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© HIER
[i.ÉÊ]
Im Hier und Nicht-Jetzt

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Nous sommes cette génération qui ne reviendra pas.
Nous avons grandi avec des chaussures couvertes de poussiĂšre, des genoux Ă©corchĂ©s et un cĆur pressĂ©. Non pas pour regarder un Ă©cran, mais pour finir le goĂ»ter et courir dehors lĂ oĂč la seule chose importante Ă©tait un ballon et quelques amis. Nous Ă©tions ceux qui rentraient de lâĂ©cole Ă pied. Parlant fort ou rĂȘvant en silence, lâesprit dĂ©jĂ tournĂ© vers le prochain jeu, la prochaine aventure, entre un trou creusĂ© dans le sable et un secret chuchotĂ© derriĂšre un coin de mur. Un bĂąton pouvait devenir une Ă©pĂ©e. Une flaque se transformait en ocĂ©an Ă conquĂ©rir. Nos trĂ©sors Ă©taient des billes, des images Ă collectionner, des petits bateaux de papier. Et le ciel, notre seule limite. Nous nâavions pas de sauvegardes, seulement des souvenirs dans la mĂ©moire et sur les pellicules photographiques. Les photos se touchaient, se respiraient, se gardaient dans des tiroirs aux cĂŽtĂ©s de lettres Ă©crites Ă la main, de cartes postales des grands-parents, et de dessins colorĂ©s que les parents conservaient comme des bijoux. Nous appelions maman celle qui soignait nos fiĂšvres, et papa celui qui nous apprenait Ă faire du vĂ©lo.
Il nâen fallait pas plus. La nuit, sous les couvertures, nous parlions Ă voix basse avec le frĂšre dans le lit voisin,
riant de bĂȘtises, craignant quâun adulte entende et Ă©teigne ce petit monde de complicitĂ©. Cette gĂ©nĂ©ration sâen va, peu Ă peu, comme une photographie qui perd ses couleurs, mais que personne ne veut jeter. Nous nous Ă©loignons en silence, emportant une valise invisible : lâĂ©cho des rires dans la rue, lâodeur du pain encore chaud, des courses insensĂ©es, et cette libertĂ© qui ne connaissait pas les notifications. Nous Ă©tions des enfants quand il Ă©tait encore possible de lâĂȘtre. Et peut-ĂȘtre que câest lĂ notre plus grande fortune.
à méditer