Imaginer recommencer ? Ce serait alors pratiquer une ouverture dans le temps, ou se risquer à franchir le seuil d’une porte, fût-elle étroite. L’heure est aux catastrophes, nous dit-on partout. Mais Donald Winnicott, dans ses réflexions sur « La crainte de l’effondrement », a bien montré que cette peur était celle d’une catastrophe déjà survenue – mais non « éprouvée », comme il dit. Ce qui est tant redouté ou refoulé dans une telle crainte a déjà eu lieu et, de fait, se trouve recherché sur le mode d’une anamnèse de la peur. Parlant d’espoir, il faudrait alors inverser le schéma de Winnicott et substituer à la « crainte de l’effondrement » une façon d’éprouver le passé tel que, pour le futur, puisse s’opérer l’effondrement de la crainte.
Georges Didi-Huberman, Imaginer recommencer, Les Éditions de Minuit, 2021