Auparavant, il vivait sa vie de petit garçon choyé, se blottissant auprès de Virginie à la moindre peine, allant à l’école sans être meilleur ni plus mauvais écolier qu’un autre, ne connaissant jamais un moment de solitude et vivant dans la chaleur du magasin de mercerie comme un mot heureux dans un poème. Dans l’arrière-boutique, l’hiver, bien que le fourneau fût chauffé au rouge, Virginie préparait pour le plaisir un feu de charbon de bois dans la cheminée. Au début, la fumée piquait les yeux, mais quand les bâtonnets charbonneux devenaient braise, quand, avec un son inoubliable, on faisait glisser le contenu du sac en papier Bernot par légères quantités, assis près de la chaleur sur des coussins, la mère et l’enfant passaient des moments agréables : le feu leur brûlait le visage, les plongeait dans une somnolence très douce, et ils restaient là , immobiles et silencieux, contemplant les flammes rouges et bleues en ne faisant qu’échanger du regard leurs impressions heureuses. Olivier réunissait des paquets de fils embroussaillés trouvés au magasin et les jetait dans le feu, prenant plaisir à voir leur masse s’embraser et leur centre former une dentelle noire qui finissait par s’écrouler. - Robert Sabatier, Les allumettes suédoises, 1969.
Corrèze en Corrèze.















