Une fourchette dans le cercueil
PrĂ©dication par Andrew Rossiter au temple de La Force, le 21 juin 2025. Dans le cadre dâun culte qui clĂŽture lâannĂ©e dâĂ©tudes bibliques sur les plantes dans la Bible.
Apocalypse 7.13-17, 22.1-5 - lâArbre de Vie
Une jeune femme a Ă©tĂ© diagnostiquĂ©e trĂšs tardivement dâun cancer dĂ©jĂ en phase terminale. Elle savait quâelle nâavait pas pour longtemps et elle a tout fait pour «mettre ses affaires en ordre». Une des personnes quâelle a rencontrĂ©e Ă©tait son pasteur. Une de ses derniĂšres volontĂ©s Ă©tait surprenante. Elle a demandĂ© que le pasteur fasse en sort quâelle soit enterrĂ©e avec une fourchette dans sa main gauche.
Devant le look dâincomprĂ©hension du pasteur, elle a expliquĂ© pourquoi. Elle a dit que «pendant toute sa vie de partager des repas de la paroisse ou dans les diffĂ©rentes associations, je me souviens toujours que quand les assiettes ont Ă©tĂ© enlevĂ©es quelquâun se penchait vers moi pour me dire: «Garde ta fourchette. Parce que le meilleur est Ă venir». En effet il y avait un gĂąteau au chocolat ou une magnifique tarte aux pommes ou quelquâautre dĂ©lice.
Donc, je veux juste que les gens me voient lĂ , dans ce cercueil avec une fourchette Ă la main et je veux quâils se demandent: «Câest quoi cette fourchette?» Ensuite, je veux que tu leur dises: «Garde ta fourchette... le meilleur est encore Ă venir.»
Pendant cette annĂ©e nous avons lu les textes de la Bible qui nous parle de la crĂ©ation, des plantes et des arbres qui y font partie. Nous avons Ă©tĂ© Ă©merveillĂ©s par les aquarelles de Marie-ThĂ© Canovas qui accompagnent les textes de mĂ©ditation de Pascal Geoffroy. Le Lys nous apprend Ă ne pas nous inquiĂ©ter de notre avenir, car tout est entre les mains de Dieu. Le Saule nous a plongĂ©s dans la dĂ©tresse du peuple dâIsraĂ«l et nous a amenĂ© Ă rĂ©flĂ©chir sur notre rapport Ă la violence et Ă la vengeance. Le CĂšdre nous rassure que Dieu est bienveillant et aimant, et bien entendu, nous savons que nous sommes attachĂ©s au Christ tout comme les sarments sont attachĂ©s Ă la vigne.
Nous avons vu comment la Bible sâouvre dans un jardin avec ses deux arbres de vie Ă©ternelle et de la connaissance du bien et du mal. Bien sĂ»r, je ne peux pas refaire tout le parcours de notre annĂ©e, mais il est bon de se souvenir de ce chemin qui nous a conduit jusquâĂ ici, ce soir.Â
Ce soir nous avons lu quelques versets de la derniĂšre page de la Bible. Et nous nous trouvons devant un autre arbre: lâArbre de la Vie. Il sâagit pas de lâarbre de la vie Ă©ternelle, mais de la Vie. Cet arbre se trouve Ă la fin de notre lecture, Ă la fin de la Bible et nous pouvons supposer Ă la fin des temps. Il est lĂ quand tout est achevĂ© dans les cieux et sur la terre.
Ce qui est important pour moi dans la vision de cet arbre, câest quâil se trouve dans un jardin, un autre jardin, un jardin dans une ville. Ce jardin nâest pas paradisiaque, mais câest un jardin qui garde les traces et les cicatrices de toute la vie. Câest une vision Ă partir de la perspective du monde oĂč nous vivons avec ses bruits de guerre, ses postures et ses luttes de pouvoir. Un jardin qui connaĂźt les larmes de la souffrance, le deuil dâune jeune femme morte dâun cancer, la faim qui emporte les enfants du sein de leur mĂšre et le dĂ©rĂšglement climatique. Câest un jardin qui aspire Ă un monde meilleur.
Aspirer Ă un monde meilleur, nâest pas rien faire, le laisser venir ou ĂȘtre complaisant. Aspirer est garder la fourchette, car nous savons que le meilleur est encore Ă venir. Câest poser les gestes, sâengager dans les mouvements et adopter les comportements dâespĂ©rance. Par tous ces moyens nous participons Ă lâĆuvre de Dieu qui envisage ce monde nouveau.
Ce monde, dĂ©crit par lâauteur de lâApocalypse est marquĂ© par des absences. Il nây aura plus de mort, ni de malĂ©diction. Il nây aura plus de deuil ou de souffrance. La nuit ne couvrira plus jamais la terre. Ce sont les symboles pour nous dire quâil y a une transformation profonde dans les actes de Dieu. Le monde que nous connaissons ne sera pas ce monde Ă venir.Â
Mais nous vivons dâentre les deux mondes. Nos pieds sont fermement plantĂ©s sur le sol solide de la rĂ©alitĂ© des choses. Notre vie nâest pas semblable Ă ce fleuve tranquille du texte, mais bien plus souvent des cascades qui emportent tout avec elles.
Tous les verbes sont au futur, ce qui nous donne la vision, si souvent rĂ©pandu, dâun monde Ă venir. Quelque part au-delĂ de lâhorizon de nos vies, ce monde va arriver. Nous ne savons pas quand, nous ne savons pas pour qui, nous ne savons pas comment. Une telle comprĂ©hension peut nous effrayer ou nous rassurer ou nous laisser indiffĂ©rents - parce que quoi que nous fassions ce monde arrivera.
Avec JĂ©sus, nous pouvons acclamer que le monde dĂ©crit par lâApocalypse est dĂ©jĂ parmi nous. Il est prĂ©sent au milieu de nous. Il vient Ă tout instant quand nous nous tournons vers Dieu. Les feuilles qui guĂ©rissent les nations poussent quand les belligĂ©rants dĂ©cident enfin de se mettre Ă table pour nĂ©gocier. Ces mĂȘmes feuilles poussent quand nous faisons sortir de nos entrailles le mot «pardon». Ces feuilles poussent quand la main dâun mĂ©decin ou dâune infirmiĂšre est posĂ©e sur le front dâun malade dans un geste de rĂ©assurance qui dit «nâaie pas peur»...
Nous annonçons la venue de ce monde nouveau dans le maintenant de nos existences chaque fois que nous gardons notre fourchette dans la main. Car dans cet instant, nous proclamons lâaction de Dieu dans la vie de nos jours qui vise sa plĂ©nitude pour chacun et pour chaque instant.