Mettre du sang dans la mer
Sous forme de note un sentiment qui vient du fond des abysses. Rancœurs qui remontent. Goût verdâtre, marécage dans la bouche. Dégoût, nausée. Un peu de colère. Retour à la peau fine. Peau fine au niveau du ventre et du cœur. Mémoire du corps qui se souvient de ce que ça fait, la contrariété. Sentiment un peu oublié. Peau de chagrin, mais pas celle de Balzac, celle qui pleure littéralement sur les parois. Fragilité, comme si le cœur devenait une feuille de papier d’or. L’impression d’une imposture, d’un vaste jeu dangereux.
Il demande des nouvelles. Jeter du sang dans la mer. Attiser la curiosité en livrant un peu de soi-même. Voir qu’il ne prend pas la perche. Il parle juste de lui. Pas changé. Pas d’intérêt. Le jeu ne prend pas. Sentiment de l’absolu néant de cet échange, de l’impasse dans laquelle on s’embarque et se fond. Se sentir vivant, le temps d’une seconde volée à la culpabilité, à la faute. Parce que c’est de ça qu’il s’agit. Retrouver le feu brûlant de l’espoir, de la vie, de la terreur, de la violente et affreuse tristesse. La vie dans la pénombre qui circule douloureusement dans les veines. Oui. Savourer la brûlure. Et puis ne plus répondre un mot. « Mettre un verrou aux mâchoires », comme l’écrit Char, pour éviter qu’il vous morde.
Mettre du sang dans la mer. Tirer à soi pour croquer, pour blesser. Tirer à soi parce qu’il est toujours bon de se sentir désiré. Couper un peu de son âme, parce que ça fait vibrer de sentir la tension. Mais quand le poisson te mord avant que tu n’aies le temps de le faire, voilà comme tu finis exsangue. Mettre du sang dans la mer et se hisser douloureusement sur le rivage.











