Mankind lies groaning, half-crushed beneath the weight of its own progress
Henri Bergson, Two Sources of Morality and Religion 275

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Henri Bergson, Two Sources of Morality and Religion 275

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La démocratie peut-elle survivre aux réseaux sociaux ?
La question sonne comme une provocation, tant la démocratie et les réseaux sociaux semblent liés dans l’imaginaire collectif : liberté d’expression, circulation instantanée des idées, participation directe du citoyen au débat public. À première vue, n’est-ce pas là l’accomplissement du rêve démocratique, celui d’une agora ouverte où chaque voix, fût-elle timide, peut résonner ?
Pourtant, Alexis de Tocqueville, observateur lucide des fragilités de la démocratie naissante, nous a mis en garde. La démocratie, disait-il, n’est pas simplement le règne de la majorité ; elle est l’art difficile de concilier l’égalité des conditions avec la liberté individuelle. Elle requiert une culture du débat, une éducation de l’esprit critique, et cette « tyrannie de la majorité » qu’il redoutait menace chaque fois que l’opinion s’impose sans contrepoids.
Mais avant lui, Aristote avait déjà vu dans la démocratie une forme paradoxale : le gouvernement du peuple pouvait être l’expression de la justice quand il respectait la loi, mais il basculait dans la démagogie lorsque la multitude se faisait juge en dehors des règles communes. Les réseaux sociaux, dans leur architecture même, semblent confirmer cette inquiétude antique : ils favorisent l’instantanéité plutôt que la réflexion, l’émotion plutôt que l’argument, le chiffre plutôt que le discernement. Là où la démocratie suppose du temps et des institutions pour tempérer les passions, le flux numérique amplifie la tentation démagogique, qui n’est rien d’autre qu’une caricature de la démocratie.
Rousseau, quant à lui, voyait dans la démocratie directe l’expression la plus pure de la volonté générale. Mais il insistait : la volonté générale n’est pas la somme des opinions individuelles ; elle est ce que le peuple veut lorsqu’il pense au bien commun, et non à ses intérêts particuliers. Or les réseaux sociaux encouragent davantage l’addition d’opinions éclatées que l’émergence d’une volonté collective éclairée. Ils fabriquent des majorités fugaces, des emballements où l’indignation tient lieu de raison, où l’instant prime sur la durée, et où la passion l’emporte sur le jugement. Ce n’est plus le peuple qui délibère, c’est la foule qui s’agite.
Henri Bergson aurait ajouté à ce constat une réflexion sur la durée et sur l’élan vital. La démocratie, pour vivre, a besoin de temps long, de maturation intérieure, d’une dynamique créatrice où la liberté invente sans cesse des formes nouvelles d’organisation. Or, dans l’univers des réseaux sociaux, le temps est brisé en fragments d’instantanéité : la continuité se dissout dans l’immédiateté, l’élan s’épuise dans la répétition mécanique du flux. Comment créer un projet commun lorsque la conscience collective se trouve fragmentée en une succession de cris et d’images sans mémoire ?
Raymond Aron, enfin, nous a rappelé que la démocratie n’est pas un état de grâce mais un régime fragile, toujours exposé aux menaces totalitaires et aux illusions idéologiques. Pour lui, la lucidité, la modération et la capacité à accepter la pluralité sont les armes essentielles des sociétés libres. Or les réseaux sociaux exacerbent l’inverse : ils polarisent, radicalisent, enferment chacun dans une bulle où la pluralité devient conflit et où la vérité se confond avec la répétition. Aron aurait sans doute vu dans ces technologies un risque de « déséducation » politique, un affaiblissement de l’esprit critique au profit des certitudes simplistes.
Ainsi, du regard d’Aristote à celui de Tocqueville, de Rousseau à Aron, une même inquiétude traverse les siècles : la démocratie ne survit que si elle résiste à sa pente naturelle vers le populisme, c’est-à-dire vers la confusion du peuple et de la foule, de la liberté et de la passion. Les réseaux sociaux offrent au populisme un terreau fertile : algorithmes qui privilégient la polémique, bulles de confirmation où chacun ne rencontre plus que le reflet de ses propres certitudes, violence symbolique qui réduit l’adversaire en ennemi. Ce n’est pas le dialogue démocratique qui prospère dans cet espace, mais la surenchère.
Faut-il alors désespérer ? Tocqueville lui-même, malgré sa lucidité critique, croyait en la capacité des sociétés démocratiques à inventer des contre-pouvoirs et à corriger leurs excès. Les réseaux sociaux ne condamnent pas la démocratie ; ils l’éprouvent, la mettent au défi. Survivra-t-elle ? Oui, à condition de rappeler sans cesse la différence entre démocratie et populisme, entre liberté et pulsion, entre expression et pensée.
La démocratie ne périra pas des réseaux sociaux si nous savons les dompter, si nous refusons d’y confondre le tumulte avec la volonté générale, et si nous retrouvons, derrière le vacarme des foules numériques, le silence nécessaire à l’exercice de la raison.
Commodified Attention and the Ontological Erosion of the Self: Against the Economies of Captured Presence
In a civilisation that has rendered time a unit of economic calculation and attention a monetisable extract, we must ask: what becomes of being when it is no longer allowed to dwell in duration, but instead is continuously summoned to perform, react, and produce data for unseen ends? Photo by KATRIN BOLOVTSOVA on Pexels.com The human subject, once grounded in temporal interiority, reflexive…
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When I direct my attention inward to contemplate my own self (supposed for the moment to be inactive), I perceive at first, as a crust solidified on the surface, all the perceptions which come to it from the material world. These perceptions are clear, distinct, juxtaposed or juxtaposable one with another; they tend to group themselves into objects.
Next, I notice the memories which more or less adhere to these perceptions and which serve to interpret them. These memories have been detached, as it were, from the depth of my personality, drawn to the surface by the perceptions which resemble them; they rest on the surface of my mind without being absolutely myself.
Lastly, I feel the stir of tendencies and motor habits - a crowd of virtual actions, more or less firmly bound to these perceptions and memories. All these clearly defined elements appear more distinct from me, the more distinct they are from each other. Radiating, as they do, from within outwards, they form, collectively, the surface of a sphere which tends to grow larger and lose itself in the exterior world.
But if I draw myself in from the periphery towards the centre, if I search in the depth of my being that which is most uniformly, most constantly, and most enduringly myself, I find an altogether different thing.
What is Metaphysics? H. Bergson
The eye sees only what the mind is prepared to comprehend.
Henri Bergson

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What makes hope such an intense pleasure is the fact that the future, which we dispose of to our liking, appears to us at the same time under a multitude of forms, equally attractive and equally possible. Even if the most coveted of these becomes realized, it will be necessary to give up the others, and we shall have lost a great deal.
The idea of the future, pregnant with an infinity of possibilities, is thus more fruitful than the future itself, and this is why we find more charm in hope than in possession, in dreams than in reality.
—Henri Bergson, Time and Free Will
L’instant est à la fois un événement et son image en formation. Il ressemble à ce que Bergson appelle « souvenir immédiat ». Car pour Bergson le souvenir ne vient pas après l’événement, mais en même temps que lui, comme son ombre portée. Sur cette ombre d’image, on ne peut pas se retourner, pense-t-il, sauf lorsqu’on oublie l’événement, par une forme de distraction et de désintéressement, et qu’on a la sensation de son image. C’est alors qu’on a le sentiment du déjà-vu, déjà vécu. Ce que nous voyons donc selon lui c’est notre souvenir immédiat. Laurent Jenny, Sur l’instant, Éditions Verdier, 2024
«El primer punto sobre el cual quiero llamar la atención es que, fuera de lo propiamente humano, no existe nada cómico. Podrá un paisaje ser hermoso, sublime, insignificante o feo, pero nunca será ridículo. Cuando reímos a la vista de un animal, es porque hemos sorprendido en él una actitud o una expresión humana. Un sombrero nos hace reír, por la forma que los hombres le dieron, por el capricho humano en que se moldeó, y no porque el fieltro o la paja de que se compone susciten por sí mismos nuestra risa. No entiendo cómo un hecho tan importante dentro de su sencillez, no haya llamado mayormente la atención de los filósofos. Muchos definieron al hombre “un animal que ríe”. Habrían debido definirle también como un animal que mueve a risa, porque cuando algún otro animal o cualquier cosa inanimada motiva la risa, es en todos los casos por su parecido con el hombre, por la huella dejada por el hombre o por el uso hecho por el hombre».
Henri Bergson: Introducción a la metafísica. La risa. Editorial Porrúa, S. A., págs. 49-50. México, 1986
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