Il y a cette idée solide que mes créations émergent comme des coups de chance. Là, typiquement, j'ai foiré une bonne partie d'une pellicule noir et blanc de très basse sensibilité. C'était une première, et bien sûr : on apprend de ses erreurs. En somme, cela éclaire, nourrit mon idée quelque peu butée, lorsque je déclare que la photographie est un cadrage, selon ma seule approche. Évidemment, tu as beau avoir le cadrage, un sujet ; si la lumière manque, on n'y voit rien. Point.
Pour autant, rien de bien grave à déplorer. Une leçon d'humilité, un appel à plus d'efforts et de persévérance, probablement. Et surtout, la joie de pouvoir explorer, encore et toujours, de manière indéfinie, riche, spontanée. Chercher ces "coups de chance", avec une meilleure assiduité, un paramétrage plus appliqué, soigné, précis. Qu'il s'agisse de technique, et même, d'un contexte qui sache se montrer clément, propice, agréable. Une atmosphère organisée de telle sorte à permettre, avec une aisance relative, de laisser naître quelques créations satisfaisantes.
Ah ! la satisfaction personnelle, quel rude sujet. D'où cette hasardeuse idée de coup de chance. Longtemps j'ai aimé l'idée de composer avec la technique, avec la matière... dans ce constat de collaborer, comme si le travail s'érigeait à quatre mains, des miennes, en rencontre avec le matériau (la céramique, particulièrement), et donc l'argile. Et puis avec la chaleur du four. Tous ces paramètres plus ou moins ajustables, variablement maîtrisables, laissent souvent des surprises. Tout spécifiquement pour le sujet de l'émail, d'une imprévisibilité poignante, virant parfois à la grosse déception.
Alors souvent, je repense à cette idée martelée par un ami : "la céramique, c'est l'art de l'humilité".
Ne pas se lasser, pas même dans la déception, ni la médiocrité : passages obligés de l'expérimentation, vers quelques effusions heureuses. Quelques petites chances, comme ça ? Est-ce que se satisfaire de tout ce que l'on fait endort dans une vague stagnation ?
Le chemin est long, et ainsi se rend-il nécessairement passionnant.
Ce jour-là, il y avait une lumière outrageuse, une chaleur enveloppante. Au bord d'un lac. Il n'a suffi que d'une petite pression sur le déclencheur, pour capturer l'opalescence lumineuse qui chatouillait le feuillage de l'arbre. Fastoche ?
Et puis, j'ai aimé ici comme la lumière bavait, à travers le vitrail supérieur. Pour le reste, mon œil a vu, a cru, mais la pellicule a boudé mon optimisme.
L'obscurité des images remplies de poussières, comme autant de constellations.
En attendant, le froid est fracassant, ces derniers jours. Je n'y glisse pas avec autant d'aisance qu'espéré. Mais ainsi soit-il.
L'esprit pêle-mêle, décrivant un fouillis qui ne laisse aucune prise, de pénibles élans. Dans une quiétude, un détachement rares.
Pour la suite, le silence s'érige en maître.