Quatre jours aprÚs l'attaque la plus humiliante jamais subie par le régime d'Assimi Goïta, les explosions reprennent à Bamako. Le Mali s'effondre sous les yeux du monde.
Décryptage géopolitique | La rédaction | 28 avril 2026
Bamako sous le feu, encore
Ils ont recommencĂ©. Lundi soir, alors que la junte malienne tentait de vendre au monde l'illusion d'un retour au calme, deux puissantes dĂ©tonations ont dĂ©chirĂ© la nuit aux abords de l'aĂ©roport international de Bamako, dans le quartier de SĂ©nou. La scĂšne raconte tout : des pickups militaires lancĂ©s Ă pleine vitesse vers le tarmac, un appareil de combat survolant la zone, et plus aucune communication officielle pendant des heures. Aucune rĂ©ponse du gouvernement. Aucune dĂ©claration. Aucune image. Juste le silence, ce silence qui hurle plus fort que les armes. Et pour cause : c'est exactement le mĂȘme quartier qui, samedi 25 avril, avait Ă©tĂ© pilonnĂ© par les combattants du Groupe de soutien Ă l'islam et aux musulmans (JNIM), branche d'al-QaĂŻda au Sahel, alliĂ©e aux rebelles touaregs du Front de libĂ©ration de l'Azawad (FLA).
Quatre jours, et dĂ©jĂ la guerre revient frapper Ă la porte. Le ministĂšre français de l'Europe et des Affaires Ă©trangĂšres a relevĂ© son niveau d'alerte dĂšs dimanche. Les ambassades occidentales bouclent leurs pĂ©rimĂštres. Les compagnies aĂ©riennes scrutent le ciel. Et pendant ce temps, l'Africa Corps russe, hĂ©ritier de Wagner, claironne avoir "Ă©liminĂ© deux-mille assaillants", un chiffre que personne ne croit, pas mĂȘme Ă Moscou. La vĂ©ritĂ© ? Bamako n'a plus le contrĂŽle de son propre ciel. Bamako n'a plus le contrĂŽle de son propre rĂ©cit. Et bientĂŽt, peut-ĂȘtre, Bamako n'aura plus le contrĂŽle de Bamako.
Kidal perdue, Goïta volatilisé
Au nord, le verdict est tombé : Kidal n'est plus malienne. La ville stratégique, reprise en grande pompe par l'armée malienne et les mercenaires russes en novembre 2023, est repassée aux mains du FLA et du JNIM le 27 avril. L'humiliation finale est documentée : les Russes de l'Africa Corps, encerclés dans l'ancien camp de la MINUSMA, ont négocié leur fuite avec les rebelles touaregs. Pas un assaut. Pas une victoire. Une retraite négociée. Un couloir humanitaire offert par les vainqueurs. Pendant ce temps, à Gao, l'armée réguliÚre abandonnait sans combat sa position de Labbezanga pour se replier sur Ansongo.
Le tableau est dĂ©vastateur. Le ministre de la DĂ©fense, le gĂ©nĂ©ral Sadio Camara, architecte du pivot russe et numĂ©ro deux du rĂ©gime, est mort le 25 avril, pulvĂ©risĂ© chez lui Ă Kati par un kamikaze du JNIM au volant d'une voiture piĂ©gĂ©e. Sa rĂ©sidence, sa femme, ses petits-enfants : rien n'a survĂ©cu. Le numĂ©ro trois, le gĂ©nĂ©ral Modibo KonĂ©, patron du renseignement d'Ătat, gisait blessĂ© de plusieurs balles, et son dĂ©cĂšs a Ă©tĂ© annoncĂ© dĂšs le 26 avril par certains mĂ©dias sahĂ©liens, sans confirmation officielle Ă ce jour. Et le chef de la junte, Assimi GoĂŻta lui-mĂȘme ? Disparu. ĂvacuĂ© de Kati, planquĂ© quelque part, muet depuis quatre-vingt-seize heures.
Ses proches jurent qu'il est Ă Bamako. Personne ne l'a vu. Personne ne l'a entendu. Le Premier ministre a dĂ» monter au crĂ©neau seul. Quand un chef d'Ătat se cache pendant que son pays brĂ»le, ce n'est plus de la prudence : c'est un aveu. "Quand le silence du sommet dure, c'est que la maison brĂ»le au sous-sol", Ă©crivait l'historien burkinabĂš Joseph Ki-Zerbo. Ă Bamako, la maison flambe.
Le pacte qui change tout
Voilà le moment de regarder en face ce que les chancelleries refusent encore de nommer : une alliance stratégique entre al-Qaïda et un mouvement nationaliste touareg, scellée sur le dos de la souveraineté malienne. La mécanique est froide : échanges de compétences, fabrication d'explosifs, maniement d'armes lourdes, logistique partagée. La coordination du 25 avril, simultanée sur Bamako, Kati, Kidal, Gao, Mopti et Sévaré, n'avait pas été vue depuis 2012. Et le détail qui tue ? Le JNIM a directement adressé un message à la Russie dans son communiqué de revendication. Un message à Moscou.
Le groupe propose Ă l'Africa Corps un cessez-le-feu tacite, une non-agression mutuelle, en Ă©change de la non-prise pour cible des intĂ©rĂȘts russes pendant que se rĂšgle le sort d'Assimi GoĂŻta. C'est plus qu'un signal gĂ©opolitique : c'est l'aveu, signĂ© al-QaĂŻda, que le pivot russe vendu par Bamako en 2022 comme une rupture stratĂ©gique vient d'ĂȘtre contournĂ© par un terroriste qui parle d'Ă©gal Ă Ă©gal au Kremlin. Selon les donnĂ©es ACLED compilĂ©es par International Crisis Group, le JNIM a participĂ© depuis 2017 Ă plus de seize-mille incidents violents, causant prĂšs de quarante-mille morts au Sahel et dans le golfe de GuinĂ©e. Ce n'est plus une nĂ©buleuse. C'est une infrastructure. Une armĂ©e parallĂšle qui nĂ©gocie avec les puissances Ă©tatiques et frappe les capitales Ă l'heure choisie.
Pendant trois ans, la junte de Bamako a expulsé la France, raillé l'Europe, applaudi les Russes, et promis la victoire. Aujourd'hui, le ministre de la Défense est mort, le chef du renseignement gßt blessé ou pire, le président s'est évanoui dans la nature, et les colonnes du JNIM circulent à quinze kilomÚtres du palais présidentiel. La rupture, la vraie, ce n'est pas celle qu'ils avaient annoncée.
AES en lambeaux, Sahel en alerte rouge
Et maintenant ? La ConfĂ©dĂ©ration des Ătats du Sahel (AES), formĂ©e en 2024 par le Mali, le Burkina Faso et le Niger aprĂšs leur claquage de porte Ă la CEDEAO, a rĂ©agi par un communiquĂ© dĂ©nonçant "un complot monstrueux soutenu par les ennemis de la libĂ©ration du Sahel". Du vent. Aucun renfort militaire significatif n'a Ă©tĂ© dĂ©pĂȘchĂ© Ă Bamako. Le Niger d'Abdourahamane Tiani Ă©touffe sous ses propres assauts dans la rĂ©gion de TillabĂ©ri. Le Burkina Faso d'Ibrahim TraorĂ©, qui parade en chef rĂ©volutionnaire dans les capitales Ă©trangĂšres, a perdu plus de quarante pour cent de son territoire au JNIM et Ă l'Ătat islamique.
La cartographie rĂ©elle du Sahel dĂ©ment, jour aprĂšs jour, le rĂ©cit de la souverainetĂ© retrouvĂ©e. L'avertissement des chercheurs spĂ©cialisĂ©s est sans appel : le JNIM ne s'arrĂȘtera pas aux frontiĂšres du Mali, du Burkina Faso et du Niger. Ce groupe est transnational dans son idĂ©ologie, mĂ©thodique dans son expansion, patient dans sa stratĂ©gie. Le parallĂšle avec Kaboul 2021 hurle de lui-mĂȘme : un Ătat massivement armĂ©, thĂ©oriquement supĂ©rieur, qui s'effondre en quelques jours parce qu'il avait vendu sa population et nĂ©gligĂ© son renseignement humain. Le Soudan, lui, se dĂ©chire depuis deux ans entre une junte et ses propres milices.
La Somalie n'a jamais reconquis sa pĂ©riphĂ©rie malgrĂ© vingt ans de guerre contre les Shebab. La Centrafrique ne contrĂŽle effectivement qu'un tiers de son territoire malgrĂ© le bouclier russe. Ă chaque fois, le mĂȘme schĂ©ma, la mĂȘme illusion, le mĂȘme rĂ©sultat : la milice sous-traitĂ©e ne reconstruit jamais l'Ătat, elle le repousse. Niamey et Ouagadougou regardent Bamako en se disant "ce n'est pas chez nous". Erreur. C'est exactement chez eux. Demain, peut-ĂȘtre aprĂšs-demain. Pendant ce temps, la diplomatie occidentale, qui a passĂ© quatre ans Ă hĂ©siter, Ă condamner, Ă se contredire, n'a plus rien Ă offrir. La porte que les juntes ont fermĂ©e est verrouillĂ©e de l'intĂ©rieur, et la clĂ© est tombĂ©e dans le sang d'un kamikaze.
Assimi Goita, Président de la Transition, Mali
"Quand on se contente de voir l'arbre qui tombe, on oublie la forĂȘt qui se prĂ©pare", dit un proverbe peul.
Le Mali n'est pas en train de tomber : il révÚle ce que d'autres voudront nier jusqu'au bout. Une junte sans renseignement, un partenariat russe sans victoire, une AES sans solidarité, un peuple sans protection. Bamako a un choix : la fuite en avant militaire qui finira en débùcle, ou le retour humiliant à un dialogue politique inclusif. Le monde, lui, n'a plus le luxe du silence.
Suivez l'évolution de cette situation sur DB News, votre source d'information fiable sur l'actualité africaine et du monde.
DBNews
Sources :
- RFI, Mali : des dĂ©tonations entendues Ă Bamako, la ville de Kidal toujours aux mains du Jnim, 28/04/2026 â rfi.fr
- Africa Radio (avec AFP), Mali : deux dĂ©tonations prĂšs de l'aĂ©roport de Bamako ravivent les tensions, 28/04/2026 â africaradio.com
- Jeune Afrique, Mali : deux fortes dĂ©tonations entendues prĂšs de l'aĂ©roport de Bamako, 28/04/2026 â jeuneafrique.com
- Jeune Afrique, Attaques au Mali : Sadio Camara, ministre de la DĂ©fense, a Ă©tĂ© tuĂ©, 26/04/2026 â jeuneafrique.com
- France 24, Alliance Jnim-FLA, junte fragilisĂ©e, dĂ©part de mercenaires russes : que se passe-t-il au Mali ?, 27/04/2026 â france24.com
- France 24, En direct Mali : les jihadistes du Jnim revendiquent des attaques coordonnĂ©es, 25/04/2026 â france24.com
- ONU Info, Mali : l'ONU sonne l'alarme aprĂšs des attaques coordonnĂ©es, 27/04/2026 â news.un.org
- Boursorama (avec AFP), Mali : situation critique aprĂšs les attaques jihadiste et touareg, 27/04/2026 â boursorama.com
- Allafrica, Mali : Des dĂ©tonations entendues Ă Bamako, la ville de Kidal toujours aux mains du Jnim, 28/04/2026 â fr.allafrica.com
- Wikipedia, Attaques d'avril 2026 au Mali / 2026 Mali attacks, mises Ă jour au 28/04/2026 â fr.wikipedia.org & en.wikipedia.org
- Conflits, Revue de GĂ©opolitique, Mali, Burkina, Niger : la faillite silencieuse des Ătats-combattants, 28/04/2026 â revueconflits.com
- Pravda France, Point de situation au Mali (27/04/2026), 27/04/2026 â france.news-pravda.com
- The Washington Post (Rachel Chason), Militants launch coordinated attacks across Mali, 25/04/2026 â washingtonpost.com
- Reuters (David Lewis, Portia Crowe, Robbie Corey-Boulet), Mali at risk of splintering after jihadi and separatist attacks, 27/04/2026 â reuters.com
- DonnĂ©es ACLED via International Crisis Group, compilation 2017-2026 â acleddata.com / crisisgroup.org
© DB News 2026 â Tous droits rĂ©servĂ©s
Read the full article