour des motifs Ă©vidents.
Les jacobins ont créé les dĂ©partements. La rĂ©gion nâexistait pas lors de la RĂ©volution Française. Et le but de ce nouveau dĂ©coupage Ă©tait alors trĂšs simple ; la rĂ©forme territoriale instaurant les dĂ©partements Ă©tait aussi une rĂ©forme sociale. Ils avaient ce double-objectif que de consacrer le peuple, le Quart Ătat, en brisant lâhĂ©gĂ©monie de la richesse immobiliĂšre (la noblesse) tout en coupant lâherbe sous le pied de la richesse mobiliĂšre (celle des capitaux, donc les bourgeois). Et de cela, seuls Robespierre et les jacobins sâen sont souciĂ©s, seuls eux ont instaurĂ© le suffrage universel direct, sans cens, pour consacrer le citoyen, lĂ ou des Condorcet et des SieyĂšs estimaient « Ă voix haute que si tous les Français devaient cesser dâĂȘtre des sujets pour devenir des citoyens, certains citoyens devaient ĂȘtre toutefois plus citoyens que dâautres, lesquels, en fait, ne le seraient plus. », comme le disait Guillemin. DĂšs lors, il est intellectuellement malhonnĂȘte de mettre sur le dos des jacobins une crĂ©ation anachronique (la rĂ©gion) dans le but dâĂ©craser les citoyens. Voici ce qui fait mal aux libĂ©raux en tout genre ; voir que la premiĂšre volontĂ© dĂ©mocratique en France fut instaurĂ©e par la premiĂšre gauche historique, qui mit aussi fin aux dĂ©rives que ces mĂȘmes libĂ©raux causĂšrent en dĂ©mantelant lâhĂ©ritage colbertiste.
Et malgrĂ© cela, la lutte de ces trompeurs publics se poursuit sous lâĆil bienveillant des mĂ©dias, qui nâont que faire de la vĂ©ritĂ© historique ou de lâĂ©thique. Des jacobins du Haut-Rhin et du Bas-Rhin nous ont notamment sollicitĂ©s sur un cas qui rĂ©pond Ă tous ces critĂšres, et va mĂȘme encore plus loin ! Sous couvert de dĂ©fendre le dĂ©partement, en sâappropriant le slogan « Je suis Charlie » comme vulgaire outil promotionnel, voici quâest publiĂ© discrĂštement une espĂšce de pamphlet qui voit en les grandes rĂ©gions un retour au jacobinisme centralisateur ! Le paradoxe a ici atteint sa quintessence ; par la suppression des dĂ©partements, crĂ©ation jacobine, et la recentralisation de certaines prĂ©rogatives vers ces arĂ©opages et les EPCI, il sâagirait dâun jacobinisme rĂ©gional ! Le tout en prĂ©tendant avoir analysĂ© les « origines du dĂ©partement » par-dessus le marchĂ© ! Jamais nous nâaurions pu imaginer pareille manipulation, qui mĂ©prise lâintelligence et fait le lit des candidatures autonomistes, quâelles soient alsaciennes ou autre. Au lieu de dĂ©noncer le parisianisme, voici quâils tentent Ă prĂ©sent de sĂ©parer le dĂ©partement de ses crĂ©ateurs, dans une logique de rejet et dâaveuglement oĂč la frontiĂšre entre lâignorance et la mauvaise foi est plus que poreuse.
Câest en luttant contre ce type de bĂ©otiens que nous restaurerons la justesse de notre idĂ©ologie, mais aussi que nous aiderons nos concitoyens Ă Ă©lever leur esprit, tandis que ces dĂ©magogues de bas Ă©tage continueront Ă se complaire dans leur mĂ©diocritĂ©. Notre mission est de rĂ©informer le peuple, de lui donner les outils nĂ©cessaires Ă son Ă©mancipation, aux antipodes de ce que font ces Ă©gotistes.

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Que serait une réforme jacobine aujourd'hui ?
Cela semble évident pour les juristes et les historiens, mais les citoyens, longtemps assujettis à la désinformation massive des politiciens et des médias ne savent pas que ce sont les Jacobins, par la voix de Robespierre notamment, qui créÚrent le département pour renforcer le poids du citoyen dans les affaires publiques.
En effet, la crĂ©ation des dĂ©partements sâinscrivait dans un double objectif : mettre dâabord fin Ă lâhĂ©gĂ©monie dâune caste (la «richesse immobiliĂšre »), tout en empĂȘchant quâune nouvelle (la «richesse mobiliĂšre ») ne jette sa mainmise sur la jeune RĂ©publique Ă travers ses territoires. Le second objectif des dĂ©partements Ă©tait de se conjuguer avec lâinstauration du suffrage universel direct, afin de renforcer le poids des citoyens dans les affaires dâĂtat. En effet, la constitution jacobine de 1793 consacrait pleinement la dĂ©mocratie participative et, malgrĂ© lâimportant taux dâanalphabĂ©tisation dâalors, Robespierre considĂ©rait que les droits naturels du citoyen plaçaient la souverainetĂ© populaire au-dessus de tout.
DĂšs lors, dire quâaujourdâhui la rĂ©forme est «jacobine » en ce quâelle crĂ©erait des arĂ©opages gigantesques, qui reviendraient Ă diminuer le nombre de collectivitĂ©s, et apporterait plus dâĂ©tatisme, est un sophisme de la pire espĂšce. PremiĂšrement parce que, ainsi que nous venons de le dĂ©montrer, constituer de nouveaux grands ensembles territoriaux dĂ©connectĂ©s des citoyens, accouchant de reprĂ©sentants sans reprĂ©sentativitĂ©, est Ă lâopposĂ© du jacobinisme. Ensuite, supprimer des strates ne revient pas fatalement à «plus dâĂ©tatisme ». Dans son discours au SĂ©nat du 28 Octobre 2014, le Premier Ministre insista fortement sur le transfert de nouvelles compĂ©tences, mais sans transmission pĂ©cuniaire nĂ©cessaire, augmentant encore notre Ă©miettement institutionnel et organique. Ainsi, il nous semble important de remettre les choses Ă leur place, en esquissant ce que serait une rĂ©forme rĂ©ellement jacobine.
Un retour au triptyque « Ătat/DĂ©partement/Commune »
On lâa dit, le dĂ©partement est la crĂ©ation phare des jacobins. Un systĂšme pĂ©renne jusquâĂ nos jours, dans lesquels les citoyens ont pu se reconnaĂźtre, car proche dâeux, et respectueux des identitĂ©s locales. En attestent les rejets des propositions rĂ©fĂ©rendaires en Corse et en Alsace qui prĂ©voyaient la suppression de leurs dĂ©partements. Par le « NON » et lâabstention massive, les citoyens ont refusĂ© de renoncer Ă la proximitĂ©, ayant compris quâelle Ă©tait un gage dâefficacitĂ©.
Et câest justement en cela que le triptyque « Ătat/DĂ©partement/Commune » est une structure puissante et symbolique. La commune, premier Ă©chelon rĂ©publicain, et le bassin de vie le plus petit, et donc celui auquel les citoyens sont le plus attachĂ©s. Pour rĂ©former les territoires rĂ©publicains, il faut dâabord clarifier les compĂ©tences. Le mythe du mille-feuille administratif, qui nous est vendu comme excuse, et la RĂ©gion, sont des cultes avec lesquels il faut en finir. La clarification des compĂ©tences passe dâabord par leur redistribution.
En effet, la dĂ©centralisation est nĂ©faste quand elle transforme les rĂ©gions en baronnies, quand elle accentue les inĂ©galitĂ©s territoriales et quand elle empĂȘche notre Nation de se dĂ©velopper. Mais elle est utile quand elle permet une meilleure action publique. Dans ce cas, les collectivitĂ©s doivent avoir des compĂ©tences claires et les moyens dâaction qui en dĂ©coulent. La suppression de la clause gĂ©nĂ©rale de compĂ©tence est en cela une bonne chose, car elle permettra dâĂ©viter les immixtions dâune collectivitĂ© Ă une autre, et les doublons.
En matiĂšre dâĂ©ducation par exemple, le lycĂ©e ressort de la compĂ©tence de la RĂ©gion, le collĂšge du DĂ©partement, lâĂ©cole primaire et la maternelle de la Commune. Le seul fait de rĂ©nover un Ă©tablissement mixte se rĂ©vĂšle un casse-tĂȘte dans lequel les collectivitĂ©s se perdent dans un jeu de ping-pong inadmissible et coĂ»teux. Il serait de bon ton de transfĂ©rer les compĂ©tences rĂ©gionales au dĂ©partement, et la plupart des compĂ©tences sociales du dĂ©partement Ă la Commune.
NĂ©anmoins, cette derniĂšre ne saurait ĂȘtre le fourre-tout de compĂ©tences ingrates dont personne ne veut. La Commune a un rĂŽle dĂ©mocratique et Ă©conomique fort Ă jouer.
Revenir Ă la puissance publique
Face Ă la crise, et aux enjeux de la mondialisation, la puissance publique demeure le meilleur garant de lâemploi et de sa protection. Les Jacobins ont toujours dĂ©montrĂ© leur rejet du libĂ©ralisme, notamment en nationalisant les arsenaux Ă©quipant les armĂ©es, afin de les prĂ©server des alĂ©as de la spĂ©culation de la richesse mobiliĂšre. Câest en ce sens quâune rĂ©forme territoriale devrait ĂȘtre menĂ©e : renouer avec lâĂtat stratĂšge qui protĂšge sa souverainetĂ© en reprenant possession des pĂŽles ayant un lien direct avec sa puissance rĂ©galienne. Dâabord lâArmĂ©e, mais aussi lâĂnergie, et lâInstruction Publique. La principale mission de la puissance publique est de donner Ă nos concitoyens les moyens de leur avenir et une vie quotidienne sereine et de qualitĂ©. La construction de lâavenir â Ă©ducation, recherche, politique, industrielle, formation â dĂ©pend de lâĂtat et une large part de ce qui fait la vie quotidienne lui est rattachĂ©e.
Mais une autre partie des Ă©lĂ©ments qui pĂšsent sur la vie quotidienne demande une action de proximitĂ©. Lâaction des collectivitĂ©s locales peut sâarticuler utilement Ă celle de lâĂtat au service de lâintĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral.
Renforcer le dĂ©partement pour renforcer lâĂ©conomie locale.
Cependant, câest bien au dĂ©partement que demeure la possibilitĂ© de coordonner toute lâĂ©conomie locale le plus efficacement possible, et de maniĂšre plus prĂ©cise que la RĂ©gion. Consolider le dĂ©partement, et lui octroyer des compĂ©tences appartenant aujourdâhui Ă la RĂ©gion. Les circuits-courts sont un gage de dynamisme Ă©conomique, et si un Ă©chelon est bien capable de crĂ©er une synergie grĂące Ă eux, câest bien le dĂ©partement ! En rĂ©gion frontaliĂšre, il peut assurer pleinement la circulation des marchandises, mais aussi la rĂ©guler.
Enfin, beaucoup trop omettent un Ă©lĂ©ment important de notre Ă©conomie : la France est encore un pays rural. Les RĂ©gions qui comportent des tissus industriels et ruraux favorisent les inĂ©galitĂ©s territoriales, dispersent leurs investissements arbitrairement. Le DĂ©partement est plus pertinent en ce que, plus petit, il est plus Ă mĂȘme de rĂ©pondre aux enjeux locaux, dâinvestir dans son tissu Ă©conomique majeur, et nâa pas Ă trouver de compromis qui aboutirait Ă un perdant-perdant. Il ne faut pas oublier que les collectivitĂ©s locales rĂ©alisent 70 % des investissements publics chaque annĂ©e en France. Pour que le dĂ©partement devienne un pĂŽle Ă©conomique digne de ce nom, il doit aussi obtenir des compĂ©tences stratĂ©giques dans les domaines du dĂ©veloppement Ă©conomique, des transports, du logement, de la formation et de la recherche et les concilier Ă solidaritĂ© et au dĂ©veloppement durable. Le DĂ©partement est Ă mĂȘme de soutenir les initiatives personnelles, et dâaccompagner les citoyens dĂ©sireux de bĂątir leur propre entreprise, tout comme il est Ă mĂȘme de soutenir les artisans.
Enfin, il faut lier les Conseils gĂ©nĂ©raux aux Cours des comptes rĂ©gionales. PremiĂšrement pour Ă©viter la gabegie des deniers publics dont font preuves les Ă©lus locaux (lâachat des nouveaux noms de domaines Ă des prix exorbitants, les dĂ©penses en communication au lieu de lâinvestissement en sont les exemples les plus courants). Que le PrĂ©fet puisse Ă nouveau prĂ©sider ces assemblĂ©es renouerait avec la stabilitĂ© et la continuitĂ© de lâaction Ă©tatique, et lâĂ©ventuelle possibilitĂ© pour lui dâexercer un vĂ©ritable contrĂŽle de lĂ©galitĂ© empĂȘcherait les dĂ©rives rĂ©gionalistes, Ă lâimage de celles que lâon voit en Alsace, en Bretagne, ou au pays Basque.
Renforcer la commune pour renforcer lâimplication des citoyens
Dâabord en renforçant ses pouvoirs. Les pouvoirs de police du Maire, pour ne citer que cet exemple, ne couvrent en effet pas tous les champs possibles. Il ne peut agir par exemple sur un terrain privĂ© occupĂ© par un campement sauvage, mais doit aussi solliciter le PrĂ©fet en plus du propriĂ©taire, et la plupart de ses arrĂȘtĂ©s doivent passer par le conseil municipal. Il semblerait alors pertinent dâĂ©largir ses pouvoirs, et dâinstaurer un contrĂŽle a posteriori gĂ©nĂ©ralisĂ© du PrĂ©fet et du Conseil Municipal sur ses actes, pour plus dâefficacitĂ©.
De mĂȘme, le renforcement de la Commune passe par un raffermissement de la vie citoyenne. Le Citoyen doit se sentir impliquĂ© dans les affaires municipales, car il peut en voir les changements tous les jours, et ceux-ci lâaffectent directement. Pour cela, il conviendrait de permettre aux Citoyens de poser des questions lors des sĂ©ances du Conseil Municipal, afin de changer son image de simple caisse enregistreuse. Jean-Pierre ChevĂšnement procĂ©dait notamment ainsi lorsquâil Ă©tait Maire de Belfort, avant lâouverture officielle de la session. Enfin, il conviendrait de banaliser la pratique de rĂ©fĂ©rendum ou de votations populaires Ă lâĂ©chelle communale, aussi bien par une initiative municipale que citoyenne. Câest en voyant que ses choix ont un impact direct et clair sur sa vie quotidienne que le citoyen apprĂ©hendera enfin la responsabilitĂ© quâest la sienne dans les affaires publiques, et comprendra quâil ne tient quâĂ lui de changer ses gouvernants.
Toutefois, cela ne saurait ĂȘtre suffisant. La Commune a aussi une importance Ă©conomique et industrielle, notamment les villes frontaliĂšres, voire trifrontaliĂšres (nous pensons surtout Ă lâAlsace, le Rhin Ă©tant un tissu stratĂ©gique que nous ne pouvons plus ignorer.)
La Commune doit en effet ĂȘtre en capacitĂ© dâoffrir de lâemploi pour ses citoyens, et dâassurer une attractivitĂ© de son territoire. En cela, le rĂŽle des EPCI est crucial, mais tel quâils sont actuellement, ils ne prĂ©sentent aucune pertinence, se contentant dâaspirer les compĂ©tences des communes membres sans agir pour autant. Les EPCI ne sauraient recouvrer un autre rĂŽle que celui de catalyseur Ă©conomique, et non se substituer aux communes.
Ainsi, il paraĂźt opportun de rĂ©server la clause gĂ©nĂ©rale de compĂ©tence Ă la seule commune, sans possibilitĂ© de la transmettre, mais aussi de cesser ces augmentations coercitives de la pĂ©rĂ©quation, qui ponctionnent indirectement le citoyen afin que la Commune demeure en Ă©quilibre budgĂ©taire. Cette baisse lui permettra de se consacrer dâavantage aux dĂ©penses dâinvestissements, qui crĂ©ent de la richesse pour lâavenir. En cela, impliquer les citoyens par les moyens suscitĂ©s permettrait aussi de forcer des Ă©lus passifs qui ne comprennent pas que les politiques publiques et les circuits-courts doivent servir les entreprises locales.
Quid de la Région et des EPCI ?
La RĂ©gion doit retrouver le rĂŽle quâelle avait avant 1982, câest-Ă -dire une entitĂ© chargĂ©e de veillĂ©e Ă la bonne gestion des deniers par la Cour des Comptes RĂ©gionale qui se trouverait subdivisĂ©e en antennes dĂ©partementales, mais la RĂ©gion doit avant tout assumer un rĂŽle plus administratif que les dĂ©partements. En cela, le rĂŽle du PrĂ©fet doit ĂȘtre remis au centre de la RĂ©gion, et son assemblĂ©e, pour ne pas augmenter inutilement le nombre dâĂ©lus, devrait sâinspirer de la rĂ©forme avortĂ©e de 1969, qui prĂ©voyait :
- Aux trois cinquiÚmes, des députés élus dans la région et des conseillers régionaux territoriaux, élus par les conseils généraux (un par département, pour trois ans) et par les conseils municipaux ou leurs délégués (les autres, pour six ans) ;
- Aux deux cinquiÚmes, des conseillers régionaux socio-professionnels, désignés par des organismes représentatifs, pour six ans.
Bien sĂ»r, une telle rĂ©forme devrait sâaccompagner de celle prĂ©vue Ă lâĂ©poque pour le SĂ©nat, qui devait fusionner avec le Conseil Ăconomique et Social afin de coordonner tout ce grand ensemble. De mĂȘme, la composition du nouveau Conseil RĂ©gional composerait plutĂŽt avec des Ă©lus gĂ©nĂ©raux, plutĂŽt que de réélire des conseillers rĂ©gionaux, comme le prĂ©voyait la rĂ©forme de 1969, afin dâĂ©viter les doublons que nous voyons aujourdâhui.
Quant aux EPCI, nous lâavons dit, ils doivent se borner Ă la coordination des circuits-courts entre les communes, permettre de mutualiser leur financement pour certains projets dĂ©cidĂ©s dans lâobjet et dans le temps, afin de mettre fin Ă lâĂ©cart entre villes et villages. Ils ne peuvent plus ĂȘtre ces organismes vampirisant les compĂ©tences des communes, sans contrepartie, et surtout, sans contrĂŽle, prenant des dĂ©cisions dans le clair-obscur dâune assemblĂ©e mĂ©connue des citoyens. Il est inconcevable quâune entitĂ© avant tout technique puisse prendre des dĂ©cisions engageant lâavenir des citoyens sans leur accord plein et entier.
Un retour de la justice et de la sécurité de proximité
Une rĂ©forme territoriale ne revĂȘt pas quâun aspect Ă©conomique, ou dĂ©mocratique. Elle induit aussi une rĂ©forme du rĂŽle de lâĂtat au travers de ses collectivitĂ©s. Or, nous le constatons depuis plusieurs annĂ©es, les gouvernements successifs, empĂȘtrĂ©s dans leurs luttes pour conserver le pouvoir et le surenchĂ©rissement stĂ©rile, ont endommagĂ© lâutilitĂ© de lâĂtat pour les citoyens.
Or, il est impĂ©ratif que lâĂtat assure Ă nouveau sa prĂ©sence auprĂšs dâeux afin de satisfaire lâintĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral. Dâabord par la Justice ; en mettant fin au dĂ©sastre crĂ©e par la « carte Dati », constituĂ©e par la Garde des Sceaux Ă©ponyme, qui brisa la justice de proximitĂ©. RĂ©tablir les juridictions supprimĂ©es injustement, câest assurer que la justice de la RĂ©publique sâapplique partout, et pour tous de maniĂšre Ă©quitable, mais aussi libĂ©rer les tribunaux des engorgements crĂ©e. Chacun doit avoir droit accĂšs Ă la justice dans des conditions raisonnables, et voir son dossier ĂȘtre traitĂ© avec toute lâattention quâil mĂ©rite, ce qui nâest pas possible dans les conditions juridictionnelles actuelles.
Enfin, le retour de la justice de proximitĂ© devra ĂȘtre accompagnĂ© dâun retour Ă la sĂ©curitĂ© de proximitĂ©. Cela doit se traduire par la fin des dĂ©serts policiers, en donnant aux commissariats les effectifs quâils ont besoin selon les particularitĂ©s locales, mais aussi en reprenant le contrĂŽle de nos frontiĂšres, sujettes Ă maints trafics, par le retour dâune douane vĂ©ritable et efficace. La libre-circulation des biens et des Hommes entraĂźna beaucoup trop dâabus pour que lâon ne puisse pas la remettre en cause. Le dogmatisme nâa pas sa place ici, il en va de lâintĂ©rĂȘt de nos citoyens. RĂ©former les territoires signifie en avoir la maĂźtrise, et y assurer lâordre rĂ©publicain
En clair, câest dâune rĂ©forme jacobine dont les citoyens ont besoin, mais ils ne le savent pas. « La plus grande partie de nos concitoyens est rĂ©duite par lâindigence Ă ce suprĂȘme degrĂ© dâabaissement oĂč lâHomme, uniquement occupĂ© de survivre, est incapable de rĂ©flĂ©chir aux causes de sa misĂšre et aux droits que la nature lui a donné », disait Robespierre en son temps ; câest malheureusement Ă nouveau vrai aujourdâhui.
Résistance alsacienne contre la disparition des départements
Lâanalyse de cet Ă©vĂ©nement historique possĂšde une actualité ; elle ouvre Ă©galement des perspectives. Le combat pour lâĂ©galitĂ© reste toujours une urgence au moment oĂč tous les rapports notent lâaccroissement des inĂ©galitĂ©s sociales et territoriales. Pour cela, les thermidoriens dâaujourdâhui, câest-Ă -dire les rĂ©actionnaires et les oligarques de tout poil, sont Ă lâĆuvre. Ils ont, pour parvenir Ă leur dessein, mobilisĂ© la notion dâĂ©quitĂ©.