"Parce que nous avons permis à notre attention d’être transformée en marchandise, il nous faut désormais payer pour la retrouver. Lorsque les biens communs sont privatisés, ceux qui en ont les moyens peuvent abandonner l’espace public pour se retirer dans des clubs privés tels que le salon classe affaires. A partir du moment où nous réalisons que ce sont justement les décisions des occupants de ce salon qui façonnent l’environnement des passagers de la classe économique, nous commençons à percevoir les choses sous un angle plus politique. Pour pouvoir exercer ses facultés mentales de façon agréable, inventive et même éventuellement profitable sur le plan financier pendant les heures d’attente passées dans un aéroport, on a besoin de silence. Mais le cerveau du quidam de la classe économique (ou de celui qui attend à un arrêt de bus), lui, peut-être traité comme une ressource – une réserve permanente de pouvoir d’achat vouée à être exploitée par le marketing innovant des "créatifs" du salon classe affaires. Lorsque des êtres humains traitent le cerveau d’autres êtres humains comme une simple ressource, il ne s’agit plus de "création de richesse", mais de dépossession."
Matthew Crawford, Contact. Pourquoi nous avons perdu le monde, et comment le retrouver, trad. Marc Saint-Upéry et Christophe Jaquet, 2016.


















