Mon endo-lecture : SorciĂšres, sages-femmes et infirmiĂšres, de B. Ehrenreich et D. EnglishÂ
âConnaĂźtre notre histoire, câest commencer Ă entrevoir le moyen de reprendre la lutte.âÂ
Classique de la littĂ©rature fĂ©ministe, sorti en 1973, ce livre fait encore Ă©cho aujourdâhui. Les autrices ont entrepris de retracer lâhistoire de la place des femmes comme personnel mĂ©dical, du moyen-Ăąge au annĂ©es 70. Leur objectif Ă©tait simple : comprendre âcomment, de notre position ancienne de prééminence, en sommes-nous arrivĂ©es Ă notre position de soumission?âÂ
Le livre sâintĂ©resse donc dâabord aux âbonnes femmesâ, les guĂ©risseuses du peuple. Celles-ci avaient appris de maniĂšre empirique, sur le tas dirait-on, comment soigner les maladies courantes. âLa bonne femme, ou sorciĂšre, possĂ©dait quantitĂ© de remĂšdes Ă©prouvĂ©s au fil des annĂ©es dâutilisation. Un grand nombre des remĂšdes Ă base de plantes dĂ©veloppĂ©s par les sorciĂšres ont toujours leur place dans la pharmacologie moderne.â âLa sorciĂšre Ă©tait une empiriste: elle se fiait Ă ses sens plutĂŽt quâĂ la foi ou Ă une doctrine, elle procĂ©dait par essai-erreur, observant les causes et les effets.â Or lâEglise nâapprouvait pas que lâon cherche le fonctionnement du monde. En parallĂšle, sous le patronage de lâEglise et de la noblesse, la profession de mĂ©decin se dĂ©veloppa. Leur formation consistait Ă Ă©tudier les textes des mĂ©decins de lâAntiquitĂ© et la thĂ©orie des tempĂ©raments (ex : pourquoi les colĂ©riques sont emportĂ©s). La chasse aux sorciĂšres entĂ©rina la position du mĂ©decin. Alors chargĂ© de dĂ©terminer si lâaccusĂ©e Ă©tait une sorciĂšre, il se pose en gardien de la moral et des lois de Dieu, tandis que la femme est placĂ©e du cĂŽtĂ© du mal.
MalgrĂ© tout, la dĂ©cence interdit aux mĂ©decins de pratiquer les accouchements. Ce domaine reste donc rĂ©servĂ© aux sages-femmes, pendant un certain temps mais les mĂ©decins finirent par conquĂ©rir le dernier terrain mĂ©dical, occupĂ© par les femmes. Câest alors que lâon crĂ©e la profession dâinfirmiĂšre. Elle est créée par des âvieilles fillesâ issues de la bourgeoisie. LâinfirmiĂšre se doit donc dâĂȘtre obĂ©issante et maternelle. « Celles qui inventent le mĂ©tier d'infirmiĂšre le voyaient comme une vocation naturelle pour les femmes, juste aprĂšs la maternitĂ©. » Son rĂŽle est donc Ă©loignĂ© des pratiques mĂ©dicales. « La prescription du remĂšde devenant le domaine exclusif du docteur ; les soins furent relĂ©guĂ©s Ă l'infirmiĂšre. Tout le mĂ©rite du rĂ©tablissement du patient allait au docteur et Ă ses « potions magiques », car lui seul participait de la mystique de la science. »
Je recommande ce livre Ă celles et ceux et qui veulent comprendre le monde mĂ©dical actuel et surtout les revendications mĂ©dicales des femmes.Â