Automne 1932, Hylewood, Canada (3/3)
Lâautre jour, je suis allĂ© rendre visite Ă lâoncle Joseph Ă Kingston. Ăa lui a fait plaisir, il mâa dit que ça lui rappelait lâĂ©poque oĂč ma sĆur Louise Ă©tait au pensionnat et quâelle venait passer tous les weekends chez ma tante et lui. Il se fait trĂšs vieux et il fatigue. Il clame Ă qui veut lâentendre quâil finira centenaire, mais entre nous, je pense quâil est probable quâil nous quittera avant⊠Dâautant plus quâil refuse dâabandonner son rĂŽle dâarchevĂȘque.
Transmets mes amitiĂ©s Ă ton oncle Adelphe. Je suis dĂ©solĂ© pour sa belle-fille. Je me suis permis dâen parler Ă lâoncle Joseph au cours de ma visite, qui mâa dit que câĂ©tait une erreur de la part dâAdelphe de tâen avoir parlĂ©, une erreur de ta part de mâavoir Ă©crit Ă ce sujet. Il a dit que ce genre dâaffaires familiales est regrettable mais, malheureusement, une rĂ©alitĂ© normale du mariage.Â
Joseph a un certain Ăąge, il a vĂ©cu la majoritĂ© de sa vie au cours dâun autre siĂšcle, donc je comprends ses positions mais je ne suis pas du tout dâaccord avec lui. Mon pĂšre avait de nombreux dĂ©fauts, mais je ne lâai jamais vu lever la main sur ma mĂšre. Et de ce quâon me dit sur mes grands-parents, je suis certain que mon grand-pĂšre Auguste nâaurait jamais frappĂ© ma grand-mĂšre Jacqueline - dâailleurs vu ce quâon me dit sur elle, sâil avait essayĂ©, il est certain quâelle aurait rendu les coups.Â
Cet espĂšce de mal de lâintĂ©rieur de lâaprĂšs-guerre, mon pĂšre lâavait aussi. Je nây connais rien en mĂ©decine, mais mon pĂšre consommait une sorte de rĂ©sine qui lâapaisait. Elle avait un nom un peu arabe, peut-ĂȘtre que cela dira quelque chose Ă une de tes tantes. Je suis dĂ©solĂ©, jâai envie dâaider mais je ne sais pas vraiment commentâŠ
Dis bonjour Ă tout le monde de ma part. JâespĂšre avoir plus de choses Ă te raconter dans ma prochaine lettre. Permets-moi de tâembrasser affectueusement.
P. S. : Jâai lu le dernier roman de ClĂ©o, celui qui se passe en Egypte. Câest Agathon qui me lâa ramenĂ©, il lâa trouvĂ© dans une librairie française Ă Kingston. Je ne suis pas vraiment ce quâon pourrait appeler un rat de bibliothĂšque et je ne lis pas excessivement, donc mon avis vaut ce quâil vaut, mais je lâai trouvĂ© trĂšs distrayant ! Agathon a essayĂ© de me faire lire du Gide, je tâavoue que je nâai mĂȘme pas rĂ©ussi Ă le terminer tellement je lâai trouvĂ© ennuyeux, et je craignais quâil en soit de mĂȘme avec tous les auteurs français contemporains dont raffole mon frĂšre⊠Jâai Ă©tĂ© agrĂ©ablement surpris, jâĂ©tais tenu en haleine jusquâĂ la derniĂšre page !
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[Transcription]
DolorĂšs LeBris : Tu es fier de toi ?
Agathon LeBris : Oui, plutĂŽt.
Agathon LeBris : Mh, vous sentez ? Je crois que Laurita est en train de prĂ©parer quelque chose de spĂ©cial pour lâoccasion, je vais enquĂȘter Ă la cuisine.Â
DolorĂšs LeBris : Câest ça, fuis !
Agathon LeBris : Au fait, Layla, ta mĂšre sera lĂ !
Layla Bahar : Comment ? Mais on nâest pas vendredi !
Agathon LeBris : Les Simmon lui ont donnĂ© sa journĂ©e. Ce nâest pas tous les jours que sa fille fĂȘte ses dix-huit ans.