La figure de la Sorcière, d’hier à aujourd’hui
Un archétype qui ne laisse personne indifférent.
Dans les contes qui ont bercé notre enfance, elle est cette femme repoussante, âgée, qui enfourche son balai pour aller forniquer avec le Diable et kidnapper des enfants. Elle vit recluse, animée par de viles intentions, et jette des mauvais sorts.
En réalité, cette vision - qui paraît pour le moins kitschouille aujourd’hui - est le résultat de la peur, des clichés, des superstitions, et a longtemps suffit à jeter une personne innocente sur le bûcher.
Un lien étroit avec les violences patriarcales
Il est venu le temps des rires et des champs de l’Inquisition, pour que chaque femme seule, agée (ou alors jeune, très belle, ou au contraire très laide, bref avec un utérus dans tous les cas), veuve ou sans mari, qui connaît des “remèdes de grand-mère” ou pratique la médecine des campagnes, finisse torturée, pendue, noyée, brûlée vive.
L’Église a souvent eu par le passé un mépris des femmes, jugées inférieures à l’homme, plus viles, plus instables car plus connectées à la nature de par leur cycle menstruel, et dont la sexualité et le plaisir étaient alors perçus comme des choses dangereuses, qu’il fallait étouffer.
Cette paranoïa autour de la sorcière, qui commença dans les années 1430, pris fin vers 1620-30. Mais le mépris des femmes continue d’être, dans notre société patriarcale, toujours en vogue, bien que plus dissimulé, plus insidieux. La majorité des victimes de la « chasse aux sorcières » de l’époque sont mortes innocentes, à cause de cette peur irrationnelle de la femme.
Car dans le fond, la Sorcière, qui est-elle ? C’est une femme indépendante, qui connaît son corps, son environnement, qui sait soigner, qui vit en dehors des codes que la société a voulu imposer sur elle. Et cette femme, puissante, qui n’a besoin d’aucun homme pour subvenir à ses propres besoins, cette femme là est dangereuse pour l’ordre en place, elle remet trop de principes établis en cause.
Le grand retour de la Sorcière
Aujourd’hui, la sorcière a fait en quelque sorte son comeback : en tant que modèle positif (ou au moins complexe) dans les œuvres de fiction, mais avant ça dans les années 50-60 avec la création de la Wicca, par Gérald Gardner.
De nos jours, cette religion qui place le Divin Féminin au centre de sa pratique, a vu s’offrir un essor considérable de ses fidèles un peu partout dans le monde.
Les féministes aussi se réapproprient la figure de la Sorcière, comme femme indépendante, puissante, indomptable, qui s’accomplit et s’épanouit par elle-même : elle devient un nouvel étendard politique. Se dire sorcière est un choix, une revendication, un cri de non-conformisme à une société patriarcale qui les oppresse.
Dans la pop culture, on retrouve des mises en scène de la sorcellerie plus ou moins vraisemblables (on se rappelle avec nostalgie les boules de feu et les fioles de potions qui explosent dans Charmed), mais c’est sur les réseaux sociaux que ces Sorcières 2.0 prolifèrent le plus, en exposant leurs outils, leurs autels, leur pratique, en échangeant et se rassemblant sur la toile.
La sorcière, si elle peut parfois toujours vivre à la campagne, ou recluse dans la forêt, a aujourd’hui fait des grandes villes son autre terrain de jeu, elle est désormais connectée, et forme sur Internet une importante communauté avec ses semblables.